‹ L'oeillet blanc; comédie en un acte en prose par Alphonse Daudet et Ernest ManuellChapitre 7 sur 26 · SCÈNE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE CINQUIÈME

VIDAL

Là ! près de la serre, quelque chose comme une ombre...

VIRGINIE

Un renard, sans cloute. Il y en a deux ou trois dans le p&ïc; quelquefois je les vois de ma fenêtre, en tnÀvaiUant... Ils sentent que les ci-devants n'y sont plus.

Les loups sont partis, les renards montrent l'oreille.

VIRGINIE, s'asseyant sur le banc.

Voyons, viens l'asseoir là, près de moi. (Vidal s'asseoit.) Comme tu as chaud, les mains sont brûlantes.

VIDAL

Ctière enfant !

VIRGINIE

Tiens ! Tu ne veux pas me l'avouer, mais je suis sûre que tu as reçu de mauvaises nouvelles ce malin... Oh! tu as beau faire, noni Voyons, les brigands nous ont encore battus?

VIDAL

Nous avons envoyé dans l'Ouest des troupes d'élite. Rien n'est plus à craindre de ce côlé; songe donc, petite, avec des soldats comme ton MaNime.

VIRGINIE, baisse la tète en rougissant.

Puisque les nouvelles ne sont pas mauvaises, pourquoi cette tristesse? pourquoi ce trouble, cette lièvre?

VIDAL

Bah! n'y fais pas attention, ce n'est rien, cela passera... de vilaines idées' qui traversent mon cerveau, mes papillons noirs, ronime tu les appelles.

VIRGINIE

Vile ! vite! Il faut les chasser.

VID \ L, tristement.

Les chasser ?

Oui, les chasser, comme ceci. (Elle l'embrasse.^

VIDAL

Ma fille I (Brusquement en l'écartant.) Non I laisse-moi. (ÎI se lêre.)

VIRGINIE, yeut s'approcher.

Ah ! père ! père !

VIDAL, se levant.

Laisse-môl, je te dis ! (Radouci et prenant Virginie dans ses bras.) Pauvre enfant ! Pardonne-moi, mais ne m'embrasse plus ainsi, voilu ? (Il s'assied et la fait asseoir.) II faut me pardonner ; tout cela est bien malade, (il montre sonfront.) El puis si tu savais comme par moments tu lui ressembles... même voix... même regard, à l'instant encore, c'est-elle que j'ai revue là devant moi, et quand tu as posé tes lèvres sur mon front...

VinGIME.

Oh! tais- loi I

VIDAL

Me taire? hélas! il n'y a que les morts qui sachent se taire, et rien n'a pu mourir encore ici dedans. Quelquefois je crois que tout est fini... Oui je passe quelquefois, des journées entières sans souffrir... Je ne me souviens plus, je ne vis plus, je suis heureux; mais hélas! avant la fin de la journée, une heure vient toujours qui m'apporte à la fois tous mes souvenirs et toutes mes souffrances... Je me revois là-bas, dans mon grand atelier, frappant ferme sur l'enclume, au feu rouge de la forge, puis le soir venu, je me vois rentrant à la maison... je te trouvais jouant aux pieds de ta mère. Te souviens-tu comme elle était belle? mise comme les cidevantes et fière comme elle. J'arrivais... ta m.ère venait au devant de moi, en souriant... elles avait si grand air que cela m'imposait toujours un peu et dam 1... alors, jeté prenais dans mes bras et je te mangeais" de caresses. Il y en avait beaucoup pour elle làdedans,,,

VIRGIME.

Assez!... assez!... Tu te fais trop de mal.

VIDAL

Fille, te souviens-tu, du soir où je te trouvai seule à la maison,

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