CHAPITRE VII
LE CORDON OMRILÏCAL
Sous le nom de cordon, on désigne un tractus qui relie au placenta lembryon plongé dans la cavité amniotique.
Ce tractus, de constitution complexe, fait défaut aux premiers stades du déve-
Fig. 94- — Coupe schémaLique^de l’uLérus gravide chez la femme (d’après Wiedersheim,
empruntée à Prenant).
U, utérus; — eu, cavité utérine; — l, l, trompes; — dv, caduque vraie; — dr, caduque réiléchie; — pnds, placenta utérin ou caduque séroline; — pfehf, placenta fœtal ou chorion touffu; — chl. chorion lisse; — A, cavité amniotique remplie par les eaux de l’amnios; — vo, vésicule ombilicale atrophiée et cordon ombilical qui relie l’embryon au placenta. Dans l’embryon, on remarque: les vaisseaux ombilicaux a; le foie f, traversé par la veine ombilicale; le cœur c; l’aorte o; les veines caves supérieure et inférieiwe sc et ic; la veine porte p.
loppement ; mais, pour comprendre son mode de genèse, il importe néanmoins d’examiner de très jeunes embryons pourvus d’un pédoncule ventral.
LE CORDON OMBILICAL
Développement du cordon. — 1° Stade du pédoncule ventral. — L'embryon de Spee (0 mm. 4) était relié au cliorion par un pont de tissu mésodermique, large et court, que nous avons étudié sous le nom de pédoncule ventral. Un peu plus tard (embryon de 1 mm. S4), le canal allantoïdien pénètre dans le
Fig. 95. — Embryon humain de 11 millimètres avec son cordon (d’après
Ilis).
Fig. 96. — Embryon humain de 1/4 mm. 5 avec son cordon (d’après Ilis).
pédoncule ventral; l’intestin et la vésicule ombilicale commencent à se séparer l’un de l’autre.
Sur les embryons de 3 à 4 millimètres, le pédoncule ventral et la vésicule ombilicale sont rejetés sur le côté droit de l’embryon. A cette époque, la vésicule ombi-
PiG. 97.— Embryon de six semaines avec son cordon (d’après Tourneux).
licale communique avec l’intestin par un canal très court et très étroit, qui va constituer le canal vitellin.
Sur une coupe transversale, il est facile d’étudier la constitution du pédoncule ventral. Sur les trois quarts de sa circonférence, ce pédoncule est entouré par le cœlome; dans le reste de son étendue, il est en rapport avec l’amnios (amnios caudal). Le pédoncule ventral contient, outre le canal allantoïdien, deux veines et
LE CORDON OMBILICAL
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deux artères. Les veines sont larges et situées près de Lamnios ; les artères sont
Fig. 98. — Évolution du cordon. Les artères ombilicales sont entourées d’un trait d’épaisseur uniforme. Le contour des veines est marqué schématiquement par un trait semé de points. Le canal allantoïdien est représenté par un gros point noir.
1. Coupe du pédoncule ventral (d’après Minot, un peu simplifiée) ; 2. Cordon ombilical d’un jeune embryon humain. Le cœlome externe se prolonge dansîe cordon; ce cœlome est occupé par le pédicule de la vésicule ombilicale; 3. Cordon ombilical sur un embryon un peu plus âgé. La coupe porte au voisinage de l’ombilic ; une anse intestinale est engagée dans le cordon ; 4. Cordon ombilical sur le même embryon. La coupe porte à distance de l’ombilic ;5. Cordon ombilical à terme. (Les figures 2, 3, 4 et 5 ont été dessinées au même grossissement pour pouvoir être aisément comparées. Les contours sont rigoureusement exacts, mais les détails des tissus n’ont pas été figurés.)
petites ; elles flanquent de chaque côté le canal allantoïdien et occupent la
LE CORDON OMBILICAL
région du pédoncule qui fait saillie dans le cœlome. A ce stade, la vésicule ombilicale et le canal vitellin sont situés dans le cœlome, à quelque distance du pédoncule ventral. (Voir fîg. 98, i.)
Formation du cordon. — Le cordon commence à se constituer sur les embryons de 4 à 6 millimètres (21 à 25 jours). Il est encore très court, puisqu’il mesure seulement 2 millimètres et demi sur les embryons de 7 à 8 millimètres (26 à 28 jours).
La comparaison des dessins de la figure 98 permet de comprendre le mécanisme qui préside à la formation du cordon.
Sur la figure 98, % une partie du pédoncule ventral est en rapport avec l’amnios ; le reste du pédoncule fait saillie dans le cœlome qu’occupe la vésicule ombilicale.
Sur la figure 98, ^ (embryon de 35 à 40 jours), le cordon apparaît, en coupe, sous la forme d’un fuseau. Au niveau de son ventre, on trouve la veine ombilicale et les deux artères ombilicales qui escortent, de part et d’autre, le canal allantoïdien. Au voisinage de son insertion sur l’embryon, le cordon est creusé d’une cavité, le cœlome externe ; dans cette cavité chemine le pédicule du sac vitellin, accolé aux vaisseaux omphalo-mésentériques. La surface du cordon est tout entière revêtue par l’amnios.
Sur la figure 98, le cordon est constitué. Sa coupe est losangique. La gaine amniotique l’enveloppe de toutes parts. Par deux de ses côtés, cette gaine s’applique et se soude au pédoncule ventral ; par ses deux autres côtés, elle reste indépendante de ce pédoncule ; elle concourt à limiter le cœlome. Circonscrit, sur le reste de son étendue, par la région extra-amniotique du pédoncule ventral, le cœlome aiïecte, sur la coupe, la forme d’un triangle ; dans faire de ce triangle, chemine la vésicule ombilicale.
Le cordon, arrivé à son parfait développement, est un organe complexe : il est formé par du tissu conjonctif et des vaisseaux, par l’allantoïde et la vésicule ombilicale, enfin par un prolongement du cœlome ; sur toute sa surface, il est revêtu par famnios.
C’est dans l’extension considérable du sac amniotique qu’il faut chercher l’origine du cordon. L’amnios est d’abord appliqué sur l’ectoderme embryonnaire. Quand fembryon dépasse 4 millimètres, la cavité amniotique, jusque-là virtuelle, se remplit d’un liquide, le liquide amniotique. Les parois de l’amnios s’écartent progressivement de l’embryon, en réduisant l’étendue du cœlome externe. Llles finissent par s’accoler à la face interne du chorion. A ce moment le sac amniotique forme la majeure partie de la cavité blastodermique, précédemment occupée par le cœlome externe. Or, famnios se continue avec le tégument embryonnaire au niveau de l’ombilic. Il enveloppe donc les organes qui traversent l’ombilic et les rassemble en un faisceau, qui n’est autre chose que le cordon ombilical; à mesure que la cavité amniotique se distend, famnios s’applique plus étroitement sur les organes qui franchissent l’ombilic, et le cordon s’allonge et s’amincit.
3® Achèvement du cordon. — Quand il vient de se former, le cordon est
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large et court. Il est tendu, en ligne droite, de l’ombilic au cliorion : il suspend l’embryon dans la poche des eaux.
A mesure que l’embryon grossit, le cordon s’allonge, se tord sur lui-même (fin du 2® mois) et présente des flexuosités.
La dilatation que le cœlome présentait au voisinage de l’ombilic s’efface (1) graduellement, et l’anse intestinale, logée dans cette dilatation, rentre dans l’abdomen (3® mois).
Au début du 4® mois, le cœlome a disparu. Le cordon est alors un tractus plein, de 12 centimètres de longueur, que parcourent les vaisseaux ombilicaux et les annexes de l’embryon. Dans le cours du 4® mois, le cordon double de longueur (24 centimètres). Au moment delà naissance, sa longueur atteint 50 centimètres et parfois davantage.
Histogenèse du cordon. — Le cordon résulte de l’union de l’amnios avec le pédoncule ventral. Cette union devient si intime qu’il est bientôt impossible de séparer la gains amniotique de la masse mésodermique qui forme le squelette
Fig. 99. — Tissu muqueux du cordon sur un œuf de mouton.
du cordon. Le cordon apparaît donc constitué par un axe mésodermique, revêtu d’un ectoderme tégumentaire.
Sur les embryons du 2® et du 3® mois, l’épithélium amniotique est constitué par une, puis par deux assises cellulaires. 11 repose sur une masse de tissu conjonctif jeune.
Un peu plus tard (4® et 3® mois), le cordon est représenté par du tissu muqueux (gélatine de Warthon). Ce tissu est formé de grandes cellules à protoplasma granuleux ; ces cellules, munies de prolongements nombreux, sont anastomosées les unes avec les autres de façon à constituer un réseau : il s’agit donc d’un tissu réticulé. Les mailles de ce tissu sont occupées par une substance faiblement
- (1) Soit du fait de la croissance dn tissu muqueux du cordon, soit du fait de l’envahissement du cœlome externe par le tissu inter-annexiel. ,
LE CORDON OMBILICAL
colorable, qui, pour certains auteurs, est une substance intercellulaire, et qui, pour d’autres, est du protoplasma véritable (hyaloplasma) (fig. 99).
On trouve encore, dans le tissu muqueux, quelques faisceaux conjonctifs, minces et rectilignes, des leucocytes et quelques « vasa propria » émanés des vaisseaux ombilicaux (Ruge, Tait) ; ces vasa propria n'ont qu’une existence transitoire. Ils ont toujours disparu au moment de la naissance.
Quant à l’épithélium, il est disposé sur trois ou quatre assises. L’assise profonde de l’épithélium est l’homologue de la couche basilaire du tégument externe.
Fig. 100. — Ectoderme stratifié, constituant le revêtement du cordon
sur un œuf humain à terme.
Elle est formée de petits éléments dont le pôle d’insertion est hérissé de crêtes courtes. Les cellules moyennes sont plus volumineuses ; elles sont fixées les unes aux autres par de véritables filaments d’union. Quant aux cellules superficielles, elles sont très colorables, très aplaties et tassées, paroi contre paroi. Le noyau qu’elles renferment est plus ou moins atrophié.
Histologie du cordon au terme de la grossesse. — Revêtu par un ectoderme stratifié, dépourvu de couche cornée, le cordon ombilical est constitué par un squelette conjonctif que parcourent trois gros vaisseaux.
Le tissu conjonctif se montre sous une forme un peu différente de celle que nous avons constatée au 4® et au 5® mois. Les faisceaux conjonctifs ont augmenté de nombre et de taille. Ils sont isolés ou réunis en groupes. Des fibrilles élastiques (1) se sont différenciées, surtout à la périphérie du cordon. Faisceaux conjonctifs et fibres élastiques délimitent des mailles où fon trouve quelques éléments libres, ayant les caractères des leucocytes. En somme, le tissu muqueux a évolué vers le type fibreux.
Les vaisseaux du cordon, représentés au début du développement par deux veines et par deux artères, sont réduits depuis longtemps à une veine et à deux artères.
La veine, deux à trois fois plus volumineuse que les artères, garde sur toute sa
(i) Pour les organes du cordon, consulter les articles consacrés à ramnios, à l’allantoïde et à la vésicule ombilicale.
LE CORDON OMBILICAL
longueur un calibre uniforme. Les valvules qu’elle présente sont toujours peu développées ; elles ne font jamais obstacle au reflux du sang. La veine est aplatie sur les coupes, et sa paroi comprend : l® une tunique interne ; 2° une tunique moyenne, au sein de laquelle les fibres musculaires sont disposées en plexus et entremêlées de fibres élastiques (1).
Les artères sont petites et généralement enroulées en spirale autour de la veine ; elles présententsur leur trajet une série de dilatations et de rétrécissements, dus à la présence de valvules. Celles-ci ont une forme annulaire ou semi-lunaire. On les observe principalement au niveau des coudes que forment les artères ombilicales ; elles sont surtout nombreuses au voisinage du placenta. La paroi artérielle se plisse dans toute son épaisseur pour former ces valvules.
Les muscles de la paroi artérielle se disposent en deux couches : l’une interne, à fibres longitudinales, l’autre externe, à fibres circulaires. « Les fibres lisses sont volumineuses, régulières, et ne paraissent point mélangées de fibres élastiques. Enfin l’adventice fait défaut » (l’ourneux).
A la surface des vaisseaux ombilicaux, et jusqu’à 10 ou 12 centimètres de l’ombilic, Schott, Valentin et Kolliker ont décrit des nerfs. Les nerfs qui se rendent à la veine proviennent du plexus hépatique ; ceux qui rampent sur les artères sont originaires du plexus hypogastrique.
Il n’existe dans le cordon ni vasa propria, ni vaisseaux lymphatiques. Enfin on trouve parfois à la naissance, dans le tissu muqueux du cordon, des corpuscules épithéliaux, pleins ou kystiques, qui sont les restes du canal vitellin ou de l’allantoïde.
Sur le cordon consulter :
1872. — Berger, Sur la conformât, int. des vaisseaux ombilicaux. Arch. de Physiol.
1884. — Lemoine, Anal. gén. du cordon ombilical (thèse Lyon).
1897. — jNIinot, lliiman Embrijology.
(1) On remarquera avec Raineri (1901) qu’il n’existe jamais de fibres élastiques dans les annexes emliryonnaires. Le cordon seul fait exception à cette règle. Les libres élastiques apparaissent d’abord dans la paroi des vaisseaux. Au 3“ mois, elles occupent la tunique interne et la partie interne de la tunique externe ; au 0° mois, on les observe dans la totalité de la paroi vasculaire. C’est seulement au 9" mois (libelles se différencient dans le tissu muqueux du cordon.