BIBLIOTHÈQ.UE DU PALAIS DU LUXEMBOURG
Peintures décoratives exécutées au palais du Luxembourg, à Paris. La décoration de la bibliothèque, commencée en 1845, fut terminée en 1847. Elle se compose d'un hémicycle, d'une coupole et de quatre figures d'angles en pendentifs. Toutes ces peintures sont exécutées sur toile marouflée. En cette œuvre, Delacroix a voulu traduire, non pas tant la pensée même de Dante, forcément circonscrite aux données du catholicisme, que celle que suggère à un homme de notre temps la lecture du quatrième chant de VEn/er, c'est-à-dire la glorification du génie humain. — Le dimanche 7 décembre 1879, la bibliothèque faillit brûler à quatre heures du soir; avec elle aurait disparu l'une des œuvres les plus glorieuses de notre siècle.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N" 967 : Hémicycle
Toile. — Diamètre 6"'8o, Développement io'"20. — Cat. A. Moreau, p. 2i3
Le sujet est tir<J de l'histoire littéraire de la Grèce. Alexandre, après la bataille dWrbelles, fait enfermer les œuvres d'Homère dans une cassette d'or abandonnée par l'ennemi. A la lisière d'un bois de palmiers et devant un immense trophée de dépouilles. Alexandre est assis sur le magnifique trône du vaincu, et, d'un geste noble, il fait renfermer le précieux trésor, tandis que ses soldats en foule apportent les étendards conquis. La Renommée vient offrir au conquérant la couronne et la palme. Toutes les figures des divers groupes mériteraient une profonde analvse, car il n'y a pas une négligence dans cet ensemble épique qui, tout bien considéré, est peut-être le chef-d'œuvre des compositions de Delacroix. Nulle part, d'ailleurs, il n'a exprime le moindre regret à son sujet, comme il l'a fait, par exemple, pour les hémicvcles de la bibliothèque du Palais Bourbon. — Aux pieds d'Alexandre arrive la suite si touchante de Darius, touchante surtout par une idée aussi bien exprimée que pensée. Il n'en est peut-être pas de plus poignante dans aucune création d'art des temps anciens et modernes. Les deux malheureux fils du vaincu sont accompagnés d'une suivante qui, penchée sur eux. les console amicalement. Elle-même est vêtue à la façon d'une pleureuse; sa draperie ne fait qu'un long pli — une larme qui coule jusqu'à terre. — L'aine des enfants, enveloppé d'une simple étoffe, baisse légèrement la tête, et semble hésiter à offrir au vainqueur, pour le fléchir, cette fleur qu'il tient en main. Mais c'est son jeune frère, nu comme 1 humble vérité, qui déchire le cœur. N'envoie-t-il pas, l'innocent, un baiser de paix à celui qui cause la ruine des siens! Plus âgé, il aurait peut-être le sentiment de son action et pourrait en rougir... Cet ordre, il ne l'exécute d'ailleurs que sous l'empire d'une seconde mère, dont la tâche est de sauver ces frêles existences. Devant lui, une femme à genoux prélude à l'émotion de ce groupe désolé. Par derrière, une vieille femme, en proie h de tristes remords, se crispe les mains. Assise à terre, elle lève les yeux vers une grande et fière créature, qui s'abandonne à sa destinée, le front ceint du diadème, les bras pendants. Tout autour les généraux sont forcés de déposer les armes. — Au côté opposé et au delà du groupe qui s'intéresse aux poèmes d'Homère, on aperçoit les fuyards en déroute renversés par les chevaux éperdus ou traînés par les chars brisés.
1845 L'ŒUVRE DE DELACROIX 25l
N" 968 : Coupole
Toile. — Diamètre 6'"8o, Développement 20™4o. — Cat. A. Moreau,pp. 213-214.
La composition forme quatre parties ou groupes principaux, mais sans solution de continuité. Au premier groupe, Dante est présenté par Virgile à Homère, qu'entourent les plus illustres poètes. Ce groupe iait face à la fenêtre. Le second groupe est celui des Grecs illustres; on y voit un génie ailé décernant la palme à Socrate. Au troisième groupe, Orphée par les sons de sa lyre charme les humains et apprivoise les bêtes. Le quatrième groupe est celui des Romains illustres; il réunit Porcia, Marc-Aurèle, César, Cicéron, Trajan. E. Delacroix a l'audace réfléchie de ses convictions et de ses intuitions (car il devine beaucoup). Le premier, il a osé retirer aux héros du paganisme et de la Fable leur masque de marbre. C est dans ses peintures décoratives du Luxembourg et de la Chambre des députés qu'il faut étudier l'interprétation moderne et pittoresque de l'antiquité historique. J'indique tout d'abord, a lin de n'y plus revenir, la double difficulté que l'artiste avait h vaincre et qu'il a vaincue dans la décoration de la bibliothèque du Luxembourg. L'une pouvait embarrasser le praticien, l'autre l'artiste, c'est-à-dire l'inventeur, le créateur. La surface que E. Delacroix devait couvrir a la forme d'une coupole éclairée seulement par une fenêtre placée en contre-bas, au niveau du parquet et dans une retraite profonde pratiquée dans l'une des parois latérales de la bibliothèque. L'eft'et de cette disposition architecturale est facile à concevoir; la lumière n'arrivant que d'un seul côté, de bas en haut et d'un point assez éloigné, un grand tiers de la coupole reste plongé dans une pénombre inévitable, même pendant les plus beaux jours, dans une ombre complète, lorsque le ciel est couvert. C'est dans de semblables circonstances que se manifeste ouvertement l'incomparable science de E. Delacroix, sa merveilleuse entente de l'art de peindre, son éclatante supériorité sur les artistes de l'école française. Toute composition était destinée en cet endroit h rester en partie noyée dans une impénétrable obscurité, si, par un suprême effort de la couleur, l'artiste ne réussissait à trouver pour la zone de l'ombre les tons les plus légers, les plus clairs, les plus propres à réfléchir chaque parcelle de lumière, sans néanmoins retirer rien de leur valeur normale aux sujets de la zone éclairée. Un peintre bien intentionné, mais moins savant, moins coloriste, puisqu'il faut nommer cette aptitude particulière à E. Delacroix, qu'on lui a tant reprochée en la comprenant si peu. un peintre moins coloriste, désireux d'obvier à cet inconvénient, n'y fût arrivé qu'à l'aide de violents contrastes, d'oppositions heurtées et systématiques. C'est par une série de dégradations successives, mathématiquement exactes, quoique conçues d'instinct, que Delacroix a réussi à neutraliser les dispositions défavorables de l'architecture, et à réaliser une œuvre d'une parfaite unité de ton et d'aspect. Je n'ajoute que pour mémoire qu'à l'égal des maîtres italiens, il a fait se dresser et seniouvoir les figures de sa coupole selon les lois de l'équilibre vertical, malgré la courbe sphérique de la surface peinte. Ceci est bon à rappeler aux personnes qui croiraient trop tacilement, pour l'avoir entendu dire, que E. Delacroix ne sait pas dessiner. La seconde difficulté contre laquelle l'artiste avait à se défendre est toute morale. Un homme qui a quelque hauteur d'esprit n'accepte pas volontiers l'héritage de la banalité. Or, la décoration d'une bibliothèque exige une série de motifs tellement prévus et si souvent reproduits, qu'il est rnalaisé d'échapper au danger des redites, ou seulement des réminiscences. Comment varier cet inévitable sujet ? Grouper dans un espace donné le plus grand nombre de personnages illustres dans les lettres ou les arts: Homère, Socrate, Platon, Virgile, Ovide, etc., les noms arrivent en foule et ont été l'objet de mille compositions antérieures. Plus d'un peintre — même de mérite — eût échoué contre ce thème usé comme un lieu commun. La difficulté se compliquait pour E. Delacroix d'une contrainte toute nouvelle, imposée à la nature même de son talent, qui ne s'était révélé jusque-là que dans la turbulence de la passion et la fièvre du mouvement. J'ai dit comment le praticien avait triomphé d'un obstacle purement matériel, la fausse distribution delà lumière; voyons maintenant comment l'artiste a triomphé de ces obstacles d'une autre nature. C'est à un poète que le peintre a emprunté le sujet de sa composition. Au seuil de l'enfer, Dante a entendu se moduler les soupirs pénétrants et
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résignés des hommes purs, des poètes, des guerriers célèbres qui, avant la naissance du Christ, emplirent le monde de leur nom. C'est par l'Elysée des Sages qu'il entre dans l'abîme. E. Delacroix a paraphrasé mot à mot, et même en y ajoutant quelques détails, ce quatrième chant de YEnfer. Il a divisé sa composition en quatre grandes parties. Le groupe principal, qui reçoit la lumière, est dominé par l'imposante image d'Homère, vers qui s'avance, le genou à demi ployé, le poète de la Divine Comédie, guidé par le chantre de l'Enéide. Autour du sublime aveugle se pressent Horace. le satirique; Ovide, l'auteur des Tristes: Lucain, tenant au poing le clairon de la Pharsale. Leurs yeux s'ouvrent d'une sereine et bienveillante curiosité sur leur jeune frère qui, vivant, est descendu dans les limbes, d'où, par la faveur des dieux, il ressortira vivant. La plus touchante figure de ce
groupe, à mon sens, celle par où E. Delacroix a rendu la plus grande somme de vie intérieure au monde antique, c'est la figure d'Ovide, sur laquelle il est revenu à plusieurs reprises. L'une des coupoles de la Chambre des députés représente Ovide che^ les Scythes, et il a traité le même sujet dans les dimensions d'un tableau de chevalet. Le poète qui écrivit les Amours, tes Héroides, l'Art d'Aimer, les Fastes, exerce une séduction visible sur l'âme du peintre. Mais ce n'est pas dans l'heureuse fortune qu'il le préfère, ce n'est pas au moment de la faveur du prince, aux heures frivoles et légères; c'est dans la douleur de l'exil. L'artiste a pénétré et rendu, avec une puissance d'analyse morale très vigoureuse, cette fine et douce phvsionomie élégante et voluptueuse, un peu molle, mais digne et charmante. Au groupe d'Homère, il est intéressant de comparer celui d'Orphée qui lui fait face. Le poète des temps héro'iques y est représenté recevant ses tablettes des mains de Sapho, et dictant à Hésiode, sous l'inspiration de la Muse, les traditions mythologiques de la Grèce. L'anachronisme est tellement évident qu'il suftit de le mentionner pour désigner l'intention symbolique du peintre. Le caractère particulier à cette portion de la coupole est la grandeur qui s'équilibre avec la majestueuse élégance du groupe des poètes par la simplicité familière des groupes voisins consacrés, l'un aux Grecs, l'autre aux Romains illustres. D'un côté Achille;
LŒUVRE DK DELACROIX
Alexandre appuve sur Aristote; Apelles qui s'apprête à fixer les traits du héros macédonien; puis Platon, Alcibiade et Aspasie écoutant les leçons du « plus sage des mortels, >> de Socrate, assis sous un bouquet de lauriers, auprès de Xé'nophon et de Demosthène. Du côté opposé, c'est Portia, montrant à Marc-Aurèle les charbons ardents, instruments de son suicide; c'est Caton d'Utiquc, tenant en main le Traité de Platon; c'est Trajan, et plus loin Cicéron et César; enfin, Cincinnatus. Sur cette simple énumération, on doit juger do l'ampleur de la composition. Ce qu'il faut y admirer, c'est le juste caractère des têtes, des attitudes et des attributs, qui répandent la clarté sur les intentions du peintre, et ne laissent aucun doute sur les personnages qu'il a voulu mettre en scène. Le charme de la coupole du Luxembourg réside surtout dans l'aisance avec laquelle, malgré leur grand nombre, toutes les figures qu'elle
contient se partagent l'espace, se meuvent, vont et viennent en largeur et en profondeur dans le vaste paysage qui les encadre et constitue une des grandes beautés de l'œuvre. Le triomphe de l'artiste, c'est d'avoir su ployer la fougue de son tempérament pittoresque aux exigences d'un sujet qui réclamait impérieusement te calme et la sobriété du geste. Lorsqu'on ne connaît le peintre que par ses tableaux de passion, l'on reçoit de la coupole du Luxembourg une impression inattendue, profonde et durable; l'angle sous lequel on était habitué à le voir s'élargit se.-isiblement, on découvre de nouveaux jours dans son talent. Le plus grand éloge qu'on puisse faire de cette œuvre de E. Delacroix, c'est qu'elle est une de celles, et elle^ssont rares parmi les siennes, qui reposent l'âme du spectateur et ne lui laissent aucun trouble. Après avoir attentivement considéré l'ensemble de cette composition oii, dans une nature toute idéale et vraie, circulent, rendus h la vie, ces héros et ces sages, on éprouve une ■pleine satisfaction, on emporte avec soi un sentiment parfait de sécurité et de sérénité. Je ne crains pas d'insister sur ce point, qui est très important dans une appréciation de Delacroix ; il est urgent d'en prendre note à la décharge des restrictions morales que comporte son admirable talent. Appeler l'attention sur la quiétude que laisse la bibliothèque du Sénat, c'est l'appeler aussi sur l'influence contraire qui domine dans les autres productions du même artiste.
N''' 969, 970, 971, 972 : Pendentifs
H. i™40, L. i™5o. — Non catalogué par M. Moreau. quatre pendentifs représentent la Philosophie, l'Eloquence, la Poésie, la Science Dndue "avec l'Histoire, et ces grandes manifestations de Tesprit humain sont sym-
Toiies hexagonales.
Les qi
confor
bolysées par saint Jérôme, Cicéron, Orphée, et par la Muse d'Aristote.
Premier pendentif: Saint Jérôme. — M. Moreau, parlant de ce sujet à propos de la réduction qui a appartenu à Théophile Gautier (voir n° 964), a commis un lapsus assez grave en disant que ce sujet est peint h la Chambre des députés. Du reste, M. Moreau, semblet-il, connaissait peu ou point ces admirables pages lorsqu'il a publié son livre, car il ne cite, p. 214, que la Coupole dans laquelle il introduit le groupe d'Alexandre à la bataille d'Arhelles, alors que ce groupe est tout simplement l'hémicycle autour de la grande fenêtre qui regarde l'avenue de l'Observatoire. Il ne cite pas non plus les quatre figures d'angle de la coupole ; cependant le catalogue de
la vente posthume précisait bien les divisions du travail : coupole, voussure, pendentifs.
Deuxième pendentif: Cicéron. — A propos de l'erreur de M. Moreau que nous avons dû signaler tout à l'heure, ajoutons que Théophile Silvestre, souvent si net et si précis, s'est abstenu de désigner clairement ces trois parties. Après avoir décrit la coupole en ses quatre groupes principaux, il dit tout simplement : Autre sujet. Et il décrit le sujet d'Alexandre, sans dire que c'est un hémicycle. Il ne cite pas du tout les pendentifs. La Madelène, lui-même, dans sa chaude brochure vivement tracée sous l'impression de l'Exposition posthume du boulevard des Italiens, n'a pas touché mot des peintures décoratives qui sont pourtant la plus grande gloire de Delacroix et de l'école française moderne.
Troisième pendentif : Orphée. — <i Le contour de la grisaille, disait Delacroix, doit être plus fortement tracé que celui d'une autre peinture. En modelant un sujet en grisaille, il est bon d'exagérer par la touche la saillie de certains morceaux éclairés. Il faut faire là des espèces de petits tas de couleur comme pour rappeler les principales proéminences des bas-reliefs antiques usés, dont les finesses ont disparu sous l'action du temps, mais dans lesquelles restent les fortes saillies et les grands plans. Une grisaille doit être ainsi faite pour que, pendant et après l'opération des glacis, ces épreuves de couleur dominent toujours et fassent avancer davantage les parties lumineuses. Les contours, quoique fermement et nettement arrêtés, fuiront d'autant mieux qu'ils seront moins empâtés en comparaison des milieux. »
Quatrième pendentif : La Muse d'Aristote. — Revenant sur le procédé de la grisaille, le maître ajoutait : « Il y a aussi dans ce procédé cet avantage pour l'avenir que, si les glacis venaient à disparaître par un accident quelconque, ces masses bien établies et bien ^ ^ ^ empâtées resteraient, et la peinture ressemblerait encore à ces vieux
'^*»«\'*'sïi«;;- -<î^t'î>\y bas-reliefs antiques qui, malgré les mutilations, conservent des traits de beauté ineffaçables. » Les réflexions du maître au sujet ' "'^.ilf J£^^«feSL?' des procédés de la grisaille témoignent d'une préoccupation de la forme et de sa durée qui est bien remarquable chez le peintre à qui l'on n'a voulu reconnaître que des qualités de coloriste. — On a dit, mais à tort, que la figure qui décore ce pendentif est celle d'Aristote.
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Année 1846
N° 97J : L'enlèvement de Rébecca
Dessin à la plume. — H. o'"2o5, L. o"'26o. — Photographié par Braun. — Vente posthume. — Appartient au musée de Lille, où il est entré par suite d'un don de M. de Laage. — Non catalogué par M. Moreau.
Ce dessin présente exactement la même composition que celle du tableau suivant, qui' doit être considéré comme un des chefs-d'œuvre de Delacroix.
N° 974 : L'enlèvement de Rébecca
Toile. — H. r"oo, L. o'"82. — Signé à droite et daté 1846. — Salon de 1846. — Exposition d'Alsace-Lorraine, juillet 1874. — Gravé à l'eau-forte par Hédouin pour l'Artiste, dans les dimensions de: H. o"'i8o, L. o™i45, et par Ramus pour la vente Sabatier,dans les dimensions de : H. o"'i45, L. o'"i20. — Photographié par Braun. — Vente Collot, 2g mai i852 : 2,900 fr. — Vente M. T..., (de Bruxelles), 9 février i856, 2,200 fr. — Vente Edwards, 7 mars 1870: 27,000 fr. ■ — Vente Sabatier, mai i883 : 5 1,000 fr.
— Appartient à M. E. Secretan, — Voir la variante à l'année i85q.
— Cat. A. Moreau, pp. 87, 181, 245.
(1 Ce qu'il y a d'admirable dans l'Enlèvement de Rébecca, c'est une parfaite ordonnance des tons, tons intenses, pressés, serrés et logiques, d'où résulte un aspect saisissant. Dans presque tous les peintres qui ne sont pas coloristes, on remarque toujours des vides, c'est-à-dire, de grands trous produits par des tons qui ne sont pas de niveau, pour ainsi dire; la peinture de Delacroix est comme la nature, elle a horreur du vide. » (Ch. Baudelaire.)
N°975 : L'enlèvement de Rébecca
Dessin à la mine de plomb. — H. 0^227, L. o'"2o3. — Signé à droite, daté 1846. — Vente posthume. — Appartient à M. Robaut. — Cat. A. Moreau, p. 181.
Ce dessin présente de nombreux changements dans le mouvement de la composition du précédent numéro. Les attitudes sont moins forcées. Ce qu'on ne saurait trop signaler non plus que trop admirer dans le génie de Eugène Delacroix, c'est le merveilleux et rare équilibre des facultés d'invention, la vivacité d'une imagination qui, de prime saut, trouve sans effort la grande expression d'ensemble du drame qu'il s'agit de mettre en scène, et la prodigieuse patience avec laquelle il reprend cet ensemble par le menu, afin d'en perfectionner le moindre détail.
N° 976 : Marguerite à l'église
Toile. — H. o'"55, L.
Signé à guiiche, daté 1846.-
Sjlon de 1846. — Exposition Alsace-Lorraine 1874. Photograpiiié par Braun. — Vente Collot, 29 mai i85 2 : 2, 140 fr. à M. Stevens. — Appartient à M. Fanien. — Voir à Tannée 1847. — Cat. A. Moreau, pp. 58, 181,245, 317.
« Marguerite à l'église » disait Baudelaire en 1846, « appartient a cette classe de-jh nombreuse de charmants tableaux de genre, par lesquels Delacroix semble vouloir expliquer au public ses lithographies si amèrement critiquées. » Hélas, Th. Silvestre n'a-t-il pas de son côté raconté ceci? « Je me trouvais avec l'illustre artiste à l'exposition des tableaux de madame la duchesse d'Orléans ; des niais, qui ne le connaissaient pas de vue, riaient en sa présence de ses meilleurs ouvrages : n Voilà déjà plus de trente ans que je suis livré aux bétes, » me dit-il, le visage pâle et la voix tremblante. M. Vitet, de l'Académie française, comparait un jour Delacroix h M. d'Arlincourt ; Lamartine — poète aveugle — lui attribuait innocemmentquelques pauvres peintures de M. Vinchonet l'accablait d'éloges; un journaliste balbutiait un jour dans son ivresse : «M. Delacroix peint avec un balai ivre. »
N" 977 : Turc assis fumant
Toile. — H. 0,24, L. o'"3o. — Lithographie par Laroche pour la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'i6g, L. o, '"200. — Vente baron de Mainemare, 21 février 1843: 201 fr. à M. Adolphe Moreau. — Cat. A. Moreau, pp. 127, 266.
Ce joli tableau est très expressifdans sa simplicité. On ne saurait trop le redire, Eugène Delacroix possédait au plus haut point les qualités fondamentales les plus diverses pour réaliser sa pensée; clarté dans l'exposition du sujet, vérité et naturel dans les attitudes toujours vantes, accessoires admirablement choisis et parfaitement pondérés.
N° 978 : Une odalisque
Toile de quatre à cinq. — Lithographie par Fischer pour la collection de M. Moreau, dans les dimensions de ; H. o"'236, L. o"'276. — Cat. A. Moreau, p. 127.
La lithographie représente le tableau en sens inverse. Nous avons eu déjà occasion de le dire, Eugène Delacroix passa une partie du mois d'août 1846 chez madame Sand. L'amitié, la douce et libre vie de Nohant, le commerce de Chopin le reposaient. « Je suis d'une paresse affreuse, écrit-il. Je ne fais rien ; à peine si je lis et les journées cependant ne s'écoulent que trop vite, car, malgré tout, il faut renoncer bientôt à cette vie de chanoine et retourner dans la fournaise où se brassent les idées bonnes ou mauvaises, car dans le Berry on a très peu d'idées et on ne s'en porte pas plus mal. » (Lettres, édition Burty.)
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N''^ 979, 980 : Jésus-Christ et saint Thomas
1" Dessin au trait. — Format in-folio. — Appartient à M. Andrieu. — Non catalogué par M. Moreau.
2° Toile. — H. o"'4o, L. o"'33. — Signé à gauche, non daté. — Vente à Fhôtel Drouot du 3 mars i856 : 770 fr. à madame Mahler. — Cat. A. Moreau, pp. 260, 261.
Le tableau est un peu sombre et non des meilleurs dans l'œuvre de Eugène Delacroix, du moins au point de vue de la couleur et de l'effet. La composition en est fort belle, au contraire, et remarquable comme toujours par la naïveté du geste et la grandeur de l'expression morale. La résignation indulgente du Christ, le geste apitoyé de la petite figure du fond, si émue, si tendre, avec un mélange de courroux contre saint Thomas, ont une rare noblesse. Par une simple mise au carreau, on Jransformerait aisément ce tableautin en grand tableau. C'est le propre des maîtres de ne rien faire de petit. Nous en signalons ici un exemple, mais il est peu d'œuvres de Eugène Delacroix au sujet desquelles on ne pourrait faire la même remarque.
N'' 981 : Cavaher arabe
ment grand. Tou
Pastel. — H. o™34, L. o'"26. — Signé au bas à gauche. — N° 14 de la vente de madame veuve Victor Blanc; mars 1882 : 485 fr. à M. Paul Tesse. — Non catalogué par M. Moreau
Le cheval blanc porte une selle rouge et bleu; il a la fière attitude des bêtes de noble race, lorsqu'elles sont impatientes de prendre leur course. Son maître s'appuie de la main droite sur la crinière; il est vêtu d'un grand burnous d'étoffe laineuse écrue, sous lequel apparaît un vêtement bleu. L'exécution de ce pastel est un peu lourde, mais d'un aspect véritable- 3 les sujets s'ennoblissent ainsi sous la main d'un vrai maître.
N"^ 982, 983 : Deux têtes de jeune femme
1° Crayons noir et blanc. — H. 0^45, L. o"'33. — La tête est de grandeur nature. — Don de Jenny Le Guillou à Constant Dutilleux. — Appartient à M. À. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.
2" Pastel. — H. o"'3o, L. o"'23. — La tête est de grandeur nature. — Don de Jenny Le Guillou à Constant Dutilleux. — Appartient à M. Rouart. — Non catalogué par M. Moreau.
La première tête rappelle le type de George Sand. N'est-ce pas là un souvenir de Nohant,où, nous l'avons dit tout à l'heure, Delacroix fit un séjour en cette année 1846. La seconde tête paraît n'être qu'une étude faite d'après le modèle; la coiffure et le type sont d'une Italienne.
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Tigre couché
Aquarelle. — H. 0^09, L. o"'i5. — Appartenait à M. Simon, à .-^ Crécy. — Non catalogué par M. Moreau.
Il y a une légère variante dans l'attitude du tigre entre l'eau-forte (voir n" J14) et l'aquarelle. Ici la tète de l'animal est complètement allongée dans le sens du profil au lieu d'être ramenée en avant. L'arrière-train est, à peu de chose près, le même. Dans l'un comme dans l'autre, d'ailleurs, le mouvement [est également superbe. — Enfin, dans l'aquarelle, la composition est en sens inverse de celle de l'eau-forte.
N** 98)' : Lion maintenant un serpent
Aquarelle. — H. o"38, L. o"^59. — Signée et datée 1846. — Salon de 1846. — Gravé sur bois pour V Illustration^ 1846, dans les dimensions de: H.o^ioS, L. o^ijo. — Le même bois accompagné la brochure de Henry de la Madelène. — Gravé en aquateinte par Masson, dans les dimensions de: H. o"'2io, L. o,320. — Appartient à M. Mahler. — Cat. A. Moreau, p. 104.
(i Ce lion peint à l'aquarelle,» écrit Baudelaire, « a pour moi un grand mérite, outre la beauté du dessin et de l'attitude ; c'est qu'il est fait avec une grande bonhomie. L'aquarelle est réduite à son rôle modeste et ne veut pas se taire aussi grosse que l'huile. »
N" 986 : Christ en croix
Toile. • — H. o"'8i, L. o^bS. — Signé au bas à droite et daté 1846. — Salon de 1847. — Exposition universelle de i855. — Exposition d'Alsace-Lorraine 1874. — Photographié pour Le5 Artistes vivants de Silvestre. — Photographié par Braun. — Caricaturé par Bertall. — Gravé par Courtry pour le catalogue des Cent chefs-d'œuvre, 1 883, dans les dimensions de : H.o"'2 27, L. o"'i82. — 'Vente Bonnet, 19 février i853 : 4,100 fr. — A appartenu successivement à MM.Solar, Osiris, Gavet, Fanien, et appartient aujourd'hui à M. Defoer. — Voir esquisse et variante aux années 1847 et i856. — Cat. A. Moreau, pp. 98, 02, 182,187,260,266.
0 Son Christ expire lentement, la face voilée par une demi-teinte m)sten(.ube au\ regards insolents de la populace ; cette agonie, toute violente qu'elle est, n'a rien de grossieiemi.nt pantelant; les dernières lancinations de la douleur physique tordent les mains et les pieds cloués; le sang jaillit des blessures béantes, mais non pas avec cette horrible abondance qui fait du calvaire un abattoir. Pour pousser â bout l'effet de son tableau, Delacroix n'a pas manqué d'agiter la nature extérieure : la terre tremble, le ciel s'obscurcit, le soleil traverse de lueurs ensanglantées les nuages noirs qu'un vent tempétueux roule les uns contre les autres, et traîne vers la terre comme des crêpes déchirés. La foule, enveloppée de ténèbres, reconnaît la mort du juste et la colère de Dieu. » (Th. Silvestre.)
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2bL)
N° 987 : Christ en croix
..-x-^ '-"^^lÔ-^-L^ Aquarelle. -
Morea
Non sisné.
Non catalo-
., « E. Delacroix est universel ; il a fait des tableaux de genre pleins d'intimité, des tableaux d'histoire pleins de grandeur. Lui seul, peut-être, dans notre siècle incrédule, a conçu des tableaux de religion qui n'étaient ni ES:- vides, ni froids comme des œuvres de concours, ni pédants, ni mystiques ii OU néo-chrétiens comme ceux de tous ces philosophes de l'art qui font de la religion une science d'archaïsme, et croient nécessaire de posséder ^ avant tout la symbolique et les traditions primitives pour remuer et faire :,^chanter la corde religieuse... Cela se comprend facilement si l'on veut 1 considérer que Delacroix est, comme tous les grands maîtres, un mélange admirable de science, c'est-à-dire un peintre complet, et de naïveté, c'est-à-dire un homme complet. Mais pour expliquer ce que j'affirmais tout à l'heure que Delacroix seul sait faire de la religion, je ferai remarquer à l'observateur que, si les tableaux les plus intéressants sont presque toujours ceux dont il choisit les sujets, c'est-à-dire ceux de fantaisie, néanmoins la tristesse sérieuse de son talent convient parfaitement à notre religion, religion profondément triste, religion de la douleur universelle. » (Charles Baudelaire.)
N° 988 : Lionne assise, lion debout
..>;,;. .f-^'^>i Croquis à la plume. — H. o'"i7, L. o'"3o. — Appartient à ^ C^f^M' \ ^" Georges Villot fils. — Non catalogue par M. Moreau. â&Jl^^/F^u' '^ " Dans les extraits des agendas de Delacroix publiés par Th. Silvestre, -, - -- "-■'4-^-;:: ~ - nous trouvons une longue note sur « les animaux et l'homme » que nous reproduisons en partie : c Les animaux ne sentent pas le poids du temps. L'imagination, qui a été donnée à l'homme pour sentir ses biens, lui procure une foule de maux imaginaires. L'invention des distractions, les arts, qui remplissent les moments des artistes qui exécutent, charment en même temps les loisirs de ceux qui jouissent du spectacle de leurs créations. La recherche de la nourriture, les courts moments de la passion animale, de l'allaitement des petits, de la construction des tanières, sont les seuls travaux que la nature ait imposés aux animaux. L'instinct les y pousse; aucun calcul ne les y dirige. »
N" 989 : Lion debout, lion assis
Croquis à la plume. —In-folio. — NoncataloguéparM. Moreau.
Et Delacroix continue : « L'homme porte le poids de ses pensées aussi bien que celui des misères naturelles qui font de lui un animal. A mesure qu'il s'éloigne de l'état le plus semblable à la bète, c'està-dire de l'état le plus sauvage à ses différents degrés, il perfectionne les moyens de donner l'aliment à cette faculté idéale refusée à la brute. Mais les appétits de son cerveau semblent croître à mesure qu'il cherche à les satisfaire. Quand il n'imagine ni ne compose pour son propre compte, c'est-à-dire quand il n'est pas artiste lui-même, il faut qu'il jouisse des imaginations des autres hommes comme lui. ou qu'il étudie les secrets de cette nature qui l'entoure et lui présente ses problèmes. »
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N" 990 ; Tigre couché dans le désert
Eau-forte. — Voir le 'pastel à Tannée i83o. — Vente posthume (premier état) : 35 fr.; vente De La Combe, i863 J (deuxième état): 10 fr.; vente Langlais, 3 juin 1868 (premier état) : 36 fr.; vente Soleil, i5 janvier 1872 (premier état) : 3i fr.; vente Forget, 9 décembre 1873 (premier état] : 10 fr. à M. Vignères ; vente Villot, décembre 1875, (premier état) : 33 fr. à M. Goupil ; vente His de la Salle, janvier 1881 (premier état): 61 tr.; vente Jacquemart, 1881 (premier état) : 37 fr. — Cat. A. Moreau, p. 22.
Premier état. H. 0,082, L. 0,124. Sans trait carré. Sans aucune lettre ni signature, bords non rectifiés ; dans le bas de la planche, certains travaux de roulette ont donné une demiteinte transparente qui tranche avec le blanc du terrain et fait l'effet d'une flaque d'eau. Deuxième état. Bords rectifiés. H. 0,073, L. o, 1 23, trait carré. En bas à gauche, sur la planche, signé à la pointe 0 Eug. Delacroix » ; à droite, » imp. Delàtre, à Paris ». Cette pièce a paru dans le Cabinet de l'Amateur et de l'Antiquaire, dirigé par M. Piot, année 1847. Troisième état. A gauche, « Eug. Delacroix; » à droite, « Piot, rue du Coq, 2. » Quatrième état. A^droite, « Imp. Delâtre ; » a paru dans l'Artiste.
11 existe une épreuve qui doit être le véritable deuxième état. Elle est signée c. Delacroix », sans nom d'imprimeur. — M. Burty possède au moins sept états de cette planche.
N" 991 : Le général Delacroix
Dessin à la mine de plomb. — H. o"'28, L. o'"2o. — Signé au bas, au milieu, des initiales E. D., suivies de ces mots : << mon bon frère.» — Exposition de portraits anciens, 1878. — Reproduit en cliché pour le journal ÏArt, n° 21 3, 26 janvier 1879, dans les dimensions de : H. o"M 5o , L. o"'i 3o. — Collection de feu M. Riesener. — Cat. A. Moreau, p. 238.
C'est à la fin de l'année 1845 que le maître perdit son frère, le gé- \ néral Delacroix, sans avoir eu la consolation de lui fermer les yeux. * Il écrivit, le 3 janvier, à son ami Pierret : « Je suis arrivé trop tard pour trouver mon pauvre ami vivant. Au milieu de tant de cruelles émotions, j'ai trouvé ici quelques personnes aimant mon frère qui se sont chargées de presque tout ce qui était à faire pour les funérailles. Elles se sont faites hier. J'ai été bien touché de l'empressement des militaires. Il y avait une émotion pleine de respect et de convenance dans ces jeunes officiers, à la vue de ces nobles restes, de cette vie modeste, de cette noble vie. » Eugène Delacroix composa pour son frère une épitaphe qui débute ainsi : u Ici repose le corps de Charles-Henri Delacroi.v, baron de l'Empire, maréchal de camp, commandant de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de Fer, né h Paris le 9 janvier 1779, mort à Bordeaux le 3o décembre 1845. u II lui fit élever un tombeau, au sujet duquel il écrivit, le 28 avril 1846, des lettres fort intéressantes à M.- Roche, architecte. Ces lettres, communiquées en 1875 à M. A. Robaut, par M. Demonts, intendant militaire à Versailles, neveu de M. Roche, ont été publiées par M. Burty. On y verra quel souci du style Delacroix apportait en toute chose. Non seulement il choisit la forme générale du monument, mais il en précisa tous les détails par des croquis. — Voir aussi à l'année 1822, n" 5i, un autre portrait du général Delacroix.
N"^ 992, 993 : Baptême de CJovis par saint Rémi
i" Dessin à la plume. — H. o"'35, L. o"'43. — Ni signé, ni daté. — Appartient à M. Georges Villot. — Non catalogué par M. Moreau.
Devant d'autel brodé par madame C. -Frédéric Villot, d'après un dessin i /^ I ^=' -?«^=ç^ Js même dimension composé par Eugène Delacroix, représentant le
M\— I V^^^ ,-^^^ baptême de Clovis par saint Rémi, pour l'église de Draveil. Le
fer^.£k jïsvii}l' ^L^ dessin original, qui appartient à M. Georges Villot, est exécuté à la P ^i..ï3r±l rz2is.*wa:^ plume, h grands traits, sur papier h la forme, il n'est ni signé, ni *"= daté, mais M. Georges Villot sait qu'il est du mois d'aoCu 1846. Affirmation confirmée par une jolie lettre de Nohant,où Delacroix était chez madame George Sand,avec Chopin. — « Dites à madame Villot, ou répétez-lui, que je suis à ses ordres pour le fameux Saint-Rémi ; dites-lui aussi que je lui ferai une peinture superbe, si elle veut m'aider à intriguer auprès de M. de Rambuteau, auquel je voudrais tirer une carotte, et j'ai pensé que madame Villot, qui connaît madame de Rambuteau, pourrait peut-être avoir plus de succès que qui que ce soit. » (Lettre à M. Villot, du 19 août 1846.) 2" Il a passé a la vente posthume sous le n" 3-4 un autre dessin de la même composition, adjugé au prix de 33 francs h M. Lenoir.
N" 994 : Panthère se frottant
Croquis mine de plomb. — H. (i"'oh, L. <)'"i5. — Non cata-
l'i^K-'i 'iJ/jh ,'^ logue par NL Moreau. ^~C^t^'~\t~^- zr--" ■^'''' "^'^ plusieurs jours ii me rer
sposer, et, à peine établi, il me faudra songer h déguerpir, n écrit Delacroix, de Nohant, à M. Pierret. » C'est l'histoire de toutes les situations de la vie. C'est l'instable qui est le fixe. C'est sur l'incertain qu'il faut baser. Il en résulte qu'à cause de la brièveté des moments où nous pouvons jouir du repos ou d'un certain état de plaisir, nous sommes dans l'appréhension continuelle de l'état prochain qui nous menace et du fardeau qu'il faudra reprendre. Voilà la grande supériorité des animaux sur nous, et qui égalise un peu la balance en leur faveur. Dans la répartition des biens et des maux attachés à leur condition et à la nôtre, la nature leur a accordé le don de jouir plus pleinement de l'instant favorable et leur cache mieux en même temps les côtés menaçants de la vie mortelle. »
Année 184
N° 99^ : Christ en croix. — Esquisse
Toile.— H. o"'37,L.o'"25.— Appartient a M. p. Meurice.— Non catalogué par M. Moreau. Cette esquisse est très remarquable; elle n'offre d'ailleurs que des variantes insignifiantes au tableau de 1846. (Voirie n° 986.)
XEUVRE DE DELACROIX
N"^^ 996, 997 : Christ en croix
J un rou^i ï.olJatb gai les autres
1" Toile. — H. ()'"4o, L. o"'j2. — Sigmi à gauche, non date. — Exposition Duranci-Ruel, 1878. — Gravé à Teau-forte par F. Flanieng, dans les dimensions de : H.o"Mi5, L. o'"o87. — Première %cnte Laurent-Richard, 7 avril 1873 : 29,000 fr. à M. Durand-Ruel. — Avait appartenu à M. Gavet. — Cal. A. Moreau, p. 266.
Pastel. — H. o"'3o, L. 0^2 1. — Signé au bas, à gauche. — Appirtient à M. Haro. — Non catalogué par M. Moreau.
I c catalogue de la vente Laurent-Richard décrivait ainsi le tableau : « Le Christ apparaît dans toute sa hauteur, au centre du tableau. Au pied de la croix, Madeleine, dont l'épaule nue se dégage lumineuse, d'une draperie L intense à gauche, la Vierge évanouie entre les bras de saint Jean. A droite, dant le divin supplicié. Le corps du Christ seul se développe dans son entier: tous personnages sont coupés à mi-corps. La tonalité générale est très fine. "
N° 998 : Mater Dolorosa
Toile de petites dimensions. — Non catalogué par M. Moreau.
N" 999 : Christ au Jardin des Oliviers
Pastel. — Voira Tannée 1826, n°*i 77, 178. — Non catalogué par M. Moreau. Nous avons déjà indiqué l'existence de ce pastel (voir le n" 1781 dont nous ne trouvons de trace que dans la correspondance du maître, lettre du 6 mars 1847, ^^ ^'^- Roche.
N° 1000 : Ivanhoë et Rébecca dans le château de Front-de-Bœuf
Toile. — H. o'"27, L. o'"2i. — Signé à gauche, non daté. — Photolithographié par Arosa dans les dimensions de : H. o"M22, L. o'"097. — Vente B., 20 février i853:3oo fr. à M. Arosa; vente Arosa, février 1878 : 3, 000 fr. à M. Desprez. — Cat. A. Moreau, pp. 247, 248.
On lisait au revers du cadre cette légende écrite au cravon de la main même de Delacroix : n Ivanhoë, blessé au château de Front-de-Bœuf; la juive Rébeccalui raconte les événements de l'assaut qui se livre pour les délivrer. (Ivanhoé. Walter-Scott.) » Ces écritures qui formaient cinq lignes n'existent plus depuis la vente Arosa, parce qu'alors on a change le cadre sans prendre la précaution d'en faire tout au moins un facsimile. — Rappelons ici un aphorisme du maître. « Rubens sacrifiait parfois le style et la convenance pittoresques à la couleur, par exemple dans ses Sirènes de la galerie de -Médicis. 11 vaut mieux tout sacrifier h la convenance et à l'expression réelle du sujet. »
L'ŒUVRh 1)K l)i;i.ACR01X
N" looi : Persée et Andromède
Toile esquisse. — H. o'"42, L. o"'H3. — Signe à gauche, non date. — N" 64 de la Vente posthume : 85o fr. à M. Jadin. — Voir à Tannée 1854. — Non catalogué par M. Moreau.
N" 1002 : Persée et Andromède
Réplique
-Vente Henri Didier, 12 de du I I mai 1868 : 3. 000 fr. -
Toile. — H. o'"42, L. o"'33. cembre 1854 : 460 fr. — Venti Cat. A. Moreau, p. 25 5.
En présence de ce tableau et de la hardiesse extraordinaire de la figure de Persée, je pense h la belle page que Delacroix écrivit à propos de Gros, mais où l'on peut croire qu'il plaidait sa propre cause en plaidant celle du génie : « Il semble qu'on peut affirmer que le caractère le plus général du génie est la hardiesse et la confiance dans la force de ses conceptions. Si l'on examine avec attention tout ce qui fait véritablement la beauté dans les ouvrages des grands maîtres, on verra qu'un esprit juste, mais timide, enchaîné par l'usage et les précédents, n'aurait jamais risqué certaines images, certaines expressions, certaines tournures qui saisissent par un rapport frappant de l'idée avec la forme qui leur est donnée. Qu'on examine dans les ouvrages célèbres toutes les beautés consacrées et dont l'habitude a rendu l'efiét moins piquant, on verra qu'elles étaient, presque toutes à leur apparition, de nature à choquer les puristes. »
N° 100^ : Roger délivrant Angélique
Toile. — H. o™265, L. o"^35o. — Signé à gauche, non daté. — Venté Marmontel, 4 février i858 : 1,220 fr. à madame la baronne Nathaniel de Rothschild. — Cat. A. Moreau, pp. 255, 256.
M. Moreau catalogue cet admirable tableau sous le titre de « Persée et Andromède », et le musée de Grenoble, qui en possède une variante, le baptise « Saint Georges ». (Voir h l'année 1854.) Il y a erreur de part et d'autre. Au costume, il est évident que le héros n'est point Persée, il n'est pas davantage un saint Georges. La méprise s'explique d'autant moins de la part de M. Moreau, qu'il mentionne ailleurs un autre tableau d' « Angélique et Roger après la délivrance » qui fait partie de la même collection. (Voira l'année 1860.) — «Vu à une distance trop grande pour analyser ou même comprendre le sujet, un tableau de Delacroix a déjà produit sur l'âme une impression riche, heureuse ou mélancolique. On dirait que cette peinture, comme les sorciers et les magnétiseurs, projette sa pensée à distance. Ce singulier phénomène tient à la puissance du coloriste, ;i l'accord parfait des tons et à l'harmonie (préétablie dans le cerveau du peintre] entre la couleur et le sujet. Il semble que cette couleur, qu'on me pardonne ce subterfuge de langage pour exprimer des idées fort délicates, pense par elle-même, indépendamment des objets qu'elle habille. » (Ch. Baudelaire.^
N" 1004 : Roger délivrant Angélique — Variante
Dcisin à la mine de plomb. — H. o'"26o, L. o'"325. — Vente posthume. — Appartient à M. Alfred Rohaiit. — Non catalogue par M. Moreau.
( Une qualité très grande, très vaste du talent de M. Delacroix, et qui fait de lui le peintre aimé des poètes, c'est qu'il est essentiel- '.ment littéraire; non seulement sa peinture a parcouru toujours littératures; non seulement elle Byron, Dante,Walter Scott, Shaspeare, mais elle s'ait révéler des idées d'un ordre plus élevé, plus fines, plus protondes que la plupart des peintures modernes. Et remarquez bien que ce n'est jamais par la grimace, par la minutie, par la tricherie de moyens que M. Delacroi.K arrive à ce prodigieux résultat, mais par l'ensemble, par l'accord profond entre sa couleur, son sujet, son dessin et par la dramatique gesticulation de ses figures. » ;Ch. Baudelaire.)
T^ qui rait ae lui le peiuiie aune; ui;b
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^» 5 ■" ^^^■Ct-?*'^ ^^"-^ succès le champ des hautes
7> !^Viîi^j;^^c^>^ 1 triduit, elle a fréquenté Arioste,
N" 100^ : Tigre royal couché
Toile. —H. o'"40, L. o"'54. — Gravé a i'eau-forte par Rhodon pour le catalogue Laurent Richard, 1878, dans les dimensions de : H. o'"io4, L. o"M4i. — Voir à Tannée i82q. — Vente Laurent Richard, 1878 : 1 1,800 fr. — Non catalogue par M. Moreau. Aspect général très rouge. La composition en est à peu près la même que celle de la lithographie de ^829. C'est h cetableau que Delacroix fait allusion quand il écrit à M. Roche, le b mars : i> .l'eusse désiré aussi, dans cette circonstance, vous envoyer quelque chose de plus important. Je n'ai pu m'y remettre qu'après mon travail du Luxembourg. Je ne sais si le suj^-t vous plaira. Comme au dernier Salon j'avais exposé un Lion qui avait généralement fait plaisir, j'ai pensé à vous envoyer une espèce de pendant à ce tableau. »
N"'' 1006, 1007 : La mort de Lara
I" Toile. — H. o'"5r, L. o"'65. — Signé à gauche, daté 1847. — Salon de 1848. — Voir une variante à l'année i858. — Appartient à madame Delessert. — Cat. A. Moreau, - p. i83.
2" Dessin à la plume. — H. o'"234, L. o'"340. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut dans les dimensions de : H. o"'24, L. o"'34. — Vente Sensier : i5o fr. à M. Ernest Chausson. — Non catalogué par M. Moreau.
grand col et des manchettes de Kalès, le rouge éclatant de son manteau, le brun du vêtement de Lara et sa doublure blanche, toutes ces tonalités font un vibrant effet et produisent l'étrange aspect d'un lambrequin tombé.
Dans le tableau, le blanc du
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N' 1008 : Mort de Valentin
Toile. — H. o"'S2, L. o"'65. — Signé à droite, daté 1847. — Salon de 1848. — Exposition universelle de i855. — Lithographie par Mouilleron, en sens inverse, dans les dimensions de : H. o'"23i, L. o'"i83. — Vente Collot, 29 mai i852 : 4,750 fr. à M. M. Cottier, qui en a légué la nue propriété au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. i33, i83, 245.
('Quand on a parcouru quelque vieille ville d'Allemagne, Nuremberg, par exemple, on est frappé de l'extrême vérité locale de la mort de Valentin. — Voilà bien les hautes maisons aux pignons denticulés, aux fenêtres maillées de plomb, aux étages en saillie, aux cheminées de brique où nichent les cigognes, la rue étroite et sombre qui se termine en escalier et laisse voir au bout de sa perspective, la cathédrale vaguement ébauchée parla lune derrière un rideau de brume. Valentin, le brave soldat, gît sur le pavé, hk'ssé à mort, entuuré de quelques voisins, des têtes se montrent aux croi'sées à la lueur des lampes; Marguerite, pâle comme un spectre dans le linceul de son vêtement nocturne, se tord les mains de désespoir, et subit pour première punition de sa faute les invectives du grossier, mais honnête soudard. Au fond, Faust et Méphistophélês se sauvent, montant les degrés quatre à quatre avec la prestesse de gens qui viennent de faire un mauvais coup. La pose et le geste de Marguerite sont d'une grandeur vraiment tragique, quoique la hgure ait à peine quelques pouces de hauteur ; on dirait que M. Delacroix a vu mademoiselle Siebach dans Faust, et a reproduit une de ses attitudes si pathétiques. » (Th. Gautier.) — Notre vignette est, comme la lithographie de Mouilleron, en sens in\erse de l'original.
N" 1009 ; Marguerite à Téglise. — Esquisse
Toile. — H. o"'35, L. o"'46. — N" 12Ô de la Vente posthume : 700 tr. — Appartient àmadame la baronne Rivet. — Voir à l'année 1846. — Non catalogué par M. Moreau.
C'est une variante du tableau de 1846. Elle se rapproche moins que celui-ci de la composition du Faust, lithographie par Eug. Delacroix. Le groupe de Marguerite et de Méphistophélês est à peu près le même, mais le cadre s'est considérablement agrandi ; l'église est vue en perspective profonde. « En général, » dit Baudelaire, « il ne peint pas de jolies lémmes, au point de vue des gens du monde, toutefois. Presque toutes sont malades et resplendissent d'une certaine beauté intérieure. 11 n'exprime point la tbrce par la grosseur des muscles, mais par la tension des nerfs. C'est non seulement la douleur qu'il sait le mieux exprimer, mais surtout, prodigieux mystère de sa peinture, la douleur morale! »'Et, sous une autre forme, Baudelaire reprend et complète cette même pensée : « Edgar Poê dit, je ne sais plus où, que le résultat de l'opium pour les sens est de revêtir la nature entière d'un intérêt surnaturel qui donne à chaque objet un sens plus profond, plus volontaire, plus despotique. Sans avoir recours à l'opium, qui n'a connu ces admirables heures, véritables fêtes du cerveau, où les sens plus attentifs perçoivent des sensations plus retentissantes, où le ciel, d'un azur plus transparent, s'enfonce comme un abîme plus inlini, où les sons tintent musicalement, où les couleurs parlent, où les parfums racontent des mondes d'idées! Eh bien, la peinture de Delacroix me parait la traduction de ces beaux jours de l'esprit. Elle est revêtue d'intensité, et sa splendeur est privilégiée. Comme la nature perçue par des nerfs ultra-sensibles, elle révêle le surnaturalisme. <>
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N" loio : Naufragés abandonnés dans un canot
Toile. — H. o'"35, L. o"*5i. — Salon de 1847. — Appartient à M. Hattat. — Cat. A. Moreau, (p. 182. Un critique éclectique, à peu près oublié aujourd'hui, Frédéric iMercey, qui reprochait à Delacroix de peindre des tableaux un peu trop comme des esquisses, ajoutait cependant : « Le mouvement est énergique et naturel, l'expression vivante et vraie ; si le dessin n'est qu'indiqué, la couleur qui revêt ces formes indécises est répandue sur toute la composition avec la profusion d'un homme qui connaît sa richesse et qui aime à en jouir. C'est du superflu qui plaît, du désordre splendide. M. Delacroix possède au plus haut degré un genre du mérite fort rare. Il choisit avec un tact merveilleux l'attitude la plus vraie, la plus conforme à l'état moral du personnage qu'il veut représenter, et il la fixe sur son tableau telle qu'il l'a conçue. Aussi, toutes ses figures sont-elles possibles et humaines. »
N" loii : Musiciens juifs de Mogador
Toile. — H. o'"5o, L. o'"70. — Signé à droite. — Salon de 1847. — Lithographie par Loutrel pour la collection Moreau dans les dimensions de : H. o™i95, L. o"^232. — Gravé sur bois pour Y Illustration dans les dimensions de : H. o"M20, L. o'"i45. — Cat. A. Moreau, pp. 126, 147, 182.
Le tableau fut acheté avant le Salon par M. Adolphe Moreau. Quoique cette année 1847 soit une des plus chargées de travaux accomplis par Delacroix, peut-être même à cause de cela, sa santé était très inégale, ses lettres en font foi et aussi de quelque philosophie. Il écrit a son ami Soulier : «... Tu as raison, il faut prendre au vol le bonheur passager que comporte encore la vie h notre âge. Je me regarde comme ce mouton enferme dans une bergerie qu'on laisse brouter çà et là quelque maigre provende jusqu'à ce qu'une grande main vienne l'emporter et le faire disparaître. ■>
N" 1012 : Bouquet de fleurs
Carton. — H. o'"45, L. o'"58. — Non signé. — Légué au baron Rivet. — Non catalogué par M. Moreau.
Ce sont deux bouquets peints sur mauvais carton tout bombé, accouplés, placés chacun dans un vase ordinaire et composés de dahlias, chicorée sauvage, coréopsis, datura, graines de sureau. — Un élève dont nous parlerons au numéro suivant, n'ayant pas sur place un palmier pour modèle, Eugène Delacroix lui donna un pot d'œiUets dont les tiges et les feuilles divergentes lui suffirent. Et le maître ajouta : « Tout ce qui, dans la nature, se rapproche en petit ou en grand de l'objet que vous avez à peindre, doit vous servir, à défaut d'un modèle véritable. 11 faut se laisser aller à ses impressions, travailler librement, n'être ni trop exigeant, ni trop sévère. Le trop de sévérité est un défaut aussi nuisible que le trop grand contentement de soi-même. » {Souvenirs de M. de Planet.)
L'Œ:UVRE de DELACROIX
iO;
N" 1013 : Pavots, roses, dahlias dans un vase
Toile. — H. o"'49, L. o'"32. — Photolithographié par G. Arosadans les dimensions de : H. o'"i2i, L. o™78. — Cliché sur verre, essai par A. Robaut.— Vente Arosa, 1878 : 40 fr. — Appartient à M. A. Nunez. — Non catalogué par M. Moreau.
« Après avoir tracé au crayon blanc, un peu en arrière d'^r/5/o/e (bibliothèque des Députés), quelques branches de palmier, » Delacroix disait au même élève, « peignez d'abord les bouquets du feuillage qui se trouvent dans la lumière en une seule tache de couleur un peu plus sombre que nature; faites ensuite un peu plus claires les masses d'ombre ambiantes; donnez, après, des touches plus brillantes aux bouquets de feuillage qui sont dans la lumière et renforcez de vigueur ceux qui sont dans l'ombre; touchez à sec. Que les tiges de l'arbre restent plus claires que les feuilles et d'un ton plus vineux. Attaquez-moi ces feuilles avec hardiesse, avec précision et d'un seul coup, à la force du poignet. Le poignet seul et non la main imprime le mouvement au pinceau, comme à la plume du maître d'écriture qui fait des parafes. La main ne sert qu'à tenir l'outil qui écrit, dessine ou peint ; elle reste pour ainsi dire raide avec souplesse et ne fait qu'obéir à l'action du poignet. La main demeure comme étrangère à toutes les inflexions que le poignet est obligé de faire poursuivre le contour des feuilles et des tiges de l'arbre. Cela est nécessaire à la forme décidée des objets. » (Souvenirs de M. de Planet.)
N" 10 14 : Deux chevaux de ferme
Peinture sur bois. — H. 0^40, L.o'"63. — Vente Baroilhet, 12 mars i855 : i,oi5 fr. — Appartient à M. Loysel. — Cat. A. Moreau, p. 278.
Les chevaux de ferme viennent de quitter la charrue et sont attachés à la porte d'un bâtiment de ferme. « L'œuvre a la finesse et le charme d'un Bonington, >> a dit Charles Blanc, « en même temps qu'on y retrouve le mâle souvenir de Géricault. »
N" 1015 : Corps de garde à Méquinez
Toile. — H. o'"65, L. o'"54. — Non signé. — Salon de 1847. — .appartient au duc d'Aumale. — Voir l'aquarelle du même sujet à l'année i833 avec simple variante dans le titre : « Intérieur d'un corps de garde. » — Cat. A. Moreau, p. 182.
(I Si habile et si audacieux exécutant qu'il fût devenu, Delacroix nous frappe surtout par la magie qu'il répandait sur les choses. Qu'il représente la vaillance surprise de Weislingen ou l'ardeur presque humaine du cheval qui veut le défendre ; qu'il allume la vengeance dans le regard d'Hamlet ou la férocité dans l'œil du tigre; qu'il déchaîne les éléments dans le Siinounn ou fasse descendre la paix et l'ombre des grands chênes sur la Lutte de Jacob avec l'Ange; qu'il enveloppe de soleil les Soldats
marocains endormis dans un corps de garde, ou fasse expirer la lumière du jour sur les
fleurs, Delacroix est toujours... Delacroix. «(Th. Silvestre.)
1/(KUVRE ni: DELACKOIX
N" 1016 : Juive d Alger il sa toilette
réunit avec tant vouloir, en riant, baisse encore, mè messieurs avaient tant auparavant, adjugé 545 francs
Toile. — H.û"'40, L. o'"32. — Voir àrannce i852. — Appartient à M. G. Colin. — Non catalogué par M. Moreati.
Au fond, une femme à peine vêtue, couchée sur un divan, et accoudée il gauche, vue de dos. Dans une lettre qu'il adressait h Constant Dutilleux, en iS53, M. Gustave Colin racontait ainsi comment il fit l'acquisition de cette toile : « J'ai acheté un Delacroix, et un Delacroix de la plus belle eau, quelque chose comme trois femmes algériennes au sérail, avec ce petit clair obscur que vous savez, cette élégance, ce chatoiement, cette sérieuse coquetterie de tons, et cette grâce enivrante que la brosse du grand homme de supériorité. Ce tableau, c'est toute une histoire; je l'ai acheté sans le J'étais k une vente; on le met à un prix minime. Nul ne dit mot. On le me silence. L'expert se monte : 0 Un Delacroix, messieurs! u Mais ces acheté des quantités de Diaz et autres, et ils n'avaient plus le sou. Un insle superbe « Lion de Delacroix », celui qui dévore un cheval, avait été . Horror! moi je saisis l'occasion, et l'occasion me réussit. »
N" 1017 : Lion déchirant le cadavre d'un Arabe
Toile. — H. o"'53, L. o"'65. — Signé à droite en bas, non daté. — Gravé à l'eau-forte par Metzmacher, pour le Journal des chasseurs, dan»les dimensions de : H. o™i43, L. o"M95. — Gravé sur bois par Deschamps pour le journal [, a Semaine, avec changement dans les proportions de la fiirme originale, dans les dimensions de : H. ©'"iSS, L. o'"i42. — Appartenait en 1880 à M. Monjean. — Voir à l'année 1848. — Cat. A. Moreau, pp. io3, i5o, 184.
Toujours passionne pjur les grands drames de la nature, Eugène Delacroix a retracé souvent cette lutte oii l'homme est vaincu par l'animal. (Voir aux années 1848 et 1849.)
N" 1018 : L'affût arabe
qu'a peuit-ï Euyenc
Toile. — H. o"'36, L. o'"28. — Signé au bas, adroite. — Appartient à M. Emile Meyer. ■ — Non catalogué par M. Moreau. Un Arabe est assis sur le sol dans une attitude simple, facile, souple et cependant fort noble. Devant lui, vu de dos, un jeune homme lui parle, la main droite levée. Le costume blanc de ce personnage réveille tout le tableau. Son vêtement de dessous, rouge, s'harmonise richement avec le bleu de la culotte; la gamme de couleur se complète par la courroie jaune qui retient le coutelas. La crosse du fusil pose à terre. Les deux personnages se détachent sur un fond de paysage. A gauche se dresse un bouquet d'arbres. A droite, dans le lointain, apparaît un village chaudement éclairé par le soleil. Comme presque lousles fonds Delacroix, celui-ci est d'une richesse de tons et d'une harmonie admirables.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
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N" 1019 : Affût au lion
Toile. — H.o"'44, L. o'"54. — Gravé à l'eau-forte par La Guillermie pour la collection Durand-Ruel, Jansles dimensionsde : H. o'"io3,L.o'"i29.— Non cataloguéparM.Moreau. 0 J 'ai été repris au commencement de l'automne d'accidents très fâcheux a la gorge, auxquels j'étais sujet et dont je me crovais en partie délivré. De plus, je me suis vu forcé de terminer enfin les peintures de la Chambre des Pairs. Ce travail qui, au point où il en était, aurait été peu de chose en toute autre situation, me devint tellement pénible — car c'était une voûte — que j'étais obligé ■de laisser après chaque séance des intervalles de repos absolu. Il m'aurait été impossible nième de rien achever pour le Salon. Heureusement que les objets que je pouvaisy exposer étaient terminés depuis longtemps et déjà la propriété d'amis ou d'amateurs. » (Lettre du 6 mars à M. Roche, édition Burtv.)
N" 1020 ; Lion ii hi couleuvre
elle pris des
Toile. — H.o'"3i, L. o'"24. — Signé au bas, à droite. — Appartient à M. Dreux. — Non catalogué par M. Moreau.
L'animal, descendant la pente d'une montagne dans un mouvement qui montre la hère torsion de l'échiné, rencontre une couleuvre sur son chemin. D'un geste de curiosité enjouée, sans colère, il avance avec grâce la patte gauche de devant, et la pose sur le reptile qu'il tient à distance et le contemple. Toute l'attitude du félin est d'une souplesse charmante. On aperçoit dans le fond des montagnes bleuâtres avec une échancrure qui laisse voir la mer. A propos d'un sujet analogue, Baudelaire a fait une observation que Silvcstre nous a conservée : « Voyez ce lion regardant marcher une tortue : il hésite à poser la patte sur ; la curiosité le di.-vore; il ne sait pas trop ce que c'est, mais il le saura, la tentation l'a . Delacroix met de l'esprit dans la moindre chose, il en avait tant! D'autres ont pu faire chefs-d'œuvre bêtes; lui, jamais! »
N" I02I : Lion dévorant une chèvre
Toile. — H. o'"28. L. (i'"?6. — Salon de 1848. — Gravé sur bois par Pisan, d'après un dessin de Marvy, avec ce simple titre : Le Lion >■, dans le sens opposé au tableau, pour le Magasin pittoresque, mai 1848, dans les dimensions de : H. o'"ii5, L. o'"i45. — Reproduit, en phototypie par G. Arosa, dans les dimensions de: H. o'"o92, L. o'"i2'o. — Appartenait à M- Achille .Arosa (1880). — Cat. A. Moreau, pp. i5o, 184.
Pour tond, un rocher, au flanc duquel s'ouvre une caverne, tandis que sur ses pentes se dressent des arbres et s'étend la verdure. C'est un paysage admirablement choisi pour la scène, puisqu'il rappelle à la fois le repaire du lion et les sites herbeux oii se plaît la chèvre.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N°'' 1022, 1023 : Tigres
1° Tigre couche. — Toile. — H. o"^3i, L. o^So. — Signé à gauche, non daté. — Vente du 12 mai i855 : 5o5 fr. — Vente 29 mai i856 : 3oo fr. — Vente M. B., 22 décembre 1860 :
700 fr. à M. Fanien. — Appartient à M. Albert Wolff. — Gravé pour le catalogue des Cent chefs-d'œuvre, i883, par Boulard, dans les dimensions de : H. o"'io5, L. o"M68. — Cat. A. Moreau, p. 277. 2° LeTigre et le Serpent. — Toile. — H. 0^24, L. o"'32. — Signé à gauche, non daté. — Vente du 6 mars i853 : 600 fr. à M. Soultzener. — Cat. A. Moreau, p. 277.
Dans la première de ces deux toiles, on remarquera le paysage, dont les lignes s'harmonisent si heureusement avec la pose et la forme ondoyante de l'animal.
N""- 1024, 102 ) : Turc en embuscade
dire la sépia, qui est
1° Aquarelle. — H.o"'26, L. o"'2 i .— Vente du 29 avril i856: 82 fr. — Cat. A. Moreau, p. 290.
2° Sépia. — H. o'"i3o, L. o"'io5. — Vente posthume. — Vente hôtel Drouot, avril 1876. — Non catalogué par M. Moreau. Certes, ce croquis a plus d'intérêt qu'il ne semble en offrir tout d'abord; il nous montre une fois de plus comment Delacroix poursuivait son idéal avec une obstination que rien ne pouvait lasser, et combien il faisait d'efforts pour arriver a donner du naturel aux attitudes et de la
- souplesse aux corps, dans les mouvements même les plus forcés. — Notre vignette reproduit la seconde des deux compositions, c'est-h-
traitée largement, en manière d'esquisse.
N" 1026 ; Lion et lionne dans les montagnes
Aquarelle et pastel. — H. o'"25, L. o'"34. — Signé et daté au bas, à droite, « Eug. Delacroix, 1847. » — Appartient à M. de Beriot (1875). — Non catalogué par M. Moreau.
La gueule entr'ouverte, fermement dressé sur ses quatre pattes et comme en arrêt, la queue prête h battre l'air, le lion fait le guet, tandis que, à peu de distance, la lionne repose, tranquille et paresseuse, la tète entre ses pattes repliées. Les lignes du paysage, où se dessinent sobrement les crêtes ondulées des collines avec une trouée de ciel, sont d'une simplicité très heureuse; elles complètent l'aspect grandiose de cette scène, qui est vue et réalisée assurément avec un sentiment profond de la vie des fauves au désert.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N° 1027 : Hercule et Antée
Autographie à la plume. — H. o'"26o, L. o'"4io. — Gravé sur bois pour la Galette des Beaux-Arts, février 1864, dans les dimensions de : H. o™ioo, L. o"'i6o, d'après la photographie Bisson, publiée par Th. Silvestre, dans les Artistes vivants. — Vente Villot, décembre 1875: i5 francs à la Bibliothèque ^ nationale. — Le dessin original, avec une dédicace à Halévv, "'*''^~ appartenaità M. Edouard Rodrigues. — Cat. A. Moreau, p. 142. Ce croquis est une première pensée du beau groupe que Eugène Delacroix peignit en l'un des tympans du Salon de la Paix (voir à l'année 1849). La composition n'a presque pas varié. « Dans les figures destinées h être vues de loin, n'ayez pas égard à la vigueur réelle, mais toute locale, de certains creux fortement ombrés, tels que les narines, le coin des lèvres, etc. Considérez alors vos figures comme des rondes bosses antiques où ces creux se perdent dans l'aspect général des masses. En conséquence de ce principe, on ne saurait faire les ombres trop légères et blondes, à l'instar de Paul Véronèse ; pour qu'elles soient vigoureuses, il faut les rendre bien distinctes du ton de la lumière. En attaquant votre figure, attachez-vous à ce ton général d'ombre et de lumière qui distingue les décorateurs.» \Souveiiirs de M. de Planet.)
N" 1028 : Feuille de croquis
Autographie a. la plume. — H. o"'29o, L. o"'4oo. — Cat.
A. Moreau, p. 34.
Ces croquis se trouvent au bas d'une page, h côté de trois autres dessins qui ne sont pas l'œuvre du maître, et qui représentent sa maison de campagne de Champrosay, des joueurs d'échecs et un paysage placé de travers. Quant aux croquis de la main de Eugène Delacroix, ils se décomposent ainsi : Un jeune homme, nu-tête, vu h mi-corps, le poing sur la hanche, un bâton de commandement appuvé sur sa cuirasse; une tète de satyre, vue de face, accolée à une autre vue de profil; un profil de vieillard; une tête de jeune seigneur coiffé d'un feutre à plumes. Nous avons donné en deux clichés l'ensemble de la feuille et le détail des croquis. On pourra nous reprocher souvent un excès de minutie; mais tout ce qui contribue à mieux faire connaître un homme de génie n'a-t-il pas son intérêt?
W 1029 : Un chat assis étendu
iMine de plomb. — H. o'^o-, L. o^ib. — Provient de la vente Frédéric Villot. — Non catalogué par M. Moreau.
""^ ■"■' Il semble que Delacroix, préoccupé alors de l'étude des fauves, se soit plu à en retrouver le grand caractère dans cette étude de chat, qui.fpar son attitude, rappelle certains croquis de tigres.
L'ŒUVRE DE DELACROIX
N° lojo : Falaises de Fécamp
Aquarelle. — H. (.>'"2o5, L. o'"2q5. — Lithographie à la plume par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o'"078, L. o'"i i3. — Cliché pi )ur le catalogue de la vente Constant Dutilleux. — Vente posthume, n" 595 : 200 fr. — Vente Constant Dutilleux : 32o fr. à M. A. Robaut.— Non catalogué par M. Moreau.
C'est de Valmont, nous l'avons dit, que Delacroix partait pour ses expéditions à la mer. Il allait y faire sur nature des études sans cesse variées, toujours sincères, qu'il utilisait pour les fonds de ses tableaux.
Falaises dEtretat
Aquarelle. — H. o'"i5, L. o'"20. — Lithographie à la plume par A. F^ohaut, dans les dimensions de : H. o"'o8o, L. o'"io5. — Vente piisthume, partie du n° 5g5 : 3 10 fr. à M. A. Robaut. — Vente Constant Dutilleux, mars 1874 : 5oo fr. à M. Théophile Silvestre pour M. Bruyas. — Appartient au Musée de Montpellier (galerie Bruyas). — Non catalogué par M. Moreau.
Aquarelle exquise, enlevée dans un de ces séjours d'été que Delacroix aimait à faire en son cher pays de Valmont, dont le nom revient si souvent au cours de ce livre.
Année 1848
lOU
Lélia
Toile. — H. (i'"22o, L. ii"'i65. — Eugène Delacroix a écrit luimême à l'encre, sur le bois du châssis de ce tableau : « Lélia dans la caverne du moine, devant le corps de son amant. (George Sand).» — Photographié par Charles Desavary. —Vente Alfred Sensicr, 1877 : 3,i5otr. — Appartient à M. Marmontel. — Non catalogué par M. Moreau.
L'impression de la plus insigne tristesse, parl'etTet des harmonies combinées de la palette, est poussée ici jusqu'à ses dernières limites. On n'aperçoit d'abord point de ciel par l'échancrure de la caverne, mais seulem'entun rideau de montagnes rapprochées, ce qui resserre encore le regard. Rien de clair, qu'un blanc amorti sur le linge de Lélia et un autre blanc plus rompu encore sur la chemise du cadavre couché h
tons de chair ont cette onction qui fait penser aux Murillo les plus touchants.
blotti contre l'humide muraille, a une robe de teinte rouge laqueux, qui réveille
terre. Les Le moine, utilement cette scène de douleur
l.'ŒUVRF, DE DELACROIX
N" 1055 : Lélia