‹ L'œuvre complet de Eugène Delacroix, peintures, dessins, gravures, lithographiesChapitre 8 sur 114 · PORTRAITS DE · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE

^ ous plaçons ici, à titre de préface, deux portraits écrits, l'un par Th. Gautier, qui 1 peint lidèlement le Delacroix de i83o, l'autre par Al. Dumas, qui retrace avec 1 1 verve la physionomie du maître, arrivé presque au terme de sa longue carrière 1 artistique. Le premier de ces portraits fut écrit, de souvenir, en i86d; le voici :

^ «Delacroix, que nous rencontrâmes pour la première fois quelque temps après 1 83o, était alors un jeune homme élégant et frêle, qu'on ne pouvait oublier quand on l'avait vu. Son teint d'une pâleur olivâtre, ses abondants cheveux noirs qu'il a gardés tels jusqu'à la fin de sa vie, ses yeux fauves à l'expression féline, couverts d'épais sourcils dont la pointe intérieure remontait, ses lèvres fines et minces, un peu bridées sur des dents magnifiques et ombrées de légères moustaches, son menton volontaire et puissant, accusé par un méplat robuste, lui composaient une physionomie d'une beauté farouche, étrange, exotique, presque inquiétante. On eût dit un maha-rajah de l'Inde, ayant reçu à Calcutta une parfaite éducation de gentleman et venant se promener en habit européen à travers la civilisation parisienne. Cette tète nerveuse, expressive, mobile, pétillait d'esprit, de génie et de passion. On trouvait que Delacroix ressemblait à lord Byron, et pour faire mieux sentir cette ressemblance, Devéria, dans une même médaille, dessinait leurs profils accolés. Les succès refusés au peintre, l'homme du monde (Delacroix le fut toujours) les obtenait sans conteste. Personne n'était plus séduisant que lui lorsqu'il voulait s'en donner la peine. Il savait adoucir le caractère îeroce de son masque par un sourire plein d'urbanité. Il était moelleux, velouté, câlin comme un de ces tigres dont il excelle h rendre la grâce souple et formidable, et, dans les salons, tout le monde disait : « Quel dommage qu'un homme si charmant fasse de semblable peinture! » — Le second portrait ne diffère du premier que par la forme qui distingue les deux écrivains. Au lieu d'images savantes, de psychologie profonde, le lecteur trouvera une improvisation brillante, mais il y reconnaîtra cependant le Delacroix des anciens jours, le même homme, n'ayant point perdu, malgré vingt années de luttes et de souffrances, son originalité native : a Delacroix est de la taille de Vernet, presque aussi mince que lui, très propre, très élégant, très coquet. Il a cinquante-cinq ans, les cheveux, les favoris et les moustaches noirs comme à trente; les cheveux ondulent naturellement, les poils de la barbe sont rares, la moustache est un peu hérissée et ressemble à deux pincées de tabac à fumer ; le front est large, bombé, terminé à sa base par deux sourcils épais, recouvrant des yeux petits, qui étincellent pleins de flamme entre deux longues paupières noires ; la peau est brune, bistrée, mobile, se plissant comme celle du lion; les lèvres sont épaisses, sensuelles, promptes au sourire, et en souriant découvrent des dents blanches comme des perles. Tous ses mouvements sont vifs, rapides, accentués; sa parole peint, ses gestes parlent ; son esprit est subtil, discuteur, prompt à la répartie; il aime la lutte et s'y déploie ctincelant d'aperçus nouveaux, justes, brillants; à côté d'un talent hasardeux, plein de caprices, rempli d'écarts, il est sage, sobre de paradoxes, classique même; on dirait que la nature, qui tend à tout équilibrer, le place comme un habile cocher, bride en main, pour retenir ces deux chevaux fougueux, l'un l'Imagination, l'autre la Fantaisie. » — D'autres portraits écrits se trouvent soit par fragments, soit plus complets, dans les diverses études que ses contemporains ont

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consacrées à Delacroix et à son œuvre. Nous avons choisi ceux qui nous ont paru résumer le mieux le vrai caractère de sa physionomie. — De bonnes photographies ont été exécutées ad vivum par MM. Victor Laisné, Carjat, Léger et Bergeron, Pierre Petit. Quelques-unes nous rappellent fidèlement les traits de ce noble visage, sur lequel le labeur de la pensée et la fièvre des passions supérieures avaient imprimé leurs glorieux stigmates. Nous avons fait reproduire en héliogravure, par l'excellent procédé de M. Fillon, outre un portrait du maître par luimême, un profil superbe d'intelligence, de finesse et d'énergie; nous n'omettrons pas, en cette circonstance, de remercier M. Pierre Petit qui, avec son obligeance coutumière, a mis à notre disposition le cliché original. — Mais avant de commencer la nomenclature des portraits peints, dessinés ou gravés, nous avons encore à rappeler ceux que Delacroix a exécutés d'après lui-même et que nous avons décrits, chacun à leur date, dans la suite de l'œuvre.

. — Dessin. — H. o™o6o, L. o'"o37. (Voir le n° 1458.) . — Dessin à Testompe. — H. o'"i67, L. o™io8. (Voir le n'' 20.) . — Toile. — H. o'"40, L. o'"3i. (Voir le n« 40.) . — Toile. — H. o'"35, L. 0^27. (Voir le n° 69.) . — Toile. — H. o"^5i, L. o'n64. (Voir le 11° 295.) . — Croquis. — H. o'"! i , L. o'"i i . (Voir le n° 372.) . — Croquis. — H. o'"i i, L. o'"i i . (Voir le n° 397.) . — Toile. — H. o-^ôô, L. o'"54. (Voir le n° 1411.)

N*' 9 : Portrait attribué à Géricault, vers 1820

Dessin à la mine de plomb. — Dimensions inconnues. — Vente de teu Achille Devéria (9 avril i858), n° 142 du catalogue. — Non catalogué par M. Moreau.

C'est un portrait en pied dont nous n'avons pu, malheureusement, retrouver la trace. Le procès-verbal de la vente Devéria désigne comme acquéreur M. Binder, qui possède des œuvres importantes de Géricault; mais la collection de cet amateur a été soigneusement explorée par M. Charles Clément, qui a consacré un travail important à la noble figure de Géricault et a très savamment décrit son œuvre. Il a affirmé n'avoir jamais eu connaissance du portrait en pied qui fait l'objet du présent numéro. — On sait que Delacroix a posé pour un des naufragés de la Méduse, celui qui figure nu et vu de dos, le bras gauche étendu, abattu en avant, dans l'admirable tableau du Louvre.

N° 10 : Buste peint par Steuben, avant 1824

Toile. — H. o'"68, L. o'"54. — Non catalogué par M. Moreau.

C'est M. Dauvin, marchand d'estampes, qui nous a fait connaître cette toile, en octobre i SyS, et nous en a fourni l'attribution. Il tenait ces détails de madame Steuben, à qui l'œuvre appartenait encore. A n'en pas douter, c'est bien le portrait du peintre jeune, à la moustache naissante, mais déjà sérieux, esprit résolu, partagé entre la méditation et l'action et qui écrira quelques années plus tard : « J'ai vu que la solitude, pas plus que la distraction, ne pouvait être l'état constant d'un homme qui veut jouir de tout l'agrément possible. Il faut entremêler l'une et l'autre de manière à ce qu'elles se succèdent et qu'il s'ensuive le désir de l'état dans lequel on ne se trouve pas. Il faut donc toujours désirer quelque chose ou l'espérer. Quand on peut espérer ce qu'on désire, on a toute la somme de bonheur accordée à notre machine pensante. «

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