‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 38 sur 114 · LE SALON DU ROI · texte numérisé non relu

LE SALON DU ROI

Peintures décoratives exécutées au Palais Bourbon, à Paris. — Cat. A. Moreau, pp. 211 et 2 I 2.

« Le palais Bourbon est l'édifice où siège actuellement la Chambre des députés. On accède au Salon du roi, soit par la porte de la place du palais Bourbon, soit par la grille du quai d'Orsay. En suivant ce dernier itinéraire, on traverse la grande salle des Pas-Perdus, dont les voussures et le plafond sont peints par Horace Vernet.

C'est en i833 que M. Thiers fit obtenir à l'auteur déjà célèbre de la Barque de Dante, du Massacre de Scio, du Marina Faliero, de la Liberté, etc., la commande de l'œuvre qui nous occupe. Delacroix l'exécuta en cinq années; elle lui fut payée, y compris la partie ornementale (pilastres, bandeaux, inscriptions, guirlandes, etc.), la modeste somme de 3o,ooo francs. La distribution de la lumière est très défectueuse au point de vue pictural dans le Salon du Roi, grande pièce carrée de onze mètres sur onze mètres, percée de tous côtés de portes et de fenêtres réelles ou simulées. Le jour n'y entre que par trois ouvertures donnant sur une galerie qui sert de passage et par une percée circulaire placée au milieu du plafond; de plus, ce plafond est plat, et les rayons qui pénètrent par cette sorte de lanterne centrale éblouissent le regard, au préjudice des peintures qui l'avoisinent.

Mais Delacroix pouvait mettre au service de son incomparable puissance d'expression une technique tellement savante, qu'il est parvenu à vaincre cet obstacle. Lorsqu'on a embrassé d'un long coup d'œil ce merveilleux ensemble, on ne peut qu'admirer la clarté qui préside à l'exposition des idées, la netteté des formes, la simplicité et le naturel des attitudes, l'aisance et l'ampleur des mouvements propres à chacun des personnages, et surtout l'aspect de la coloration obtenu à l'aide de gradations de teintes que pouvait seul combiner son talent. Ces teintes sont grises dans les parties inférieures, où la transition du dallage aux murailles s'opère à l'aide de figures en camaïeu légèrement rehaussées de couleur dans les draperies et accessoires. Elles sont colorées ensuite dans une gamme très douce, à la manière des tapisseries, à mesure que se développe, entre les cintres et le bandeau courant sous la corniche, l'évolution des motifs qu'il s'agissait de symboliser. Elles sont puissantes enfin dans les huit caissons du plafond, oii la couleur éclate avec l'énergie dont la palette de Delacroix

L'ŒUVRE DK DELACROIX

possédait si bien le secret. L'harmonie de l'effet réalisé par ces combinaisons savantes donne au spectateur attentif une première et complète satisfaction et le conduit ainsi à chercher le sens de ces allégories qui arrêtent ses regards charmés.

Comme on pourra en juger, malgré les proportions très réduites de nos reproductions, Delacroix a montré dans l'ensemble de cette œuvre considérable, jusqu'à quel point sa conception était souple et pouvait se plier à Tinterprctaiion des motifs les plus variés. C'est que dans sa haute intelligence d'artiste, Delacroix se rend compte tout d'abord du caractère de l'architecture qui doit encadrer son œuvre, et il soumet son exécution aux exigences de ce cadre. Ainsi, dans le cas présent, comme les surfaces verticales des parois ne présentent

3ue de très légères saillies, il a trouvé bon d'apporter à leur décoration une grande simplicité e motifs et de tons; il a mis une sourdine aux sonorités ordinaires de sa palette. Le plafond, au contraire, était divisé par des moulures épaisses, entre lesquelles se creusent les caissons; l'artiste, dans ces parties plus mouvementées, a réchautïe ses tons, varié et enrichi son coloris, animé et multiplié les ligures.

L'ensemble présente en somme un aspect doux et frais, tout différent de la magnificence opulente qui s'étale au Louvre dans le plafond de la galerie d'Apollon C'est que, dans cette dernière œuvre, la richesse inou'ie de l'architecture et particulièrement l'abondance des figures en ronde bosse, qui contribuent pour une si grande part à la décoration, obligeaient Delacroix à déployer les ressources extraordinaires de sa palette et de son dessin. «On dit,» a écrit Théophile Silvestre, <i que le dessin et la couleur sont deux principes se développant au préjudice l'un de l'autre; que tel tableau est bien peint, partant mal dessiné, tel autre, beau de lignes et détestable par les tons; que les coloristes ne parlent qu'à nos sens, tandis que les dessinateurs s'adressent surtout à notre intelligence. Cette division exclusive fut de tout temps un sujet de stériles querelles, non seulement en peinture, mais dans toutes les branches du génie humain : en histoire, en politique, en religion. Elles traînent dans tous les livres sous cette invariable rubrique : spiritualisies et matérialistes, penseurs et écrivains, catholiques et athées, dessinateurs et coloristes. Chaque maître a développé a\ ec amour sa tendance naturelle la plus forte, sansVester pour cela inférieur dans les autres parties de l'art, il serait vulgaire d'ajouter qu'une qualité dominante exige de certains sacrifices et que ses défauts sont souvent un excès de ses qualités. »

Eugène Delacroix a écrit lui-même sur ces compositions une notice que le journal i'.4r/ a publiée le 16 juin 1878 avec quatre croquis de projets pour la décoration des archivoltes. Nous ne nous ferons point faute de faire de larges emprunts à ce précieux document. {'Voir aussi le Salon du Roi au palais législatifs texte et dessins par A. Robaut. Paris, 1882, in- 18, et un article publié parle même auteur dans l'Art, numéro du 2 mai 1880.)

512, ^13, p4, 51^, ^16, 517, ^18, 519 : Plafond

Dimensions : grands caissons, H. i"'40, L. 3*^80; petits caissons, H. et L. i">40. — Cat. A. Moreau, pp. 211,212.

« Ce plafond se divise en neuf caissons. Celui du centre, presque entièrement occupé par une lucarne circulaire, ne comporte comme décoration que des coins ornés de masques. Tout autour du caisson central, il s'en développe huit autres, dont quatre présentent des surfaces allongées; ils ont une grande importance décorative. Le peintre y a placé des ligures qui symbolisent, selon sa conception, les forces vives de l'État, c'est-à-dire la Justice, l'Agriculture, r Industrie, la Guerre. lia trouvé la source d'une inspiration grandiose. i°La yî/s//ce, attribut principal de la puissance suprême, lien indispensable des sociétés humaines, abaisse son sceptre avec un geste de protection sur des vieillards, des enfants et des femmes qui l'implorent.

2" U Agriculture occw^Q le grand caisson du côté de la cour; elle nourrit des enfants qui se pressent sur son sein bruni ; près d'elle, un laboureur féconde la terre et lui confie la semence de la saison prochaine.

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3" Ulndiistrie. La figure principale au plafond est ici caractérise'e par ses accessoires : balles de marchandises, ancres, etc. Un Génie appuyé sur un trident personnifie la marine ; un Génie tenant le caducée symbolise la rapidité des transports et la sécurité des transactions.

4° La Guerre est représentée par une femme à demi-couchée, coiffée d'un casque lauré, couverte de l'égide, appuyée sur un chapiteau d'ordre ionique et tenant des drapeaux dans le pli du bras. Des femmes éplorées s'enfuient et se retournent pour contempler une dernière lois les traits du père ou du mari qui vient de succomber en défendant la patrie. 5", 6°, 7", 8°. Les quatre derniers caissons, plus petits et carrés, occupent les angles du plafond ; ils sont ornés de figures d'enfants, qui portent des emblèmes se rapportant aux figures principales : le hibou de Minerve; la corbeille de fleurs et le bâton des pasteurs; le ciseau, le compas et le marteau ; la massue d'Hercule. »

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N"'' )20, ^'2 1. p2. ^-2} : Frises et bandeaux

H. 2'"6o, L. I i'"oo. — Cat. A. Moreau, pp. 211, 212.

«Au-dessus des archivoltes qui surmontent les bases réelles ou simulées pratiquées autour de la salle, s'c'tendent, sur chacun des quatre côtes, de grandes frises non interrompues. I-^ugène Delacroix y a développé une suite de décorations correspondant ;i celles du plafond, c'est-àdire des scènes relatives;! la Justice, à l'Agriculture, aux Arts et à la Guerre. I,es personnages y ont de moindres dimensions que les figures principales du plafond; ils sont peints dans une gamme assez mate qui f:iit songer aux plus belles tentures des Gobehns. Knfin, des bandeaux étroits, qui relient les frises à la corniche du plafond, portent, mêlées ii des guirlandes de Heurs, des inscriptions latines choisies avec ce goût littéraire si pur et si classique qui distinguait Delacroix.» — Nous empruntons nos descriptions au livre déjà cité de M. Robaut. 1-' (I Sur la frise qui accompagne la Justice, se déroulent les sujets suivants : d'un côté, la Vérité et la Prudence assistent un vieillard occupé à écrire les lois; la Méditation s'applique à interpréter les textes : les peuples se reposent sous l'égide des principes protecteurs. De l'autre côté, trois vieillards siègent sur un tribunal; près d'eux, la Force debout, figurée sous les traits d'une jeune femme presque nue, appuyée sur la massue, ayant à ses pieds un lion frémissant, semble prête à faire respecter leurs décisions.

Plus loin, un Génie vengeur exécute leurs ordres et va saisir dans leurs repaires les larrons et les sacrilèges, qui dérobent des trésors et cherchent à dissimuler les fruits de leurs rapines. Sur le bandeau on lit, au milieu : justitia; à gauche : leges incidkre i.igno (graver les lois sur la table^ ; à droite : cui.pam p.-en.\ premit comes (le châtiment suit de près la faute)».

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2» « Sur la frise correspondant à l'Agriculture sont figurées : d'un côté, la Vendange, par des faunes et des suivants de Bacchus qui célèbrent la fête de l'Automne; de l'autre, la Moisson, sous les traits d'un robuste paysan qui se désaltère au vase écumant que lui présentent des ternmes et des enfants. Une moissonneuse lassée s'est endormie sur des gerbes ; plus loin, à l'ombre, un Sylvain couronné de lierre s'exerce sur la flûte champêtre, un autre, sur le chalumeau ; ailleurs, un jeune garçon caresse une chèvre que retient un enfant. Sur le bandeau, en légende, au milieu : agricultura; à gauche : plenis spumat vindemia labris (la Vendange écume à pleines cuves); à droite : pacis alumna ceres (la Paix nourrit Cérès). »

Reprenons ici, avec Th. Silvestre, la question du dessin de Delacroix : « Ilfaudrait remueraujourd'hui, pour vider la question entre Ingres et Delacroix, les raisons jadis invoquées par les derniers imitateurs de Raphaël contre le Caravage et Ribéra, par les élèves du Poussin contre Rubens, par les fanatiques de David contre Prudhon et Gericault. Il est bien plus simple de s'en rapporter au bon sens et de reconnaître tout de suite que la Nature, ce maître à tous, dessine et colore à la fois avec une indivisible puissance. Oui, les meilleurs dessinateurs sont les plus grands coloristes, de même que les plus grands coloristes sont les meilleurs dessinateurs. Un professeur de pensionnat est capable de dessiner avec justesse la forme du premier objet venu et de copier la plus vaste des compositions ; mais, pour cela, lui faut-il autre chose que la patience, la justesse de l'œil, et, à défaut de cette justesse, une loupe, un compas, un pantographe? On prend pour un beau dessin une image proprement achevée jusqu'au moindre détail avec un crayon finement taillé; ce n'est la qu'une patiente chinoiserie, faite comme à la pointe d'une épingle. Regardez ces beaux croquis de Rubens, écrits à grands traits, spontanément, rapidement, comme des paraphes, sous l'empire d'une forte impression : quelle vie, quel feu, quelle tournure! »

L(EUVRK DE DELACROIX

3" « Sur la frise correspondant h l'Industrie se de'roulent des actions variées avant trait à l'industrie et au commerce : à gauche, des nègres échangent contre des denrées européennes les dattes, l'ivoire, la poudre d'or; des nymphes de l'Océan, des dieux marins chargés de perles et de coraux, président à l'embarquement de navigateurs figurés par des enfants qui couronnent de fleurs la proue d'un navire. A droite, des métiers h tisser la soie, des tileuscs, des femmes et des enfants apportent des cocons dans des corbeilles, et d'autres personnages sont occupés à les recueillir sur les branches mêmes du mûrier. Sur le bandeau, en légendes, au milieu : industri.v; à gauche : indi dona makis (dons de la mer des Indes); a droite : Fuso STAMiNA TORTA LEvi (Hls tordus par le fuseau léger). »

« Ah! Raphaël, Raphaël, quel grand dessinateur!» écrit encore Silvestrc, « disent depuis plusieurs centaines d'années ceux-là surtout qui, ne voyant Raphaël que dans les détails, ne le comprennent pas. Faut-il donc s'étonner que maint critique routinier s'écrie : Delacroix ne sait pas dessiner! Dites qu'il ne dessine pas comme les autres et qu'il ne veut pas suivre de recette; mais nul n'a plus étudié, comparé, réfléchi. Il me faudrait une année pour dresser un inventaire raisonné de ses dessins, sans compter les feuilles volantes qu'il a, dans sa jeunesse, éparpillées par le monde. Je connais de lui des essais d'une obstination presque puérile et qu]il faisait uniquement pour réussir ou pour se prouver à lui-même qu'il était capable de réussir dans les travaux les plus ingrats. S'il lui arrive de commettre des fautes, et, si l'on veut, des enormités, il ne faut les attribuer ni à l'ignorance ni au manque de réflexion : tout est en lui combinaison, parti pris et logique; il lui'est sans doute ditlicile, avec sa nature fiévreuse, de ne pas marquer tous ses ouvrages d'un cachet d'emportement; mais sovez sûr que sa tète reste froide, lucide. Il est souvent très savant dans son art et, ce qui vaut mieux encore, doué de ce génie divinatoire qui trouve les choses du premier coup. »

4" ('Sur la frise correspondant à laGuerre on voit, d'une part, la fabrication des armes, k proximité d'arsenaux qui regorgent de glaives, de catapultes, etc., des forgerons gonfîent leurs soufflets, attisent le foyer, aiguisent des épées, et martellent sur l'enclume des casques et des cuirasses. D'autre part, sont représentés les malheurs de la Guerre : des femmes emmenées en esclavage lancent au ciel des regards désespérés, leurs bras s'affaissent sous les liens.

Sur le bandeau, en légendes, au milieu : bellum; à gauche : invisa matribus arma (les armes odieuses aux mères); à droite : gladios incude parante (l'enclume préparant les glaives).»

^24, ^25, ^26, ^27, ^28, ^29, ^)o, ^ji : Pilastres

H. 3 mètres, L. variant de o'"97 à i"Mo. — Cat. A. Moreau, p. 212.

« Les piliers qui séparent les baies et qui soutiennent les archivoltes sont taillés en forme de pilastres. Pour en couvrir la surface haute et droite de peintures décoratives, Eugène Delacroix se trouvait en face du problème que Jean Goujon a si bien résolu dans ses adorables bas-reliefs d'angle de la Fontaine des Innocents. Il a pris un parti semblable et rempli les espaces étroits, dont il disposait, par des figures dont les mouvements accentués et en même temps les formes onduleuses donnent l'idée de vivantes arabesques. D'ailleurs il convenait à cet esprit fin et vigoureux, du moment où il avait h représenter sous des aspects nécessairement variés et dans des dimensions colossales, huit figures de fleuves et de mers, d'établir entre ces personnages allégoriques et les réalités géographiques auxquelles ils ré-

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Inondent, de prolbndes et délicates analogies. Il devait, par une ingénieuse association de formes et d'idées, nous rappeler les sinuosités des rivages, ciin\7 littora^ leurs enfoncements et leurs brusques saillies, la puissance mobile et le parcours capricieux de ces masses et de ces cours d"eau qui répandent le mouvement dans le paysage comme la vie dans la nature. Les ligures dites rfc5 //f(/)'M sont peintes en grisaille; ce sont, dans" l'ordre que nous avons adopté pour la description du plafond et des frises, d'abord les deux mers qui baignent les côtes de la France: oceanus ^l'Océani et meditichuankum mare (la Méditerranée), caractérisée par le type africain. Puis les six fleuves qui fertilisent la France : gakumna (la Garonne); arakis (la Saône); ligeris (la Loire); RHENus ^le Rhin); sequan.\ (la Seine); rhodanus (leRhône'n.

N°' )^4, '^y>^ : Premières pensées du plafond

appel s'est c

Dessins à la plume. — Inquarto. A M. Etienne Arago.

Rien n'est plus intéressant que de comparer ces premières idées aux sujets définitivement choisis et réalisés par l'artiste. On peut suivre les mouvements de sa pensée et, pour ainsi dire, surprendre les secrets de son génie.

Sa conception première n'est que l'expression matérielle du sujet.

Ainsi, la Ji(5//'ce venge une victime en poignardant l'assassin ; la Guerre est symbolisée par un aux armes. De ce point de départ violent et presque vulgaire, l'intelligence du maître levée jusqu'aux visions les plus nobles et les plus sereines de l'art décoratif.

N"'' ^'36, 5^7, ^'38, : Premières pensées de lu frise

Quatre dessins à la mine de plomb, rehausses d ' aquarelle.

— Appartiennent à M.J.-E. Léman. — Reproduits au trait par M.

A. Robaut,dans les dimensions de : H. o"'2o5, L. o"'33o, pour le journal VArt, 1878. Malgré l'extrême réduction de nos croquis, on pourra cependant comparer ces premières pensées aux compositions définitives reproduites plus haut. Pour la frise comme pour le plafond, le maître a substitué à des épisodes violents, à des mouvements tourmentés, des scènes tranquilles, des attitudes calmes, s'harmonisant mieux avec les lignes de l'architecture.

N° ^40 : Croquis de chevaux

Dessin à la plume. — In-folio. — Garde-main avec morceau du bandeau sous corniche du « Salon du Roi ». — Publié en phototypographie par la Vie moderne, du 26 juin 1880 : H. o'^i32, L. o'^i4o. — Non catalogué par M. Moreau.

Six têtes ou corps de chevaux reproduits en une feuille de croquis à la plume. En haut de la planche, on lit dans un cartouche, sur un commencement de frise du Salon du roi à la Chambre des Députés, l'esquisse des mots « Matribus detestata ».

^i, 542 : Deux études pour la frise

In-octavo. — Projet

1° Dessin à la mine de plomb. pour le rectangle de la Justice.

'2° Dessina la plume. — In-octavo. — Allégorie de la Force dans la frise de la Justice. — Gravé sur bois en fac-similé par Sotain, pour la Ga\ette des Beaux- Arts, tome XIX, i865. — Appartient à M. Burty.

«Il importe aussi, pour apprécier sainement la décoration de la Salle des Fleuves, de ne pas perdre de vue que nous sommes en présence de personnages héroïques surhumains. Nous ne devons point, par conséquent, leur demander les attitudes précises et les mouvements exacts que fournit le modèle à l'atelier. Notre imagination doit suppléer également à certaines bizarreries provenant de l'étroitesse du cadre dans lequel est emprisonnée l'immense allégorie. A tous ces titres, Delacroix a complètement et magistralement rempli le programme qu'il s'était imposé; aussi, quand on considère les dispositions particulières de la salle et les difficultés à vaincre, ceux qui connaissent l'œuvre entier de l'artiste estiment que, parmi tant de compositions grandioses, il n'en est pas qui donnent mieux que celles-ci une idée de l'étonnante souplesse et de l'incomparable puissance de son génie ».

Année 1884

N° ^4} : Effet de neige à Champrosay

Toile. — H. o"'2i, L. o'"33. — N° 216 de la Vente posthume : 260 fr. à M. Filhs. — Appartenait, en 1877, ^ Choquet. — Non catalogué par M. Moreau.

« Champrosay, » écrit Delacroix, vingt ans plus tard, n est un village d'opéra comique; on n'y voit que des élégantes ou des paysans qui ont l'air d'avoir fait leur toilette dans la coulisse; la nature elle-même y semble fardée; je suis offusqué de tous ces jardinets et de ces petites maisons arrangées par des Parisiens. Aussi, quand je m'y trouve, je me sens plus attiré par mon atelier que par les distractions du lieu. »

1^34 L'ŒUVRE DK DEr.ACROIX 145

N° 544 : Vue prise à Champrosay

Carton. — H. o"'i~, L. o'"26. — N" 219 de la Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

EtVct giinéral vert bleu; à mi-côte, en haut, à droite, un château devant le rideau d'arbres. Delacroix n'aimait que de cette sorte ce pays de Champrosay où cependant il allait » faire ses vendanges, car, — dit-il à madame de Forget, — j'ai du raisin ». Mais si le pays ne lui plaisait guère, il n'en était pas de même de l'habitation. « Quand j'aurai 5o,ooo francs de trop, disait-il à M. Schwiter, j'achèterai un jialais ; il sera comme ma petite campagne de Champrosay, où je ne trouve pas le temps de mettre les pieds, et qui est remplie d'agréments. »

N""" ^'4^, 546, 547 : Peintures décoratives à Valmont

Léda, Auacréon, Bacchus. — Trois essais de fresques. — A M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau.

Ces fresques occupent des dessus de porte dans le corridor du premier étage de la propriété de Valmont. Elles furent peintes en 1834, comme en témoigne le passage suivant de la lettre du 23 septembre adressée à M. F. Villot : « A propos, je dis que je n'ai rien fait, je me trompe. J'ai fait peut-être plus que je ne pense, car j'ai essayé de la fresque. Le cousin m'a fait préparer un petit morceau de mur avec les couleurs convenables, et j'ai fait en quelques heures un petit sujet dans ce genre assez nouveau pour moi, mais dont je crois que je pourrais tirer parti si l'occasion s'en présentait. Cela est plus commode que la détrempe. La difficulté consiste surtout à terminer et à arrondir convenablement les formes; mais je crois que le changement qui s'opère dans les tons n'est pas aussi considérable que dans la détrempe. Au reste, c'est fort long à sécher, et, depuis 4 ou 5 jours que c'est fait, je ne suis pas encore certain que les tons aient recouvré leur éclat. J'avoue que je serais singulièrement ragaillardi par un essai dans ce genre si je pouvais le faire sérieusement et en grand. Je crois le procédé beaucoup plus simple qu'on ne le fait. » — Nous reproduisons ici la Léda.

N"^ ^8, 549, ^^o : Croquis pour les fresques de Valmont

-'--^'fe'/ïrr : ... .^rt». i" Croquis mine de

plomb. — In-quarto en hauteur. — Non catalogué par M. Moreau.

2" Croquis mine de plomb. — In-quarto en largeur. — Non catalogué par M. Moreau.

3° Croquis mine de plomb. — In-quarto en largeur. — Non catalogué par M. Moreau.

Nous n'avons reproduit qu'une des trois fresques qui décorent la vieille demeure de Valmont. Les deux premiers croquis que nous donnons ici rappellent suffisamment le sentiment des autres compositions. Quant au troisième, c'est la première pensée du premier.

N" 5 5 1 : Une rue à Mequinez

Toile. — Sans aucun détail. — Salon de 1834. — Cat. A. Moreau, p. 174.

N° ^ 5 2 : Portrait de Léon Riesener

Toile. — H. o"'52, L. o'"42. — Cat. A. Moreau, p. 235.

Il est représenté de face en buste, vêtu d'un habit bleu à boutons de métal. M. Philippe Burty a donné, en tète du premier volume de son édition des lettres de Eugène Delacroix, des Notes de Riesener sur le maître. En remerciant les personnes qui ont prêté leur concours à cette publication, M. Burty ajoute : « Pardessus tout, le concours de Léon Riesener, qui quitta brusquement la vie, presque au moment où j'achevais ces lignes, m'a été utile. Nous avons souvent agité ensemble le projet d'une notice biographique que pour ma part je jugeais inutile, étant peu porté par mes habitudes de critique à me substituer à ceux qui peuvent prendre eux-mêmes la parole, et la série de ces lettres composant une réelle autobiographie, sincère et animée. Aujourd'hui, le bon et spirituel Léon Riesener n'est plus là pour m'encourager et me rectifier; j'ai jeté mon manuscrit au feu. Je crois ne pouvoir faire mieux que de transcrire ces curieuses notes que, dans sa modestie, le parent et l'ami d'Eugène Delacroix ne m'avait remises que comme matériaux. « Ce portrait fut exposé dans l'hôtel de Riesener, à la vente après décès de cet ami du maître.

N"" : Portrait de M. Bellinger

Toile. — H. o'"6o, L. o"^5o. — Signé en clair sur le fond. — \ Non daté. — Non catalogué par M. Moreau.

La redingote est grise. M. Bellinger, élève de la pension Goubaux, avait obtenu le deuxième prix de mathématiques spéciales au concours général. Nous avons déjà cité, au sujet du « père Goubaux », un passage des Souvenirs littéraires de M. Maxime du Camp. Celui-ci dit encore : « Il était sans doute absorbé par ses travaux littéraires, car on le voyait peu à la pension, du moins dans les classes élémentaires que je suivais; en revanche, nous étions en rapport avec madame Goubaux, petite femme sèche, brune, alerte, qui passait souvent dans nos salles d'études et nous vitupérait lorsque nos blouses étaient déchirées, nos cheveux ébouriffés et nos mains tachées d'encre... Si mes souvenirs sont exacts, c'est en i83o que la pension Saint-Victor quitta la rue Chanteraine, abandonnant ses terrains à des néothermes qui ont disparu à leur tour pour faire place aux ateliers du tapissier décorateur de la ville de Paris. On nous transporta rue Blanche, dans une maison nouvelle dont le jardin s'étendait jusqu'à la rue de Clichy. Cette maison existe encore; elle a été un lieu de plaisirs publics. Aujourd'hui, elle abrite une sorte de théâtre. Quant à la pension Saint-Victor, elle a eu de glorieuses destinées, car de transformation en transformation elle est devenue ce grand collège Chaptal qui s'élève au point d'intersection de la rue de Rome et du boulevard des Batignolles; l'œuvre de mon ancien maître, du « père Goubaux », a prospéré : ce qui tendrait à prouver que l'on peut être à la fois auteur dramatique et bon pédagogue. » (Maxime du Camp, Souvenirs littériiires..Tome I.)

L'ŒUVRE DE DELACROIX l834

^^4 : Mademoiselle de la Boutnive

— Appartient à mac comte du Tillet. —

Toile ovale. — H. o'"j3, L. o"'5().

dame Millaud du Tillet. tîllc de M.

Cat. A. Moreau, p. 233.

Elle est coiffée en cheveux avec le haut chignon formant coques sur le sommet de la tête et les boucles de cote encadrant l'ovale du visage. Elle est vêtue d'une robe blanche sur le corsage de laquelle descend une chaîne en fer de Berlin se rattachant à la haute ceinture de soie. M. IMoreau, qui cite ce portrait, commet quelques erreurs. Mademoiselle de la Boutraye et non Boutrai, devenue comtesse Raymond du Tillet, acte peinte en iS34,et non en iSic). Nous allons citer, à propos du portrait en pied de Rabelais, l'opinion très juste de M. Lassalle-Bordes sur rhabiletc de Delacroix à faire revivre sur la toile les traits et le caractère d'un personnage historique (■ qui ne posait pas devant lui. » M. Lassalle-Bordes, qui travailla longtemps auprès du maître, prétend que celui-ci éprouvait « une grande torture à faire des portraits. » — Ce portrait )>arut. en 1878, h l'exposition des portraits historiques. (Catalogue Henry Jouin, n" 855.)

N°'' 5^^, ^^6 : Portraits de madame et de M. Simon

qui en

1° Toile. - H. o'"58, L. o'"48. — Appartient à M. Choquet. — Voir un autre portrait à l'année f82Q. — Non catalogué par M. Moreau.

2" Sépia. — H. o-^iôS, L. o"'i3o. — Non catalogué par M. Moreau.

Le portrait en pied de madame Simon est une merg veille de couleur et de lumière. Le coup de soleil sur le parquet est une note de peintre éblouissante, qui démontre une fois de plus la variété infinie du talent de l'admirable artiste qui pouvait s'arrêter à ces phénomènes purement pittoresques, au moment où il exécutait les grandes compositions décoratives du Salon du Roi. — Dans la sépia, M. Simon, etaii, comme nous l'avons dit ( voir n» 294), maître de ballet à l'Opéra, est représenté costume de capitaine Bracassio, chef de forban.s, dans le « Diable amoureux. «

N"" ^'^7 : Bouquet de fleurs dans un vase de grès

Toile, — H. o"72, L. o"'q2. — Non signe ni daté. — Vente George Sand, 23 avril 1864 : 2,070 fr.; vente E. Carlin, 29 avril 1872 : i3,65o fr. — Cat. A. Moreau, p. 282.

« Au lieu de simplifier en les généralisant les colorations locales, Delacroix multipliait les tons a l'infini et les opposait l'un à l'autre pour donner à chacun d'eux une double intensité. L'effet pittoresque résulte donc, chez Delacroix, des complications contrastées. »

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W 5^8 : Portrait en pied de Rabelais

Toile. — Grandeur nature. — Pour la bibliothèque de Chinon. — Gravé à Peau-forte par Célestin Nanteuil, pour la publication : le Musée, dans les dimensions de : H. o"'i43, L. o'"094. — Salon de 1834. — Cat. A. Moreau, pp. 106, 175.

Ce portrait qui est tout à fait remarquable, même en tant que portrait, semble avoir été bien ignoré au moment où il aurait dû être rappelé, en 1882, lors de l'inauguration du monument de Chinon. Les curieux trouveront sur cette peinture un article très intéressant de Alexandre Decamps, dans le Musée, revue du Salon de 1834, page bj. Il est vraisemblable, dit M. Philippe Burty, que ce portrait ne fut pas jugé digne d'orner les galeries de Versailles. C'est pourquoi il fut donné à la bibliothèque publique de Chinon. M. Lassalle-Bordes le cite, à juste titre, comme un exemple de la supériorité de Delacroix quand il avait à reproduire les traits et le caractère d'un personnage nistorique qui ne posait pas devant lui.

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