SCENE PREMIERE
LE MARQUIS, sur la muraille du fcud.
« C'est bien ici le château de Saint- Vaasl? — Ici môaie, entrez donc, marquis. » (il saute dans le parc.) Enfin, me voici dans la place et en sûreté pour le moment. (Il vient sur le devant de la scène.) L'entrée est un peu cavalière, mais que voulez-vous? Tout le monde est sorti pour cause d'émigration. En pareil cas, mieux vaut franchir le mur qu'enfoncer la porte, c'est plus gentilhomme et puis, c'est plus \ôlfait!... Tudieu ! quelle aventure! quel romani quelle odyssée! Traverser la Wanche avec des contrebandiers dans une mauvaise barque de pccl.'eurs, affronter à la fois la moi' les bleus, les gardes-côtes, la bourrasque, l'odeur du poisson, la loi sur les émigrés... Si je tombe aux mains des paysans, décapiîc! si je tonibe aux mains des soldat?, fusillé!... sans compler que j<3 pouvais tomber à !a mer et me noyer, (montrant la murailk) ou toiii- Vierà faux et m'cslropier... Tout cola, pourquoi?.., Parct qu'il u plu à uns belle éniigrée d'avoir une fleur de France. DécidémciU, marquis, tu es un héros ou i n fou ; mais pour le moment tu as l'air d'un gueux... Rei;arue-toi, ces bottes sont pleines de
sable, ton catogan est rempli d'eau... Fi! lo vilain genLilhommel C'est égal! comtesse, si j'en réchappe, voiià un petit caprice qui vous coûtera cher, et vive Dieu ! ce n'est point pour des reines- Claude qu'on sera venu vous cueillir un bouquet dans votre château de Saint- Vaast... — Ça, voyons, je ne mo rompe pas, au moins?... Je n'ai pas pris un château pour un autre?... ConsuUcns encore les indications que nous avons prises, (n ouvre un carnet de poche et lit.) « Le fief de Saint-Vaast, sur la plage normande, » c'est cela... « à cinq minutes du village du même nom...» Fort bien! « au fond du parc... » j'y suis. .. «une petite porte... > voilà! « un pavillon... » voiri... « une serre... » nous y sommes... « A
l'autre extrémité, le château... » (Regardant par la gauche, à travers les
arbres.) je l'aperçois... Oh! oh ! Ici mes renseignements sontinexacts. Des locataires... on ne m^en avait pas prévenu... Des fenêtres ouvertes, du linge étendu... Ah! chère comtesse! Un drapeau aux trois couleurs flotte sur le balcon... voilà ce qu'on a fait de votre château,.. Et moi qui croyais trouver une maison en deuil, des herbes sur le perron, du lierre sur la muraille, et les scellés de l'araignée posés sur toutes les portes... Allons, c'est dit, mon pauvre Robinson, ton île déserte avait des habitants comme toujours et même, si je ne me trompe, voici un indigène qui vient de ce côté... (il recule.) Diable! diable! la situation se complique... Bah! je ne n'en n'aurai que plus de gloire... Est-ce que le capitaine Hercule aurait voulu des pommes d'Hespérus, s'il n'y avait pas eu un dragon pour les garder?... Oui, mais en attendant, où le seigneur Hercule pourrait-il se cacher?... dans la serre?... au fait?... (il ourre laserre.) Elleest jolie, la serre 1...I13 ont tout laissé mourir... Raison de plus pour qu'on ne m'y vienne pas chercher, (il se blottit dans la serre et ferme la porte sur lui.)