‹ L'oeillet blanc; comédie en un acte en prose par Alphonse Daudet et Ernest ManuellChapitre 8 sur 26 · SCENE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCENE SIXIÈME

pleurant dans un coin au milieu de les joujoux? «Maman est sortie pour toujours, » disais-tu à travers tes larmes, et moi, je souriais quoique un peu inquiet. » Tu avais raison, ta mère était sortie pour toujours... 11 y avait pourtant de ces hommes qui n'avaient qu'à naître poup être heureux et qui, leur part de bonheur épuisée, faisaient main basse sur le bonlieur des autres. Oh lia maison déserte, les repas silencieux autour de la petite table devenue trop grande, les robes de fillette qu'il fallait acheter moi-même. Oh I les longues nuits sans sommeil, les longues journées sans travail, les larmes de douleur effacées par des larmes de rage! J'ai beau fermer les yeux, ne pas vouloir, je revois tout, je me souviens de tout.

VIRGINIE

Pauvre père!

VIDAL

Je n'ai pas pu me venger; les coupables se sont enfuis et sont morts loin de moi; mais aussi quel transport! quand notre heure a nous est venue; il me semblait que c'éiait pour moi que ce peuple se soulevait et que toute une race mourait pour expier mon déshonneur.

VIRGINIE

Prends garde, père ; tu laisses la haine te remplir le cœur ; elle en chassera ton enfant, tu verras.

VIDAL

Non, ma fille! non! tu as toujours ta place là-dedans, et la plus grande quoi que j'en dise... C'est mon amour pour toi qui me rattache à la vie, lu le sais bien, et si je n'avais que celte haine dont je me vante, il y a longtemps que...

VIRGINIE, lui mellaat la main sur la bouche.

Tais-toi!... l'otricieux 1...

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