‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 68 sur 114 · I.S4.S I.ŒUVRK DK DF.I ACROIX i · texte numérisé non relu

I.S4.S I.ŒUVRK DK DF.I ACROIX i

N" 10 : Lclia

Toile. — H. o"'45, L. o'"38. — Vente Allou-Eiier, 12 février 1872: 3,85o tV. — Appartient à M. Charles Ilaycm. — Cal. A. Morcau, p. 253.

Nous n'avons pas besoin de rappeler que Lélia est un des premiers romans de Georjze Sand. Celle-ei a rendu un précieux tc'moignat^e de son amitié pour Eugène Delacroix, le jour où elle écrivit à Théophile Silvestre: « Il y a vingt ans que je suis liée avec lui, et par conséquent heureuse de pouvoir dire qu'on doit le louer sans réserve, parce que rien, dans la vie de l'homme, n'est au-dessous de la mission si largement remplie du maître ; et je n'ai probablement rien à vous apprendre sur la constante noblesse de son caractère et l'honorable lidclité de ses amitiés. Il jouit également des diverses faces du beau par les côtés multiples de son intelligence. Dehicroix, vous pouvez l'aflirmer, est un artiste complet. Il goûte, il comprend la musique d'une manière si supérieure, qu'il eût été très probablement un grand musicien, s'il n'eût pas choisi d'C-tre un grand peintre. Il n'est pas moins bon juge en littérature, et peu d'esprits sont aussi ornés et aussi nets que le sien. Si son bras et sa vuevenaient à se fatiguer, il pourrait encore dicter, dans une très belle forme, des pages qui manquent à l'histoire de l'art, et qui resteraient comme des archives à consulter pour tous les artistes de l'avenir. Ne craignez pas d'être partial en lui portant une admiration sans réserve. La vôtre, comme la mienne, a dû commencer avec son talent et grandir avec sa puissance, année par année, œuvre par œuvre. » (Th. Silvestre, Les Artistes vivants. : — Notre croquis a été fait de souvenir.

N" 1034 : Mise au tombeau

Toile. — H. i"'6o, L. i"'3o. — Signé à gauche, daté 1848. — Salon de 1848. — Exposition universelle de i855. — Gravé à l'eau-forte par Boilvin, dans les dimensions de : H. o"M25, L. o'^ioo, pour la collection Durand-Ruel et le catalogue de la vente Faurc. — Vente Faure, juin iSjB : 60,000 fr. à M. Durand-Ruel. — Cat. A. Moreau, pp. i83, i88.

Ce tableau, qui fut peint à l'origine pour le comte de Geloès, est un de ceux dont le maître parlait comme d'une de ses plus belles œuvres. A ce titre, il mérite une description complète, et nous reproduisons celle qu'a donnée le catalogue de la vente Faurc : « Le Christ a été détaché de la croix et placé, par deux disciples et les trois saintes femmes, sur une dalle de pierre. Son bras droit pend à terre; sa poitrine découverte laisse voir la blessure béante du soldat romain. Une douce lumière resplendit sur cette belle nudité, sur cette noble enveloppe d'un cœur qui fut si compatissant aux hommes. La tète est soutenue par une des saintes femmes qui, à genoux, pleure et s'appuie sur une des Marie dans une attitude désespérée et toucliante. Une autre sainte femme, Marie-Madeleine, levé le linceul qui couvre les pieds sanglants, regarde les plaies et les baise. Un jeune homme demi-nu, avec draperie rouge, est assis par terre et courbé; il tient dans ses mains la couronne d'épines, qu'il tîxe dans un muet accablement. Joseph d'Arimathie et Nicodème sont debout et fixent le mort avec un profond sentiment de douleur; l'un d'eux tient un vase de parfums. Deux soldats romains descendent le chemin du calvaire, percé dans une suite de rochers gigantesques qui se perdent au loin. Trois autres soldats, au loin, s'éloignent des trois croix du Golgotha : l'une est nue, c'est celle du Christ ; aux deux autres sont encore appendus les deux larrons. C'est la fin du jour, la nuit e<t venue. 0

N" lO)^' : Mise au tombeau

Toile. — H. o'"55, L. o"^6. — Signé à gauche, non daté. — Exposition Durand-Ruel, 1878. — Lithographie par J. Laurcns, dans les dimensions de : H. 0^454, L. o'"332. — Gravé à l'eau-forte par F. Flameng pour la Galette des Beaux- Arts, dans les dimensions de : H.o'"226, L.o"'i84. — Vente Laurent Richard, 7 avril 1873 : 29,100 fr. à M. Durand-Ruel. — A appartenu à M. Frémyn. — Cat. A. Moreau, pp. 98, 265.

Delacroix a fait plusieurs répliques ou analogies du tableau précédent, qu'il aimait particulièrement. Il a laissé, au sujet de cette œuvre, des notes inédites qui, nous l'espérons avec tous les amis de l'art et de la littérature, seront un jour publiées. — C'est à tort que le catalogue de la vente Faure dit que la lithographie de J. Laurens est la reproduction du grand tableau qui appartint au comte de Geloës (voir le n" précédent) jusqu'en 1870. Il nous a été facile de faire la comparaison ii différentes reprises, et nous pouvons affirmer avec certitude que cette lithographie reproduit bien le tableau du présent numéro.

N° 1036 : Mise au tombeau

Toile. — H. o'"3o, L. o'"42. — Signé à droite , non daté. — Vente E. S., 22 janvier i855 : 890 fr.; vente du i5 mai 1837 : 800 fr.; vente Marmontel, 11 mai 1868 : 4,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 260.

« Le travail lui-même n'est qu'un étourdissement passager, qu'une distraction ; et toute distraction^ comme dit Pascal en d'autres termes, n'est qu'un moyen inventé par l'homme pour se cacher l'abîme de ses maux. C'est dans les moments où l'àme se trouve en face de ce cruel néant que tous les secours sont impuissants pour lui porter la consolation. » (Eugène Delacroix.)

N*" 1057 • ^^^^ tombeau

Toile. — H. o™54, L. o"'44. — Lithographié par X., pour la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'225, L. o"'i87. — Cat. A. Moreau, p. 124.

(i 11 faut voir le beau où l'artiste a voulu le mettre. Ne demandez pas aux vierges de Murillo l'onction chaste, la timide pudeur des vierges de Raphaël : louez dans les traits de leur visage et dans leur attitude, l'extase divine, le trouble vainqueur d'une créature mortelle élevée vers des splendeurs inconnues. Si l'un et l'autre de ces peintres introduit dans ces tableaux, où ils nous montrent la Vierge dans sa gloire, quelques-unes de ces ffgures de pieux donataires ou de saints personnages de la légende, nous sommes charmés chez Raphaël de leur noble simplicité et de la grâce de leurs mouvements ; chez Murillo, nous admirons avant tout l'expression dont ils sont pénétrés. Ces moines, ces anachorètes qu'il nous montre au désert ou dans leurs cellules, prosternés devant le crucifix et tout meurtris de pieuses macérations, nous remplissent à notre tour d'un sentiment d'abnégation et de croyance. « {Questions sur le beau.)

l.'fElîVRK 1)K DIIIACKOIX

N" 1038 : Mise au tombeau

Toilo. — F-f. "'"74. !-• <)'"5o. — N'ontc Davin, 186? : 4,000 fr. — Car. A. Morcau. p. 263.

N" 1039 : Mise au tombeau

. Il ^-ss c !'- Deux dispositions sur la mi-mc fL'uillc. — Dessin à la mine

'iSjl «{, ^{f\W'yi-i ^'^ plomb. — H. o'"23, L. o'"35. — Reproduit en fac-similé

' -T^jgj^'S f^%/<(j|;^ jV^I par A. Robaut, dans les dimensions de :H.o"'23, L. o"'35.

'f^^L ^^i'^-t^<Vi — Extrait en fac-similé inédit, par Charles Desavary,

^/t^ y?,'^ t'&^^T^'i dans les dimensions de : H. o'"2oo, L. o'"23o. — Appartient à

îin-ilxv <^ ^-"^y^'y M. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

Toujours « l'idJc reinuce, retournuc en tous sens « par ce cerveau lumineux et aux fraîches inspirations. Dans le premier trait, la scène se passe sous un grand portique; dans le second, c"est entre des rochers et à la lueur des torches que circule le groupe imposant.

N"" 1040 : Un bouquet de fleurs dans un vase

Toile. — H. o'"3i, L. o"^43. — Signé au bas à droite et daté. , — Vente posthume n" 92 : 820 tr. à M. Chf)quet. — Non catalogué par M. Moreau.

1 Un seul rouge franc pique sa note hardie sur la droite, en ces quatre I pétales de géranium ; il est d'ailleurs soutenu très heureusement par j des variétés de tons très multiples, tantôt douces, tantôt \ igoureuses, et de tout cela se dégage une harmonie exquise. — Voir la belle suite d c-tudes de Heurs à l'année 1849. On y trouvera la citation d'une lettre dans laquelle le maître expose sa manière de comprendre la peinture de fleurs. Avec une grande richesse d'arguments techniques, il prouve que ce genre exige un parti pris décoratif, une facture large et une observation parfaite des principaux plans de lumière et d'ombre.

N" 1041 : Corbeille de fleurs posée sur un socle

Toile. — H. i'"o5, L. i"'40. — Salon de 1849. — Exposition universelle de i855. — Gravé à l'eau-forte par La Guil- Icrmie, pour la collection Durand-Ruel, dans les dimensions de : H. o'"o89, L.o"Mo8. — N" 90 de la Vente posthume : 7,000 fr. à M. Piron. — Vente Piron, i865 : 3, 000 fr. — A appartenu à M. Fanicn. — Se trouvait chez M. Petit en 1 884. — Cat. A. Moreau, pp. 192, 314.

Le catalogue delà Vente posthume désignait l'oeuvre en ces termes: « Corbeille posée dans un jardin, contenant des raisins, des pêches, etc. » Le fond du paysage est une allée bordée de roses trémières.

N° 1042 : Fleurs mélangées

'^^^^^^W^^^liP^'^ Aquarelle. — H. o'"63, L. o'^^ôo. — N° 614 de la Vente ^^^^fÈM^^^l posthume : 2,000 fr. à M. Piron. — Vente Piron, i865 : '^'^p^-^k^^^^^ -^oo fr. à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau.

tl'est à la fin de l'été 1848 que Eugène Delacroix peignit ces belles ^'^^'Û^I^&^'^'^êi' 'études de fleurs et de fruits en sa maison de Champrosay, comme '^^^^^^^9^^^^^ en témoignent les lettres de cette époque à madame de Forget. Ces l^^^-c^^^fe^^M' lettres en même temps nous disent quel était son état moral, à cette ..^^^Wt^^fe'^P^î^^ date de politique troublée. « Champrosay, vendredi, août 1848.

Bonjour, chère amie, me voilà ici depuis quelques jours, essayant de '\ -- '-î^^^'* --"î • remettre à quelque chose. Il y a si longtemps que je n'ai touché a ma pauvre peinture que je ne sais pas par quel bout la prendre. Je ne suis pas non plus très bien portant. Les matinées surtout sont d'une lourdeur et d'une maussaderie extrêmes, et la vie n'en passe pas moins ! Voilà ce qui me désespère... »

N° 104^ : Etude de paysage — Champrosay ou Augerville

Toile. — H. o'"37, L. o'"45. — Partie du n"^ 219 de la Vente posthume : 295 fr. — Vente Belly, 1878:355 fr. — Appartient à M. Dollfus. — Non catalogué par M. Moreau.

« Je vis à la campagne presque continuellement... Je me trouve bien de ce régime au physique et au moral. » (Lettre à M. Lasalle-Bordes, septembre 1848, édition Burty.)

N° 1044 : Comédiens bouffons arabes

^,.:^:ms^1^/^:-'^[^^-^-. Toile. — H. o"^93, L. i™3o. — Daté. — Salon de 1848. /g^ff^S^^^'s^-^;^ — Gravé sur bois pour V Illustration et l'ouvrage de La ^^"^''-^ ' -^-^^^^^^ Madelène, dans les dimensions de : H. o"Mi5, L. o'"i53.

— Appartient au musée de Tours. — Voir l'aquarelle à ^^^^K^mI^^^^^^' ^'^'■'"^^ i836. — Cat. A. Moreau, pp. 184, 202. Hf-lm^Sp^^S^B^^ ^'^"^"^^ P''^'" ^ -État et donné par lui à la ville de Tours, ce tableau

est, au point de vue de la couleur, où chantent les verts et les ^^^^^^^8^^^^^^^' rouges, un des plus beaux tableaux de chevalet que le souvenir ' " - du Maroc ait inspirés à Delacroix. Il faut reprendre et citer à son sujet les réflexions et les comparaisons que la Noce juive inspirait à Théophile Gautier: « Quiconque a visité seulement l'Algérie sera frappé du talent extraordinaire d'appropriation que montre M. Delacroix dans cette scène. Aucun de ses personnages n'a une attitude européenne. Les voyageurs ont remarqué, pour peu qu'ils soient attentifs, que les musulmans, arabes, turcs, asiatiques, ont des mouvements sans rapport avec les nôtres. L'habitude de vivre dans des vêtements amples et libres, de s'accroupir ou de se coucher partout ou le caprice leur en prend, de quitter et de reprendre leur chaussure, de se courber pour la prière ou l'ablution, de croiser les jambes sur les divans, de rester des heures entières enroulés par le tuyau de cuir du narguilé, de monter à cheval presque à genoux avec des étriers larges et courts, leur donne des plis particuliers d'articulation, auxquels mtre corps ne peut se soumettre. « [Les Beaitx-Arts en Europe.)

''^4''^ L'ŒUVRE DK 1) K F. AC r< O 1 \

N" 104^ : Femmes d" Alger

''''';t^Hii!fli'W^f^""l Toile. — H. o'"32, L. (^'"24. — N" 70 de la Vcnlc pnsihumc. — Vente Hermaiin, 10 février 1S70: i,65o{"r. à M. CJiarlet. — Non C\ V ' catalo-jué par M. Moreau.

PV;*f;>,h • tableau est très peu pousse comme dessin. Hielicment vêtue, la

jeune femme est assise sur un divan recouvert d'étoffes brillantes et caresse >■'>5>/>"^,~9,■3^.'■ lévrier. Le corsage est vert bleuâtre clair garni d'or, une étoffe

' ' ' ■■(' jaune passe sur la jupe, également brodée d'or; l'eVcntail est jaune clair, les coussins du divan, vert garni de rouge, et le coussin des pieds rouge avec cordonnet vert; la draperie est brune. « Comme un rêve est placé dans une atmosphère oui lui est propre, de même une conception, devenue composition, a besoin de se mouvoir dans un milieu coloré qui lui soit particulier. Il v a évidemment un ton particulier attribué à une partie quelconque du tableau qui devient clef et qui gouverne les autres. Tout le mo'nde sait que le jaune, l'orangé, le rouge inspirent et représentent des idées de joie, de richesse, de gloire et d'amour; mais il y a des milliers d'atmosphères jaunes ou rouges, et toutes les autres couleurs seront affectées logiquement et dans une quantité proportionnelle par l'atmosphère dominante. » (Baudelaire )

N" 1046 : Un marocain, soldat de la garde de Tempereur

Toile. — H. o"'33, L. ()'"4i. — ■ Signé au bas à droite, et daté « 1848.)^ — Musée de Bordeaux. — Voir la variante, aquarelle reproduite à Tannée i833. — Cette toile a été léguée à la Ville par le général Delacroix. — Cat. A. Morcau, p. 200.

Cette toile offre des différences très sensibles avec l'aquarelle ii laquelle nous renvoyons le lecteur. Ici, la composition est plus chargée, a moins d'air, et le premier plan est embarrassé d'accessoires, La date tie 1848 ne concorde pas avec le legs fait par le général Delacroix, qui mourut en 184?. Nous signalons au lecteur cette anomalie, que la mise sous presse ne nous permet pas de contrôler et de rectifier.

N" 1047 • Christ en croix

— rr; Peinture sur bois. — H. o'"2o5, L. o'"i55. — Signé au pied de la

«"^v,'*, ' ! croix, E. D. — Don du maître à madame la baronne de Forgct. — ^^^"^g°sa- Non catalogué par M. Morcau.

ç -l' Dans cette petite toile, qu'il destinait à une amie sincère, femme d"un goût l\ ' ■ ' 1 ^^^^ délicat et d'un esprit très éclairé, le maître mit toute la magie de *Sy 1 son exécution. L'effet est très doux. — Fils d'ancien fonctionnaire, il ne m ! haïssait pas les grandeurs ofticielles et désira pendant quelque temps oh- W ! tenir la direction de la manufacture des Gobelins. Il trouva un appui très 'hg, ^ ; empressé auprès de madame de Forget, avec laquelle il entretint à ce sujet ^^Jljx ■ -, une correspondance suivie; mais il changea rapidement d'idée et pria son ' amie de suspendre toute démarche. La place fut donnée au frère de 1 oraeur chrétien Lacordaire. (Voir Lettres, édition Burty.l

1048 : Officier grec assis sur un tertre qui domine la mer

Toile. — H. o"'34, L. 0^28. — Vente de feu M. Albert, i5 mai 1866 : 1,240 fr. — Voir le numéro suivant. — Cat. A. Moreau, p. 273.

N"* 1049 : Officier grec

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"i4, L. o'"i6. — Don de Jenny Le Guillou à Constant Dutilleux. — Non catalogué par M. Moreau.

Ce joli croquis, si net et si rapide et plus ancien que le tableau précédent, en est la première pensée. Baudelaire parlant de Eugène Delacroix a très bien dit : « Pour ce grand peintre, toutes les parties de l'art, dont l'un prend celle-ci et l'autre celle-là pour la principale, n'étaient, ne sont, veux-je dire, que les très humbles servantes d'une faculté unique et supérieure. Si une exécution très nette est nécessaire, c'est pour que le langage du rêve soit très nettement traduit; qu'elle soit très rapide, c'est pour que rien ne se perde de l'impression extraordinaire qui accompagnait la conception. »

N'* 10^0 : Lion couché

Toile. — H. o'"37, L. o'"70. — Vente, 29 février i853 : 199 fr. — Voir à Tannée i856 la vignette offrant la même disposition. — Vente Marmontel, 11 mai 1868 : 6,400 fr. à M. Brun. — Cat. A. Moreau, p. 276.

N** 1051 : Lions à la source

Toile. — H. o'"4i, L. o"^52. — Signé au bas. — Gravé à Teau-forte parF. Milius, pour le catalogue de la Vente Sabatier, i883, dans les dimensions de : H. o'"io9, L. o'"i37, avec le titre : Deux lions près d'une source. (II. existe trois états de cette planche.) — • Vente Couteaux, 21 avril i858 : 1,125 fr.; vente Marmontel, 11 mai 1868 : 7,000 fr.; vente Sabatier, 3o mai i883 : i5,ioo fr.

Le catalogue Moreau, p. 279, décrit en une ligne un tableau, qui doit être le même que celui-ci, d'après les dimensions : « Ils s'avancent pour boire à une source ombragée d'arbres. » Le catalogue de la vente Sabatier le désigne ainsi : « Dans un site sauvage, au milieu de rochers, deux lions se sont rencontrés près d'une source. Le premier arrivé rugit et paraît vouloir défendre sa place; l'attitude menaçante du second animal laisse prévoir qu'une lutte terrible va s'engager entre les deux fauves. Par une échappée à travers les rochers, on aperçoit vers la droite le ciel encore éclairé par les dernières lueurs du jour. »

N" iO)2 : Un lion à la source. — Esquisse

Toile. — H. n"'46, L.o'"56.— Lcgiic au musée de Bordeaux par le général Delacroix, frère du maître. — Cat. A. Morcau, p. 200.

()uclqucs indications tic montagnes accusent les fonds; le lion est couche par devant sur des junt;les, au bord de l'eau où il est venu se désaltérer. Il détourne la tète comme s'il avait entendu un bruit soudain. Les pattes de devant signalent déjà l'intention du départ. — Faute d'une date précise, nous avions d'abord cru pouv oir classer ce tableau à l'année 1848, h côte de sujets analoi^ues qui préoccupèrent alors l'esprit du maître. Au moment de mettre sous presse, nous acquérons la certitude que ce lion fut peint en 1844.

N" 10 )j : Lions à la source

Aquarelle. — H. o"^265, L. o'"3(")o. — Signé au bas à gauche. — Appartenait à madame la baronne de Forgct. — Non catalogué par M. Moreau.

Delacroix a fait cette composition en se servant beaucoup de l'étude peinte en 1828 fvoir n" 2G4I. Mais ce que son savoir et son goût seuls ont pu lui fournir, c'est l'entente des lignes et la torce de cohésion qui lui font relier son groupe d'animaux au paysage. — Quelle belle opposition dans l'attitude variée des deux lions, l'un actif, l'œil grand ouvert, prêt à bondir, l'autre nonchalamment couché sur le tlanc. La composition est absolument différente de celle du n» io5 1 , tant pour les lions que pour le paysage, qui représente ici une ligne de montagnes avec une gorge au milieu. — Cette importante aquarelle est d'une exécution très soignée.

Lion déchirant un cadavre

620 fr.; vente M. D., 2q mars 1862: 600 fr.

1" Aquarelle. — H. o"'2i5.

L. o'"27o. — N» 461 de la Vente posthume : 35o fr. à M. Normand. — Appartient à M. Donatis. — Non catalogué par M. Moreau.

2° Toile. — H. o"'28, L. o"'3 5.

— Vente 'Weill, 20 janvier i858 :

5oo fr.; vente du 26 Janvier 1861 :

Cat. A. Moreau, p. 278.

La seconde de ces compositions est l'une des plus belles variantes de ce sujet, vers lequel le maître se sentait comme un attrait irrésistible. M. \. Moreau l'a confondue avec le tableau qui fut peint en 1847, et qui ne montre pas l'arabe au bord du précipice. (Voir le n" 10 17.)

N'' 10^6 : Tigre assis grognant

Toile. — H. o"'24, L. o"'37. • — Signé en bas à gauche, non daté. — Vente Bonnet, ig février i853 : 160 fr.; vente du 29 janvier i855 : i55 fr. à M. Van Praet, et aujourd'hui à M. Bellino. — Gat. A. Moreau, p. 276.

«La supériorité poétique, chez Delacroix, efface, comme un mirage, ses défauts plastiques les plus frappants. Il a des aperçus d'expression, d'attitude, de composition et d'effet qui parlent encore plus à notre imagination qu'à nos yeux; l'arabesque linéaire de ses dessins, aussi bien que l'harmonie de sa couleur, révèle, même à distance, le caractère du sujet et rend pour ainsi dire les onomatopées naturelles. » Cette excellente appréciation du talent de Delacroix par Théophile Silvestre trouve bien sa place en face de ce tigre à l'échiné souple, aux formes serpentines, et qui expriment si nettement la cruauté et la ruse.

N" 1057 • Tigre prenant son élan

PasteL — H. o'"i5, L. o'"22. — Signé au bas à gauche. — — Voir le' tableau variante, à Tannée 1862. — Vente baron de C, 22 janvier i858 : i 5o fr. ; vente Sensier, 12 décembre 1877 : 65o fr. à M. Brame; vente Marmontel, janvier i883 : 670 fr. à M. le docteur Goujon. — Gat. A. Moreau, p. 293.

Rien de plus souple que ce jeune animal qui s'apprête à bondir, rien de plus chatoyant que sa robe colorée rouge orangé, qui s'enlève sur une tonalité douce et chaude de gazons ensoleillés. Des collines brumeuses se perdent dans un ciel bleu. — Delacroix a reproduit plusieurs fois ce même mouvement en changeant les accessoires. La plus importante de ces variantes est le Tigre et le Serpent. (Voir à l'année 1862.)

N° 10^8 : Études et sujets divers

Croquis à la plume. — Deux fragments mesurant ensemble : H. o'"3o, L. o"'20. — Reproduit en fac-similé, par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o"'3o, L. o'"20. — Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau.

« Le modèle vivant, disait Delacroix, ne répond jamais bien à l'impression ou à l'idée que le peintre veut exprimer : il est incomplet, mesquin ou déy fectueux. Par une exception bien rare, le modèle pourrait se trouver d'une '■^.l:.)^ j/V^ beauté supérieure à celle que l'on a préconçue, alors les premières idées \ du peintre disparaissent et il s'absorbe dans une imitation pure et simple. Kotte père, magnifique modèle, était pourtant petit, rond et mesquin en posant pour Pline au Vésuve. Après avoir donné le mouvement pour des croquisj il a été tiède, languissant pour mon esquisse. Il faut donc arriver à se passer de modèle vivant, et pour cela acquérir de la facilité, meubler infiniment sa mémoire et dessiner beaucoup d'après les maîtres. Cette dernière manière de travailler fait surgir en nous des idées analogues à celles qui les animaient. » {Souvenirs de M. de Planet.)

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■2 Ni

N""" 1059, 1060 : Deux croquis d'animaux

'" I <-'n urnîtprét à s'élancer. — Dessin à la mine

■" ' ^ de plomb. — H. o'"2o, L. o"'3o. — Galerie Bravas.

au musée de Montpellier. — Voir le tableau à l'année i863. — Non catalogué par M. Moreau.

- • 2" Lionne se léchant la patte. — Dessin mine Je plomb. — Dimensions in-octavo. — Non catalogué par M. Moreau.

(I I.e premier venu s'ccrie. en présence d'un tableau de Delacroix : il ne sait pas dessiner I Dites plutôt tju'il ne dessine pas comme les autres!.. Il est savant, très savant dans son art, et, ce qui vaut mieux encore, doué de ce qénie divinateur qui trouve souvent les choses du premier coup... Ne lui pardonnez rien; il sait a merveille tout ce qu'il fait. <> (Th. Silvestre.) « Ce dessin [n" 1060) à la mine de plomb, minutieusement tini, est par cela même un morceau très rare de l'œuvre de Delacroix, l'ennemi naturel de la calligraphie prudhommesque dans le dessin » dit Silvestre. Pas si rare, à parcourir ce livre.

N" 1061 : Aigles, vautours, lions, lionnes

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"2i, L. o'"35. — Vente posthume. — Appartient à madame veuve Paul Huet. — Non catalogué par M. Moreau.

Le paysagiste Paul Huet venait depuis quelques jours à l'Académie de Suisse, où se donnaient rendez-vous la plupart des jeunes peintres. Un soir, Delacroix dit à Comairas, en entrant, qu'il venait de remarquera la vitrine d'un marchand une étude de paysage tout à lait extraordinaire, qu'il n'avait encore rien vu de semblable : <; Qui diable a pij faire ça? » répétait Delacroix Comairas le présenta aussitôt à Paul Huet. Dès le lendemain, Delacroix venait s'installer dans le pauvre atelier du paysagiste, qui travaillait alors à son célèbre tableau du Cavalier, et voulut le lui voir peindre jusqu'à la dernière touche. Les visites, qui se renouvelèrent chaque jour pendant un mois, fondèrent entre les deux artistes une amitié qui dura toute leur vie. iPeinlrcs et statuaires romantiques, E. Chesncau.)

N° 1062 : Lions et lionne

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"22, L. o'"22. — Appartient à M. Ph. Burty. — Non catalogué par M. Moreau.

11 n'est pas sans intérêt, devant ces multiples études de lions poursuivies avec tant d'énergie par Delacroix, de rappeler comment les peintres, les mieux doués dans tous les temps, ont compris la forme de ce roi des fauves. Les plus anciens artistes, Rubens et Rembrandt, par exemple, ont traité le lion au point de vue purement ornemental, et, comme s'ils ne l'avaient connu que par tradition, lui ont donné une face presque humaine. Géricault commence h revenir à la nature, que Delacroix surprend dans ses formes les plus capricieuses. Il est sinon le précurseur, du moins l'émule de notre grand Rarvc.

Année 1849

N" 106^ : Ugolin et ses fils

Toile de vingt environ. — Photographié par X... pour M. Francis Petit. — Non catalogué par M. Moreau.

M. Paul Tasse, qui a possédé ce tableau, le considère comme une petite merveille. Delacroix le lui avait fait payer 1,200 francs. Peu après, on le revendait 3, 000 francs, ce qui est le dixième de la valeur actuelle. La modestie, qui n'exclut pas le sentiment de son propre talent, était grande et sincère chez Delacroix. 11 n'était guère marchand, ne savait point vendre. Mais comme il se préoccupe de l'effet que ses tableaux font au Salon ! Ce n'est pas de l'orgueil, cela , tout au contraire. Voir à ce sujet la lettre qu'il écrit le 9 juin h son ami Riesener.

N*'-'' 1064, 1065 : Ugolin et ses fils

i" Croquis à la mine de plomb. H. o'"24, L. o'"33. — Non catalogué par M. Moreau. 2" Croquis lavis. — Variante. — H. o'"o5o, L. o'^oSS. — Vente posthume, partie du n° 358, sept feuilles : 58 fr. — Vente Sensier. — Non catalogué par M. Moreau.

Le premier de ces deux croquis est la maquette du tableau précédent; le second croquis offre une variante importante. La composition y est beaucoup plus symétrique.

W 1066 : Daniel dans la fosse aux lions

Toile. — H. o'^ô-, L. o'"48. — Signé à droite : ■< Eug. Delacroix. » — Lithographié par Jules Laurens dans les dimensions de : H. o'"295, L. o'"2i3. — Fait partie de la galerie Bruyas, au musée de Montpellier. — Voir variante à l'année i853. — Cat. A. Moreau, p. I 32.

Dans la variante de i853 , les deux personnages qui ici regardent épouvantés par l'orifice de la fosse, sont remplacés par un ange qui plane. Les animaux sont disposés différemment. Sans qu'il soit nécessaire de connaître le tableau même , notre vignette donne l'idée d'une des plus nobles conceptions qu'ait inspirées ce motif biblique. Non seulement les terribles fauves sont domptés; mais l'un d'eux s'elance pour défendre le prophète contre les inconnus dont le visage terrifié apparaît. L'œuvre est admirable. L'idée est sublime. — Et le grand artiste, cette même année, se présentait une fois de plus, à l'Institut, qui lui préférait M. L. Cogniet.

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