L’OVULATION ET LE CORPS JAUNE
« Les ovules ne se forment point dans l’intérieur de l’ovaire, comme un produit de sécrétion dans une glande ; les ovules, provenant de répithélium germinatif, ne font que s’emmagasiner dans l’ovaire, qui est simplement le réceptacle dans lequel ils achèvent leur évolution. » Duval.)
En d’autres termes, l’ovule préexiste à l’ovaire ; son évolution une fois achevée, l’ovule se détache de l’ovaire [ovidalion] pour pénétrer dans la trompe [migration) ; son départ laisse sur l’ovaire une solution de continuité, aux dépens de laquelle se développe une glande à fonction transitoire : le corps jaune.
§ 1. — L’ovulation.
1» Phénomènes qui précèdent la déhiscence de l’ovule. — L’ovule est arrivé au terme de sa croissance. Il a déjà émis dans l’ovisac son globule polaire (1). A ce moment, l’ovisac fait saillie à la surface de l’un des ovaires. C’est une masse translucide, plus ou moins sphérique, qui peut atteindre le volume d’une cerise. Sur son pôle libre, on distingue une tache pâle, le stigma ou macula. Là s’effectuera la rupture de l’ovisac.
Le stigma représente, en effet, une zone de moindre résistance. A son niveau, la thèque interne fait défaut, et les vaisseaux sanguins s’arrêtent au pourtour du stigma, qu’ils encadrent d’un réseau vasculaire (couronne périmaculaire).
(i) Quand l’œuf émet deux globules polaires, le second globule est éliminé dans la trompe.
l’ovulation et le corps jaune
A ces modifications d’ordre macroscopique, correspondent des modifications d'ordre histologique.
Les cellules de la thèque interne ont augmenté de volume; elles se sont multipliées par mitose, puis ont pénétré, sous forme de bourgeons, jusque dans la cavité folliculaire.
Les cellules de la granulosa ont subi la surcharge ou la dégénérescence graisseuse. Elles vont se remplir d’un pigment, de couleur jaune, connu sous le nom de lutéine,et il deviendra impossible de les distinguer des éléments de la thèque interne.
[/ovocyte s’est séparé du cumulus proliger. I/ovisac n’a plus qu’à se rompre.
^2® Déhiscence de l’ovisac. — L’ovulation est un phénomène rythmique, qui se répète pendant toute la durée de la vie génitale, sauf pendant la gestation.
11 n’intéresse qu’un seul follicule ovarique chez la femme, qui, d’ordinaire, n’accouche que d’un enfant. Chez les animaux, la déhiscence porte sur autant d’ovisacs qu’il se développe de petits dans une même portée.
Les causes de la déhiscence ovulaire sont multiples. L’augmentation du liquor (Rindfleisch, Sobotta), l’accumulation des cellules à lutéine dans la cavité de l’ovisac, la congestion des vaisseaux ovariques, sont autant de facteurs capables d’augmenter la tension intérieure de l’ovisac. Vient un moment où la paroi de l’ovisac ne peut plus résister à cette tension, sans cesse croissante. Alors l’ovisac se rompt au niveau du stigma cpii constitue son point faible.
Le liquor est expulsé à travers un orifice, arrondi ou elliptique, de 1 millimètre (Léopold) ; il entraîne avec lui l’ovule qu’entoure, comme d'une coque, l’épithélium ovulaire.
La déhiscence de l’ovisac laisse sur l’ovaire une dépression irrégulière, que comblent les restes du liquor et de la granulosa, plus ou moins mélangés à du sang. Chez la femme, en effet, il se produit constamment une hémorragie ovarique ([lie détermine la rupture des vaisseaux de la thèque interne (Cornil).
3® Phénomènes consécutifs à la déhiscence (Migration). — Comment s’effectue la migration de l’ovule ? Autrement dit, comment l’ovule, une fois l’ovisac déchiré, arrive-t-il à pénétrer dans la trompe?
L’ovule, écrit Kiwisch, obéit aux lois de la pesanteur. Se développe-t-il sur l’ovaire loin du pavillontubaire?il tombe dans le péritoine, s’y égare et disparaît. L’ovisac s’ouvre-t-il, au contraire, sur la glande, à portée de la trompe? l’ovule rencontre alors un des replis muqueux du pavillon, s’y engage et pénètre jusqu’à l'ostium péritonéal.
Ainsi, dans l’hypothèse de Kiwisch (1), la pénétration de l’ovule dans la trompe ne serait que l’effet d'un pur accident. Au contraire, d’après la majorité
(i) Adoptée par Hyrtl et Kussmaul, cette opinion ne saurait être soutenue. Chez la souris, par exemple, qui entre en rut tous les 21 jours, on observe, tous les 21 jours, des ovules engages dans les trompes.
l’ovulation
des auteurs, la migration de l’ovule serait un phénomène absolument constant. Mais les divergences commencent quand il s’agit d’expliquer le mécanisme de cette migration.
Est-ce la trompe qui vient recueillir l’ovule à sa sortie de l’ovisac? Est-ce l’ovule qui se trouve brusquement projeté sur le pavillon? N’y a-t-il pas lieu de faire intervenir une disposition particulière des organes interposés entre l’ovisac et la trompe, pour expliquer la migration de l’ovule? Telles sont les trois conceptions sous lesquelles peuvent être groupées les théories multiples qu’ont proposées les physiologistes.
La trompe, disent Haller et Rouget, s’applique sur l’ovaire, pour recueillir l’ovule au moment de la rupture de l’ovisac. Mais le mécanisme de ce processus est interprété différemment par ces deux auteurs. Haller fait intervenir la turgescence de la trompe; Rouget invoque la contraction du ligament rond postérieur. A cette théorie, Tarnier et Chantreuil ont objecté que le pavillon de la trompe est de taille insuffisante pour s’appliquer sur toute la surface de l’ovaire. D’autre part, chez certains animaux, le pavillon de la trompe occupe une situation fixe, très loin de l’ovaire, si bien qu’il ne lui est pas possible de se déplacer pour arriver au contact de l’ovaire. La théorie tubaire ne saurait donc rendre compte de la migration de l’ovule.
Avec Kehrer et Liégeois, nous voyons soutenir une doctrine diamétralement opposée. La trompe reste fixe. C’est l’ovule qui fait tout le chemin, projeté qu’il est par l’éclatement brusque de l’ovisac. Mais nombre d’auteurs s’inscrivent en faux contre cette théorie. La déchirure de l’ovisac est trop étroite (Tarnier- Chantreuil) pour permettre une issue rapide de l’ovule. Kiwish, en outre, fait observer que la cavité abdominale est une cavité virtuelle dans laquelle tous les organes sont intimement appliqués les uns contre les autres ; il en résulte que les anses du tractus intestinal, qui plongent dans le petit bassin, appuient sur les organes pelviens (utérus, ovaire, trompe, etc.) et font mécaniquement obstacle à toute projection brusque de l’ovule dans la trompe.
L'ovule cheminerait donc lentement, de l’ovisac jusqu’à l’orifice du pavillon, et s’il ne s’égare pas plus souvent dans le péritoine, c’est qu’il existe des dispositions particulières qui facilitent sa migration. Ces dispositions sont d’ordre varié.
Certains physiologistes, avec Becker, admettent que l’ovule tombe dans le liquide épanché autour de l’ovaire. Ce liquide provient en partie du liquor de l’ovisac, en partie aussi d’une transsudation séro-sanguinolente qui se produit au niveau de la muqueuse tubaire, à l’époque de la menstruation. Avec ce liquide, l’ovule est entraîné dans la trompe et, de là, dans l’utérus.
Des anatomistes, comme Henle, croient que la face supérieure du ligament tubo-ovarien, en raison de la gouttière dont elle serait creusée, facilite la migration de l’ovule, qui glisse sur cette goultière. Pareille conception, en admettant qu’elle soit exacte, ne nous rend pas compte de la façon dont progresse l’ovule, de l’ovisac, d’où il provient, jusqu’à l’insertion du ligament tubaire.
Les histologistes, enfin, ont décrit des dispositions cellulaires qui permettent
l’ovulation et le corps jaune
à l’ovule de cheminer dans l’étroite zone péritonéale, interposée entre la trompe et la surface de l’ovaire.
Dès 1875, Neumann constate la présence d'épithélium vibratile dans le péritoine de la grenouille, en particulier au voisinage des trompes. Plus tard (1880), Duval et Wiett montrent que, chez ce batracien, le pavillon tubaire est fixé près du diaphragme. Les ovules sont bien pondus dans la cavité péritonéale, mais, avant que la ponte ovulaire se produise, l’endothélium péritonéal change de forme et de structure. 11 se revêt de cils vibratiles dont les mouvements, dirigés de l’ovaire vers la trompe, entraînent les ovules dans le pavillon. Les cils jouent donc un rôle capital dans le transport de l’ovule, chez les animaux où l’adaptation tubaire ne se fait point.
Dans l’espèce humaine, de Sinéty (1881), puis Flaischen ont montré que l’épithélium du revêtement ovarique pouvait présenter des cils vibratiles. D’autre part, chez la femme et chez nombre d’animaux (lapine), l’endothélium de la région tubo-ovarique se transforme, au moment de la ponte (Morau, 1891), en un épithélium vibratile. C’est par ces cils vibratiles que l’ovule, une fois sorti de l’ovisac, est dirigé vers la trompe, et c’est grâce aux cils delà muqueuse tubaire qu’il progresse ensuite jusqu’à l’utérus.
Uésumons tous ces faits. La migration de l’ovule est un phénomène non pas accidentel, mais absolument constant. D’autre part, la trompe ne se déplace point pour recueillir l’ovule que met en liberté la rupture de l’ovisac. C’est donc l’ovule qui doit se mobiliser pour pénétrer dans la cavité tubaire. Or, il est impossible que l’ovule, sortant brusquement de l’ovisac, soit lancé, à la façon d’un projectile, de l’ovisac jusque dans la trompe. On doit donc admettre une migration lente de Toviile.
Le facteur principal, peut-être même le facteur exclusif, de cette migration, c’est l’appareil cilié qui s’est développé aux dépens des cellules du revêtement de l’ovaire et du péritoine tubo-ovarique. Cette différenciation cellulaire, en vue d’une fonction transitoire, n’est pas un phénomène isolé dans l’organisme : elle n’est point faite pour étonner.
§2. — Le corps jaune.
IVEorphologie du corps jaune. — La déhiscence de 1 ovisac a laissé sur l’ovaire une solution de continuité. Cette solution de continuité se comble par la formation d’un tissu nouveau, connu sous le nom de corps jaune. Ce tissu s’hypertrophie parfois au point de faire saillie à la surface de l’ovaire (ectropion du corps jaune). Sa couleur, d’abord rouge, passe au jaune citron (corpus luteum), puis au blanc (corpus albicans). Finalement, le corps jaune entre en régression : son volume diminue. Ce n’est bientôt plus qu’une cicatrice superficielle, irrégulière et blanchâtre (corpus fibrosiim).
LE CORPS JAUNE
On a distingué deux types de corps jaune : les corps jaunes de la menstruation et ceux de la grossesse.
Les premiers se distinguent par leur moindre volume (1) et surtout par ce fait que leur régression commence très vite, du 10® au 1^® jour après la ponte, et s’achève 15 à 20 jours plus tard. Toute trace des corps jaunes de la menstruation disparaît complètement en 2 ou 3 ans.
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Fig. 17. — Coupe du corps jaune de la femme. Le centre du corps jaune est occupé par une cavité pleine de sang qui n’a pas été figuré.
1. La membrane épithéliale gaufrée qui constitue le corps jaune; — 2. Tissu conjonctif entourant le corps jaune ; — 3. Un corps jaune ancien réduit à une bande de tissu hyalin, avec la trace d’une cavité à sa partie inférieure.
Les corps jaunes de la grossesse se caractérisent par leur volume considérable (2 à 4 centimètres) et par leur longue durée. Leur atrophie commence seulement au 4® mois, ou même au 5®, ou au 6® mois de la grossesse. Cette régression s’effectue lentement. Elle est rarement complète. Un tel corps jaune laisse derrière lui une cicatrice profonde, étoilée, qui persiste presque toute la vie, de telle sorte qu’à l’autopsie d’une femme âgée, on pourrait déterminer le
(i) Waldeyer a montré que ce caractère n’a pas la valeur qu’on lui a longtemps prêtée. Il a observé deux énormes corps jaunes sur les ovaires d’une femme de 4b ans qui n’avait pas eu de grossesse depuis 20 ans (voir : Verhand. d. anal. Gesellsch. Tuhingen., 1899).
l’ovulation et le corps jaune
nombre de ses grossesses par le nombre de cicatrices laissées par les corps jaunes.
A part ces différences secondaires, les corps jaunes de la grossesse et de la menstruation présentent une évolution et une structure identiques. Nous confondrons donc, dans une même description, l’iiistogenèse et la structure de ces deux types de corps jaunes.
2® Structure du corps jaune. Exposé des faits. — L’ovisac une fois rompu, la tlièque externe revient sur elle-même. La thèque interne et les restes de la granulosa vont s’épaissir autour du caillot sanguin qui constitue le centre de figure du corps jaune.
Vers le 10® jour qui suit la déhiscence de l’ovule, le corps jaune est constitué par un noyau hématique, d’un diamètre de 5 à 10 millimètres. Ce noyau est entouré d’une membrane de nature épithéliale. Les deux thèques enveloppent le tout. Bientôt, la surface externe de cette membrane épithéliale présente un aspect
gaufré et se montre pénétrée par des bourgeons conjonctivo-vasculaires, issus de la thèque interne (fig. J 7).
Ces bourgeons, à direction radiaire, délimitent des lobules formés d’éléments volumineux. Ces éléments, de type épithélial, u possèdent un protoplasma dont la charpente filaire se condense dans le voisinage du noyau, vers le centre de la cellule, sous forme d’une masse compacte renfermant, au niveau de son centre, un, deux ou plusieurs corpuscules centraux ». Ces cellules, qui présentent un, deux ou trois noyaux arrondis, se multiplient par mitose, au début de leur évolution, et c’est surtout à la périphérie de la membrane gaufrée que sont abondantes les figures karyokinétiques. Plus tard, les cellules ne font que s’hypertrophier.
Dans les mailles du réseau protoplasmique qui constitue ces cellules épithélioïdes (1), sont logés du pigment et de la graisse. La graisse réduit l’acide osmique et se colore en noir. Le pigment, connu sous le nom de liitéine, se rattache au groupe des pigments clairs (lipochromes). 11 est soluble dans l’alcool. Sa présence caractérise les éléments du corps jaune (cellules à lutéine) (fig. 18).
Dès lors, les bourgeons vasculo-conjonctifs dissocient et polarisent leur évolution. Par leurs faces latérales, ils émettent des capillaires, qui fragmentent les
Fig. i8. — Cellules du corps jaune du lajiin, à un fort grossissement. En haut, un fragment de paroi vasculaire.
(i) Chez le hérisson, Regaud et Policard ont signalé, dans le cytoplasme des cellules à lutéine, la présence de protoplasma différencié sous forme de filaments, disposés par paquets, au voisinage du noyau (ergastoplasma).
LE CORPS JAUNE
lobes épithéliaux du corps jaune. Ces capillaires ne possèdent pas de gaine conjonctive. Le sommet des bourgeons est uniquement constitué par des cellules fixes ; il se prolonge jusqu’au caillot sanguin et pénètre dans ses couches les plus externes. C’est là le début de l’organisation du caillot.
La régression se poursuit. Au caillot sanguin se substitue un noyau fibreux. Ce noyau ne se vascularisé jamais et se montre formé de tissu conjonctif adulte. On y trouve des éléments conjonctifs (cellules et fibrilles), des leucocytes et des amas de pigment dont la résorption ne s’est pas encore effectuée. La membrane épithéliale qui entoure le noyau fibreux voit ses éléments perdre leur graisse et leur pigment ; puis elle diminue de volume et s’atrophie progressivement.
Finalement, le corps jaune passe à l’état de cicatrice. 11 n’a plus que 1 centimètre de diamètre. 11 a gardé, toutefois, son apparence lobulée, et, dans les dépres-
Fig. 19. — üii corps jaune ancien chez la femme.
1. Tissu conjonctif occupant Je centre du corps jaune ; — 2. Tissu conjonctif situé à I2 péripliérie du coi'i)s jaune ; — 3. La membrane épithéliale réduite à yne lame de tissu hyalin.
sions de sa surface externe, s’insinuent des prolongements bien vivants du stroma ovarien (tissu conjonctif et vaisseaux). Sur une coupe, on reconnaît encore le noyau central et la membrane gaufrée. Le noyau central est pâle et profondément déchiqueté ; il est en pleine dégénérescence ; on n’arrive à y colorer aucun noyau. La membrane épithéliale, qui formait la substance propre du corps jaune, est désormais incolore. Elle a perdu ses capillaires. Les éléments épithéliaux n’y présentent plus de noyau colorable ; leur corps cellulaire est pâle, et ses limites sont le plus souvent indistinctes. Le corps jaune représente alors une cicatrice morte, enclavée dans le tissu de l’ovaire (lig. 19).
Tel est l’exposé des faits observés, chez la femme, par Rabl, Cornil et van der Stricht. Mais les histologistes diffèrent d’opinion quand il s’agit d'expliquer l’origine des cellules àlutéine.
3° Origine des éléments du corps jaune. Les interprétations. — Les
cellules à lutéine proviennent-elles de la granulosa ? Autrement dit, ces cellules ont-elles une origine épithéliale ? C’est cette opinion qu’adopte Cornil pour la femme, et que soutient Sobotta pour la lapine et la souris, sur lesquelles ont porté ses recherches.
Les cellules du corps jaune ont-elles, au contraire, une origine conjonctive,
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et dérivent-elles des éléments de la tlièque interne? C’est à cette notion que se rangent Coste, Mis et Clarke.
Rabl et van der Striclit admettent une opinion éclectique. « Les cellules épithéliales du follicule et les cellules interstitielles de la tlièque interviennent dans la genèse des cellules à lutéine. »
Chez la femme, il est difficile de se prononcer en faveur de telle ou telle interprétation ; ce qui tient à l’insuftisance des examens microscopiques pratiqués sur des corps jaunes humains, dont il est très difficile de rassembler, dans de bonnes conditions, des exemplaires suffisamment nombreux et rigoureusement sériés. Mais la question ne semble présenter qu’un intérêt secondaire. Les éléments du stroma ovarique et ceux du follicule sont, en définitive, des éléments issus du même feuillet blastodermique. 11 est certain que les uns et les autres peuvent se charger de graisse ; il n’est pas impossible qu’ils puissent au même titre élaborer la lutéine.
Quoiqu’il en soit, le corps jaune nous apparaît comme une formation cellulaire, développée dans l’ovaire à la suite de la rupture de 1 ovisac. Elle a toutes les apparences d’un tissu épithélial. Elle semble se différencier aux dépens des cellules folliculeuses (cellules de la granulosa), c’est-à-dire aux dépens de cellules qui, primitivement, sont les cellules-sœurs de l’ovule.
Signification du corps jaune. — 11 nous reste à examiner quelle peut être la signification du corps jaune.
Waldeyer et Clarke ont admis tout d'abord que la présence du corps jaune entretient dans l’ovaire un régime vasculaire normal. « Si le riche réseau vasculaire qui entoure l’ovisac à maturité persistait après la déhiscence, il se développerait un tissu télangiectasique ; si, d’autre part, la formation des corps jaunes était comparable à un processus cicatriciel, tel que celui qui succède à un traumatisme, le parenchyme ovarique serait vite étouffé et incapable de remplir ses fonctions. » (Chrobak et Rosthorn.)
Beard estime que le corps jaune supprime ou rend abortive l’ovulation, pendant toute la durée de la gestation.
Le professeur Prenant insiste sur ce fait que le corps jaune, à sa période de plein développement, estconstituépardes éléments d’apparenceépithéliale. Ceséléments épithéliaux présentent un protoplasma réticulé et des enclaves; chez certains animaux, le cytoplasme élabore une zone différenciée d'ergastoplasma ; en outre, le noyau n’entre en division que pendant une courte période de l’évolution du corps jaune, et seulement au début de cette évolution. Tous ces caractères sont ceux d’un épithélium glandulaire. Le corps jaune est donc une glande. C’est de plus une glande à sécrétion interne, comme la capsule surrénale ou le thymus. En effet, on n’y trouve point de canal excréteur, et les cellules à lutéine s’y montrent au contact immédiat du réseau capillaire de l’ovaire.
Une telle interprétation ne saurait nous surprendre, puisque l’ovaire, en pleine activité, agit sur l’organisme à la manière d’une glande à sécrétion interne. Son extirpation chirurgicale provoque rapidement l’apparition de troubles variés,
LE CORPS JAUNE
et en particulier de troubles vaso-moteurs. La suppression lente et spontanée de la fonction ovarique détermine le syndrome del’a âge critique ».
Quand la fonction ovarique s’exalte, au lieu de disparaître, quand le produit de sécrétion augmente de quantité ou change de nature, des troubles d’un autre ordre se manifestent, l’ostéomalacie, par exemple, qui disparaissent par la castration (Febling, Revilliod).
Frankel, aprèsBorn, interprète d’une façon très originale le rôle du corps jaune. Pour lui, le corps jaune est une glande sécrétion interne, qui aurait pour fonction non seulement de préparer la muqueuse utérine à recevoir la greffe de l’œuf fécondé, mais encore d’assurer la fixation et le développement de l’œuf dans l’utérus. Aucune des lapines cliez lesquelles il avait enlevé les corps jaunes, du au 7® jour après le (mît, n’était devenue grosse, bien qu’elles fussent toutes fécondées. C’est que, après l’ablation des corps jaunes, la caduque utérine n’était plus dans les conditions requises pour recevoir la greffe de l’œuf. Le corps jaune aurait également pour rôle de présider à la nutrition de l’utérus et à la menstruation. Le produit de sécrétion du corps jaune exercerait donc une action vasodilatatrice sur les vaisseaux utérins.
5° Corps jaune vrai et glande interstitielle (faux corps jaune) (1). —
Mais, comme l’ont avancé Bouin et Limon, le corps jaune ne paraît être qu’un des organes de la sécrétion interne de l’ovaire.
A côté de lui, se différencie une glande, désignée sous le nom de glande interstitielle de V ovaire. Cette glande, peu développée chez la femme, acquiert une importance considérable chez les rongeurs : elle représente parfois les neuf dixièmes de l’ovaire. Elle est formée de 20 ou 30 lobes, arrondis ou polyédriques, séparés les uns des autres par des travées conjonctivo-vasculaires, d’où se détachent des trabécules grêles qui pénètrent dans l’intérieur des lobes glandulaires. Ces lobes sont constitués par des cellules, toujours moins volumineuses que celles du corps jaune. Ces cellules sont constamment chargées de graisse. Chez les sujets âgés, la glande interstitielle dégénère et disparaît.
Tandis que le corps jaune est d’origine épithéliale, la glande interstitielle est d’origine conjonctive. Le corps jaune dérive des cellules de la granulosa. La glande interstitielle provient des cellules de la thèque interne (cellules interstitielles): ces cellules « subissent une augmentation notable de volume et finissent par envahir la cavité folliculaire ».
De plus, le corps jaune résulte de l’évolution normale de l’ovocyte. Le follicule, arrivé à maturité, se rompt ; l’œuf est mis en liberté, et le corps jaune reste eomme le témoin vivant de cette évolution. Sa durée est plus ou moins longue, selon que l’œuf a été fécondé (corps jaune de la grossesse) ou qu’il a été simplement éliminé (corps jaune de la menstruation).
(i) Pour éviter des confusions, nous appellerons corps jaune vrai le corps jaune qui se développe à la suite d'une ponte ovulaire, suivie ou non de grossesse (corps jaune de la grossesse ou de la menstruation). Nous désignerons, d’autre part, sous le nom de faux corps jaune^ la glande interstitielle qui résulte de l’évolution d’un follicule atrésique.
l’ovulation et le corps jaune
Tout au contraire, la glande interstitielle provient de follicules jeunes. Ces follicules dégénèrent en grand nombre, pendant la période d’organogenèse de l’ovaire; les ovocytes disparaissent ; la place qu’ils occupaient est envahie par les cellules de la tlièque interne. La glande interstitielle est donc constituée par un amas de faux corps jaunes. Chacun de ces faux corps jaunes a pour origine un follicule atrésique.
Sur le corps jaune, consulter :
1877.— De SiNÉTY, De l’ovaire pendant la grossesse. Comptes rendus de VAcad. des Sciences.
189G. — SoBOTTA, Ueber die Bildung des Corpus luteuin bei derMans, Arch. f. mikr- Anal., XLVII, p. 261.
1897. — SoBOTTA, Ueber die Bildung des Corpus luteuin beini Kaninchen. Anal. Hefte, Bd. \hll, p. 469.
1897. — Beard, Thespanof gestation and the cause of tlie birth. Anat. Anzeig., XIV', p. 97.,
1898. — Prenant, De la valeur morphologique du corps jaune. Revue gén. des Sciences, no 16, p. 649.
1899. — CoRNiL, Notes sur l’hist. des corps jaunes chez la femme. Ann. de gynéc. t. LU, p. 878.
1901. — V. D. Stricht, La rupt. du foll. ovarique et l’histogenèse du corps jaune, C. R. Assoc. des Anal. Session de Lyon, p. 38.
1901. — Regaud et PoLicARD, Notes histolog. sur l’ovaire des mammifères. C. R. Association des Anal., p. 4b.
1902. — Bouin, Les deux glandes à sécrétion interne de l’ovaire. La glande interst. et le corps jaune, Rev. méd. de l'Est, i5 juillet.
1908. — Fraenkel, Die Function des Corpus luteuin. Arch. f. Gynæk., t. LXVRIl, p. 4^8-