‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 105 sur 132 · VI. — Des anomalies qui, au premier abord, ne paraissent · texte numérisé non relu

VI. — Des anomalies qui, au premier abord, ne paraissent

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’ŒUF

pas de même nature que celles dont nous nous occupons dans ce chapitre, à savoir : l’existence de deux blancs ou de deux coques superposés, ou bien celle d’une membrane coquillière extérieure à la coque, reconnaissent un mode de formation identique et n’en diffèrent que parle degré. Plusieurs exemples de ces anomalies ont été rapportés par les observateurs, 1 un des plus remarquables, consistant dans la superposition d une membrane coquillière a la surface d une coquille, d ailleurs normale, a été observé par Harvey b Un fait analogue produit artificiellement parle séjour forcé d’un œuf dans 1 oviducte, a été rapporté par Etienne Geoffroy Saint-Hilaire".

VU. D’après les faits mentionnés ci-dessus, on voit que l’inclusion d’un œuf dans un autre n’est pas extrêmement rare chez la poule, et quelle se présente aussi chez le dindon, chez le cygne et l’oie.

VIII. — Chez des animaux invertébrés dont l’ovule reçoit des parties complémentaires en parcourant un oviducte, on rencontre aussi des œufs inclus dans d autres œufs. J ai observé un certain nombre d’œufs complets réunis deux à deux ou trois à trois par une coquille commune, chez un distomide qui se développe et qui forme des tumeurs volumineuses dans la région pectorale de l’aigle -bar (pl. II, fig. 1); quelquefois, comme chez la poule, les œufs inclus étaient incomplets 1 2 3.

IX. — L’inclusion dont l'origine est à l’oviducte, ne fait que rapprocher dans une coque deux ovules qui restent toujours indépendants l’un de l’autre et extérieurs l’un à l’autre. Si ces deux ovules se développaient , ce que j’ai vu chez le distomide cité ci-dessus, ils formeraient deux individus complètement dis-

1 Harvey, ouv. cil., p. 37, exercit. XI,

2 Ét. Geoffroy Saint-Hilaire, Sur les organes sexuels et sur les produits de génération des poules dont on a suspendu la ponte en fermant l’oviductus (Mémoire du Muséum d'histoire naturelle , t. IX, p. i, 1822.

3 C. Davaine, Comptes rendus de la Société de biologie , 1354.

tincts et séparés. Pour qu’il en fût autrement, il faudrait que l’une des sphères vitellines fut renfermée dans l’autre, ce qui n’est jamais le cas dans l’inclusion qui se forme à l’oviducte. C'est donc dans une autre condition de l’œuf, dans une anomalie primitive ou ovarienne qu’il faudra chercher la raison de la monstruosité qui consiste dans l'inclusion d’un fœtus ou d’un individu dans un autre; monstruosité qui, à tort, a été rapportée par quelques auteurs aux anomalies de l’œuf dont nous venons de nous occuper.

SECTION III. — Œuf entravé.

I. — Nous parlerons ici de quelques corps composés par les éléments de l’œuf, et qui ont été qualifiés à cause de leur grosseur extraordinaire du nom à'œufs monstrueux. Ces corps ne sont points produits par un désordre fonctionnel de l’oviducte comme les œufs inclus ou à deux jaunes, mais ils le sont par une lésion pathologique de cet organe ; h proprement parler, ce ne sont point des œufs.

1° Un corps de ce genre a été trouvé par Malpighi dans la trompe? (extremo ovario) d’une poule : sa forme était ovoïde, [sa longueur de 1 1 centimètres, sa largeur de 7 ; il était composé de vitellus plus ou moins déformés et séparés par des couches de blanc concret. Sa coque était épaisse comme du cuir de bœuf, et résistante comme du parchemin ; il n’y avait point de coquille calcaire l 2.

2° Vallisneri possédait un œuf gros comme celui d’une oie, qu’il avait trouvé dans la cavité abdominale d'une poule. Cet œuf était formé d'une douzaine de jaunes environ avec très peu de blanc. Une sorte de coque fibreuse dépourvue de substance calcaire l’enveloppait 2.

3° Morand fils adonné la description d'un œuf qui pesait sept fois plus qu’un œuf ordinaire (ti’ois quarterons et demi), et qu’il avait extrait du ventre d’une poule. Cet œuf avait un blanc et son jaune ; le blanc fort endurci était composé de trente-six couches assez distinctes ; le jaune, au contraire, fondu et dissous, était plus pâle qu’à l’ordinaire. On ne dit point qu’il y eût une coque calcaire 3.

1 Marc. Malpighi, Opéra posthuma, p. S8, tabl. XII, fig. 1. London, 1797.

2 Vallisneri, Opéré fisico-mediche, t. II, p. 77, § 13. Venezia, 1733.

3 Morand fils, Sur un œuf monstrueux (Histoire académique royale des sciences, 1718; et Collection académique, part franc;.., t. IV, p. 252).

MEMOIRE SUR UES ANOMALIES DE L’CEUF /Il

II — Lorsque le pavillon de la trompe est obstrué chez la poule ce qui n’est pas extrêmement rare, il s’accumule dans la cavité abdominale une quantité plus ou moins considérable de vitellus • mais ces jaunes ne forment point une masse ovoïde et ne sont point entourés d’albumine. Si l’obstruction existe dans la longueur de l’oviducte, ce conduit peut quelquefois encore recevoir un ou plusieurs vitellus qui s’entourent de blanc; probablement dans les trois cas ci-dessus, les œufs composés s’étaient constitués dans l’oviducte encore en partie libre, car il avaient la forme d’un œuf et ils étaient entoures d’une ou de plusieurs couches d’albumine concrètes. Pourquoi, dira-t-on, si ces couches n’étaient que de l’albumine, pourquoi n’avaient-elles point conservé l’apparence du blanc d’œuf frais? Ne pourrait-on croire plutôt qu’elles étaient formées d’une exudation plastique analogue aux fausses membranes, ou bien à du pus concret? Les intéressantes expériences d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire sur la rétention forcée de l’œuf dans l’oviducte par une ligature placée sur ce conduit, donnent à ces questions une réponse pèremptoiie. L’illustre observateur, en effet, remarqua que 1 œuf retenu s’entourait d’une couche d’albumine, non pas liquide, mais concrète, semblable au blanc d œuf cuit, et qu il s amassait dans l’oviducte des corps arrondis formés d’une matière semblable au blanc d’œuf cuit. Un acide produit par l’inflammation vive des parties environnantes déterminait la coagulation, comme l’a constaté l’auteur avec la collaboration de M. Chevreul l.

Une cause analogue, sans doute, a déterminé, dans les cas cités ci-dessus, la coagulation des couches albumineuses de ces œufs composés.

SECTION IV. — Corps étrangers inclus.

On trouve quelquefois dans l’œuf des corps étrangers orga-

i Et. Geoffroy Saint-Hilaire, mém. cil.

ANOMALIES, TERATOLOGIE

niques, soit inanimés, soit vivants, ou des corps inorganiques. Généralement les premiers doivent leur origine à quelque lésion des organes delà génération, et les derniers à leur introduction du dehors.

Des corps charnus trouvés dans l’œuf de la poule ont été comparés au parenchyme du foie; quelques-uns même ont été pris pour un organe développé isolément de tous les autres. C’est probablement à des concrétions semblables qu’il faut rapporter les histoires populaires d’insectes, de hannetons trouvés dans des œufs. Des stries de sang provenant de l’ovaire, des chalazes isolées du jaune, des vestiges d’une incubation interrompue ont été regardés comme des vers ou comme des embryons de serpent, de basilic, etc.

Aux corps étrangers appartiennent :

1° Des caillots sanguins récents;

2° Des concrétions fibrineuses ou sanguines anciennes ;

3° Des portions mêmes de l’ovaire ;

4° Des entozooaires réels ou fictifs.

A. — Caillots sanguins récents.

Il est assez commun de trouver à la surface du jaune d’un œuf récemment pondu des stries ou de petits amas sanguinolents. Leur forme et leur nombre sont très variables •, leur volume dépasse rarement celui d’une lentille; leur couleur est rutilante comme celle du sang frais; ils forment des caillots mous ; ils sont disséminés sur le vitellus dont ils n’occupent point une région déterminée, et n’ont aucun rapport avec la cicatricule. Jamais ces caillots ne se trouvent à l'intérieur même du vitellus, dans l’albumen ou sous la coquille. J’ai reconnu, par l’examen anatomique, que leur siège constant est l’intervalle qui existe entre la membrane vitelline et la membrane des chalazes qui enveloppe immédiatement la première. Une pression ménagée les déplace et les fait avancer entre ces deux membranes sans qu’ils pénètrent au dedans, et sans qu’ils se répandent au dehors. La constitution de ces amas sanguinolents est celle d’un caillot sanguin ; l’examen microscopique me les a constamment montrés formés d’une grande proportion de corpuscules du sang identiques avec ceux de la poule, corpuscules pour la plupart tout à fait intacts, et accompagnés quelquefois d’un assez grand nombre de noyaux libres, restes de globules détruits.

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’CEUF

Quelle est l’origine de ces caillots? Ils n ont aucun rapport avec le développement embryonnaire, car ils sont situés au dehors de la membrane {vitelline, et quelquefois à l’opposé même de la cicatricule qui, du reste, n offre aucun indice de développement ; d’un autre côté, ils ont une analogie complète avec le sang de la poule. D’après ces considérations comme d’après leur siège en dedans de la membrane des clialazes, on peut conclure que ces caillots sont formés par du sang de la poule déposé à la surface du vitellus avant que ce corps n ait revêtu la première membrane que lui fournit 1 oviducte, c està-diredans l’intervalle de son passage de l’ovaire à la trompe. Il me paraît évident que le sang est fourni par les vaisseaux, du calice ovarien, lorsque cet organe, embrassé par le pavillon delà trompe, se rompt pour livrer passage h l’ovule.

B. — Concrétions fibrineuses et sanguines anciennes.

Premier fait. — Davaine.

Quoique ce cas vienne le dernier en date, j’en parlerai tout d’abord à cause de l’étude histologique qui a été faite du corps contenu dans l’œuf et des indications précises que l’on a sur sa nature.

Un de mes amis, en mangeant un œuf de poule, aperçut à l’intérieur un corps particulier qu’il recueillit et qu'il m’envoya dans de l’alcool (pl. II, fig- 6).

Ce corps a la forme d’une calotte prolongée d’un côté en un filament épais à la base et aminci graduellement au sommet. Le diamètre de la calotte est de 11 millimètres, le filament est un peu moins long; la circonférence est épaissie dans la partie qui donne naissance au filament, amincie à l’opposé. La plus grande épaisseur est de 3 millimètres : la concavité de l’une des faces et la convexité de l'autre sont à peu près conformes à la surface du segment d'un petit jaune d’œuf de poule, de telle sorte que ce corps pouvait être situé entre un vitellus qu'il coiffait et le calice de l’ovaire. Il était évidemment libre de toute adhérence, d’une connexion quelconque avec une autre partie ; il forme un tout complet. Sa couleur est d'un brun grisâtre ; sa consistance est très ferme, semblable à celle d’un caillot fibrineux ancien ; il est formé de deux couches épaisses juxtaposées, qui ne laissent point de cavité entre elles. Examinée au microscope, sa substance n’offre pas une structure appréciable; point de cellules, point de vaisseaux, aucun tissu distinct, aucun filament visible. Elle n’a de rapport évident qu’avec la

fibrine du sang dont la cuisson et l'alcool avaient changé quelque peu l’apparence.

On ne peut rapporter l’origine de ce corps qu’à du sang épanché hors des vaisseaux de l’ovaire, toutefois à une époque bien antérieure à celle où le jaune, abandonnant le calice, pénètre dans l’oviducte, car sa consistance est de beaucoup plus considérable que celle des caillots formés lors de la rupture du calice. Une hémorragie à l’intérieur de la vésicule ovarienne, lorsque le vitellus est encore loin de sa maturité, satisfait à toutes les conditions de notre corps étranger. D’une part, le sang épanché s’est moulé sur la convexité du vitellus, et de l’autre, sur la concavité de la vésicule ovarienne : la partie liquide s’est résorbée et le caillot, pendant que le vitellus achevait de se former, a pu acquérir la consistance et la fermeté des concrétions fibrineuses anciennes ; enfin, lors de la maturité du jaune, le caillot a été reçu avec ce corps dans l’oviducte.

Deuxième fait. — Duhamel (de Lille).

« On trouve quelquefois des corps étrangers dans l’intérieur des œufs ; cela n’arrive sans doute que bien rarement, puisque ayant employé pour ma part (l’auteur était pharmacien) au moins vingt mille œufs frais, ce n’est que le mardi 8 avril 1823 que j’ai rencontré une semblable particularité...

« Celui que j'ai trouvé est réniforme ; il avait la couleur et la consistance d’un rein. Placé du côté opposé à la cicatricule , il adhérait au jaune, mais n entrait point dans sa substance, car je l'en détachai sans le rompre. Cette concrétion est nécessairement recouverte d’une membrane, puisque je pus la laver à l’eau fraîche et la frotter sans qu’elle se divisât. L’ayant ainsi lavée, je l’ai mise dans de l’alcool rectifié pour la conserver. Elle a de longueur 4 lignes et de largeur au plus grand des lobes près de 2 lignes 1/2. Avant son immersion dans l’alcool elle avait une couleur partout homogène, mais sans doute quelques légères portions d’albumine n’auront pas été enlevées par le lavage; leur coagulation, surtout entre les deux lobes, a donné à la concrétion une ressemblance plus grande avec le viscère dont elle a, comme je l’ai dit, la forme et la couleur... Vous pourrez en juger par ledépôt que j’en fais... 1 »

i Concrétion trouvée dans l'intérieur d'un œuf de poule , par M. Duhamel, rnem-

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’ŒUF

Troisième fait. — Leblond.

Un œuf de poule fut ouvert pour les usages domestiques, or comme on aperçut dans les liquides un corps rougeâtre extraordinaire, M. Leblond fut prévenu... (Voy. pl. II, fig'* 7.)

L’auteur n’a pu s’assurer sur laquelle des deux faces concave ou convexe de la membrane vitelline le corps était primitivement adhérent 5 il croit qu’il était renfermé dans le sac. 11 occupait sur le vitellus la place de la cicatricule et du germe... Isolé, ce corps était irrégulier en apparence, quoique ayant conservé l’empreinte en creux de la convexité du vitellus et présentait du côté opposé deux sortes de plans irrégulièrement convexes ; sur les bords de la jonction des plans se prolongeait d’un côté une sorte de col rétréci fixé à la chalaze ; le tout était recouvert d une couche mince d’albumine plus concrète et d’une membrane diaphane inégalement épaisse, appliquée sur le germe paradoxal auquel elle adhérait par quelques points. Après avoir détaché avec soin cette enveloppe membraneuse, le corps problématique fut trouvé d’une teinte rouge passant au jaunâtre, d'apparence fibrineuse que l’auteur regarde comme un parenchyme musculaire.

Une incision longitudinale mit à découvert une cavité intérieure contenant un peu de mucosité... Une seconde incision, faite à l’opposite, ouvrit une seconde cavité moins vaste, mais à parois plus épaisses avec des faisceaux fibrineux irréguliers par la forme et la longueur ; il y avait donc une cloison entre les deux cavités, mais elle était percée... *.

L'auteur, dans un mémoire publié sur ce fait, admet que le corps observé par lui est un cœur de poulet développé isolément de toutes les autres parties embryonnaires; il se livre à ce sujet, à des considérations sur le développement et la constitution des organes, sur les lois de la formation normale et des anomalies qui le mènent à des conclusions nombreuses et fort inattendues. Une simple remarque réduit toutes ces considérations à néant, c’est que ce cœur s’est développé en l’absence d’un blastoderme.

S’il fallait adopter une opinion sur la nature et l'origine du corps en question, nous rapprocherions le fait des deux qui

bre résident (Recueil des travaux de la Société des sciences de Lille , 1823-iS2i> I>. 273). Lille, 1S26.

1 Charles I.eblond, Recherches d'anatomie et de physiologie sur un embryon monstrueux de la poule domestique , circonscrit dans l'existence solitaire d’un cœur. Paris, 1834; aven un rapport de l’Académie des sciences, du 29 septembre 1834.

précèdent: comme celui que j’ai décrit, le corps étranger de Leblond avait la consistanco et l’apparence d’un caillot fibrineux; sa forme était en rapport avec celle de l’intervalle compris entre un vitellus et la vésicule ovarienne. Quant aux fibres, quant à la membrane qui recouvrait sa face convexe, et dont la nature n’a point été déterminée par un examen suffisant, les uns étaient certainement des faisceaux de fibrine, l’autre peut-être une portion delà vésicule ovarienne adhérente au caillot et entraînée avec celui-ci. L’observation suivante nous montre un fait analogue sous ce rapport et qui rend notre explication très vraisemblable. Enfin, je ferai remarquer que, dans l’observation de Duhamel, le corps étranger dont la situation a pu être bien déterminée n’avait aucun rapport avec la cicatricule, et que, par conséquent, ces sortes de corps n’ont aucune relation avec le développement embryonnaire.

G. — Fragments de l’ovaire.

Premier fait. — Laboulbène.

L’œuf provient d’une poule de la race de Houdan. Il est plus volumineux que les œufs ordinaires de cette poule ; sa forme est régulière, mais la coquille manque de carbonate calcaire en plusieurs points et principalement au gros bout d’où sort un corps allongé, une sorte de pédicule qui fait une saillie de 2 centimètres au dehors de la coque et qui a de 2 à 3 millimètres d’épaisseur; la membrane coquillière est normale (pl. II> fig'- 8).

Dans le petit bout de l’œuf existe un jaune ou vitellus très frais, ayant son apparence ordinaire, une cicatricule, un blanc muni de deux chalazes.

Dans le gros bout se trouve un autre corps, un peu plus volumineux que le précédent et qui possède un pédicule. Il est entouré d un albumen différent, d’une teinte louche, rosée ou rougeâtre, un peu brune vers 1 extrémité. Ce corps est d'une couleur blanc sale, roussâtre ; sa surface est légèrement tomenteuse et l’on y distingue des nervures qui paraissent produites par le relief de vaisseaux sanguins. Le pédicule semble faire partie intégrante de la masse de ce corps ; il se détache par une faible traction de la membrane coquillière qu’il traverse et avec laquelle il n’a point de continuité.

L’examen anatomique fait voir que le corps pédiculé est formé extérieurement d'une enveloppe mince, chiffonnée, et se séparant en totalité des

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L'ŒUF

parties sous-jacentes auxquelles elle n’adhère que très faiblement. Elle ne se continue pas sur le pédicule. Examinée au microscope .cette enveloppe ,e montre composée par un groupe de granulations moléculaires rel.ees entre elles par une matière amorphe unissante ; elle renferme aussi des globules graisseux. C’est évidemment une pseudo-membrane de formation récente et dépourvue de vaisseaux. Au-dessous d’elle existe une seconde membrane, qui renferme un vitellus ou jaune ordinaire. Cette seconde membrane contient dans l’épaisseur de ses parois de nombreux vaisseaux qui, aboutissant tous au pédicule, laissent à l’opposé un espace libre et non vasculaire. Cette disposition rappelle très exactement celle du stigmate des vésicules ovariennes qui possèdent encore leur vitellus. « Nous pouvons donc, nous devons admettre, dit avec toute raison l’observateur, que le corps sphérique pédicule situé vers la grosse extrémité de l’œuf, présente tous les caractères d’une vésicule ovarienne entière, avec son pédicule ses vaisseaux et son stigmate non vasculaire. 11 n’est autre qu'une vésicule ou un calice de l’ovaire dont le pédicule s’est détaché, et cette" vésicule non rompue s’est enveloppée d’albumine après s’être revêtue d’une fausse membrane l. »

Ce fait est d’un grand intérêt; il peut jeter du jour sur la nature de plusieurs autres dont l’interprétation avait été jusqu’aujourd’hui fort difficile. On ne trouve point ici, comme dans les cas précédents, une concrétion fibrineuse, niais les produits d'une inflammation de la vésicule ovarienne; inflammation qui a déterminé le ramollissement et la rupture du pédicule du calice et la formation dune fausse membrane enveloppante. Cette fausse membrane, toutefois, a dû se former avant la rupture du pédicule, car, une lois séparé de l’ovaire, le calice cesse de vivre et ne peut produire un corps de cette nature.

Le vitellus étant parfait, c'est à l’époque de la maturité de l’ovule que la maladie est survenue; quelque lésion du même genre pourrait survenir aussi lorsque la vésicule ovarienne est encore peu développée ou bien après que le vitellus en a été expulsé, de là résulteraient des différences notables dans des cas cependant analogues; ceux qui suivent nous en offrent peut être des exemples.

1 A. Laboulbène, Œ uf de poule monstrueux renfermant à la fois un j aune ordinaire et une vésicule ovarienne (Comptes rendus de la Société de biologie, t. I, g' série, p, 161, 1859. Paris, 1860) .

718 ANOMALIES, TERATOLOGIE

Deuxième fait. — Bailly (de Lille).

Madame ***, cassant un œuf pondu depuis quelques heures seulement, sentit, en le remuant avec une cuiller, de la résistance dans le fond ; cherchant à la vaincre, elle amena au dehors un corps étranger de consistance assez ferme et ressemblant pour la forme et pour le volume à un cœur de poulet. Ce corps, que j’ai examiné attentivement, m'a paru n’être qu’une tumeur polypeuse qui a dû adhérer à la muqueuse de l'oviducte par le pédicule même qu'on y remarque. Sa couleur intérieure était rouge foncé ; sa texture fibreuse et sa consistance égale à celle du cœur. Une membrane très mince, blanchâtre et composée de deux feuillets au moins, la recouvrait entièrement. 11 est probable que cette tumeur se sera développée sur Voviductus, aura été englobée par l’œuf pendant son développement dans cet organe et le pédicule arraché au moment de la formation de l’enveloppe calcaire ou de la ponte. Ce qui nous porte à admettre cette explication, c’est la cicatrice que l’on remarque à la coquille que je vous présente, qui constate que la tumeur y a adhéré L »

Ce fait ressemble trop au précédent pour qu’on ne le range pas dans la même catégorie ; toutefois, les restes d’une hémorragie déjà ancienne existaient dans la membrane enveloppante, et, à ce point de vue, il se rapproche du cas observé par Leblond. Je serai disposé à croire que ce corps était une vésicule ovarienne dans laquelle, consécutivement à la sortie duvitellus, il s’était fait un épanchement sanguin.

Troisième fait. — Vallisneri.

Notre auteur possède un œuf qui a été trouvé dans un autre œuf de poule, le 2 mars 1700. Il est gros comme un œuf de pigeon, et semblableà ceux que Acquapeudente, avec le vulgaire, a appelé centenins. L’auteur l’ayant ouvert dans toute la longueur l’a trouvé rempli presque entièrement d’un petit morceau de chair arrondi. La coquille avait une certaine épaisseur, mais elle était plutôt tenace et fléxible que fragile. Elle renfermait une tunique ou membrane très dense et forte qui, étant soulevée, avait l'apparence d'une bourbe de couleur livide et de suie ; cependant elle ne répandait aucune odeur désagréable. Sous cette membrane existait le petit morceau de chair ci-dessus mentionné, semblable au parenchyme du foie ou bien au placenta. L’auteur l"ayant renfermé dans une boîte pendant

1 Corps étranger trouvé clans un œuf, par M. Bailly, membre résidant. Mémoires do la Société royale des sciences... de Lille, 1S38, 2' partie, p. 226. Lille, 183S.

MÉMOIRE SUR RES ANOMALIES DE L'tEUF 71 J

toute la nuit et l’ayant examiné le matin suivant, remarqua que la couleur rougeâtre était plus prononcée quoique encore pâle et légèrement jaunâtre;0 au contact de l’air cette couleur devint d’un beau rouge ; son odeur et sa saveur étaient celles de la chair. Divisé par le milieu, il n offrit pas une organisation bien distincte, mais seulement un amas confus de fibres mêlées à du sang et à un peu de sérum.

Ce corps était plus gros vers legrosboutdel œuf, et vers le petit bout, il formait une espèce de petite boule. Par un examen attentif on pouvait \oir qu'il était formé de trois parties connexes avec la supérieure, laquelle paraissait être la tête. Ainsi, dit l’auteur, ce corps pourrait être comparé un peu grossièrement, si vous voulez, à une môle embryonnaire qui aurait quelque ressemblance avec un petit poulet muni de sa tête, de ses ailes et de son tronc l.

Quatrième fait. — Petit.

M. Petit a fait voir à l’Académie un petit corps oviforme d’environ 10 lignes de longueur et de 5 lignes de diamètre, qu’il avait trouvé dans le blanc d’un œuf. Ce corps, qui était lui-meme une espèce de petit œuf, n etait attaché au grand que par un pédicule assez court et qui avait peu de consistance. On y voyait quatre enveloppes ; 1 extérieure était assez solide puisque, en étant séparée, elle conservait sa forme et se soutenait par ellemême, ce que ne faisaient point les autres A chaque séparation des trois premières enveloppes ainsi prises extérieurement, le petit corps conser vait sa figure; mais on n’en eut pas plus tôt séparé la quatrième, que tout ce qui était renfermé s’échappa en forme de blanc d œuf sans jaune.

« M. Winslow dit en avoir vu un semblable 2.

Cinquième fait. — Cleyer.

« On doit aussi ranger dans la classe des œufs monstrueux celui qui fut donné, le 19 juin 1664, à M. Georges-Frédéric Béhaimius, magistrat de Nuremberg (pl. Il, fig. 9). 11 avait deux jaunes, à l’intérieur desquels était attaché par un pédicule un appendice semblable au fruit de l’arbousier 3. »

Ces trois derniers faits peuvent être interprétés assez exactement, je pense, si on les rapproche des deux précédents.

1 Ant. Vallisneri, Opéré fisico-mediche, t. II, p. 76, § 12. Venezia, 1733.

2 Petit, Corps oviforme trouvé dans un œuf (Histoire de l'Académie royale des sciences, 1712, p. 42 J.

3 André Cleyer, Collection académique , part, étrangère, t. III, p. 459. (Extrait de» Èphém. de l'Acad. des cur. de la nat ., déc. 2, aun. 1, 1682. Observation 16, in scholiis.

Le cas de Vallisneri concerne, suivant moi, une concrétion fibi ineuse formée dans un calice, lequel s’est séparé de 1 ovaire. Dans l’oviducte, il s’est revêtu d’une coquille, formant ainsi une sorte de petit œuf qui, semblable à la plupart des œufs inclus, est remonté à la faveur de sa petitesse vers le pavillon de la trompe où il a été englobé dans un œuf normal.

L œuf inclus de Petit peut être aussi un calice devenu malade à l'époque où le jaune encore peu développé est peu consistant. Ce calice, après s’être entouré d’une membrane coquillière, aura rétrogradé vers le pavillon de la trompe. Mais peut-être ce corps n’était-il composé que de couches de blanc concret semblables à celles qui, dans les expériences de Geoffroy Saint-Hilaire, s’amassaient dans l’oviducte entravé.

Enfin, si l’on veut juger le cas de Cleyer d’après la figure qu il a donnée de son œuf monstrueux, on y trouve de tels rapports avec celui de Laboulbène, qu'il n’est pas permis de douter qu’il ne s’agisse d'un fait semblable. L’auteur représente, il est vrai, le fruit dont il parle; mais on sait qu’à l’époque où vivait Cleyer, les figures annexées aux observations n’étaient généralement que des images approximatives des choses ou même n’étaient que des images schématiques, c’est-à-dire telles que l’immagination concevait les objets représentés. Or c’est dans la disposition générale des différentes parties qui composent l’œuf de Cleyer qu’existent des rapports remarquables avec celui de Laboulbène.

D. — Entozoaires.

De véritables entozoaires ont été trouvés dans l’œuf de la poule, mais des corps d’une tout autre nature qui se trouvaient accidentellement sous la coquille, ont été regardés, surtout par d’anciens observateurs, comme des animaux parasites ou comme des êtres qui s’y étaient formés par quelque circonstance surnaturelle.

1° Entozoaires vrais. — Tous les entozoaires trouvés dans

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’ŒUF

l'œuf de la poule appartiennent kla même espèce, le distome de la bourse de Fabricius. Hanow, Purkinje, Eschholz, Schilling, en ont rapporté des exemples1. Le distome observé par ces savants vit chez la poule, dans la bourse de Fabricius, organe qui communique immédiatement avec 1 oa iducte dans lequel le parasite peut assez facilement s’introduire; on comprend qu’un ver, égaré dans l’oviducte, soit quelquefois enveloppé par la coquille d’un œuf comme un corps étranger quelconque.

Il ne faudrait pas confondre avec ce distome un caillot sanguin situé à la surface du vitellus; j ai été témoin d une méprise semblable faite par un anatomiste savant, mais étranger aux connaissances helminthologiques.

2° Entozoaires fictifs. — Un cas observé par Rodet, médecin vétérinaire dont les travaux sont justement appréciés, a été rapporté par cet observateur aux hydatides : mais je pense que cette manière de voir n’est pas exacte; voici le fait :

« Le 25 avril 1818, étant alors de service à Paris avec mon régiment, je trouvai, dans un œuf de poule qui venait d’être cassé, et qui même paraissait assez frais, une vésicule blanchâtre, ovoïde, membraneuse, renfermant une matière liquide, d’apparence séreuse, et très diaphane, ainsi que quelques globules flottants, d’un blanc opaque et demi-solides.

« Cette vésicule était placée sur le côté du germe, c'est-à-dire de la cicatricule, et se trouvait attachée par un pédoncule peu allongé, au milieu mêmé de celle-ci ; enfin, à quelque distance du point d’attache on remarquait, sur la membrane propre du jaune, un autre point vésiculaire, blanchâtre, de l'étendue et du volume d’une lentille ordinaire, et contenant aussi une liqueur blanchâtre, très limpide.

« Après avoir examiné avec soin l'une et l’autre vésicule, je perçai la plus petite; il en sortit seulement une sérosité limpide, inodore, diaphane et sans couleur particulière; mais je détachai et conservai dans son entier la plus grande vésicule. Elle était du volume d'un gros haricot, un peu affaissée sur elle-même, d'un blanc un peu mat, et conservait sa forme ovalaire; la vésicule, très transparente, était d'une texture homogène et d’une finesse égale dans toute son étendue, quoique assez forte, mais on

1 V. Diesing, Syslema helminlhum. Vindobonæ, 1S50. Vol. I, p. 333-333. Davaink L’CEuvre. 46

ANOMALIES, TERATOLOGIE

n’y reconnaissait aucune apparence de fibres bien distinctes. Son pédoncule, sa membrane extérieure, son organisation intérieure, qui résultait de la sérosité et des globules blancs et flottants qu’elle contenait, l’accroissement évident qu’elle devait avoir pris, sans doute par une véritable nutrition particulière, tout me porta à penser que cette production anormale, ainsi que celle bien moins développée qui l'accompagnait, ne pouvait être autre chose qu’une véritable hydatide, analogue en tout aux pro ductions hydatiques de l’homme et des animaux et, par conséquent, du genre des acéphalocystes 1. »

Je ne puis regarder ces vésicules comme des hydatides, non que j’admette qu’un ver vésiculaire ne puisse trouver à vivre dans un œuf ou que le germe d’un tel ver ne puisse y arriver, mais parce que, chez la poule, il n’existe point de vers semblables.

L’observation de Rodet, qui est la seule de ce genre que je connaisse, peut recevoir une autre interprétation : il est à croire qu’il s’agit ici d’un amnios développé indépendamment de l’embryon; en effet, M. Dareste a vu que cette enveloppe fœtale continue quelquefois de s’accroître après la mort de l’être qu’elle devait enfermer et quoique les traces de l’existence antérieure de cet être ne soient plus appréciables qu’à la loupe L Un observateur moins attentif ou moins savant que notre collègue de la Société de biologie, aurait pu, dans un cas semblable, prendre la vésicule amniotique pour un ver vésiculaire.

Les auteurs des xvic et xvn° siècles ont rapporté un grand nombre de cas d’animaux plus ou moins étranges trouvés dans des œufs d’oiseaux. C’étaient des vers, des scorpions, des lézards, des serpents ou des embryons de ces animaux, enfin un reptile imaginaire, le basilic.

Suivant ces auteurs, les animaux trouvés dans l’œuf devaient

1 j.-R.-C; Rodet, Observations sur les hydatides, Journal complémentaire , XVII. p. 123. Paris, 1S23, et HutHrel d'Arboval, Dictionnaire de médecine et de Chirurgie vétérinaires, art. Hydatides;

2 V. Dareste, Comptes renduè de la Société de biologie, 2* série, t. V, p. 146, et 3S série, t; I, p. 33, 1859.

MÉMOIRE Si R I-ES ANOMALIES DE L’CEUF

leur origine soit h un accouplement, soit à une incubation contre nature, soit à leur introduction accidentelle dans l’œuf après avoir été avalés par la poule, soit a la force de l’imagination de celle-ci vivement frappée de frayeur par quelque phénomène, soit à la putréfaction, soit enfin, comme beaucoup d’autres monstruosités, à un jeu de nature.

Tous ces cas sont évidemment le produit de l’imagination et de l’ignorance, ou bien le résultat d'une interprétation erronée relativement à quelque corps étranger renfermé dans la coquille ou même relativement à quelque partie de l’œuf comme la chalaze, ce dont nous verrons plus loin un exemple.

Aux faits dont nous parlons se rapportent :

1° Une espèce de ver ou de serpent trouvé par Licet dans un œuf de poule sans jaune U

2° Un grand ver trouvé, par Fabrice ab Acquapendente, dans un œuf qu'il mangeait 1 2.

3° Un ver à quatre pieds, ayant la forme d'un lézard, dans un œuf sans jaune; par Gründelius 3.

4° Des scorpions trouvés dans un œuf de poule 4 .

5° Un animal semblable à un serpent trouvé dans un œuf5 *.

6° Un serpent sorti d’un œuf, à Florence; cas communiqué à Sténon B.

7° Serpent trouvé dans un œuf de poule, par Jérôme Santasofia et par Jacques Grandi 7.

8° Un basilic sorti de l’œuf d'un coq âgé de dix à douze ans 8 9.

9° Embryon de basilic trouvé dans un œuf de poule cuit, par Ludovic Keppler ô.

10° Monstre à face humaine ayant des serpents au lieu de cheveux et de barbe i0.

1 Ulyssis Aldovrandi, Monstrorum hist., p. 350. Bononiæ, 1642.

2 Aldovrande, cité.

3 Ephém. nat. eut-., dèc. 2, ann. 5, observation 212, 1686.

•1 Lyncreus, Expos, in nard. Rcch., p. 773; cité par Vandenviel.

3 Blancaard, Collection médicale de physiologie , cent. III, observation 90, cité par Vanderwiel.

fi Vanderwiel.

7 Collection académique , t. IV, p. 180.

8 Lemnius, De natura miracul., lib. IV, c. xir, p. 402; cité par Vanderwiel;

9 Bartholin, Epist. med., cent. II, epist. 92.

10 Amb. l'aré, Œuvres, liv. XXV, p; 1008;

ANOMALIES, TERATOLOGIE

E. — Corps étrangers inorganiques.

Nous ne connaissons que deux cas de corps inorganiques trouvés dans l’œuf de la poule. L’un de ces corps était une épingle, dont la présence s’explique aussi bien dans un œuf chez la poule, que chez l’homme, au centre d’un calcul ou dans un organe qui ne communique point avec le dehors; l’autre n’eût trouvé son interprétation que dans uneanalyse chimique, mais la chimie n’existait point comme science à l’époque où le fait a été observé.

Le premier cas appartient à Perrault, l’illustre architecte qui fut aussi médecin éminent et l’un des plus savants naturalistes de son temps.

Il est question « d’un œuf dans lequel on a trouvé une épingle renfermée sans que l’on put savoir par où elle était entrée. Cette épingle était couverte d’une croûte blanchâtre et épaisse d’un tiers de ligne, ce qui lui faisait avoir la forme d'un os d'une cuisse de grenouille; sous cette crcûte, l’épingle était noire et un peu rouillée1. »

Le deuxième cas appartient à Panthot, médecin et professeur au collège de Lyon, observateur exact.

« Etn religieux, en coupant un œuf de poule, trouva dans le milieu du jaune une pierre de la grosseur et de la figure d'un noyau de cerise. Cette pierre était dure, solide, et résonnait comme un caillou. Sa superficie était polie et roussâtre; la substance intérieure était blanche; elle pesait quinze grains (0sr,75), et son poids n'a pas diminué depuis qu’elle est sortie de l'œuf. Elle n’était point composée de couches excentriques comme sont les pierres qui ’se forment dans les corps vivants; d’cii M. Panthot conclut qu’elle ne s’était formée ni dans l’œuf ni dans l'ovaire de la poule 2.

SECTION V. — Défaut de parties.

A. — Absence de vitellus.

11 arrive qu’une poule ponde des œufs sans jaune, œufs rdinairement fort petits et quelquefois sans coquille.

1 Perrault, mém. cil.

2 Extrait d'une lettre de M. Panthot, Collection académique , part, étrangère’ t.VII, p. S, et Journal des savants, 1690.

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’ŒUF 1 lô

En Italie, au temps de Fabrice d’Acquapendente, un œuf de ce genre passait pour être le centième et le dernier de la poule qui cessait de pondre après l’avoir produit, d’où le nom de centenin ( ovam centeninum) qui lui était \ ulgaiiement donné. En d’autres temps, ces œufs ont passé pour être le résultat de l’accouplement d’une poule avec un reptile ; mais ils ont été plus universellement regardés comme des œufs de coq. Cette dernière opinion est très ancienne ; longtemps elle a été admise par les savants, et aujourd'hui même on la retrouve dans les croyances populaires.

Les œufs de coq n’étaient pas seulement extranaturels par leur origine, ils l’étaient encore par leurs produits : on pensait que, ayant été couvés par le coq, ou, suivant d autres, par un crapaud, il en sortait un serpent ou bien un basilic, reptile merveilleux, ayant des ailes et dont l’haleine ou le regard donnait la mort.

Après plusieurs siècles de doute et de discussions à cet égard } les savants reconnurent l’innocuité de l'œuf sans jaune; mais pour son origine elle n’en resta pas moins com'erte d une obscurité profonde.

En 1654, dans la basse-cour du roi de Danemark, existait un vieux coq qui, disait-on, pondait. Thomas Bartholin ayant reconnu entre les œufs attribués à ce coq et les œufs ordi naires de poule de notables différences, obtint de faire l’examen anatomique de l’animal. On 11e trouva point d’organe destiné à produire des œufs, et néanmoins l’illustre anato miste n’en vint pas à conclure ou à penser que les œufs n’appartenaient point à ce coq, mais il se demanda s’ils ne s’étaient point formés dans l’intestin *. Sclieffer, dans un coq qui passait aussi pour pondre, trouva vers le dos une poche renfermant un œuf (sans doute une concrétion tuberculeuse ou cancéreuse); Bartholin à qui la pièce sèche fut envoyée, inclina cette fois à penser que l’animal était hermaphrodite 1 2.

1 Th. Bartholini, Histor iarum rariorum centurix, cent. I; hist. 99, Ilagæ Co:nit., 1654, p. 143.

2 Th. Bartholini, Epiât, med. cent. III, Epist. 52, 1662.

Enfin, un savant comtemporain, Grundelius. ouvrit à son tour un coq qui avait pondu, disait-on, quatre œufs petits et sans vitellus; l’absence d’un ovaire ne put faire renoncer l’observateur aux opinions erronées de son temps ; il rapporte que, dans une autre occasion, on tua en sa présence un coq qui avait pondu un œuf renfermant, au lieu de jaune, un ver à quatre pieds, de couleur noire, semblable à un lézard. Ce ver, jeté au feu, avait répandu une odeur très fétide *.

Tel était sur ce point l’état de la science à la fin du xvii0 siècle; car si quelques hommes, comme Harvey, n’avaient pas admis de semblables erreurs, ils n’avaient cependant pas donné ou cherché l’explication des faits. L’esprit philosophique qui dirigea les investigations des savants au siècle dernier ne devait pas laisser subsister plus longtemps de pareilles opinions; bientôt un fait intéressant fournit à Lapeyronie l’occasion d’apporter la lumière dans ce sujet:

Un fermier montra à l'illustre chirurgien plusieurs œufs de coq qui contenaient, au dire de cet homme, un embryon de serpent, embryon qui se développerait par l’incubation ; mais l’incubation, à laquelle on soumit ces œufs, n’en fit éclore aucun, et l’inspection montra que le petit serpent n’était autre chose qu'un filament constitué par les chalazes. Pour reconnaître l'origine de ces œufs, Lapeyronie ayant fait l’autopsie du coq, ne trouva ni ovaire, ni oviducte. Des œufs sans jaune s’étant retrouvés chaque jour malgré l'absence du coq, le fermier découvrit enfin la poule qui les pondait. Celte poule, observée pendant plusieurs jours, rendait par le cloaque des matières semblables à du jaune d’œuf délayé, et parfois elle chantait avec violence, comme un coq enroué. L’autopsie, dont les pièces furent présentées à l’Académie des sciences, fit découvrir une tumeur aqueuse, de la grosseur du poing, adhérente d'une part au ligament du pavillon de l’oviducte, et d’une autre au centre du mésentère. Une portion de l'oviducte comprimée entre ces deux attaches était étranglée au point que sa cavité, fortement distendue par l’insufflation, n’avait cependant que cinq lignes de diamètre ; ainsi, dit Lapeyronie, le jaune sortant de l’ovaire n’eût pu franchir cette partie rétrécie sans la crever ou sans se crever lui-même.

Le vitellus, embrassé par le pavillon delà trompe, recevait la première

l J. -B. Giuadelius, De. g allô gallinaceo ovipaio, Ephcm. nal. cu.r., dec. II,ann.V, 16SG, observations 2H-212.

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE I.Q'.UF

couche do blanc et les chalazes, mais arrivé dans la partie la plus rétrécie, les membranes vitellines et chala/.ifères se rompaient; la substance du jaune s’écoulait au dehors par l’oviducte ou refluait dans la cavité du ventre qui en était remplie. Quant aux chalazes et à leur membrane, débarrassées delà sphère vitelline, elles franchissaient le rétrécissement et s enveloppaient, en parcourant le reste du canal, d’un blanc, dune membrane

testacée et d’une coquille l.

Mon ami, M Claude Bernard, a été témoin d un fait non moins intéressant :

Une poule se présentait chaque matin sur le nid en chantant d’une manière qui n’était pas ordinaire. Généralement elle quittait le nid sans avoir pondu, mais quelquefois elle y laissait un petit œuf, ou bien elle perdait sou œuf quelque temps après dans la basse-cour. Aucun de ces œufs n’avait de vitellus. La poule devint languissante et mourut. A l’autopsie, M. Bernard trouva une oblitération complète du pavillon de l’oviducte. La cavité du ventre était remplie des vitellus qui s’étaient successivement échappés de l’ovaire.

Le développement de l’ovule dans la vésicule ovarienne et la sécrétion des produits complémentaires qui se fait dans 1 ov iducte sont indépendants quoique corrélatifs. Qu’une cause quelconque s’oppose a la pénétration de 1 ovule, cest-a-diie de la sphère vitelline dans le pavillon de 1 oviducte, cette sphère tombe nécessairement, dans la cavité abdominale, 1 albumen destiné à lui servir d’enveloppe n’en est pas moins sécrété; cet albumen chemine donc isolément dans le canal qui l’a produit et reçoit une membrane coquilliere et une coquille.

On conçoit que d’autres causes encore, telles que 1 avortement du vitellus, une sécrétion surabondante d’albumen, des contractions déréglées de l’oviducte, puissent faire arriver dans la partie postérieure de ce canal quelque portion isolée de blanc qui, s’enveloppant d’une coque, représente un œuf sans jaune.

De quelque manière qu’il se produise, 1 œuf sans vitellus est

l Lapeyronie, Observations sur les petits œufs de poule sans jaune, que l on appelle vulgairement œufs d‘ coj, (Académie royale des sciences de Paris t 1710, et Collection académique, part, franç., t. HT, p. 37 i,

728 ANOMALIES, TERATOLOGIE

moins volumineux qu’un œuf normal. La petitesse de son volume favorise sa progression dans le tube génital ; aussi son séjour dans la portion de l’oviducte qui sécrète la coquille est-il quelquefois très court, d’où vient qu’il est est expulsé au dehors avant d’avoir acquis cette enveloppe, ou bien que, remontant vers le pavillon de l’oviducte, il se retrouve privé de coquille dans un autre œuf.

B. — Absence d’albumen.

La quantité de blanc qui existe dans l’œuf des oiseaux est assez variable, mais on a rarement signalé l’absence complète de cette substance; un œuf de poule (pi. II, flg. 12) qui avait une coquille double, une forme très allongée avec la pointe recourbée, un jaune ordinaire, mais pas de blanc, fut montré par M. Liégeois à la Société de biologie1 2.

G. — Absence de coque.

Les œufs sans coquille, appelés œufs hardes, sont très communs chez la poule. Ils sont souvent petits et souvent ils ont une forme qui n’est pas normale. Le Dr Paris dit qu’on les observe surtout chez les poules vigoureuses, à l’époque delà moisson, lorsque leur nourriture est abondante et forte 8. En Amérique, dans la Colombie, « les poules qui mangent du maïs ergoté, dit M. Roulin, pondent assez fréquemment des œufs sans coquille. On ne comprend pas trop d’abord comment ce genre de nourriture peut influer sur la formation du carbonate de chaux dont l’œuf est habituellement revêtu; cependant, il me semble que le fait s’explique assez bien en concevant que l’ergot produit dans ce cas un véritable avortement3 *.

Fordyce a supposé que l’insuffisance du carbonate de chaux dans la nourriture des oiseaux devait déterminer la ponte

1 Liégeois, Comptes rendus de la Société de biologie, 1S59, p. 254.

2 D' Paris, Rcmarks on tlie pliysiology of the egg (Transact. of Linné an Soc. of London, vol, X, p. 310, 1811).

3 Roulin, De l'ergot du maïs et de ses effets sur Vhomme et les animaux (Annales

des sciences naturelles, t. XIX, p. 281. Paris, 1830.

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L'OEUF

d'œufs sans coquille; j’ai vainement cherché à obtenir ce résultat chez des poules que j’ai soumises dans ce buta un régime particulier.

Le Dr Paris rapporte qu’une poule qu’il avait renfermée pour quelques expériences et qui s était casse la jambe, se mit à pondre, trois jours après, des œufs sans coquille. Il suppose que, dans ce cas, le carbonate de chaux destiné à consolider la coque de l’œuf a été employé à la réparation de l’os L

Les causes de l’absence de coquille sont sans doute très variées, et probablement la plus fréquente est un séjour insuffisant dans la dernière partie de l’oviducte.

D. — Absence de vitellus et d’albumen.

Des amas de substance calcaire, des fragments de coquille sont parfois rejetés, ou s’amassent dans l’oviducte, surtout à l’époque de la cessation de la ponte chez les oiseaux, ou bien lorsqu’il existe une oblitération d’une partie du tube génital; ce fait a été observé aussi chez des invertébrés. Dans le distome lancéolé, « on trouve assez souvent, dit M. Moulinié, une anomalie qui consiste en une production surabondante de la substance de la coque... Cette surabondance qui paraît provenir d'un manque d’équilibre dans la production des différents éléments de l’œuf, atteint quelquefois des proportions considérables, au point qu’on rencontre des individus chez lesquels l’oviducte est rempli dans toute sa longueur de ces amas de substance de la coque, dont l’excès ne trouvant pas assez de substance vitelline pour former des œufs, enveloppe tous les fragments ou corpuscules qui se trouvent sur son passage, ou, à défaut, prend la forme sphérique, comme toute substance liquide qui est suspendue dans un autre liquide i 2. »

i D' Paris, tném. cil., p. 311.

J. -J. M»ulirié, De la rejroduclibn chez les Irèmatodes endo-parasites. Genève, 1850, p. 41.

730 ANOMALIES, TÈUATOLOGIE

E. — Absence de parties indéterminées.

La petitesse excessive des œufs est parliculièrement remarquable chez les oiseaux dont l’œuf est naturellement très volumineux; dans le musée de Gresliam, on conservait un œuf d autruche qui avait à peine le volume de celui d’une poule, sa coque était néanmoins très épaisse. Un autre œuf du même oiseau avait la grosseur d’une noix de muscade.

Trois œufs de casoar étaient aussi remarquables par leur petitesse : l’un aArait le volume d’un œuf de pigeon, un autre était encore plus petit, et le troisième était gros comme une noix de muscade l.

Il est probable que ces œufs manquaient de vitellus, et quelques-uns même de blanc.

SECTION VI. — Anomalies de foi* me.

L’œuf offre rarement dans sa forme quelque déviation au type particulier à l’espèce d’animal qui le produit ; c’est chez les oiseaux presque exclusivement que ces déviations ont été notées.

Tantôt l’anomalie porte sur la forme générale de l’œuf, tantôt sur une portion seulement de la coque.

I. La forme générale peut subir de nombreuses modifications : L’œuf est parfois très allongé, fusiforme; il se termine par un bout ou par les deux en un long appendice caudiforrae, plus ou moins contourné ou comme articulé 2 ; parfois il est aplati, comprimé, tordu, etc.3; d’autres fois, il a l’apparence

1 Neheinjah Grew, catalogue cité, p. 76.

2 Cleyer possédait trois œufs de poule dont l’un avait la coquille plissée, l’autre était presque piriforme et avaitune sorte d'opercule au petit bout ; le troisième avait une queue. Mise. nat. cu,r., dec. 2, ann. 1, observation 10, p. 30, 1682. — Ruysch Ocum gall. caudatum, Thesaur. anal., 111, p. 35. — Id., Thesaur. anal., X, p. 25. — D’autres cas cités par Haller fop cil.) se trouvent dans les recueils suivants: Breslaw Svmlung, 1723, p. 352, ann. 1719, p. 587; 172), m. mai, vers. XXIV, p. 524. — Nov. lilt. maris Baltici, 1702, p. 152. — Corrim. lit. Nor., 1742, hebd. 28.

s Balbi, Œuf monstrueux, consistant dans une coquille contournée en spirale (Col-

MÉMOIRE SUR LES ANOMALIES DE L’ŒUF

d'une gourde ou d’un sablier1; cette dernière forme peut être le résultat de l’union bout a bout de deux œufs complets, comme j’en ai vu un exemple chez la poule (pl. Il, fig. 10)- Plusieurs autres sont rapportes dans divers recueils .

Les œufs qui offrent ces anomalies sont assez fréquemment dépourvus de coquille, et, dans ce dernier cas, leur blanc est souvent surabondant.

J’ai observé un œuf de cette sorte, c était un œuf de poule d’un volume extraordinaire; il couvrait toute la longueur du diamètre d’une assiette ; il avait un seul jaune normal.

Dans le laboratoire de M. Rayer, j ai vu deux œufs bardés très volumineux et terminés par deux appendices en forme de queue (voy. pl. II, fig. 13, 14). On trouve dans les recueils scientifiques d’autres exemples semblables 3.

II. — Lorsque l’anomalie ne porte que sur une portion de la coque, elle consiste dans des plis, des reliefs, des empreintes superficielles ou dans un dépôt calcaire formant des

I faction Académique, part. étrang.,t. X, p. 334, extrait de l'Académie des sciences de Bologne). D’autres cas sont cités par Haller (op. cil.). Figura serpenlina. Schmuk tabl.ultim., Bresl., Versuch. XXIV. — Curva et adstricta, Lachmond, divin , p. 15.

— Longa cum allcrnis inlerseclionibus, Giom. di Parma, 1089. p. 49.

1 M. Liégeois a montré à la Société de biologie (obs. cil.) un œuf de poule en forme de gourde; la partie rétrécie était courbée sur elle-même comme une anse; il n'y avait qu’un seul jaune (V. pl. II, fig. 11). — Catalogue du musée de Boston, n° 877.

— A hen’s egg, quite small, and eontraeted at one extremily, so as to resemble in form a certain kind of gourd. — J. -B. Jackson, Descriptive catalogue of lhe anato~ mica> muséum of lhe Boston Society, 1847.

2 Deux œufs non renfermés dans la même coque, mais adhèrentsbout à bout par leur coquille. — (G. Dethardingius, Acad, cæsar. Léopold., Aat. cur. ephem., cent. I et 2, append., p. 198). — Cas semblable observé par Montgomery, Cyclopxdia of anal., etc., t. II, p.317. — Deux œufs de poule ayant chacun leur blanc etleurjaune mais sans coquille, étaient réunis en sablier. (Georgii Hannæi. De ovo gemello, Ephem, nat. cur., dec. 2, ann. 4, observation 115, p. 223'. — Two henn’s eggs, United by a short thickband; they are tolerably developed in regard to size, though there is only a trace of shell (Catalogue de Boston cil., n“ 871).

3 Polisius parle d’un œuf pourvu d’un blanc et d’un jaune ordinaire, mais sans coquille, qui se terminait par un long appendice très irrégulier (Gethof. Sam. Polisii, De ovo monslroso, Ephem. nat. cur., dec. II, ann. 4, observation 44, p. 105). Voyez ci-dessus l’observation (de Hannæus) de deux œufs réunis en sablier, elles cas cités par Ilaller (op. cil.), qui se trouvent dans Comm. litt. nor., 1733, hebd. 39. — Yntlisneri, ltilag., no 1?.

ANOMALIES, TERATOLOGIE

rugosités ou des concrétions plus ou moins volumineuses Reisel a donné la description et la figure d’un œuf de poule dont la grosse extrémité était chargéed’un amas calcaire d’une forme qui rappelait celle d’un turban ", Réaumur en a vu un dont la coquille était couverte de petits corps blancs remplis d’un liquide albumineux 1 2 3.

Ces déviations au type normal, les changements de forme, les empreintes de la coquille peuvent dépendre de quelque lésion permanente de l’oviducte ou de contractions spasmodiques de cet organe. Dans le premier cas, les œufs pondus successivement offrent tous des déformations analogues; dans le second cas, les déformations ne sont pas constantes ; tel était celui d’une poule que j’enfermai dans une cage et qui pondit d'abord un œuf à coquille fortement plissée; les suivants n’offrirent rien de semblable.

IV. — Au temps où l’esprit d’observation était le privilège de quelques rares génies, où les scrutateurs de la nature, dominés par une profonde crédulité, par l’amour du merveilleux, n’envisageaient point d'un autre œil que le vulgaire les déviations au type normal dans les corps organisés, les anomalies graves observées chez les animaux étaient considérées comme l’effet d’une cause surnaturelle, comme un signe de la colère divine, comme un présage funeste, etc. On ne cherchait nullement dans ces anomalies, dans une monstruosité, leurs rapports avec le type normal altéré, on y chei’chait, au contraire, ceux qu’une apparence superficielle donnait avec des êtres d’un tout autre type. L’anomalie se caractérisait par une comparaison absurde ou grossière : un monstre humain devenait un animal quelconque, un porc, un

1 Dans le musée de Gresham, on conservait un œuf de poule qui avait au gros bout une excroissance volumineuse. V. Nehej imh Grew, ouv. cil., p. 78.

2 Salomonis Reiselii, De ooo monstroso, 1833. Mise. ual. car., de". 2, ann. 2' observation 119, p. 278.

3 Réaumur, Histoire de l'Academie royale des scien es, II, p. 101, 1749.

MÉMOIRE SUR I.ES ANOMALIES DE L’ŒUF

chien, un poisson, suivant le caprice ou la sottise des assistants; par contre, un animal monstrueux devenait une bête à face humaine, etc. Les œufs anormaux ne devaient point être envisagés d’un autre esprit1 2; une empreinte, un sillon, un relief plus ou moins contourné, devenaient l’image d un reptile s, d’une partie du corps humain 3 * 5 6, d un astre *, etc., dont l’origine se rapportait h quelque événement naturel ou sur naturel; et, par exemple, à pi'opos d'une comète ou d une éclipse, on voyait des poules pondre des œufs qui portaient l’empreinte d une étoile ou d un soleil3.

On pourrait croire qu'un tel phénomène ne se reproduit plus de nos jours, si l’on ne savait qu’à 1 égard des sciences, en dehors du cercle restreint de leurs adeptes, l’ignorance et la crédulité sont de tous les temps. N a-t-on pas écrit cette année même, à Paris ; « Une poule cochinchinoise, noire, âgée d’un an, vivant isolée, et paraissant très sensible aux influences atmosphériques, aux influences électriques surtout, a pondu, le 18 juillet, pendant 1 éclipse, a quatre heures moins un quart, un œuf de volume ordinaire, qui portait 1 empreinte d'un soleil entouré de douze rayons! ,J »

1 V. dans Aldrcvande le cas suivant : Monstrt m figura genitalis viri est exclusum (ex ovo) uno testiculo et eapile quasi canino et cristato insignili m. (Ulvssis Aldrovandi, Monstr. hist ., p 389. Eoncniæ, 1642.)

2 André Cleyeri, de ovo gallinaceo rum serpentis imagine in testa, mém. cil. — Ovum gallinæ serpentis imagine effgialum. (Aldrovar.di, op>. cil., p. 387.)

3 Humana effigies monstrosa in ovo anscrino (Aldrovandi, op. e il ., p. 390.) Humana effigies in ovo cum serpentibus ex calvaria et mei.to germinanlibus. (Ibid.).

— Haller, ovum cum figura humana. ( Zod . mcd. gall., t. 111. P* 108.) — Fig. 4. Exhibet ovum gallinaceum... respræsentans intestinum cæcum cum processu vermiformi.

— Fig. G. Adumbratur ovum gallinaceum pueri penem cum scroto repræsentans, ne præputio quidem excepto. (Ruysch, Thés, anal ,111, p. 35. tab. 3.)

t Ovum fructum dactyli referens. (Ruysch, Tl es. anal., IV, na 32.) — Haller, cum figura patibuli. — Alberti, Anim. admir. of/ic., p. 12.

5 Séb. Schcffer, œuf avec l’image d’une éclipse (Collection académique , t. II p. 459 ) — Œuf de poule trouvé d Rome et portant l'image d’une comète. (Cleyer, mém. cil.) — Evcrard Gockel, observation sur des œufs qui portaient comme l’empreinte d’un soleil (Collection académique, t, IV, p. 174). — Ha’ler, œuf avec l’image d’une comète (Zo J. méd. gall.^t. III, p. 50.)

6 Voir le journal La Patrie , 4 août 1800.

ANOMALIES, TERATOLOGIE

conclusions'

Il résulte des faits rapportés dans ce mémoire que certaines anomalies de l’œuf ont leur origine à l’ovaire et d’autres à l’oviducte.

Les premières sont rares, les secondes sont fréquentes et très variées.

Une seule anomalie de l’œuf ovarien est aujourd’hui bien connue; sa cause paraît se trouver dans la constitution même de la vésicule ovarienne.

Le développement de l’œuf atteint de cette anomalie détermine la formation d’un monstre double.

Les anomalies qui se forment dans l’oviducte doivent leur origine tantôt à la présence d’un corps étranger dans ce conduit, tantôt à une lésion pathologique, tantôt à un désordre fonctionnel des organes.

Plusieurs de ces anomalies sont incompatibles avec le développement de l’embryon; d’autres le font périr prématurément ; aucune ne paraît devoir entraîner nécessairement la production d’une anomalie ou d’une monstruosité du fœtus.

L’étude des anomalies qui atteignent l’œuf avant le dévelop peinent embryonnaire, nous conduit donc à ce résultat que la monstruosité composée est la conséquence de la constitution primitivement anormale de l’ovule; que la monstruosité simple doit provenir non d’une anomalie de l’œuf, mais d’un trouble dans le développement de l’embryon.

PLANCHES

Page 1