‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 108 sur 132 · I. — Remarques préliminaires · texte numérisé non relu

I. — Remarques préliminaires

Les êlres vivants qui s’éloignent des conditions organiques de leur espèce au point que le type particulier qu’ils représentent ne peut former, en se perpétuant, une race, une famille, une variété dans l’espèce, ces êtres sont des individus anormaux auxquels la qualification vulgaire de monstres est le plus souvent applicable. La connaissance des types extranaturels qu'ils réalisent constitue la science des anomalies, des monstruosités, ou la tératologie.

Toute science parcourt nécessairement dans son évolution trois phases successives : une première, préparatoire en quelque sorte et empirique, dans laquelle sont consignés des faits bien ou mal observés, bien ou mal interprétés; une seconde dans laquelle ces faits incomplètement connus sont coordonnés et classés d’après des rapports réels ou fictifs; une troisième enfin dans laquelle les faits rapprochés et comparés, mieux étudiés et mieux connus permettent une appréciation exacte de leurs caractères accidentels ou essentiels, particuliers ou généraux. Alors les lois, ou quelques-unes des lois qui les régissent sont mises en lumière; alors seulement un système ou bien une théorie peut grouper tous les faits suivant leurs affinités et faire connaître par des vues générales la nature et les rapports des cas particuliers.

C’est dans cette troisième période seulement que l’ensemble des connaissances acquises mérite le nom de science.

Toutes les sciences naturelles ont du traverser ces trois périodes pour arriver à constituer la base invariable sur laquelle s’élève l'édifice des connaissances successivement acquises.

La tératologie est- elle parvenue à cette troisième période de son évolution et peut- elle dès maintenant être regardée comme une science?

Cette question doit tout d’abord être résolue, si nous vou-

Ions exposer avec quelque certitude les lois des anomalies, si nous voulons grouper tous les faits d’après leurs affinités réelles et d’une manière invariable. C’est au moins là le caractère d’une science constituée que tous les faits nouvellement acquis viennent l’étendre et la compléter, sans renverser jamais les bases sur lesquelles elle est assise.

Si nous consultons les nombreux écrits didactiques publiés jusqu’ à nos jours sur la tératologie, nous constaterons que cette base définitive est sans cesse attaquée et quel édifice est remanié de fond en comble par chaque auteur qui paraît successivement. • ,

L’ouvrage le plus récent ne peut donc pas être considéré, par cela seul qu'il est le plus nouveau, comme le plus complet ou le meilleur; il est différent des autres, et ce titre ne suffit point pour que nous le regardions comme représentant actuellement l’état le plus avancé de la science.

En faisant, après beaucoup d’autres, l’étude des monstruosités, nous ne pouvons donc adopter une classification, une théorie, un système plutôt qu’un autre en nous laissant guider par cette considération que l’auteur est un savant illustre, qu’il est Français, Anglais, Allemand ou parce qu’il est le plus moderne.

Nous devons chercher si les principes sur lesquels aujourd’hui s’appuie la tératologie sont certains, invariables, si les théories et les classifications donnent la raison des phénomènes et coordonnent les faits d’une manière satisfaisante. C’est à cette condition que nous pourrons nous diriger dans l’étude que nous allons entreprendre et signaler au moins les desideratade la science, s’il est vrai qu’elle ne peut être constituée dès maintenant sur des bases solides.

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