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ne trouvera pas déplaces certains détails qui intéressent particulièrement l'œuvre de Delacroix. Lorsque la première j^aleriedu Louvre, construite sous Charles l.\ et Henri eut été brûlée, en iGt')i, ce l'ut Lebrun qui fut charge de décorer la nouvelle galerie. Avec cette unité de vue et cette conception d'ensemble qui distinguent ses plus beaux ouvrages, il composa un projet où les figures sculptées, les sujets peints et les motifs ornementaux se combinaient avec une admirable justesse d'harmonie et de pondération. 11 prit comme thème principal et pour Centre de la décoration, le triomphe d'Apollon, flatterie heureuse, flatterie nécessaire à l'adresse du roi Soleil, qui. dans l eblouissement de ses premières victoires, venait d'adopter pour lui-même les attributs et la devise du dieu de la lumière, dont le rayonnement salutaire chasse le mal et son ténébreux cortège. Lebrun avait divisé la voûte telle qu'on la voit aujourd'hui, en onze compartiments principaux. « Dans celui qui est au centre, il se proposait de représenter Apollon sur son char avec tous les attributs du soleil. Les Saisons devaient occuper les quatre cartouches les plus voisins de celui-ci ; les deux ovales, qui les séparent dans la voûte, devaient être remplis par le Soir et le Matin, et les deux octogones plus reculés par la Nuit et par l'Aurore; les culs-dc-four, qui sont aux extrémités du berceau, auraient offert, l'un, le réveil des Eaux, et l'autre celui de la Terre aux premiers rayons du Soleil. » Cette décoration n'était pas achevée lorsque le caprice de Louis XIV attira Lebrun à Versailles, et dès lors le Louvre, déserté, fut laissé dans un état d'abandon , qui, en moins d'un siècle, en rendit la ruine imminente, i'iusieurs fois résolue, mais toujours retardée, la restauration fut sur le point d'être exécutée en i833; Louis-Philippe, qui n'était sensible qu'aux sévères enseignements de la peinture historique, rêva de tapisser les murs de la galerie avec une suite de compositions relatives h l'histoire du Louvre, depuis Dagobert jusqu'au 29 juillet i83o. C'était introduire des réalités souvent bien sombres, telles que le massacre de la Saint-Barthélemy parexemple, dans une salle où, selon le plan primitif, devait être glorifié le dieu de la lumière. Mais l'attention du roi fut détournée, comme l avait été celle de Louis XI\', par les grands travaux qu'il entreprit à Versailles ; sans cette diversion heureuse, nous serions privés peut-être du chef-d'œuvre de Delacroix. Ce fut seulement en 184S que la restauration, cette fois définitive, fut reprise sous la direction d'un architecte, non seulement très savant et très consciencieux, mais encore amoureux de la belle tradition et désireux de faire revivre dans toute sa magnificence le projet inventé par Lebrun. Eugène Delacroix fut alors chargé de la décoration du cartouche central, où devait se développer, pour en justifier le nom, le sujet dominant de toute la galerie, et qui, jusqu'à cette époque, était resté nu. Lebrun n'avait pas eu le temps d'y peindre son.triomphe d'Apollon ; il ne laissa même aucune esquisse, aucun dessin nous révélant sa pensée. Ainsi Delacroix, tout en recevant un sujet fixé d'avance, n'eut point à suivre servilement une composition étrangère ; il ne fut point entrave dans la libre expansion de son génie, et voici en quels termes il nous a décrit lui-même la souveraine apothéose qu'il avait conçue: « Le dieu, monté sur son char, a déjà lancé une partie de ses traits; Diane^ sa sœur, volant à sa suite, lui présente son carquois. Déjà percé par les tièches du dieu de la chaleur et de la vie, le monstre sanglant se tord, en exhalant dans une vapeur enflammée les restes de sa vie et de sa rage impuissante. Les eaux du déluge commencent à tarir et déposent sur les sommets des montagnes ou entraînent avec elles les cadavres des hommes et des animaux. Les dieux se sont indignés de voir la terre abandonnée à des monstres difformes, produits impurs du limon; ils se sont armés comme Apollon. Minerve, Mercure s'élancent pour les exterminer, en attendant que la sagesse éternelle repeuple la solitude de l'univers; Hercule les écrase de sa massue, Vulcain, le dieu du feu, chasse devant lui la nuit et les vapeurs impures, tandis que Borée et les Zéphyrs sèchent les eaux de leur souffle et achèvent de dissiper les nuages . Les nymphes des Hcuves et des rivières ont retrouvé leur lit de roseaux et leur urne encore souillée par la fange et par les débris. Des divinités plus timides contemplent à l'écart ce combat des dieux et des éléments. Cependant, du haut des cieux, la Victoire descend pour couronner Apollon vainqueur, et Iris, la messagère des dieux, déploie dans les airs son écharpe, symbole du triomphe de la lumière sur les ténèbres et sur la révolte des eaux. »
Une telle conception exigeait d'être réalisée avec une puissance supérieure. Delacroix s'est montré aussi grand dans" l'exécution que dans l'invention, et le plafond d'Apollon est l'une des œuvres d'art les plus parfaites dont se glorifient tous les siècles.
2q8 L'ŒUVRE DE DELACROIX [841)