‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 72 sur 114 · LE SALON DE LA PAIX · texte numérisé non relu

LE SALON DE LA PAIX

Peintures décoratives exécutées à l'Hôtel de Ville de Paris. — Cat. A. Moreau, pp. 2 1 5 et 216.

C'est de 1849 à i853 que Delacroix exécuta la décoration du plafond de la Paix, à l'ancien Hôtel de Ville de Paris. Le monument a été, comme chacun le sait, brûlé au mois de mai 1871. Il ne reste donc plus rien de ces peintures que ça et là quelques esquisses, quelques dessins et quelques gravures. La décoration se composait de : i» un plafond circulaire; — 2° huit caissons; — 3" onze tympans. Le tout fut payé 3o,ooo francs à Delacroix, qui, en ce long travail, souffrit de coliques de plomb et d'une maladie de la rétine.

N*' 1143 : Plafond La Paix vient consoler les hommes et ramène LAbondance

Toile. — • Diamètre 5"\ — Grave au burin d'architecte par Sellier, d'après Roguet, pour la Monographie de l'Hôtel de Ville, par Victor Calliat. L'ensemble de la planche, qui reproduit aussi les huit compositions des rectangles, mesure en totalité: H. o"^355, L. o'"545. Cette reproduction du plafond seul mesure : Diamètres: o'^ijS et o'"248 les ornements compris. — Reproduit d'après un dessin de P. Andrieu, dans les dimensions de o"'i85 de diamètre, pour l'Ancien Hôtel de Ville de Paris, publié par A. Quantin. — Cat. A. Moreau, pp. 2i5, 216.

(I Le sujet du plafond principal est la terre éplorée levant les yeux au ciel pour en obtenir la fin de ses malheurs. En effet, Cybèle, l'auguste mère, a parfois de mauvais fils qui ensanglantent sa robe et la couvrent de ruines l'umantes ; mais le temps de l'épreuve est passé; un soldat éteint sous son talon de fer la torche de l'incendie. Des groupes de parents, des couples d'amis séparés parles discordes civiles se retrouvent et s'embrassent; d'autres, moins heureux, ramassent pieusement de tristes victimes.

Au-dessus, dans un ciel bleu d'azur, doré de lumière, d'où s'enfuient les nuages, derniers vestiges de la tempête, balayés par un souffle puissant, apparaît la Paix, sereine et radieuse, ramenant l'abondance, et le chœur sacré des muses naguères fugitives. Cérès, couronnée d'épis et appuyée sur sa blonde gerbe, que ne fouleront plus, désormais, les pieds d'airain des chevaux de guerre, repousse l'impitoyable Mars et les Erynnies qui se réjouissent des calamités publiques ; la Discorde, que blesse cette tranquillité lumineuse, s'enfuit comme un oiseau nocturne surpris par le jour, et cherche pour s'y cacher les ténèbres de l'abîme, tandis que du haut de son trône, Jupiter, de ce même geste qui foudroyé les Titans, menace encore les divinités malfaisantes, ennemies du repos des hommes.

Tel est le thème qu'a développé l'artiste et auquel se rattachent les caissons et les tableaux de la frise. Il est, comme on voit, purement allégorique, et, par cela même, il prête beaucoup à la peinture, qui a besoin avant tout de nu et de draperies, principalement lorsqu'elle est suspendue au-dessus de la tête des spectateurs. La figure de la terre personnifiée est très belle ; c'est bien l'aima parens blessée par des enfants cruels et s'adressant aux puissances célestes avec un geste de douleur majestueuse; les figures difformes des monstres mis en fuite par le retour de la Paix contrastent par leur expression hideuse et bestiale avec la beauté intelligente des groupes supérieurs. Les parents qui soulèvent entre leurs bras les corps des blessés sont disposés dramatiquement ; et ce soldat écrasant sous son pied les brandons de discorde a une tournure fière et robuste, et cependant pacifique, tout à fait en harmonie avec son action ; le cortège des Muses offre des poses gracieusement aériennes qui rappellent sans l'imiter la danse des Heures autour du char d'Apollon, au palais Rospigliosi ; la Paix et

L(i;uvKi; 1)1-: dklackoix

Cerès sont également bien réussies, mais le Jupiter est moins heureux ; les nécessites Je la perspective linéaire et aérienne lui donnent, h la hauteur où Delacr ix Ta placé, des proportions restreintes et des tons affaiblis par l'interposition de l'atmosphère. La ioj^ique le voulait ainsi ; pourtant, cette figurine noyée dans la vapeur ne semble guère redoutable pour les

groupes anarchiques et monstrueux qu'elle envoie à i'ab!mc. — N'était-ce pas le cas d'user de cet artifice dont les peintres du moyen âge se servaient lorsqu'ils avaient à exprimer la puissance et représentaient le Christ ou la Vierge sous des proportions colossales parmi des figures beaucoup plus petites? Sans aller aussi loin, Delacroix aurait pu ne pas reculer son Jupiter jusqu'aux profondeurs de l'empyrée et lui faire châtier l'anarchie et la rébellion de plus prè^, ce qui aurait permis de lui donner plus d'importance. » ^Théophile (Jautier.;

3o4 L'ŒUVRE DE DELACROIX 1849

N"- 1 144, 1 145, 1 146, 1 147, 1 148, 1 149, 1 1 50, 1 1 5 1 : Caissons

Huit toiles m-arouticcs. — H. i'"o5, L. 2'"35. — Gravées au burin d'architecte par Sellier, d'après Roguet, dans les dimensions de : H. o'"o38,L. o'"o84, avec la partie circulaire et centrale, et de : H. o'"o53, L. 0^09 1, les ornements compris. Cette reproduction a été publiée par Victor Calliat, planche XIII du supplément de la Monographie de l'Hôtel de Ville de Paris, 1854 et i856. — Reproduites sur zinc d'après les dessins de P. Andrieu,dans les dimensions de : H. o'"o4i, L. o"'o88, pour l'Ancien Hôtel de Ville, Quantin, éditeur. — • Cat. A. Moreau, pp. 141 et 216.

i< Les caissons enclavés dans le dessin ornemental du plafond contiennent des divinités bienfaisantes amies de la Paix. Cérès,la mère nourricière du genre humain; la Muse, noble lille du loisir; Bacchus, le doux père de la joie; Vénus qui, selon le proverbe, a froid sans Bacchus et sans Cérès ; Mercure, qui préside au commerce; Neptune, calmant les flots soulevés par le récent orage; Minerve, la vierge sage, portant sur sa poitrine la cuirasse d'azur des guerriers et sur son cimier le hibou, symbole de la pensée, et enfin Mars enchaîné comme un Scythe captif dans un triomphe athénien. — Le Bacchus, parmi ces figures, toutes d'un beau caractère et d'une grande tournure, se distingue par la poésie de la couleur; le sang de la grappe circule comme une pourpre divine dans son beau corps affaissé sous les pampres ; une demi-teinte rose voltige autour de lui comme le reflet d'une coupe de cristal remplie de nectar et traversée par un rayon de soleil. » C'est non seulement la plus belle des huit compositions qui décorent les caissons, mais c'est aussi un des meilleurs morceaux du peintre. »

I» (N"^ 1 144.) Premier caisson. — Vénus. — Elle est représentée, comme le sont d'ailleurs les divinités peintes sur les huit caissons, couchée et en pleine lumière. Ses attributs sont ceux que lui prête l'art plastique moderne. D'une main, elle tient le miroir qui reflète son incomparable image, de l'autre, elle laisse glisser une flèche entre ses doigts, tandis qu'à son côté gisent l'arc et le carquois. Le fond est occupé en partie par une bande de ciel. Sur cet azur intense se détache un buisson de roses, autour duquel voltigent des colombes. L'une d'elles s'est détachée de ses compagnes pour venir baiser amoureusement les lèvres de la déesse. — Voirie n» 1121.

2" (N° 1 145.) Deuxième caisson. — Bacchus couché sous une treille. — Gravé sur bois pour V Illustration, avril 1854, dans les dimensions de : H. ©"'078, L. o^iyS. — Cette figure est, par la hardiesse de son contour, par l'heureuse pondération de ses lignes, l'égale des plus belles compositions décoratives. Etendu dans toute la nonchalance de son ivresse, le dieu presse, à même la treille, une grappe dont le jus vient jaillir dans une coupe à demi-renversée. A droite, assise sur ses pattes de derrière, se tient la panthère, compagne fidèle du divin buveur. Il est impossible de se montrer plus habile dans l'arrangement, praticien plus achevé. — Voir le n» 1 122.

2)^ (No I i46.)Troisième caisson. — Mars enchaîné. — Le sentiment littéraire et le goût délicat qui présidaient à toutes les inspirations de Delacroix l'ont ici admirablement servi. Aux pieds du dieu, qui gît enchaîné dans l'attitude héro'ique d'un Titan vaincu, un jeune Erosjoue avec le casque dont il n'a plus peur; c'est un trait emprunté aux bas-reliefs antiques et savamment rajeuni. Des armes décorent le fond. On admirera la pondération de cette figure avec celle du Bacchus. L'opposition des lignes, dans les deux caissons, est très calculée. — Voir le n" 1 123.

L'ŒUVRE DE DELACROIX :^o?

^^'.j, 4"(N'' 1 147. (^iiatricmo caisson. — Mcrcure^dicu du coimncrce.

^jJs^^ i'-r — La cliarmantc statuette lie mai brcque J.-B. Piqalle présenta [■^^^^ J^ft^ \ ^ l'Académie comme morceau de réception, et qui fait partie r îl^ iV^^ jiM^^^îW- 1 >^e'Scollectionsdu I. ouvre, nousmontre un Mercurearrani;cant "^^^ sa sandale, dans l'attitude de contorsion gracieuse que les Xjt^'^^ç^j^ ~~ / artistes du di-x-huitième siècle aimaient à donner à toutes ^^55^^'^'"^^SS>KjlÇ^y-^' leurs tisures de style. Le même sujet prend, sous la main de

Delacroix, plus de simplicité. Mercure attache ses talonnièrcs ailées avec le geste d'un personnai;e moderne nouant les cordons de son soulier; mais ce qeste a tant d'ampleur, il offre un développement si complet de tout le corps, qu'il s'élève ii la plus noble expression du style décoratif. — Voir le n'^ 1 124.

.^Ês: '^fe^ 5*^ (N» 1148.) Cinquième caisson. — La muse Clio. — I.a /'''''^ muse de l'histoire habite des régions sereines, et la cime des / i^^^fî^"^ \ P'"^ grands arbres atteint à peine la terrasse du haut de la- 1 ^^'^i^^jt^f '■ '/ ' ) q'-ielle (;iio domine les actions des hommes. Attentive et re- \ c^U»^' SfflL ' '• ' •' / '^u*-'"'*^! observe, tenant dans le pli de son bras droit la \j}g^i<^iKv,V ' 1 . i / trompette où elle fera résonner, à travers les siècles, les noms et

les faits les plus dignes de mémoire. Devant elle, le cvcjne prend son vol; près d'elle, des feuilletsdeparchemin, archives de l'humanité, gardent pieusement le souvenir des gloires passées, pour les transmettre à la postérité, si peu attentive,, hélas! et reconnaissante. — Voir le n" i 12b.

^"^'■yès-^ ""^^ *'° ' '49-' ^'^''^'■■'■'C caisson. — Neptune apaisant les flots. — /"^ Jt SÇ ■^^^^■^'^ ^Ç'^^X A demi-couche sur une conque marine, se servant de son / /y^-^^ifv ^ \ trident comme d'une rame, de sa draperie comme d'une voile, [ «M^^^r^MÎ '^y^i^^^^N^ /â^^ Neptune parcourt son domaine accompagné du cheval, qui \ TW&^^'Jif^i^^^^ès'^i rappelle sa fameuse lutte avec Minerve. Il a frappé les flots .^^P~^^^^^v^^^2iîui^i^^ ^'^ prononçant le terrible : Qiios e^o...,et déjà ceux-ci sont ren- .i-wc.^^.v^^'^grT'^ ' très dans l'ordre et la soumission. — Devant cette figure d'un style si grandiose, on s'étonne, en vérité, que l'art industriel n'ait pas mis à profit toute la suite des dieux pour en tirer des modèles de tapisseries de haute lisse ou de panneaux de céramique. — Voir le n" i \

— ' ; 1--^ 7" ' ' Septième caisson. — Cerès au milieu des mois-

/^^.^^^^^ .'*<-^\.i.^^^y^^ sons. — C'est encore un souvenir classique qui a guide Eu- /f^^l^"^*?" - ^^^Wl gène Delacroix dans le choix de ce mouvement. Cérès, le bras ( ' ■ni*^"'^"^^"^^'^?^'' . v'''^' replié sur la tète, le torse nu, inversé en sens contraire des V ^ Vjlgèj^ jambes, rappelle la figure d'Ariane, telle que l'a interprétée le Vc-^t^^^tV^ t^^^^^^^S^/ génie antique. L'attitude abandonnée de Cérès s'cxnlique par \îlr^'''^*'*OEi<-r^'^;'^' l'heure du jour qu'a choisie le peintre. 11 est midi, l'heure du

grand soleil qui dore les moissons et mûrit tous les fruits. La déesse est à demi-nue ; Delacroix, en cela, n'a pas respecté la tradition. Il serait à souhaiter que les peintres ne prissent jamais de plus graves licences vis-à-vis de la Fable, ou qu'elles tussent également justifiées par le résultat. — Voir le n" 1 127.

-rri.'-y- ^ ^ (N." ' ' V-) Huitième caisson. —Minerve, déesse des arts. —

^ ' f * \ La disposition même des caissons ne permettait pas au peintre

' > •■ , 1 ^'^^ ^ Minerve, la déesse de l'action par excellence, la vierge ^Igx^à^J/^Q^'/ guerrière, l'inspiratrice des arts, ladivineouvrière. Le maitrese y i==M»£^^^ trouvait donc en présence d'une difficulté presque impossible — 1 =S^^?sr*~^**^-7L-'^ à résoudre; il l'a heureusement esquivée, se contentant de

personnifier en Minerve la puissance pensante; c'est ce qui explique le geste méditatif et l'attribut de la lyre. L'expression du visage, grave et noble, compense d'ailleurs ce qu'il y a d'un peu abandonne dans l'attitude. — Voir'lcn" 1128.

3o(î L'ŒUVRE DE DEI.ACROIX 1849

N"^ 1152, 115^, 1154, ii^'6, 1158, 1159, 1160,

1161, 1162 : Tympans — Episodes de la vie d'Hercule

Toiles. — H. i'"20, L. 2'"35. — Reproduites sur zinc d'après les dessins de P. Andrieu, dans les dimensions de : H. o"Y)45, L. o"'o8o, pour VAncien Hôtel de Ville de Parz5, Quantin, éditeur. — Cat. A. Moreau, p. 216.

« Onze sujets tirés de la vie d'Hercule forment autour de la salle comme une sorte de frise interrompue par les baies des fenêtres et l'élévation monumentale de la cheminée. Les compositions se suivent sans ordre chronologique, selon les convenances de juxtaposition et de contraste : Hercule, exposé après sa naissance, est recueilli par Minerve qui l'apporte à Junon. Le robuste enfant prend le sein de la déesse et en fait jaillir en perles blanches la voie lactée. — Plus loin, il ramène Alceste des enfers et la rend à Admète, son époux; il tue le Centaure, survivant retardataire des créations monstrueuses; il enchaîne Nérée, dieu de la mer, pour le forcer à lui révéler les secrets de l'avenir; il s'empare, triomphe plus facile , du baudrier d'Hippolyte, reine des Amazones; il étouffe Antée, que la Terre, mère de ce Titan, essaie en vain de secourir; il délivre Hésione, fille de Laomédon, exposée pour être dévorée par un monstre marin, comme Andromède et comme Angélique; il écorche le lion de Némée pour se revêtir de sa peau ; il apporte sur ses robustes épaules le sanglier d'Erymanthe, qu'il a pris tout vivant à la course. Dans un autre cadre, placé entre le vice et la vertu, à ce carrefour du chemin oii la vie se bifurque comme l'Y de Pithagore, il n'hésite pas à suivre le guide austère qui mène à la gloire à travers les travaux et les périls. Le dernier tableau de la série représente Hercule arrivé au bout de la terre et se reposant auprès de ces colonnes fameuses, bornes du monde, au delà desquelles verdit l'immense Océan, aux solitudes inconnues. Le demi-dieu est assis dans une attitude de repos puissant, avec la tranquillité d'un, héros qui n'a plus rien à faire et dont la mission est accomplie. Cette figure est superbe; on ne saurait mieux rendre la majesté formidable et calme de la force, et la joie sereine d'une grande tâche terminée. Au second plan, le soleil ayant terminé sa course , se plonge dans la mer avec son attelage fumant ; les teintes violettes du crépuscule se mêlent à l'azur, froid du soir. Tout est quiétude, silence, fraîcheur; la symbolique journée du héros dompteur de monstres et protecteur des opprimés est finie, le monde peut respirer. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir le lien qui rattache ces sujets à l'idée principale exprimée dans le plafond circulaire; elle est sensible à l'esprit comme aux yeux: « Hercule promenait l'éternelle justice, sous son manteau sanglant taillé dans un lion. » C'était le chevalier errant, le redresseur de torts du monde fabuleux : il réduisait les forces désordonnées et rebelles; achevait de faire disparaître les chimères hybrides échappées aux cataclysmes des déluges, tuait les brigands, et, mettant ses muscles invincibles au service des faibles, il préparait le règne de la paix. Parmi ces sujets, nous avons remarqué la reine des Amazones glissant de son cheval; son costume moitié grec, moitié persan, est du plus joli caprice ; le sanglier d'Erymanthe est aussi très bien réussi. La lutte avec Antée a fourni à M. Delacroix un de ces heureux motifs de développements anatomiques qui plaisent tant aux peintres et qui sont des bonnes fortunes pour les maîtres énergiques et vigoureux. » (Th. Gautier.)

(N" 1 1 52.) Premier tympan. — Hercule à sa naissance recueilli par Junon et Minerve. — Gravé sur bois pour V Illusiration, avril 1854, dans les dimensions de : H. o'"iio, L.o'"22 5. — Hercule, fils d'une mortelle, d'Alcmène, femme d'Amphytrion, est dès sa naissance recueilli par des déesses. Tandis que sa mère s'éloigne avec un geste de pieux effroi, le nourrisson demidieu, tenu par Minerve, est allaité par Junon. Delacroix, dans la suite de ces compositions fabuleuses, n'a pas observé la tradition; ainsi, il a figuré Junon toute nue. se contentant de la désigner par son principal attribut, le paon. — Voir le n" 1 129.

l.'ŒUVRE I)K 1) Hl.AC lUM \

2" (N» 1 153.) Deuxième tympan. — Hercule entre le vice et la vertu. — La main poscie sur la massue, dans une attitude presque rigide, la Vertu, calme et lorte, se tient à la droite d'Ilereule, dont elle presse doucement la main, tandis qu'à la t;auche du héros, le V'ice, aux formes ondoyantes, le provoque par lui appel lascif, il cède et résiste à demi, avec un f;cste hésitant de tout le corps qui traduit très bien l'indécision de son esprit. 11 se penche, comme prêt à suivre la vierj^e lolle , mais, en même temps, il se cramponne au roc, comme pour demeurer assis à côté de la vierge sage. — \'oir le n-» i i3o.

3"(N'' I 154.) Troisième tympan. — Hercule écorche le lion de Némée. — Eugène Delacroix, par les nombreuses études de lion^ qu'il avait faites, se trouvait sin^ulièrement préparé |->our traduire en peinture ce premier exploit d'Hercule, l.e héros, un genou en terre, penché vers le lion, qu'il a pendu par la patte, l'écorche comme ferait un boucher d'un bœuf; il se taille son manteau. L'énorme félin est presque entièrement mis à nu, et sa dépouille magnifique retombe sur le sol. Un paysan, au second plan à droite, regarde avec un geste d'étonnement qui est d'une naïveté bien sauvage. — 'Voir le n" 1 i3i.

4" (N" 1 155.) Quatrième tympan. — Hercule rapporte sur ses épaules le sanf;licr d' Erynianthe. — Gravé sur bois pour V Illustration, :i\ril 1S34, dans les diniensionsde : IL o"M 10, L. o'"22-j. — (^at. A. Moreau, p. 141. — Hercule, après s'être emparé du sanglier qui dévastait les environs du mont Erymanthe, le rapporte vivant à Eurysthée. Le sujet n'était pas facile à mettre en œuvre. Delacroix l'a interprète simplement, sans s'arrêter à ce que pouvait donner d'excessif la composition d'un tel groupe. Le héros tient le monstre par l'oreille gauche et par une patte de derrière, de façon à le rendre inotfensif. Le sujet est sauve par la grandeur de l'allure. Au fond, des paysans, agitant des palmes en signe de victoire, accompagnent d'un pas hâté la terrible marche du demi-dieu pliant sous le faix de la bète énorme. — Voir le n" i i 33.

5" 1 1 50.) Cinquième tympan. — Hercule, vainqueur d'Hippolyte. — Hippolvte, reine des Amazones, possédait un baudrier qu'elle avait" reçu de Mars. Admète, hlle d'Eurysihee, voulut ce baudrier, et ce fut Hercule qui reçut la mission de le rapporter. Après bien des voyages. Hercule par\ int au pays des .Amazones et ne put obtenir le baudrier que par la force en tuant llippolytc. — Delacroix a représenté le moment où la reine des .Amazones vient d'être jetée à bas de son cheval; Hercule lui ravit sa précieuse ceinture. Dans le lointain, à gauche, on aperçoit étendu sur le sol, un cadavre. — Voir le n" 1 134.

6» (N» 1 15;7.) Sixième tympan. — Hercule délivre Hésione. - Hésione, lille de Laomédon, roi de Troie, avait été enchaînée par son père h un rocher ; elle devait être livrée en pâture à un monstre marin pour apaiser la colère des dieux. Hercule se chargea de sauver la jeune fille. Après avoir navigué au milieu des récifs, il aborde le rocher, tue le monstre ; puis, d'une main, il détache les liens qui retiennent l'innocente victime, tandis que de l'autre il soutient son beau corps, tout alangui encore par la terreur. Eugène Delacroix a tiré de ce récit un drame e mouvement et d'émotion. — Voir le n" i 1 35.

admirable d

3o8 L'ŒUVRE DE DELACROIX 1849

s'agitent inquiets au bord

70 (N» II 58.) Septième tympan. — Hercule lue le centaure Nessus. — Qui n'a présent à la mémoire les détails de cet épisode? Hercule ayant à franchir avec Déjanire le fleuve Evenus, gagna lui-même l'autre rive; mais il eut l'imprudence de confier sa femme au centaure Nessus, qui s'employait d'ordinaire à passer les voyageurs. Nessus profita de la traversée pour tenter d'outrager Déjanire. Hercule la vengea et se vengea lui-même en perçant d'une flèche au cœur le traître, puis il l'acheva à coups de massue. C'est ce dernier épisode qu'a choisi Delacroix, amoureux, des combats héroïques et des luttes sauvages. — Voir le n» i i3G.

8° (N" II 59.) Huitième tympan. — Hercule enchaîne Nérée.

— Le vieux Nérée avait, comme toutes les divinités marines, le don de prédire l'avenir. Il quittait le plus souvent le fond de la mer vers le milieu du jour, pour venir se reposer et dormir à l'ombre des rochers. Lorsqu'un mortel parvenait à le saisir dans son sommeil, il en obtenait des prophéties; Hercule réussit à l'enchaîner. — Eugène Delacroix a disposé, comme il convenait, ce beau groupe au pied d'un grand rocher en forme de voûte; les monstres de la mer, compagnons de Nérée,

de la plage. — Voir le 11° i iSy.

9" (N° 1 iGo.) Neuvième tympan. — Hercule étouffe Antée. — Antée, fils de Neptune et de la Terre, prince de Lybie, géant énorme et lutteur invincible, habitait les déserts de sable; il arrêtait et massacrait tous les voyageurs, parce qu'il avait fait le vœu d'élever un temple à Neptune avec des crânes humains. Hercule le terrassa trois fois, mais en vain, car laTerre, sa mère, ranimait ses forces chaque fois qu'il la touchait. Hercule, ayant découvert la source de sa vigueur, le souleva en l'air et l'étouffa dans ses bras. — La Terre, personnifiée au second plan par une femme étendue sur le sol, fait un geste de désespoir, en contemplant la défaite de son fils.(Voir la variante de ce sujet, n" 1 1 38, et le beau dessin autographié par Delacroix, n'^ 102 7.)

10° (No 1 161.) Dixième tympan. — Hercule ramène Alceste du fond des enfers. — Alceste, la femme d'Admète, roi de Thessalie, s'était offerte à la mort pour sauver Apollon. Hercule résolut de l'arracher aux enfers et, du consentement même de Proserpine, il la ramena h son mari. C'est ce dernier trait qu'a peint Delacroix, comme résumant le mieux tout le drame. Hercule rapporte Alceste dans ses bras ; Admète, un genou en terre, exprime sa reconnaissance au héros pour cette délivrance inespérée. Au fond, à gauche, apparaît un autel oîi fument les restes d'un récent sacrifice; adroite, une montagne. — Voir le n" 1140.

I 1" (N" 1 162.) Onzième tympan. — Hercule au pied des colonnes.

— Après avoir rempli le monde du bruit de son nom, et prêté le concours de son robuste bras à tous les opprimés. Hercule arrive enfin au bord de l'Océan qui voit le soleil se coucher dans ses flots. C'est là qu'il doit arrêter le cours de ses travaux.

II élève deux colonnes destinées à rappeler aux hommes quelles sont les bornes du monde, puis il se repose. Par le rôle bienfaisant qu'il a joué, par le caractère pittoresque de ses aventures, et surtout par l'expansion superbe de sa puissance

musculaire. Hercule a séduit les artistes de tous les temps. Delacroix lui avait consacré une magnifique épopée: il n'en reste que le souvenir. — Voir le n" 1141 et h l'année i858.

l.(Kr\ KE DKLACKOIX

Année iSbo

N" ii()^ : Rcsurrcction de Lazare

Toile. — H. o"'58, L. o"'5o. — Signe au milieu en bas, daté: « i85o». — Salon de i85o-5i. — Apparlicntà M. Van Pract. de Bruxelles. — Cat. A. Moreau, p. i85.

.M. Van Pract, ministre de la maison du roi des Belges, est un amateur distins^ue ; il a réuni, dans son salon et dans une autre pièce de la modeste maison qu'il occupe, un petit nombre d'fjeuvres choisies en i;encral avec un goût très sûr et un sentiment très délicat. Mais à l'époque où M. Robaut fut introduit chez M. Van i'raet, ccIui-ci venait d'être tout rc'cemment blessèdanssonamourpropre d'amateur et de possesseui". 11 avait alors résolu de ne plus ouvrir sa galerie aux visiteurs, et s'il contrevint à cette résolution en faveur de M. Robaut. il ne le fit pas avec sa bonne grâce coulumière. 11 ne consentit point à laisser dépendre l'ituvre, qui est très colorée et très foncée, et qu'un jour insuffisant ne permettait de voir que par côte. Force fut donc à l'artiste de faire un croquis de biais, et voilà pourquoi notre vignette est dessinée en perspective. — Comme on peut s'en assurer en parcourant ce livre, iJclacroix éprouvait une attraction singulière vers les sujets religieux, « ces compositions si pénétrantes, qui nous enlèvent dans des régions si différentes de ce qui nous entoure, qui nous font concevoir au milieu de notre vie sceptique et adonnée ;i de puériles distractions, la mortification des sens, la puissance du sacrifice et de la contemplation. » C'est ainsi qu'il les définit dans ses Questions sur le beau. Le sujet de Lazare, qui résume en lui tout le mystère de la mort, était bien fait pour séduire l'âme anxieuse du maitre, et cependant, ce tableau n'est pas un des meilleurs de son oeuvre. Peut-être parce qu'il ne pouvait être vu que sous une lumière peu propice, il a paru à M. F^obaut d'un aspect général un peu lourd et poussé au noir.

N" 1164 : Angélique et Médor blessé. — Esquisse

Toile. — H. o"'8i, L. o"'65.— N" i 23 de la Vente posthume : 920 fr. il M. Carvalho. — A appartenu ensuite au peintre Charles Daubigny. — Appartient aujourd'hui à M. Dollfus. — Non catalogue par NI. Moreau.

La scène que Delacroix a représentée dans cette ébauche est tirée du Roland furieux de l'Arioste. La couleur est des plus chatoyantes. La draperie rose et le voile vert et or d'.Angélique rcssortent délicatement sur le vêtement bleu et or et sur l'armure d'acier de Médor. Le page qui marche ii la tète du cheval est en tunique rougeàtre ; il |->ortc un arc ;i la main. L'autre page, qui s'avance au premier plan, a une culotte rouge; il tient le casque ii plumes blanches. Le grand lévrier qui bondit en avant est orangé clair. Tout cela s'enlève sur un fond de montagnes aux couleurs de turquoise et d'émeraude. avec un ciel de soleil couchant, qui rayonne sur toute la toile.

3io L'ŒUVRE DE DELACROIX l85o

N° 1 : Le lever

Toile. — H. o'"45, L. o"'36. — Salon de i85o-5i. — Lithographie par Lamy dans les dimensions de : H. 0^217, L.o'"i77. — Appartient à M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, pp. i3o, i85.

H Ce tableau est un des rares nus de femme et des plus beaux qu'ait peints Eugène Delacroix dans les proportions du tableau de genre. Le i5 janvier i85i, pendant le Salon, le maître écrit à M. Paul Foucher : « Monsieur, je m'empresse, suivant votre désir, dè vous dire le prix des tableaux que vous voulez bien me désigner. Ces prix sont au-dessous de ce que je demanderais à un amateur ; je verrai avec plaisir qu'ils puissent convenir à votre ami. Pour le Samaritain, 3oo francs, pour le Giaoïir^ 400 francs^ pour le Lever, 800 francs. Je profite de cette occasion pour vous remercier de votre souvenir et vous prier d'agréer l'expression de ma haute considération et de mon dévouement. « Ces trois tableaux, d'une des meilleures années du maître, furent acquis par i\L Auguste Vacquerie, chez qui ils sont encore tous aujourd'hui. Avons-nous besoin d'ajouter qu'ils ont bien plus que décuplé de prix? Le temps les a merveilleusement émaillés.i)(Ph. Burty.) — N'omettons pas de dire que le sujet ne se réduit pas à une simple figure d'académie. Derrière la glace se dissimule un Méphistophélès.

N° 1 166 : Ariane abandonnée — Esquisse

Toile. — H.o'"32, L. o"'24. — N° 65 de la Vente posthume : 710 fr. à M. Porzio. — Voir à Tannée 1862. — Non catalogué par M. Moreau.

Ariane abandonnée

Toile. — H.

Vente E. D., 22 janvier i855

Appartenait à M. Soultzener. — Cat. A. Mo-

400 fr.; vente Eugène Godard, i5 décembre i855 : 5 10 fr. M. Soultzener. reau, p. 2 56.

Dans une lettre dont nous avons

du 5 octobre i85o, adressée h Constant Dutilleux, et déjà cité un passage, Delacroix expose, h propos du Lever, dans quelles conditions morales il faisait ses tableaux de chevalet : « Vous êtes trop bon d'attacher de l'importance à la petite figure dont vous me parlez. Elle a été faite il y a un peu plus d'un an, et même refaite, car elle ne me plaisait guère quand je l'ai commencée, et quand, enfin, je l'ai laissée, elle ne me plaisait pas davantage. Je n'y ai, du reste, attaché aucune intention particulière. Je fais souvent de ces petits tableaux lorsque je n'ai rien de plus important sur le métier. Je n'y suis même guère encouragé, car il me semble que les amateurs, qui sont avares de leur estime, concluent de ce qu'on me trouve propre aux grands travaux que je dois être inférieur dans les petits tableaux. Pour moi, je fais les uns et les autres avec le même plaisir, et je crois très bien qu'on peut mettre dans un petit cadre autant d'intérêt que dans un monument entier. » — Les personnages des scènes antiques traitées par Delacroix sont bien, comme l'a dit P. Haussard, juge délicat, « de la race des statues antiques, mais dérangées de leurs poses et de leurs plis, jetées de leur piédestal dans la vie, agitées de notre sang et de nos émotions. » Cette observation sied parfaitement à Y Ariane.

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N° 1 168 : Le bon Samaritain

Toile. — H. o'"35, !.. o'"28. — Salon de i85o-3i. — Lithographie par J. Laurens dans les dimensions de : H. o"'283, L. o"'i75. — Caricature par Cham. — Appartient à M. Auguste Vacqucric. — Cat. A. Moreau, pp. 134, i52, 186.

Ce tableau, comme on vient de le voir, figurait au Salon avec quatre autres tableaux, parmi lesquels le Lever, au sujet duquel Delacroix écrivait à C Dutilleux, le 10 avril : <i Cher Monsieur, la femme nue n'est plus

il moi, et j'en ai bien du regret, puisque, suivant toute apparence, sa destination eût été d'être souvent sous vos yeux. C'est un des plus grands plaisirs que l'artiste puisse se promettre que celui de savoir ses ouvrages entre les mains de ceux qui les aiment. Je vous écris cela à travers la besogne que me donne mon plafond : elle est plus forte encore que je n'avais imaginé d'abord. La nécessite de le faire par parties tient l'esprit continuellement en échec sur ce qu'on ne voit pas, et, maigre les soins que j'ai pris d'arrêter mes idées dans l'esquisse, la nécessite de grandir amène des difTérences forcées qui demandent des combinaisons intéressantes. Mais le fjlaisir de travailler à un objet comme celui-là compense la peine et la fatigue, et, comme je me porte assez bien, j'espère que cela ne traînera pas trop. J'ai couvert la plus grande partie, et la partie supérieure est laite, sauf peut-être les retouches légères qui me seront suggérées par la vue de l'ensemble. » [Lettres, édition Burty.l — " Le bon Samaritain est une œuvre de poésie douce, mélancolique, attendrie, où la couleur est en harmonie avec la simplicité touchante de cet épisode de charité. »

1169 : Weislingen enlevé par les gens de Gœtz

Toile. — H. o'"74, L. o'^dq. — Signé à gauche, daté : " i85o. » — Gravé à Feau-forte par Boilvin, pour la galerie Durand-Rucl, dans les dimensions de : H. o'" i 35, L. o'"i i i . — Vente Ch. B., 21 avril 1861 : 3,600 fr. — Vente Mayer, de Vienne, 27 avril 1866: 8,85o fr. — Vente Edwards, 7 mars 1870 : i8,3oo fr. — Voir la lithographie originale à l'année i836, n"64i. —Cat. A. Moreau, pp. 36, 249.

On s'est rencontré à la lisière d'un petit bois sur la pente d'une colline. Au-dessus des combattants se déploie, comme un dais de fête, un ciel de turquoise plein de lumière et de rayons qui tombent sur l'acier poli des armures, se mêlant aux soies des longues crinières flottantes, éparpillées sur la nerveuse encolure des chevaux richement caparaçonnés. La scène est admirablement composée. — Sur un croquis du maître, on trouve des notes manuscrites prises, sans doute, à la lecture du drame de Gœthe. C'est l'indication des scènes qui avaient aussitôt revêtu, dans son esprit, une forme plastique: « La querelle dans l'auberge. — (îoetz revenant avec Weislingen. — Acte II, scène 2. — L'cvêque jouant aux échecs avec Adéla'ide. Liebetraut joue de la guitare. Seigneurs, courtisans, etc. — Georges déguisé, parlant h l'oreille de Weislingen au bas de l'escalier, comme il va h la messe accompagne d'un page, ou soignant la maison.' — Gœtz devant les conseillers. — Frantz et Adélaïde. — Gœtz assis et Elisabeth. Il s'indigne de son repos. — Les révoltés disent à Gœtz de se mettre à leur tète. — Gœtz tuant Metzler. — Gœtz et les bohémiens. — La scène du tribunal secret. » — En se reportant aux années i83b, 1S43 et 1845, on verra parmi ces motifs quels sont ceux qui ont dctînitivcment fixé le choix du maître.

3l2 L'(KUVR1-; DE DELACROIX

N" II 70 : Gœtz de Berlichingen recueilli par les Bohémiens

Toile. — H. i'"oo, L. o"'8r. — N" 124 de la Vente posthume : 480 fr. à M. Henri Lejeune. — A appartenu à M. Detrimont. — Appartient aujourd'hui à madame Mégard. — Voir la lithographie originale à l'année i836. — Cat. A. Moreau, p. 317.

Cette œuvre, quoique inacheve'e, était magnifique en son premier état, avant qu'elle ne fût déshonorée par des retouches qui, d'ailleurs, ont été le sujet d'un procès important. La composition est tout à fait différente de celles de la lithographie de i836 et de la gravure sur bois de 1843 (voir les 644 et 780). Le sujet principal est tout autrement disposé, et le premier plan de droite est occupé par une tente et trois bohémiens surpris, qui détournent leurs regards vers la scène émouvante où quelques-uns des leurs ont couru déjà. L'un d'eux, accroupi, remue à la cuiller le contenu d'une marmite placée sur un brasier. Tout à côté gisent sur l'herbe les accessoires de leur existence, tonneaux, chaudrons, etc. De tous côtés, on apporte des secours au vieux Gœtz, coiffé de son casque empanaché de blanc. Derrière lui une jeune pauvresse lui avance son épée qu'elle a ramassée. Au loin, dans la campagne, on distingue encore quelques groupes de combattants.

N° 1 171 : Lady Macbeth

Toile. — H. o"^4i, L. o"\32. — Signé à droite, en bas, non daté. — Salon de i85o-5i. — Gravé au burin par Metzmacher pour le journal VArtiste, dans les dimensions de : H. o"^45o, L. o'"320. — Caricaturé par Cham. — Donné par le maitre à Théophile Gautier. — Vente Théophile Gautier : 14 janvier 1873 : 7,000 fr. à M. Brame. — Cat. A. Moreau, pp. 88, i52, 186, 253.

En sortant de l'exposition qui précéda la vente Théophile Gautier, nous écrivions ce qui suit : « Nous venons de voir toutes les œuvres d'art qui peuplaient naguère la demeure de l'illustre écrivain dont la mort nous laisse un deuil particulièrement cuisant, ' parmi tous les deuils qui, coup sur coup, en ces derniers temps, ont épaissi leur crêpe sur notre àme. Tout ce qui a charmé l'œil du poète pendant des années, tous ces témoins de sa pensée, ces créations d'artistes qui ont assisté aux créations supérieures du grand artiste, seront dispersées dans quelques jours. Heureux ceux qui pourront s'approprier quelques-uns de ces rares morceaux de peinture qui ont à la fois l'inappréciable valeur d'être des manifestations d'art exquises et des témoignages de hautes et intelligentes amitiés. Tous les grands noms de ce siècle, à peu d'exceptions près, figurent dans ce catalogue comme en un livre d'or de l'art contemporain. Chacun de ceux qui y sont inscrits exprime un sentiment d'admiration pour le poète et de reconnaissance fiour le critique. « Souvenir de sympathie et de gratitude d'un (1 dévoué admirateur, » écrit Ingres, en envoyant à celui qui l'avait tant de fois célébré une étude faite pour l'Apothéose d'Homère, le groupe des Poètes tragiques. Je ne sais s'il y a un hommage écrit de la main de Delacroix ; mais tous ceux qui connaissent ses tableaux de chevalet constateront qu'il n'a jamais poussé la perfection aussi loin que dans sa Lady Macbeth. Ce qui fait le caractère de la collection de Théophile Gautier, c'est que ce sont les artistes eux-mêmes qui l'ont composée de morceaux choisis par eux dans le meilleur et le plus exquis de leur œuvre. »

I, \ Di; im-;la(:i<oi\

N" 1172 : Othello et Desdemona

Toile. — H. o"'47, L. o"'3g. — Phoioliihographié par Arosa, dans les dimensions de : H. o"'i2o, L. o'"099. — l-ithographié par .Iules Laurens pour la publication Le dans les dimensions

de : H. o'"264, L. o"'2io, composition retournée. — Vente A., 24 avril i858 : i,3oo tV. à M. G. Arosa. — Vente G. Arosa, février 1878 : 2,5oo fr. à M. Lemoine. — Voir à Tannée 1849. — Cat. A. Morcau, pp. i 14, 248, 249.

I.a légende et la signature de Eugène Delacroix, qui ^ont reproduites «. n ac-similé sur la lithographie, existent en original derrière le tableau, sur le châssis. \'oici la légende; on remarquera que Delacroix orthographie le nom du .More de V'enise à l'italienne; n'oublions pas que le maître adorait Rossini. — « Desdemone allligéc de tristes pressentiments; sa suivante cherche à la consoler, tandis qu'on voit, dans le fond. Otello qui arrive avec l'intention de l'assassiner. » Telle est la légende qui se trouve à la fois sur la toile et sur la lithographie. — Notre vignette a été exécutée d'après la lithographie, et. comme elle, présente la composition retournée.

N'"" 117)^ '•74 • Descente de croix

1° Toile de douze environ. — Lithographie par G. Nanteuil, dans les dimensions de : H.o'"2i9, L. o"'i 67. — Gat. A. Moreau, p. 134.

« l.e corps du Christ, nu jusqu'à la ceinture, est appuyé contre un rocher ; .Marie-Madeleine, debout derrière lui, le soutient. » (A. Moreau. | N'est-ce pas plutôt la Vierge ? .\u bas, à droite, la couronne d'épines. ■2" .M. le docteur .Marchai possède un beau dessin de cette Descente de croix. — Notre vignette reproduit la toile.

Nous conservons le tare de Descente de croi.v, donné à cette composition par M. Moreau, quoique en réalité elle représente le moment qui précède la mis^' au tombeau. Il n'y avait point de grotte au sommet du (lolgotha.

N" 117) • Anibe blessé

Toile. — H. o"'46, L. o'"5('). — Signe et daté en bas à gauche. — A figuré à l'exposition des Gent chets-d'cuuvre (juin i8831 sans nom de possesseur. — A appartenu à M. Vanderdonckt. qui l'a pavé 5, 000 fr. vers i8()n. puis à M. Perreau. — Non catalogué par M. Morcau.

Incliné vers une chute d'eau, l'Arabe, descendu de son cheval deboiu près de lui,étanche le sang d'une blessure au bras gauche. Au second plan, un cadavre vu de dos. Au troisième plan, un cavalier au grand trot. Fond de collines. — Delacroix, à cette époque, était préoccupé de la décoration de la chapelle de Saint-Sulpice, dont il avait reçu la commande. Mais il comptait sans le mauvais vouloir et la négligence des hommes qui lui laissèrent le loisir

Von- la lettre du 22 janvier iSt3o. éditii

de multiplier les tableaux de chevalet. (V(

tion Hurtv.i

3l4 I.'ŒUVRE DE DELACROIX i85o

1176 : Étude de paysage à Champrosay

Toile. — H. o"]25o, L. o'"385. — Vente posthume. — Appartient à M. Larrieu. — Non catalogué par M. Moreau.

Delacroix, si parfait gentleman, haïssait ou croyait hiaïr le monde. A Paris, il se cloîtrait; il cherchait l'incognito à Ems, ou la solitude à Champrosay. Voyez encore ce bout de lettre à son ami Soulier, daté d'août i85o : « J'ai traversé quelques moments d'ennui; mais ils ont été réellement très courts. Songe à tout ce que contient ce mot : point d'affaires ! point de visites à recevoir nia rendre! point d'ennuyeux! Mes mauvais moments ont été dans les promenades à l'usage des promeneurs, parce que j'y rencontrais ces faces fardées, habillées, bourgeoises ou aristocratiques, tous mannequins. Là l'ennui me saisissait ; mais à peine étais-je dans les champs, au milieu des paysans, des bœufs, de quelque chose de naturel enfin, je rentrais dans la possession de moi-même, je jouissais de la vie. Voilà l'estime que je fais de ce qu'on appelle le monde. » [Lettres, édition Burty.)

N*" 1177 : Souvenirs de Champrosay

Peinture sur panneau de carton. — H. o^'iSS, L. o'"4oo. — Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau.

Qu'est-ce? Un premier plan de verdure nue, coupé seulement à gauche par de grandes herbes roussâtres, une silhouette bocagère incidentée de peupliers au fût grêle, de saules et d'ormeaux; un pli de terrain, quelques taillis, un horizon de collines, un ciel zébré. Rien de plus ordinaire, n'est-ce pas? Et par la fraîcheur du ton et par la variété du coloris, rien de plus charmant.

N° 1178 : Étude de paysage à Champrosay

Toile. — H. o'^28, L. o"'46. — Partie du n" 219 de la Vente posthume. — Appartient à M. Charly. — Non catalogué par M. Moreau.

Autre motif aussi simple, aussi peu rare, aussi naïf, si l'on peut le dire, du même pays. Ma;s le même accent de sincérité, la même pénétration des séductions de la nature, la même puissance de coloration, la même vision rare et profonde du vert, que l'art du paysage a mis tant de siècles à connaître et à réaliser; et en tout le même charme.

N" 1179 : Lionne au repos

Croquis à la plume. — H. o'"i7, L. o"^23. — Noncatal. par M. Moreau.

Si vraiment Delacroix trouvait tous les mouvements des grands félins en observant ses chats, il devait avoir à son service une faculté divinatrice bien profonde, pour tirer de pareils modèles des traits d'un aspect aussi sculptural.

L'(EUVRK i)K ni:i..\(:i<()!\

Un coin du parc de Berryer à Augcrville

Croquis à la plume. — H. o"'i3, L. o'"2o. — Signé en rébus : 'i un 2, la note la sur une portée Je musique, une croix ». — Appartient à M. Batta. — Non catalogué par M. Moreau.

1) Augcrville-la-Rivièrc, Delacroix écrit à son ami Guillemardet : " J'ai été pris, au milieu de la vie que je mène ici, d'une paresse insurmontable. Tu sais sans doute que je suis chez M. Berryer, qui est le meilleur des hommes et le plus attentionné à ses amis : des distractions, un parc charmant, quelques personnes agréables, tout cela vous endort à l'endroit de vos devoirs et contribue surtout;! vous empêcher de prendre la plume. > — Delacroix rencontrait, presque chaque année Batta, à Augerville. En échange du plaisir qu'il goiitait en la compagnie du célèbre violoncelliste, le maître lui offrait souvent de petits, mais précieux souvenirs.

N" I i8i : Figures nues

Croquis à la plume. — H. o"'i9, L. o'"29. — Signé du monogramme. — Vente Villot. — Non catalogué par M. Moreau.

Ceux qui n'ont jamais accordé h Delacroix d'autres mérites que la couleur et la fougue seraient bien obligés de reconnaître, devant ces croquis, qu'il se plaisait aux études de style. Delacroix aimait la noble tradition des grands maîtres de toutes les écoles, et s'il ne leur demandait pas leurs procédés, du moins s'inspirait-il de leur tendance vers l'idéal et la recherche du beau.

Année i85i

N° 1182 : La Fiancée d"Abydos

Toile. — H. ()"'5i, L. o"'44. — Vente, 29 mars 1854 : 470 fr.; vente 4 février i858 : i ,270 fr.; vente M. de"T., 24 décembre i858 : i,35o fr.; vente Th. Leroy, i3 mai 1882 : i5,ooo fr. — Voira Tannée 1843. — Cat. A Moreau, p. 247.

Ce n'est pas le présent tableau en hauteur que reproduit la lithographie désignée par M. Moreau, p. 1 1 3, mais bien un tableau de ce même sujet, en largeur, que nous avons décrit sous le n" 773 et qui mesure : H. o'"32, L. o"'40. Une autre composition en hauteur, et d'une tout autre disposition, mesurant : H. o'"33, L. o'n25, est notre n" 772. Ainsi Delacroix a peint trois fois le même drame en variant le groupe principal. — Ici la jupe blanche deZuleika est recouverte d'une tunique violette liseréed'or. Selim a un court manteau jaunâtre qui flotte sur un pourpoint d'or à bandes verticales rouges. Sa veste est bleue avec des revers de manches rouges. Rouges aussi sa toque et ses sandales.

-^l^ L'ŒUVRE DE DELACROIX i85i

N" II 8^ : Roméo et Juliette

Tpile. — De six à huit. — Exposition universelle de i855. — Lithographié par Eugène Le Roux dans les dimensions de : H. o'"245, L. o"'i8j. — Cat. A. Moreau, pp. 134, 191.

A l'Exposition universelle de i855, Delacroix avait expose les deux seuls tableaux que lui ait inspirés le drame d'amour de Shakespeare ; les Adieux, du Salon de 184G, et la scène des tom-beaux des Capulets, que nous reproduisons ici. Théophile Gautier, comparant les deux compositions, dit : f< V.cs Adieu.v de Roméo et de Juliette ne sont qu'une petite esquisse où la forme est peut-être trop sacrifiée au sentiment; mais quelle ardeur passionnée ! quelle flamme pénétrante ! quelle fusion des âmes dans le baiser des amants sur le balcon! — Juliette au tombeau est aussi une petite toile, mais beaucoup plus finie que la précédente ; l'étonnement du sépulcre se lit dans le regard fixe et la blancheur exsangue de la ressuscitée qui, hélas! va bientôt se rendormir dans le sommeil éternel sur le corps de Roméo. » (Th. Gautier. Les Beaux-Arts en Europe. ]

II 84: Michel-Ange dans son atelier

Toile. — H. o'"6o, L. o'"4o. — Signé à gauche : « Eug. Delacroix.» — Lithographié par J. Laurens, dans les dimensions de : H. o'"248, L. o'^ipS. — Gravé sur bois pour le journal L'Exposition de Toulouse, i865, dans les dimensions de : H. o"'i 66, L. o"^i4o. — Galerie Bruyas, musée de Montpellier. — Cat. A. Moreau, p. 122.

Delacroix avait publié en 1828, dans la Revue des Deux-Mondes, un article sur « le Jugement dernier », de Michel-Ange. A ce sujet, il écrit à M. Charles Rivet : « Heureux homme! j'écris sur Michel- Ange et vous le contemplez. Je mentirai à ce même public avec la même impudeur que tous ceux qui entreprennent de s'occuper d'eux-mêmes bien plus que du sujet qu'ils traitent. Est-ce que la plus simple description, faite dans le jour de la plus mauvaise humeur, mise en face des chefsd'œuvre eux-mêmes, ne serait pas, pour les gens doués de sensibilité, à cent mille pieds au-dessus de tout mon pathos à froid. » {Lettres, édition Burty.)

N"" 118^ : Lion attaqué

Toile. - — H. o'"27, L. o'"34. — Signé en bas à droite et daté. — • Gravé à Teau-forte par Charles Courtry dans les dimensions de : H. o"'!!!, L. o"^i45. — Vente Hartmann, mai 1881 : 10,000 fr. à M. G. Péreire. — Non catalogué par M. Moreau.

Le catalogue de la vente Hartmann disait : « Ployé sur les jarrets, un superbe lion, la crinière hérissée, l'œil étincelant, pousse des rugissements et s'apprête à bondir sur un ennemi caché. Derrière lui, un fond de montagnes bleuâtres et un ciel gris. »

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N" II 86 : Charles le Téméraire

Toilo. — De liiiii environ. — Reproduit en lithographie inédile

Eour la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'235, ,. o'"i88. — Cat. A. Moreau, p. 122.

Si l'on veut se reporter à l'anïîce i83i, n" 355, on reconnaîtra dans ce cavalier, le mouvement et Tattitudc, à quelques variantes près, et de peu d'importance, du Charles le Téméraire de la B.Uaille de Nancy. appartenant au musée de Nancy. Il est permis de supposer que Delacroix aura repris alors, complété, termine, une ancienne étude peinte en vue de ce tableau, n Le soir de la bataille de Morat, le duc de Bourgogne vaincu, fuyant les Suisses qui le poursuivirent, vient de trancnir un torrent débordé; son cheval, les deux pieds de derrière encore dans l'eau, se cabre en touchant la rive; au fond, de hautes montagnes. » En octobre 1828, Delacroix écrivait à son ami Soulier: « Le ministre de l'Intérieur, homme aimable sous tous les rapports, m'a commandé un tableau pour le musée de la ville de Nancy, représentant la mort de Charles le Hardy ou le Téméraire, grand libertin de sa natui'e... » et il signait plaisamment : « Peintre d'histoire et baron en lierbe. >

N" 118- : Cavalier arabe en vedette

la bride, loin. Le

Toile.— H.o"'33, L. <)'"4(3. — Signé à gauche, daté : «1851». — Grave à l'eau-forte par Flameng pour le catalogue de la vente Michel de Trétaigne, dans les dimensions de: H. o"'i 10, L. o'"92. — Vente A.. 5 mai 1860: 860 fr.; vente M. B., 22 décembre i8()o : 900 fr. ; vente Cachardy, 8 décembre 1862 : 800 fr.; vente du baron Michel de Trétaigne, ic) février 1872 : 14,100 fr. — Non catalogué par M. Moreau.

Le catalogue de la vente Michel de Trétaij^ne décrivait ainsi le cavalier arabe : « Monté sur un cheval Isabelle qu'il retient vigoureusement par il se retourne pour appeler à lui deux autres cavaliers que l'on voit accourir au vent soulève violemment les larges plis de son burnous rouge. »

N" 1188 : Christ au prétoire. — Ébauche

toirc, vrai il v

Toile. — H. ()'"92 , L. o'";^. — N" 117 de la Vente posthume: 1.754 fr. à M. Dctrimont. — 3, 000 fr. à M. Waroquier d'Orchies. — Non catalogue par M. Moreau.

L'insulte est poussée à son paroxysme, en cette simple esquisse. Les outrages infâmes, les huées immondes s'abattent sur cette victime aux mains liées, que rien ne défend contre les pieds, les poings, les bâtons, les lanières, les crachats même de cette foule de forcenés. L'un des soudards avinés est là au premier plan, étendu comme une brute, qui ricane en détournant la tète. C'est l'éternel drame tant de fois renouxclé dans l'his- 1 deux mille ans, vrai aujourd'hui, des bestialités de la foule contre le Aiible.

3l8 L'ŒUVRE DE DELACROIX l852

Année i852

N° 1189 : Prise de Constantinople

Toile. — H. o'"8o, L. i"'oo. — Signé à gauche, daté: « i852. » — Exposition d''Alsace-Lorraine, 1874, n" ii3. — Photographié par Braun. — Lithographié par Achille Sirouy, dans les dimensions de : H. o™44, L. o™54. — Vente Bonnet, 1 9 février 1 853 : 3, 1 99 fr. à M. A. Moreau. — Appartient à madame veuve Moreau. — Voir à Tannée 1841. — Gat. A. Moreau, pp. 122, 179, 187, 254.

C'est une variante de la célèbre toile de la salle des Croisades au musée de Versailles. «La ville vient d'être prise d'assaut; Baudouin, comte de Flandre, qui commandait les Français, fait son entrée à la tête de ses hommes d'armes; des familles éplorées se prosternent jusque sous le pied des chevaux en implorant la pitié des vainqueurs : au fond l'on aperçoit l'eau bleue de la Corne d'Or bordée de maisons en amphithéâtre, et des groupes de pillards et de combattants. » (Th. Gautier, Les Beaux-Arts en Europe.)

N° 1190 : Saint Sébastien

Toile. — H. o'"6o, L. o'"5o. — Vente posthume, n° i i 3 : io5 fr. à M. Lenoir. — Non catalogué par M. Moreau.

N° 1191 : Le bon Samaritain

Toile. — H. o"'32, L. o"'40. — Signéau milieu, daté : « i852.»

— Exposition Durand-Ruel, 1878. — Photolithographié par Arosa dans les dimensions de : H. o'^098, L. o'"i24.

— Vente A., 24 avril i858 : 750 fr. à M. Arosa; vente Arosa : 5,ooofr. à M. Brame. — Appartenait à M. Perreau.

— Gat. A. Moreau, p. 261.

Tableau d'une coloration puissante, très monté de ton. « Le voyageur est couché à terre, demi-nu; le Samaritain, vêtu d'un manteau rouge, se penche vers lui, tandis que son cheval broute l'herbe derrière eux; au fond le prêtre qui passe sans s'arrêter. Le bon Samaritain, relevant le blessé, le portant sur son cheval, l'entourant de soins, est d'un enseignementplus direct que n'importe quel philosophe discourant sur la fraternité, entouré des attributs les plus clairs.» (Henri de la Madelène, Eugène Delacroix à l' Exposition du boulevard des Italiens.)

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