‹ L'Oeil et le Regard Chez les AliénésChapitre 4 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Lorsque l’âme est agitée, la face humaine devient un tableau vivant où les passions sont rendues avec autant de délicatesse que d'énergie, où chaque mouvement de l'âme est exprimé par un trait, chaque action par un caractère dont l'impression vive et prompte devance la volonté, nous décèle et rend au dehors, par des signes pathétiques, les images de nos plus secrètes agitations. » (Buffon, Histoire de l’homme).

C’est dire que nos sentiments et nos passions, même les plus intimes, se traduisent extérieurement par une expression particulière de la physionomie. La mimique est une des manifestations essentielles de la vie nerveuse. Toute excitation venue du dehors se transforme dans les centres nerveux en émotion ou en pensée qui, se dirigeant dans un sens centrifuge donne naissance à des mouvements musculaires. Ce sont les contractions des muscles faciaux qui déterminent les différents jeux de physionomie.

Si les expressions de la face répondent à des émotions déterminées, on comprend bien leur importance dans les études psychologiques et en médecine mentale. Leur connaissance est indispensable aux artistes.

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Enfin, elles présentent un intérêt pratique dans les relations sociales que personne ne méconnait. « Qui n’a cherché la vérité derrière le sourire d’un flatteur ou dans le regard d’un envieux? » (Gratiolet).

Mais toutes les parties de la face n’ont pas la même valeur expressive. On peut, avec Duchenne de Boulogne, faire des « localisations physionomiques » ou au contraire, avec d’autres auteurs, chercher le sens d’un visage humain beaucoup moins dans un trait isolé que dans l’ensemble. En tout cas, il faut bien reconnaitre que les expressions les plus fortes de la physionomie sont dues à des modifications des deux grands centres mimiques du visage : l’œil et la bouche. « L’œil est le centre mimique de la pensée ; la bouche est le centre expressif du sentiment et de la sensualité ». (Mantegazza).

C’est précisément le premier de ces deux centres que nous nous proposons d'étudier. Nous apprécierons la valeur mimique de l'œil et la part exacte quilui revient dans l'expression. Buffon ne voit rien de plus expressif que l'œil. Pour Mantegazza, c'est la moitié de la mimique. Le rôle prépondérant de l'œil dans la mimique est tellement évident, tout le monde se rend si bien compte d'une façon plus ou moins inconsciente de son importance dans l'expression, que l’on fixe toujours dans les yeux son interlocuteur. C’est vraiment «le miroir de l’âme ».

L'œil est donc le plus éloquent interprète des états psychiques. Mais il faut une longue pratique, une grande habitude pour lire dans un regard les sentiments et les passions. L'intelligence la plus subtile

ne suffira pas; elle devra être initiée aux secrets de l'observation si délicate des expressions mimiques. Si le mouvement est la qualité fondamentale de tous les jeux de la physionomie, les expressions du regard sont particulièrement mobiles et fugaces. Il est donc indispensable, pour obtenir des renseignements certains, d'en faire une étude analytique chez l’homme sain.

Nous verrons ensuite comment elles peuvent être modifiées sous l'influence de causes pathologiques variées. Ce sont le plus souvent des troubles moteurs : paralysies, convulsions, tremblements, troubles de coordination, ou trophiques: atrophies musculaires, latéralisme (Paret).

Enfin nous étudierons les expressions du regard dans les principaux cadres de l’aliénation. Chez les aliénés, les altérations qu'elles présentent relèvent soit de causes pathologiques surajoutées, soit de l'état mental du malade. Dans tous les cas, le regard nous donnera d’utiles indications sur ses pensées ou ses sentiments, ses idées délirantes ou ses phobies.

Nous ne pouvons passer sous silence l'importance du regard dans la recherche de la dissimulation et de la simulation. I/œil est incontestablement la partie du visage qui résiste le mieux aux mensonges de l'expression. Dans les asiles d’aliénés, l'observation du regard permet de dépister un délire que le malade cache soigneusement. La dissimulation est fréquente chez les persécutés.

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