IV. — Trois œufs peuvent encore être renfermés l’un dans
l’autre. Cette anomalie a été observée une fois chez une poule. Dans ce cas, l’œuf extérieur était régulièrement conformé; celui-ci en renfermait un autre sans coquille, mais pourvu d’une membrane coquillière très forte, et cet autre en renfermait aussi un sans coquille et dont la membrane coquillière était fort mince1.
V. — Les premiers observateurs des faits que nous venons de mentionner leur ont donné diverses interprétations : tantôt ils ont cru que ces œufs étaient engendrés l'un par l’autre (ovum ovo prægnans), tantôt ils ont vu dans cette inclusion un état primordial et un argument en faveur de la théorie de
1 Eggs within an egg (Cliarleslon medical journal and review, vol. XI, n' 3, p. 422, mai 1856).
MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’ŒUF
l’emboîtement primitif les germes; pour d’autres, c était un jeu de nature.
Nos connaissances touchant le mode de formation de lœuf expliquent d’une manière satisfaisante 1 inclusion dont nous nous occupons, et même elles donnent la raison de toutes les variétés qui en ont été observées. (Voy. pour l’explication qui suit : pl. I, fîg. 1, 2, 3.)
Nous avons dit que l’œuf, dans l’ovaire, est une sphère constituée par la vésicule germinative ou la cicatricule, le vitellus et sa membrane d’enveloppe; que, chez les oiseaux, au sortir de la vésicule ovarienne, cette sphère pénètre dans l’oviducte et reçoit successivement, dans son trajet à travers ce conduit, les chalazes et leur membrane, le blanc, la membrane coquillière, enfin la coquille. La sphère vitelline et les parties qui s’y adjoignent s’avancent dans le canal de l'oviducte de la même manière que le bol alimentaire dans le tube digestif, c’est-à-dire par des contractions péristaltiques des parois de l’organe qui les renferme, contractions qui se succèdent d’avant en arrière. La membrane des chalazes et les couches du blanc s’appliquent au vitellus pendant le séjour de ce corps dans la première partie de l’oviducte; la membrane testacée ou coquillière se forme et enveloppe le blanc dans la partie moyenne ; enfin, dans la dernière partie, il se dépose à la surface de la membrane testacée des grains calcaires qui, s’agglomérant, constituent la coquille. D’après ces données, on se rendra compte facilement des anomalies dont il est ici question et de plusieurs autres dont il sera aussi question dans la suite de ce mémoire. 11 suffit, en effet, qu’une cause quelconque vienne retarder, accélérer ou rendre inverses les contractions péristaltiques qui font parcourir à l’œuf, suivant un ordre réglé, tout le conduit de l’oviducte, pour qu’il se produise dans la disposition des éléments qui s’accumulent autour de la sphère vitelline et qui la complètent, des anomalies plus ou moins grandes, plus ou moins complexes. Un séjour trop ou trop peu prolongé dans une partie déterminée de l’oviducte augmentera ou diminuera la masse des éléments que cette
partie fournit à l’œuf; ainsi ce corps pourra être pourvu d’un blanc surabondant, d’une coquille trop épaisse et surchargée de matières calcaires, ou bien, au contraire, il n’aura qu’un blanc insuffisant, une coquille trop mince, ou bien il n’aura pas de coquille. Lorsque les contractions péristaltiques qui le font cheminer d’avant en arrière se produiront en sens inverse, l’œuf rétrogradera vers des parties qu’il aura déjà parcourues, et, soit en remontant, soit en descendant, il s’adjoindra extérieurement des couches qui, dans les conditions ordinaires, sont intérieures aux autres; par exemple, que l’œuf qui a parcouru tout l’oviducte, c’est-à-dire que l'œuf déjà complet remontejusqu’au pavillon de la trompe, il y rencontrera un vitellus récemment sorti de l’ovaire, et dans sa descente accompagné par ce vitellus, ils recevront l’un et l’autre un blanc commun, une membrane coquillière et une coquille communes; que ce même œuf ne rétrograde point aussi haut ou qu’il n’37 ait point de jaune nouvellement engagé dans l’oviducte, il s’adjoindra simplement un second blanc et une seconde coquille; il ne revêtirait même qu’une membrane coquillière et une coquille nouvelle, s’il ne remontait point au-dessus de la partie moyenne de l’oviducte; d’un autre côté, s’il rétrograde avant d’avoir franchi la partie moyenne de l’oviducte, l’œuf inclus n’aura qu’une membrane coquillière sans coquille.
Le volume ordinaire d’un œuf bien conformé met obstacle à son cheminement en sens inverse delà route qu'il à déjà suivie, car le calibre de l’oviducte s’accroît d’avant en arrière proportionnellement au volume que l’œuf doit acquérir dans chaque partie de son trajet à travers cet organe; c’est pourquoi généralement les œufs inclus sont d’une petitesse exceptionnelle et le plus souvent incomplets. Nous verrons plus loin comment se forment les œufs incomplets; nous verrons qu’ils sont ordinairement petits, circonstance qui favorise leur retour dans des parties de l’oviducte qu'ilsont déjà parcourues.