‹ L'Oeil et le Regard Chez les AliénésChapitre 9 sur 23 · AUS · texte numérisé non relu

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d'ennui. S'il va jusqu’au froncement, on comprend aussitôt qu'il révèle une contrariété positive ».

Duchenne de Boulogne fait paraître en 1862, « le Mécanisme de la physionomie humaine ». Le célèbre physiologiste a eu recours à l’expérimentation ; il fait contracter les différents muscles de la face au moyen d'excitations électriques, et détermine ainsi artificiellement les diverses expressions de la physionomie. I] est facile de concevoir que cette analyse expérimentale a donné des renseignements beaucoup plus précis que l'observation. Les expressions du regard par leur multiplicité, leur délicatesse et leur fugacité sont très difficiles à saisir et échappent à une observation rapide. La méthode de Duchenne a seule permis d'enregistrer tous les détails de ces expressions, dont le mécanisme nous est aujourd'hui parfaitement connu.

Gratiolet, dans son livre sur «la Physionomie et les mouvements d'expression » (1866), attire l’attention sur ce qu'il appelle les mouvements sympathiques ou symboliques. « Les sens, l'imagination et la pensée, si abstraite qu'on la suppose, ne peuvent s'exercer sans éveiller un sentiment corrélatif, et ce sentiment se traduit directement, sympathiquement, symboliquement ou mélaphoriquement dans toutes les sphères des organes extérieurs qui le racontent suivant leur mode d'action propre, comme si chacun d'eux avait été directement affecté, » Voici un exemple de mouvements sympathiques : « Un jeune chien à oreilles droites auquel son maitre présente de loin quelque viande appétissante, fixe avec ardeur ses yeux sur cet

objet dont il suit tous les mouvements et pendant que les yeux regardent, les deux oreilles se portent en avant comme si cet objet pouvait être entendu. » La remarque suivante est un exemple de mouvements symboliques : « Si une bille dévie légèrement de la direction que le joueur prétend lui imprimer, ne l'avez-vous pas vu cent fois la pousser du regard, de la tête et même des épaules, comme si ces mouvements pouvaient rectifier son trajet.

Piderit dans son ouvrage sur la « Mimique et la physionomie » est imbu des mêmes principes : « Les mouvements musculaires d'expression sont en partie relatifs à des objets imaginaires, en partie à des impressions sensorielles imaginaires. Cette proposition renferme la clef qui permet de comprendre tous les mouvements musculaires d'expression. » Dans cet ouvrage Piderit a consacré à l'œil un chapitre où il applique aux expressions du regard la proposition que nous venons de citer. Des dessins très exacts illustrent ses descriptions.

En 1874, parait le livre de Darwin sur « l'Expression des émotions chez l'homme et chez les animaux »; c’est l’œuvre d’un biologiste qui cherche à étayer sa théorie de l’évolution. Il s'efforce de démontrer que la mimique s’est développée grâce à l'habitude et à l'hérédité. Les mouvements d'expression y sont expliqués par l'utilité qu'il y avait pour nos ancêtres les animaux, à les exécuter pour satisfaire leurs besoins et soutenir la lutte pour la vie. Il pose ses trois principes de l'expression : principes de l'association des

habitudes utiles, de l’antithèse et des actions dues à la constitution des centres nerveux.

Mantegazza reprend en 1884 les trois principes de Darwin. Ardent défenseur des théories darwiniennes, il cherche surtout à les défendre et à les simplifier. Pour lui il y a une mimique utile, défensive, et des faits mimiques sympathiques. À côté de bonnes descriptions de la mimique des principales émotions, on trouve dans cet ouvrage des remarques intéressantes sur les réserves et les mensonges de l'expression. Les gravures qui l’accompagnent nous ont été d’une faible utilité. Sur plusieurs d'entre elles. il est impossible de deviner l'expression que l'artiste a voulu leur donner.

En 1880, Hersing publie une intéressante monographie sur la mimique des yeux. Magnus en fait paraitre une autre en 1886.

En 1887, M.le prof. Pierret, dans ses leçons magistrales, a le premier énoncé les lois qui régissent le fonctionnement de la mimique. Il a donné un petit tableau synthétique indiquant les conditions dans lesquelles doit se faire la représentation normale des états psychiques : il faut toujours s’y reporter quand on veut étudier les troubles de la mimique. Il nous sera très ulle pour apprécier les modifications du regard chez les aliénés.

Paret (thèse de Lyon 1892) a bien mis en lumière dans sa thèse sur le Latéralisme chez les aliénés, l'asymétrie expressive due à ce que les muscles des deux moitiés du visage ne se contractent pas également

jrs

Jourdin (thèse de Lyon 1894), a étudié la dissociation d'expression chez les paralytiques généraux. Cette dissociation est due à l'absence de synergie entre les différents muscles du visage. On peut se rendre compte par l'inspection des photographies qui se trouvent dans cette thèse de la fréquence de la dissociation au niveau des yeux.

Dupuis (thèse de Lyon 1897), a fait une étude très complète des mimiques voulues. Il montre que la mimique des yeux est fort peu influencée par la volonté.

Cuyer en 1902, Hartenberg en 1908, publient des ouvrages sur la mimique et la physionomie.

Nous indiquerons dans la bibliographie les nombreux ouvrages qui traitent de la mimique chez les aliénés. Nous citerons seulement 1ci les publications de Sikorsky (importance de la mimique pour le diagnostic de la folie), de Turner (troubles de l’expression) et de Kirschoff (le visage des mélancoliques).

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