‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 39 sur 114 · Ensevelissement du Christ · texte numérisé non relu

Ensevelissement du Christ

Toile. — H. o'"325, L. o'"240. — A madame Boulanjer-Cavé, à Versailles. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce tableau a été préparé à l'aquarelle sur papier et retouché à l'huile. Sans le savoir probablement, Delacroix revenait ainsi au procédé usité par les peintres du xv" siècle, qui n'adoptèrent pas immédiatement la pratique franche de la peinture à l'huile et procédèrent pendant longtemps encore par des glacis à l'huile sur une préparation de peinture à l'eau. Il n'est pas chimérique d'attribuer à cette méthode la parfaite conservation des peintures anciennes. Les vieux maîtres étaient extrêmement méticuleux en ce qui concerne la technique de la peinture; leurs scrupules au sujet des véhicules des matières colorantes étaient infinis. Leurs couleurs ne s'étant pas écaillées ni crevassées, cela prouve incontestablement qu'ils surchargeaient leur peinture aussi peu que possible. (Th. Silvestre.)

N° 560 : Tigre au repos près de son antre

Toile. — H. o'"26o, L. o'"335. — A madame Boulanger- Cavé, à Versailles. — Non catalogué par M. Moreau.

Ceci est encore une mise en œuvre de quelque étude faite au Maroc. Aux enthousiasmes du maître pour le pays et la race, il est curieux d'opposer ce qu'en dit, dans ses Souvenirs littéraires, M. Maxime du Camp, parfois grand admirateur de Eugène Delacroix. « Je sortis de la province d'Oran et j'entrai au Maroc : laid pays, lourde race, sans élégance, sans grandeur, sans goût. Des peintres, curieux de couleur et de contrastes, en ont reproduit quelques aspects et croient y avoir trouvé l'Orient; singulier Orient, que les véritables Orientaux appellent « le moghreb » le couchant. »

N*' ) 61 ; Le prisonnier de Chillon

Toile. — H. o'"73, L. o"^92. — Date et signé à droite. — Salon de i835 et Exposition universelle de (855. — Lithographie par M. Alophe dans les dimensions de : H.o'"i5i, L. o"'225, et par Mouilleron dans les dimensions de : H. o"'i9o, L. o"'245. — Vente de la duchesse d'Orléans, 18 janvier i853 : 4,700 fr. à M. A. Moreau. — Cat. A. Moreau, pp. 82, i33, 175, 246.

Ce tahk-au fut peint pour le duc d'Orléans. Il appartient aujourd'hui à madame veuve Adolphe Moreau. « Le temps a doré de sa plus belle patine le Frisonnier de Chillon. Lie à une colonne par une chaîne rivée h une ceinture de ter, le malheureux voit mourir son jeune frère, attaché un peu plus loin, sans [)Ouvoir rompre ses entraves; le mouvement avec lequel il s'élance vers l'agonisant est d'une violence superbe; les fonds humides et froids font deviner de vagues arcades sous leur glacis bleuâtre et donnent une grande valeur à la figure principale, cfdeurée par un rayon tombant d'un soupirail. » (Théophile (îautier. Les beaux-arts en Europe.) « La chaîne de fer est tellementtendue qu'onda dirait elle-même animée, près de se rompre.» (Th. Silvcstre.)

N" ^62 : Rencontre de cavaliers maures

Eau-forte (trait carréi. — H. o"M84, L. o"'25i. — Voir à i833 le tableau refusé au Salon de 1834. — Vente posthume, trois épreuves: 79 fr. ; vente Villot, décembre 1875 : 59 fr. â M. Goupil. — Cat. A. Moreau, p. 21. —

Cette eau-forte a été publiée en report lithographique dans le Musée., revue du Salon de 1834, par Alexandre Decamps, Paris 1834, in-4'', avec cette lettre : En haut au milieu; « Le Musée 0; à gauche: « Peint par Eugène Delacroix;» à droite: «Transport et lith. Delaunois»; au milieu : « Rencontre de cavaliers maures (tableau refusé au Salon.) » lia été fait aussi un cliché phototypographique dans les dimensions de H. o'"iqi, L. o'"254, pour l'Art, livraison du 7 mai 1882. '

N"" : Rencontre de cavaliers maures

Dessin a la plume. — H. o"'i67, L. o'"233. — Appartient à M. Choquet. — Cliché phototypographique dans les dimensions de ; H. o"'i7o, L. o"'240 pour VArt, livraison du 7 mai 1882. — Non catalogué par M. Moreau.

Sans changements importants avec l'eau-forte qui précède et dont l'exécution est plus serrée. En faisant ce dessin, son tableau sous les yeux, le maître se façonnait la main à la direction des malheureuses hachures, inévitables sur une planche de métal. 11 faut dire aussi, à propos des eaux-fortes de Delacroix, dont le procédé peut sembler inférieur à côté des publications récentes, qu'on n'avait pas alors, ou plutôt on semblait avoir délaissé les « ficelles » pour teinter les valeurs graduellement et avec ce velouté qui rend si bien le gras de la peinture. — Delacroix a supprimé les cavaliers du fond, qui sont dans le tableau de i833 (voir n" 4t)9).

l5o L'ŒUVRE DE DELACROIX l834

N'' ^64 : Soldat maure

Aquarelle. — Signé, non daté. — Vente Villot, i r février i865 : 3o5 fr. — Gat. A. Moreau, p. 291.

N"'' ^6^, )66 : Officiers turcs

i" Aquarelle. — H. o'"266, L. o'"i85.

— Signé au bas, à droite. — Appartient à M. G. Revenaz. — Non catalogué par M. Moreau.

2" Aquarelle. — H. o"M63, L. o'"24o.

• — Signé au bas, à droite. — Appartient à M. G. Revenaz. — Non catalogué par M. Moreau.

irç aidant son cheval à sortir d'un marais; lelé; au fond, on aperçoit dans le lointain de nombreux cavaliers qui passent un gué. — Dans le n° i, l'officier est monté sur un cheval alezan qui avance au pas relevé.

<( Rien n'est plus impertinent ni plus bète que de parler à un grand artiste, érudit et penseur comme Delacroix, des obligations qu'il peut avoir au dieu du hasard. Cela fait tout simplement hausser les épaules de pitié. Il n'y a pas de hasard dans l'art, non plus qu'en mécanique. Une chose heureusement trouvée est la simple conséquence d'un bon raisonnement, dont on a quelquefois sauté les déductions intermédiaires, comme une faute est la conséquence d'un foux principe. Un tableau est une machine dont tous les systèmes sont intelligibles pour un œil exercé, où tout a sa raison d'être, si le tableau est bon; où un ton est toujours destiné à en faire valoir un autre; où une faute occasionnelle de dessin est quelquefois nécessaire pour ne pas sacrifier quelque chose de plus important. »

N"^ ^67, ^68 : L'ermite de Copmanhurst et le chevalier

i" Gomposition gravée à Taquatinte par Z. Prévost. — H. o'"420, L. o'"402. — Lithographiée par Menut - Alophe, pour VArtiste (1834) : H. o'"i4o, L. o'"i73. — Gat. A. Moreau, pp. 86 et i i i.

Premier état de la lithographie. En haut, au milieu : « l'Artiste »; en bas, à gauche : « Eugène Delacroix »; à droite : « Lith. de Frey »; au milieu: « l'Ermite de Copmanhurst (Ivanhoe) », et sur la planche à la plume : « Alophe, d'après Delacroix. « Deuxième état. En haut, au milieu : « Galerie de la Galette des Femmes »; en bas, même lettre, sauf à droite : « Imprimerie d'Aubert » au lieu de : « Lith. de Frey. » 2° L'épreuve gravée que reproduit notre second cliché n'a pas été cataloguée par M. Moreau. Il est possible qu'elle ait été prise sur la grande planche au moyen de « caches. «

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N" 569 ; Le jeune Clifford trouvant le corps de son père sur le champ de bataille de Saint-Alban

Lithographie. — H. o'"i55, L. o'"222. — Composition analogue à celle de la Mort de Lara. — • Vente Sensier deuxième état) en lots : 3 fr. ; (troisième état) en lots : 2 tV. — Cat. A. Moreau, p. 49.

Premier état. Sans aucune lettre. — Nous tenons de M. Villot qu'il n'en a été tiré qu'une seule épreuve, la pierre ayant été cassée au tirage. Les épreuves des autres états ont été tirées sur une seconde pierre recommencée par Delacroix. Deuxième état. En haut: «L'Artiste »\ en bas, à droite : 0 Lith. de Lcmcrcier. Shakespeare, Henri V ! »; ii gauche: « Eugène Delacroix»; au milieu le titre. Troisième état. Le nom de Lemercier n'est pas visible sur les épreuves de cet état. Publié dans l'Artiste, tome VIII, année 1834.

(( Pour Delacroix, la nature est un vaste dictionnaire dont il roule et consulte les feuillets avec un œil sûr et profond: et cette peinture, qui procède surtout du souvenir, parle surtout au souvenir. L'effet produit sur l'àme du spectateur est analogue aux moyens de l'artiste. Sacrifiant sans cesse le détail à l'ensemble, et craignant d'affaiblir la vitalité de sa pensée par la fatigue d'une exécution plus nette et plus calligraphique, il jouit pleinement d'une originalité insaisissable, qui est l'intimité du sujet. » (Ch. Baudelaire.)

N" )70 : Hamlet et 1 ombre

— Fac-similé sur o"M95. — Voir la litho-

Croquis mine de plomb. — H. o"'22o, L. o'"i95. A. Robaut (n" 56) dans les dimensions de o"'22o Vente posthume : i65 fr. à M. Alfred Sensier. ■ — graphie n" 579. — Cat. A. Moreau, p. i36.

Lif\ A*' «L'ombre : Je suis l'esprit detonpère, condamné pour un certain temps à ~'^^^-~ errer la nuit... Écoute, écoute, oh! écoute! Si tu as jamais aimé ton tendre père.... — Hamlet: Ociel! — L'ombre: Venge-le d'un meurtre horrible et monstrueux. — Hamlet : D'un meurtre'... Fais-le-moi vite connaître. »

N" ^71 : Hamlet et sa mère

Dessin aquarelle. — H. o'"22, L. o"'i8. — Appartient à madame Picrret. — Non catalogué par M. Moreau.

11 ne faut pas confondre cette rencontre d'Hamlet et de sa mère, comme on le fait généralement, avec celle de la deuxième scène du drame. Delacroix nous montre ici la scène XI en présence de l'ombre invisible pour la reine, où

sont-ils fixés dans le vide et échangez-

celle-ci lui dit: 0 Pourquoi vos yeux vous des paroles avec l'air impalpabh

e ? Vos esprits regardent avec effarement par vos yeux... que regardez-vous.'' >> et Hamlet répond: « Lui !... lui!... voyez comme sa lueur est pâle... Ne voyez-vous rien ici? — Non. rien, si ce n'est nous-mêmes. »

l52 L'ŒUVRE DE DELACROIX l834

N° ^72 : Insultes d'Hamlet à Ophelia

Croquis à la mine de plomb. — H. 0^24, L. o"'ig. — Fac-similé A. (Robaut 44), dans les dimensions de : H. o"'24, L. o'"ig. — v^ah ^^'^^^ posthume : i5 fr. à M. Albert de la Fizelière. — Voir la lithographie n° .541 et le tableau à 1840. — Cat. A. Moreau, p. i36.

fij^ (i Si tu te maries, je te donnerai pour dot cette vérité empoisonnée: Sois .vj/|- aussi chaste que la glace, aussi pure que la neige, tu n'échapperas pas à la calomnie. Va-l'en dans un couvent. Adieu. Oui, si tu veux absolument te marier, épouse un imbécile; car les hommes sensés savent trop bien quels monstres vous faites d'eux. Au couvent, allons et vite! Adieu.» Et Ophelia répond: n Puissances célestes, guérisse/-le ! Secourez-le, vous, cieux cléments! »

57 j : Reproches d'Hamlet à sa mère

Croquis à la mine de plomb. — H. o"'24, L. o"''i8. — Fac-similé I / ^f/iÊ.^: A. Robaut (n» 45), dans les dimensions de : H. o"'24, L. o"M8. — Vente posthume: 20 fr. à M. Albert de la Fizelière. — Voir lithographie n° 546. — Cat. A. Moreau, p. i36.

(( Cessez de vous tordre les mains! Silence! asseyez-vous, — que je vous torde le cœur ! Oui. j'y parviendrai, — s'il n'est pas d'une étoffe impénétrable; — si l'habitude du crime ne l'a pas fait de bronze — et rendu inaccessible au sentiment. >> — La Reine : « Qu'ai-je fait pour que ta langue me flagelle de ce bruit si rude? » — Hamlet : « Regardez cette peinture-ci, et celle-là. » Baudelaire a cité quelque part des lignes de Henri Heine qui expliquent bien la méthode de Delacroix : « En fait d'art, je suis surnaturaliste. Je crois que l'artiste ne peut trouver dans la nature tous ses types, mais que les plus remarquables lui sont révélés dans son âme, comme la symbolique innée d'idées innées, et au même instant. Un professeur d'esthétique a voulu remettre en honneur le vieux principe de l'imitation de la nature, et soutenir que l'artiste plastique devait trouver dans la nature tous ses types. Il a oublié l'architecture. »

N° 574 : Le crâne d'Yorick

Croquis crayon. — Cliché pour ÏArt, livraison du 3o septembre 1877. — H. o'"i65, L. o"^i8o avec ce titre : « Alas ! poor Yorick ». — Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

^7^ : Hamlet et Horatio

Sépia. — H. o'"2o, L. o"'i5. — Vente posthume, n° 104 bis, à M. Petit. — Appar^

tenait à M. Monnerot. — Non catalogué par M. Moreau.

C'est la même composition que celle du tableau catalogué sous le numéro suivant.

L'ŒIIVRK DR DELACROIX ib'.

N" )j6 : Hiimlet et Horatio au cimetière

Toile. — H. i'"oo, L. o Daiô i835. — Tableau refusé au

8i. — Signé à gauche

Eug. Delacroix.

Salon de i836. — Lilhographié

pour le journal VArtiste, en i836, dans les dimensions de o"'i87 sur o'"i4i. — Vente Edwards, 7 mars 1870: 21,000 fr. à M. Heine. — Cat. A. Moreau, pp. i 12, 176 et 252.

Le jury a refusé ce tableau au Salon de iS36. — Le fond est la reproduction du cimetière de Toulon, où Delacroix demeura en quarantaine en revenant d'Alger après son voyage au Maroc. Ce tableau, payé vingt et un mille francs à la vente Edwards, était sorti de l'atelier de Eugène Delacroix au prix de deux cents francs. — On connaît la fameuse scène du cimetière : « llélas! pauvre Yorick!... Je l'ai connu, Horaliol c'était un garçon d'une verve infinie, d'une fantaisie exquise : il m'a porté sur son dos mille fois. » (Voir plus loin, n"* ijb. 592, SgS, et à l'année 1839.)

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