Faustus
Cet alchimiste est debout, à gauche, dirigé vers la droite, vêtu d’une robe etcoiffé d’un bonnet blanc. Il paraît examiner avec attention plusieurs caractères magiques que lui
montre dans un miroir une figure dont on n’aperçoit qu'une partie du corps et les mains.
A la place de la tête de ce personnage mystérieux on n’aperçoit qu'un disque rayonnant f 3 ç
où est écrit dans le milieu
< ESRI); ensuite sur le cercle intérieur : Apam + TE + Daceram + et sur le cercle extérieur : AMRTET + ALGAR + ALGASTNA + +. Sur le devant, tout en bas de la droite, est un globe dont on ne voit que la moitié. A gauche, une tête de mort. Date présumée : entre 1647 et 1650, selon M. Vosmaer, et 1651, d'après M. Middleton.
Hauteur, 0,212; largeur, 0,162.
D. — CLAUSSIN, 267. — WILSON, :
On connaît trois états de cette estampe.
Premer ÉTAT. Avant des travaux à la pointe sèche sur l'épaule droite du personnage, qui est beaucoup plus claire. Le gros livre à fermoirs placé tout à fait sur la droite, dominant un peu le bas de la
um
fenêtre, n’a que d ens de tailles obliques en grande partie, horizontales espacées vers le bas, et quel-
ques-unes verti s dans le haut. Cabinet des estampes de Paris, Amsterdam, British Museum. Verstolk, 378 fi 75 fr.; Harrach, 505 fr.; Galichon, 850 fr.; Kalle, 637 fr. 50 c.;
Liphart, 812 fr. 50 c.; Didot, 240 fr.; Schloesser, 251 fr. Deuxième ÉraT. Sur l'épaule droite, il y a un travail léger tr
; Arosarena,
s serré, à la pointe sèche, dans le haut à gauche, sur l’ornement formant broderie, au-dessous et même à droite. Sur le livre à fermoirs on distingue dans le haut et dans le milieu du bas de fines ntre-tailles à la pointe sèche, produisant l'effet d'une tache. Mèmes Cabinets.
Verstolk, sans désignation d'état, avec beaucoup de barbes, 37 ; Arosarena, 250 fr.
Troisième Érar. On voit sur le livre, dans le haut à droite, une série de tailles obliques assez fortes,
tirées de droite à gauche et horizontales au milieu, vers le bas. Cambridge.
Une copie du même sens se reconnaît à quelques entre-tailles fines horizontales, qui renforcent l'ombre
derr
re l'épaule vers la gauche; un travail fin descendant ombre également le livre, Vers le bas, à peu
près au milieu, dans l'ombre : Bickham d. fec.:161
Quoique ce portrait soit loin d’être fait sur nature, nous l'avons maintenu dans cette classe, parce qu’il a un nom connu, et qu'il a plus de rapport avec les portraits qui y sont décrits qu'avec des sujets de fantaisie.
Nous n’aurons pas besoin de fouiller dans la nuit des temps pour savoir à quelle époque remonte la légende de Faust, et nous nous bornerons à exposer les deux opinions qui sont encore en présence.
La première est celle du docteur Durrius, qui, dans une lettre écrite d’Altdorf, le 18 juillet r€
cherche à établir que Jean Faust, le magicien, est un personnage imaginaire, et que toutes les fables qui le concernent doivent être rapportées à Jean Fust, l’un des inventeurs ou plutôt l’un des grands propagateurs de l'imprimerie, que les moines, dit-il, se sont attachés à décrier parce qu’il les privait de leurs bénéfices sur la copie des manuscrits. M. Hugo fils, traducteur du drame de Marlowe, a ressuscité cette thèse avec beaucoup de talent et s’est efforcé de rapporter cette légende à Jean Fust. Toutefois, cette opinion ne paraît guère probable, attendu que l'imprimerie, pour se propager dans un grand nombre de pays, ne rencontra aucune résistance, pas même dans les États de l'Église.
L'autre opinion, qui est la plus accréditée, est que Faust a réellement existé, et c’est celle qui a prévalu en Allemagne. Il est né, dit-on, à la fin du XV siècle, à Knittlingen, en Souabe, ou Kundlingen, dans la marche de Brandebourg. Fils d’un pay
n aisé, il étudia à Wittemberg
et à Ingolstadt, où il reçut le bonnet de docteur. Il s’adonna à l'étude de la médecine et à celle des sciences. occultes. Après avoir recueilli la succession ‘de son oncle et l'avoir follement dissipée, il résolut de faire un pacte avec le diable pour pouvoir continuer le même genre de vie.
Il obtint enfin de celui-ci qu’un esprit familier du nom de Méphistophélès serait à son service pendant vingt-quatre ans. Il parcourut toute l’Allemagne et parut à la cour de Maximilien 1‘, auquel il fit apparaître l'âme d'Alexandre le Grand, selon la Biographie générale, mais la Biographie universelle dit que ce fut devant Charles-Quint. Quant à Maximilien, c’est assez difficile à croire, puisqu'il cessa de vivre en 1517 et qu’on place la mort de Faust en 1550, c’est-à-dire trente-trois ans après, tandis que le pacte avec le diable n'avait qu'une durée de vingt-quatre ans. Ce fut après ses conférences avec l'empereur qu'il s’unit à Wittemberg avec la célèbre Hélène, la plus, belle femme de la Grèce antique. Il s'était épris de l'épouse de Ménélas, et Méphistophélès lui avait rendu le service de la ressusciter; il en eut même un fils. Enfin, en 1550, la période de vingtquatre ans étant écoulée, le diable tordit le cou à Faust et mit son corps en lambeaux.
Il est probable que Faust a existé, qu’il s’est occupé d’alchimie et de sorcellerie et qu’il a été un audacieux charlatan, comme on en a Vu plusieurs dans le siècle dernier et dans le nôtre. Son histoire a paru pour la première fois en allemand à Francfort, en 1588, exposant comme l’annonce le titre : Les Aventures extraordinaires, les horribles péchés et vices et la fin cruelle et épouvantable, etc. Cet ouvrage fut traduit dans presque toutes les langues. On en imprima une traduction en anglais vers 1590; mais une autre, en flamand, l'avait précédée en 1588. Ce ne fut qu’en
1508 que Palma Cayet publia à Paris : l'Histoire prodigieuse et lamentable de Jean Fauste,
magicien, avec son testament et sa mort épouvantable (traduit de l'allemand), ouvre
ze réimprimé
en 1603, en 1604, en 1616, en 1667, en 1673 et en 1674. C’est un ouvrage lourd et mal écrit. En 1712, on en a donné encore une édition à Bruxelles sous la rubrique de Cologne. Cette histoire de Faust ne doit pas être confondue avec celle de Widman, qui a paru à Hambourg en 1590. Un écrivain anglais de beaucoup de talent avait mis, en 1604, Faust sur le théâtre; il y a de belles scènes dans le drame de Marlowe, qui, lui, s’est conformé à la légende.
L'œuvre de Goethe avait, lorsqu'elle y fut traduite, obtenu en France un éclatant succès ; le personnage de Marguerite répand un grand intérêt sur la première partie de ce drame. Il n’en a pas été de même de la seconde, qui a été diversement appréciée. Faust, dans le drame de Goethe, n'est au fond qu’un sceptique, et Méphistophélès n’a pas gagné à se changer en une espèce de Mascarille. L'union d'Hélène et de Faust, c’est-à-dire de l'Antiquité et du Moyen Age,
qui arrive à enfanter Euphorion (lord Byron), est une conception d'un goût très douteux; enfin le
dénouement, qui conduit Faust au ciel où l’attend Marguerite, a paru des plus étranges.
Quant à l’estampe de Rembrandt, elle nous paraît plus conforme à la légende et se rapproche ainsi d
la donnée primitive. Faust est bien attentif à l’image que lui montre l'esprit invisible; il est facile c
voir qu'il est déjà convaincu et prêt à signer le pacte que le démon ne tardera pas à lui présenter. Ce portrait nous paraît un des méilléurs de cette classe, et dans les premières épreuves l’effet des barbesiest admirable.