‹ L'œuvre civilisatrice au Congo belgeChapitre 11 sur 37 · LES PRECURSEURS · texte numérisé non relu

LES PRECURSEURS

Il semble que l'impulsion qui porta tant de Belges à s'expatrier pour apporter leur pierre à l'édifice colossal élevé par un Roi patriote, résulte de qualités latentes qui ne se réveillent que dans des circonstances extraordinaires, pour vaincre cette répugnance à l'émigration que l'on a souvent reprochée, avec exagération, à notre race.

Il suffît de jeter un coup d'œil sur l'histoire de notre pays, pour retrouver des exemples nombreux de périodes d'exode qui démentent notre vieil adage national « Oost, West, t'huis best ;;.

De tout temps il s'est trouvé des savants, des missionnaires, des hommes de guerre, qui répandirent dans toute l'Europe et même dans les pays d'outremer, le renom du peuple belge.

A partir du xi^ siècle, on voit surtout les Flamands établir de florissantes agglomérations en Angleterre et dans le nord, l'est et le sud de l'Europe ; partout ils ont laissé de leur passage des traces telles que les historiens sont forcés de reconnaître que les pays où ils firent leur apparition, leur doivent le principe de leur grandeur actuelle.

Au point de vue militaire, les Brabançons et les Flamands étaient recherchés pour leur vaillance : s'agissait-il de se créer une garde du corps, un noyau de troupes aguerries, c'est à eux qu'on s'adressait.

Au XIV® siècle, Edouard III appela à Sudbury un groupe de Flamands qui apprirent aux Anglais l'art de travailler la laine au métier. Malheureusement, dans les siècles qui suivirent, des exodes en masse finirent par porter un coup fatal à la prédominance économique de la Belgique.

Plus tard, on vit de nombreux Flamands s'établir en Ecosse, à l'appel du roi Jacques P' (1430) et l'on retrouve des souvenirs de la présence des « Bolgs » jusqu'en Irlande.

Certaines provinces de l'Allemagne furent colonisées par les Belges : c'étaient des colons dans la compréhension la plus moderne du mot, qui appliquaient la méthode de colonisation dite « par proches » ; il est à remarquer que ce groupe comprenait non-seulement des Flamands, mais encore des Wallons et des représentants de toutes les parties du pays.

Presque toujours appelés par des princes qui se rendaient compte de ce que la présence de ces hommes probes, courageux, laborieux et entreprenants allait apporter de prospérité dans leur pays, les Belges s'étendirent vers le nord jusqu'au Danemark, vers l'est jusqu'en Hongrie, en Transylvanie, en Autriche et en Bohême ; à l'époque de Philippe le Bel on trouve des marchands flamands établis en grand nombre en France.

On conçoit qu'étant donnés leur esprit aventureux et leurs merveilleuses aptitudes colonisatrices, les Belges ne se soient pas fait faute de faire parler d'eux au temps des Croisades.

En somme, du xi^ au xiv® siècle, nos compatriotes montrèrent à suffisance qu'ils possédaient au plus haut degré les qualités qui distinguent les peuples colonisateurs ; malheureusement, pendant les siècles qui suivirent, la violence et l'oppression provoquées par la jalousie, amenèrent comme conséquence une régression marquée dans leur prospérité.

La colonisation des îles Açores, tentée par les Belges, peut être considérée comme la pierre de touche de leurs facultés colonisatrices : cet essai de colonisation de peuplement lointain est, en effet, le premier de ce genre, osé par un peuple moderne.

Le continent américain fut, lui aussi, pendant un certain temps, le point de mire d'un grand nombre d'émigrants belges.

La création de la compagnie d'Ostende, marqua le début d'une nouvelle ère de prospérité ; elle fut, hélas ! de courte durée : de trop nombreuses nations étaient intéressées à sa chute pour qu'elle put résister longtemps.

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