Lutma (Jean), fameux orfèvre de Groningue
Il est vu de trois quarts, coiffé d’un bonnet, assis dans un fauteuil et tenant de la main gauche une figure de métal. Il est tourné vers la gauche, couvert d’une large robe qui paraît doublée de fourrure; sa main gauche repose sur l’un des bras du fauteuil près d’une table sur laquelle à droite Sont un plat d'argent, une boîte à poinçons et un maillet. Au-dessus de cette table, en caractères qui ne sont pas de la main de Rembrandt : Joannes Lutma Aurifex natus Groningæ. Dans le haut de la fenêtre : Rembrandt, et au-dessous F. 1656.
Hauteur, 0,198; largeur, 0,149.
BARTSCH, — CLAUSSIN,
Nous connai AT. On n'y voit encore ni la fenêtre, ni le nom de Lutma, ni celui de Rembrandt. Un petit
sons quatre états de cette pièce.
PREMIER point blanc de la chemise s'aperçoit au-dessous du menton. La table est très peu distincte; le pied et le dessous ne sont pas visibles. M. Middleton le croit gravé en 1655. Cabinet des estampes de Paris, Amsterdam, British Museum, etc.
Robert-Dumesnil, 589 fr.; Debois, 1,160 fr.; Verstolk, 525 fr.; Arosarena, 1,860 fr.; Galichon, 3,600 fr.; Didot, 3,900 fr.; Knowles, 2,700 fr.
Une contre-épreuve de cet état est au British Museum. Claussin et Wilson ont dé tout premier état antérieur à celui-ci. Nous devons dire que c’est une ébauche extrémement faible. MM. Charles Blanc et Middleton pensent que ce n'est qu'une maculature tirée de la planche huilée et non encrée pour essuyer le cuivre. Telle est l'apparence de l'épreuve qui est au Musée d'Amsterdam. Nous en avons vu une semblable, sans effet, au British Museum, et de même au Cabinet des estampes de Paris; mais nous n’y avons aperçu aucune différence. Une autre épreuve, grise et sans couleur, fut prêtée par M. Holford à l'exposition du Burlington-Club. M. E. Cheney Esq. en avait prêté une autre au Burlington-Club, mais elle était magnifiquement retravaillée au crayon, probablement de la main de Rembrandt. Celle que possédait Verstolk fut vendue, en 1847,2rafr. L'épreuve du Musée d'Amsterdam a été vendue, comme double, en 1882, 44r francs.
M. Carpenter, conservateur du British Museum, n'a jamais voulu voir aucune différence dans ces ” sortes d'épreuves. Cette question peut donc être regardée comme vidée.
Deuxième érTar. Une fenêtre a été ajoutée dans le fond à droite; on lit les noms de Lutma et de Rembrandt tels que nous les avons rapportés plus haut. La chemise est un peu plus ouverte, la table est parfaitement accusée dans son épaisseur, un des pieds carrés sur lesquels elle est appuyée est très distinct à gauche. Toute la muraille, à gauche, en retour d'équerre, dans la partie éclairée (qui était restée blanche dans le premier état}, est ombrée de tailles perpendiculaires assez espacées qui sont croisées de tailles obliques partant du dessus du fauteuil, sans aller cependant jusqu’à la naissance de la voûte. Tout le
itune épreuve d’un
fond de l’ancienne muraille, qui, avant l'introduction de la fenêtre, n'était accusé que par el ques tailles
as, est ici ombré par des tailles horizontales et par is tailles obliques irre ières remon-
ne se suivant F tant de gauche à droite. Contre le trait de b rdure, le cintre extérieur de la fenêtre est mal formé. Cette
égularité et une certaine sécheresse, contraste avec le travail du reste de l'estampe, fait
s l'œuvre de Rembrandt : on l'attribue à Lutma le fils; mais s’il en est
fenêtre, qui, par sat
croire que cette ad idition n’est F l’auteur, il l'aura peut- être faite sous la direction ou du vivant de Rembrandt. Mêmes Cabinets. Arosarena, 200 fr.; Didot, 400 fr. ; Knowles, 849 fr.; Kalle,
Verstolk, papier de Chine, 126 fr
érar. À droite, contre le trait de bordure, le cintre extérieur de la fenêtre est mieux formé. On y voit des tailles circulaires qui l’accusent complètement; elles sont au nombre"de neufou dix, tandis
dent il n'y avait là que des tailles horizontales. La chemise est beaucoup plus
que dans l’état pr
ouverte, et cette ouverture, c qui va jusqu’au menton, offre quelques tailles perpenc diculaires non continues. Il y a quelques travaux de plus sur la main droite du personnage. Au-dessous de l'épaisseur de la table on aperçoit encore une ligne horizontale venant s'adapter en AE au pied dont la forme carrée est parfaitement définie, ce qui forme une nouvelle épaisseur de la largeur du dessus de Ja table. Ces retouches ne sont certainement pas de Rembrandt. J'ai constaté moi-même cet état sur une épreuve que ] j'ai rencontrée.
ètres, non compris une marge de
QUATRIÈME ÉTAT. La planche est réduite à la hauteur de 185 millim
7 millimètres qui se trouve dans le bas. Cet état, qui est de la plus grande rareté, se voit au Musée d'Am-
sterdam. L'épreuve provient du cabinet Van Leyden.
M. Ch. Blanc a raconté avec beaucoup d’entrain et d'esprit, dans les diverses éditions de son
catalogue de Rem brandt, toutes les vicissitudes de la copie qu'il a faite de cette pièce. A l’âge de
vingt et un ans, entreprendre une p areille œuvre, c'était presque courir à un échec certain; mais à
e on ne doute de rien. Le travail de Rembrandt étant très com} pliqué, trop peut-être, toutes
qu'il avait étudié étaient insuffisantes pour mener à
les prescriptions du livre d'Abraham Bosse bien cette entreprise. Nous comprenons qu'elle ne pouvait réussir, puisqu’aucun graveur, sauf M. Ch. Blanc, n’a tenté la copie du Lutma. Cependant, malgré la mauvaise humeur de Calamatta,
l'élève ne s’en était pas trop mal tiré, et, si ce travail est pubs, une imitation qu’une copie réelle, le
caractère de la tête, ce qui est le principal, n'est pas très altéré; même, au premier coup d'œil, on peut croire qu'on a devant les yeux une épreuve faible du deuxième état. Aussi je suis persuadé que M. Ch. Blanc, quoiqu'il eût été Lancé vertement par son maître, n'avait pas du tout souscrit à sa condamnation. D'ailleurs, Calamatta, qui consacrait son burin à reproduire les tableaux d'Ingres, n'avait peut-être pas pour Rembrandt toute l'admiration désirable. Le hasard nous a fait rencontrer une épreuve que le graveur novice avait lui-même offerte en présent. Elle est encadrée dans une bordure en bois blanc verni, comme on le faisait alors, et on lit au bas du papier sur
lequel elle est montée :
ADDRESS PEU AU flen9 PR RTE
A Mami Dée-rue &
Cette copie, du sens de l'original, se reconnaît aux signes suivants : SOUS le bonnet, le jeune graveur ne fait sortir que quelques mèches épaisses de cheveux, au lieu de deux touffes égales séparées par une raie que l'on voit dans l'original, et, à g: auche, on remarque de fortes tailles diagonales qui ne se trouvent pas dans l’estampe de Rembrandt.
M. Ch. Blanc ne devait pas se douter alors qu’il deviendrait l'historien et le commentateur du grand aqua-fortiste dont il publierait trois éditions successives; il ne pensait probäblement pas à son Æistoire des Peintres de toutes les écoles ni à sa Grammaire des Arts du Dessin, qui devaient lui ouvrir les portes de l’Académie française. Nous ne disons pas que M. Ch. Blanc ait eu tort d'abandonner la pointe pour les lettres, mais s’il eût cultivé les deux arts, il aurait peut-être réussi comme Fromentin : celui-ci, après s'être montré écrivain très estimable, n’est-il pas devenu peintre célèbre?
Même sans cette copie, l’année 1835 ne fut pas trop malheureuse pour Rembrandt. Les amateurs de Paris avaient rarement l’occasion d’en voir de belles épreuves lorsqu2 Volpato, musicien attaché au Théâtre-Italien, et qui plus tard devint un des conservateurs du Musée de Turin, rapporta de Londres un certain nombre d’estampes de notre grand artiste. Sans être extraordinaires, elles étaient beaucoup plus belles que celles que l’on rencontrait ordinairement à Paris, Il y avait là une Pièce de cent florins, deuxième état, qui se vendait alors 7 à 800 fr., et une épreuve des Trois Croix presque! aussi belle que celle qui, à la vente Didot, atteignit le prix de 7,050 fr. Debois l’achetait 300 fr.; ce fut presque un événement.
À la même époque, Duchesne exposait sous cadre, au Cabinet des estampes, les plus belles épreuves du maître hollandais. La vente Pogoi et celle de Robert-Dumesnil activèrent ce mouvement et donnèrent à ces eaux-fortes une impulsion qui n’a fait que s’accroître. Comme il faut être juste pour tout le monde, Piéri-Bénard inaugura alors chez lui la série des expositions d'estampes, et, par les différents voyages qu'il fit ensuite, amena l'usage, devenu habituel aujourd’hui, de porter
dans diverses capitales les belles collections destinées à figurer dans une vente prochaine.
Jean Lutma est né à Groningue, en 1584. Il demeurait à Amsterdam, était sculpteur et orfèvre, et, en même temps, amateur et collectionneur d’estampes et autres objets d'art.
Son fils, Lutma le jeune, né à Amsterdam en 1609, était graveur à l’eau-forte; on lui doit également l'invention de la gravure au maillet : c’est dans ce genre, ou plutôt avec le ciselet au moyen du marteau qu'il exécuta quatre portraits remarquables d’après les bustes faits par son père : 1° celui de Lutma le vieux (en 1656), dont Rembrandt a gravé le portrait; 2° le sien; 3° celui du poète Vondel, et enfin 4° celui de P.-C. Hooft, célèbre historien.
Bien que la tête du portrait de Lutma le père soit réellement admirable, il nous semble que Rembrandt a rendu tous les accessoires avec un travail très compliqué. Il en résulte pour nous que le drap, la fourrure, la table, le fauteuil et la muraille ont à peu près la même valeur; sous ce rapport, si nous comparons ce portrait à ceux du vieux Haaring et de Clément de Jonghe, nous
sommes obligé de le trouver bien inférieur.