L'oeuf humain
.Nos coiinaissaiic(‘s scicntili(|iies, rclaliv(‘s à la ronctioii de reproduction dans l’espèce hninaine, sont encore, à l'heure actuelle, sur noinbie de points, absolument rudimentaires.
Tout en admettant les difticnltés de réinde de celte (jiiestion, on rexpérinienlation est impossible, il nous apparaît que noti*e ignorance sur cette question capitale résulte de ces deux faits, à savoir que, d’une part, riiistoire du développement de l’homme ne fait pas encore partie essentielle de rinstruction générale, et c{ue. d’autre part, depuis l’anti- (piité jusfpi’à hier, on s’étail beaucoup plus préoccupé de la conservation (le r Individu que de la conservation de l Espèce.
Nous savons, depuis moins d’un siècle seulement, que tout individu a son oi'igine dans un (cuf. El si, depuis la découverte de de Baer, d'innombrables travaux ont été consacrés à l’iiisloirc de Vaaïf humain, nous sommes encore insuffisamment renseignés sur son origine,sa formalion, sa constitution et son développement.
En tout cas, sur ce point comme sui* laid (bautres, on peut voir la preuve ([ue tout progrès scienlifique est lou jours fragmentaire. De plus, l'armée des travailleurs, en adoplani par nécessité l’ordre dispersé dans la recherche de la vérité, ne peut obtenir ipie des résultals analyliques. lesipiels. [lendant longiemps encore, présenleronl — en raison de leur irrégularité — une non-mise en valeur, au jioint de vue de l’étude synthétique.
Cependant, l’esquisse de Tovologie humaine a déjà élé main les fois tentée.
Dans son A nthrojioiiénie on ffisloire de l' Evolution humaine, Ernest Ilæckel a cherché à vulgariseï- les notions enrcgislréi's concernant l'ontogénie et la phylogénie, c’e.sl -à-dire V histoire du développement indi-
vidiiel (le F orifanistne humain el, rhidoire du dével()]}pemenl de Fespèce humaine. Mais, voulant donner des idées générales sur le dévelo[)penienl einhryoïinaire de riiomnie, il ne pouvait et il n’a pu s’appesantir sur les détails anatomiques. Par contre, depuis l’apparition de VAnlhropogénie^ de nombreux ouvrages ont été consacrés à rembryologie, dans la plupart desquels, si rélude minutieuse se montre, elle porte [)rincipalement sur rembryologie générale ou comparée.
Aussi MM. Branca et Potocki ont- ils pensé qu’il serait utile de condenser et de mettre en relief le bilan actuel de nos connaissances sur y ()Iuif humain et les premiers stades de son développement.
Et pour cela, chacun d’eux a mis un ])eude sa compétence spéciale. De cette synergie est résulté l’ouvrage pour lequel nous avons l’honneur d’écrire cette tb’étace.
Ce travail a aussi peu de prétentions qu'il a de qualités, (rest l’exacte mise au point de nombreuses questions, que tout étudiant, que tout accoucheur, que tout médecin doit connaître.
C’est un exposé (pii i*ésume d’une faipiu aussi simple que lumineuse ce que nous savons el ce (pie nous ignorons.
Telle est du moins notre opinion sur la valeur de cet ouvrage, et nous sommes convaincu (pic toul lecteur de VOIuif humain el des premiers stades de son développement la [larlagera.
Adolphe Pinard.
AVAN^r-PROPOS
Ce petit livre a été écrit pour servir d’iatroduction à l’étude de l’obstétrique. On y a mis au point les questions principales qui, de près ou de loin, se rattachent à l’histoire de la fécondation et du développement de l’œuf. Ces questions sont encore insuffisamment connues des médecins, parce que les travaux qui s’y rapportent sont, pour la plupart, publiés dans des périodiques de science pure, que les médecins et les étudiants n’ont pas entre les mains. Aussi nous a-t-il semblé qu’il y avait là une lacune utile à combler, et c’est ce que nous avons tenté de faire en traitant ce sujet avec quelque détail.
Notre intention a été d’écrire un livre sur le développement de l'œuf dans l'espèce humaine et non sur l’embryogénie en général ; ce sont donc les diverses phases du développement de l’œuf humain qu’on trouvera exposées dans ce volume. Mais, de suite, une réserve s’impose. Chez la femme, on ne peut se livrer à l’expérimentation ; de sorte qu’il faut, pour étudier chez elle la fécondation et le développement de l’œuf dans ses premiers stades, se contenter des très rares pièces anatomiques recueillies au hasard des autopsies ou des opérations. La série de ces pièces est, on le conçoit, très incomplète. Aussi se voit-on contraint de suppléer à leur insuffisance par les constatations faites sur les animaux, et en particulier sur les Mammifères. Parmi les Mammifères, le lapin est celui dont les phénomènes de la fécondation et de la gestation sont le mieux connus. Grâce, en effet, à la facilité de l’expérimentation sur cet animal, il a été possible de réunir chez lui une série ininterrompue de documents anatomiques qui ont permis d’établir « l’exposé graphique » du développement de l’œuf de ce Rongeur, [.a genèse des annexes embryonnaires y a été plus spécialement élucidée dans ses grandes lignes, le processus de leur évolution étant chez le lapin relativement simple.
Or, on a pu se convaincre, par la comparaison des stades correspondants de l’évolution des annexes chez l’homme et chez le lapin, qu’au point de vue embryogénique, il y a une grande analogie entre les deux espèces, en sorte qu’en bien des occasions ce qui s’applique à l’une peut s’appliquer à l’autre.
Toutes les fois donc que nous ne serons pas en mesure de décrire, d’après les constatations directes, les pliénomènes du développement tels qu’ils se présentent dans l’espèce humaine, nous les décrirons cliez le lapin, et de celui-ci nous cou*
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durons à l’homme. Mais nous ne le ferons que par nécessité. Cette façon de procéder est évidemment légitime, mais il était nécessaire d’en avertir le lecteur.
Tout organisme, si complexe qu’il soit, procède d’une cellule. Chez tous les Vertébrés sans exception, cette cellule unique résulte de l’union de deux éléments, ou produits sexuels, l’ovule et le spermatozoïde. C’est donc par l’étude de ces deux éléments que nous entrerons en matière.
Les produits sexuels apparaissent principalement pendant une période de la vie au cours de laquelle l’organisme est le siège de modifications profondes et variées, qu’il est indispensable de connaître. Aussi passerons-nous en revue les phénomènes épisodiques de la vie génitale, c’est-à-dire la menstruation et l’ovulation, et à l’histoire de l’ovulation nous rattacherons celle du corps jaune.
Nous verrons ensuite quelles transformations subit l’appareil génital, du fait de la grossesse, et quels processus régressifs s’y déroulent, à l’occasion du postpartum ; nous aborderons aussi l’étude de l’embryon, et nous examinerons la fécondation, la segmentation de l’œuf et la formation des feuillets germinatifs.
Enün, nous exposerons fliistoire des annexes de l’embryon. Dans ce dernier chapitre, nous nous sommes astreints à décrire les annexes fœtales, chez le lapin d’abord, chez l’homme ensuite. Grâce à cette division, nous avons évité de disperser l’attention du lecteur, et nous pensons avoir donné plus de précision à des descriptions assez ardues par elles-mêmes. Ce que nous avons dit plus haut nous fait espérer que cette étude, en partie double, rendra notre exposé plus clair, puisque nous allons de la sorte du simple au complexe, du connu à l’inconnu.
Ajoutons (pie, de parti pris, nous nous sommes efforcés de mettre en lumière les faits d’observation bien établis, et qu’en revanche nous avons laissé au second plan les hypothèses qui relient les faits, ou ((ui tentent d’en fournir une explication prématurée. Les généralisations par trop hâtives, bien loin d’activer la marche de la science, ne peuvent qu’en ralentir ou en arrêter le mouvement.
Qu’il nous soit permis, en terminant, d’adresser tous nos remerciements à notre maître M. le professeur M. Duval, à MM. les professeurs Prenant et Tourneux, et enfin â M. G. Spee, qui nous ont autorisés à reproduire leurs dessins. La partie iconographique de ce travail leur doit son principal intérêt.
Nous remercions enfin notre éditeur et ami G. Steinheil, qui a apporté â l’impression de ce livre toute sa patience et tout son soin.
.). Potocki et A. Branca.
l'ai'is, 15 octobre 1DU4.