III. — Classifications
Les classifications des monstruosités données par les divers auteurs ne sont pas moins nombreuses et moins différentes les unes des autres que les définitions. 11 serait intéressant et instructif à la fois de les passer toutes en revue ; elles confirmeraient pleinement ce que nous avons dit du vague et de l’incertitude qui ont régné jusqu’à nos jours sur la
l'homme du singe. Congrès scientifique de Vienne, 1872, Revue scientifique, p. 096. Paris, 1872.
Da vaine. L’Œuvre.
ANOMALIES, TERATOLOGIE
naissance des monstruosités, et nous trouverions clans les dernières venues la preuve que ce vague et cette incertitude sont loin encore d’être dissipés.
Liceti (1634) avait divisé les monstruosités en dix groupes, parmi lesquels l’un comprend les monstres composés de parties appartenant à divers animaux du même genre ; exemple : un enfant demi- chien; un autre comprend des monstres composés de parties appartenant à des animaux de genres tout à fait différents : un homme demi-diable.
Vinrent ensuite les classifications de Wolfart etWaldschmidt (1724 ou 25) 1 ; celle de Huber de Bâle, élève de Haller ( 1 7 4 8)1 2 ; puis celle de Buffon, qui répartit tous les monstres dans trois classes : 1° par excès ; 2° par défaut ; 3° par renversement ou fausse position des parties 3 *.
Ch. Bonnet (1779), ensuite, divisa les monstres en quatre genres: l°ceux qui présentent une conformation extraordinaire dans quelques-unes de leur parties ; 2" ceux qui ont quelques -uns de leurs organes ou de leur membres autrement distribués que dans l’état naturel; 3° ceux auquels il manque quelques parties ; 4° ceux qui ont, au contraire., plus de parties que l’état naturel ne le comporte \
La classification de Blumenbach, (1780?) n’est pas essentiellement différente de celle de Bonnet 5.
Malacarne (1801), établit parmi les monstres un plus grand nombre de divisions et, le premier, il désigna chacun de ses groupes par un nom caractéristique tiré du grec : 1° microsomie ; 2° micromélie ; 3° macrosomie ; 4° macromélie ; 5° polyeschie ; 6° eschomélie ; 7° atélie ; 8° métathésie ; 9° polysomie ; 10° poljmiélie ; 11° androgynie ; 12° diandrie ; 13° digynie ; 14° andrologomélie (homme qui a des membres
1 Wolfart, Diss i de failli monstroso duplici , in-!0. Mnrbourg en Hesse, indiquée par Isodore Geoflroy-Saint-lIilaire.
2 Huber, Programma sislens, Observationes ajque cogitationes nonnullas de monslrifi demonstrulionibus suis prœmissas. Cassel, in-4", 1748.
3 Buffon, Histoire naturelle, suppl. IV, p. 578.
•4 Cb. Bonnet, Ouv. cil., p. 12.
5 Blumenbach, Handbuch der A’alurgeschichte , 1779-1780.
de brute) ; 15° alogandromélie (brute qui a des membres d’homme); 16° alogermaphroditie (brute qui a les deux sexes) l *.
La classification de Voigtel (1804) admet dix classes de monstruosités, parmi lesquelles deux mentionnent une distinction nouvelle et rationnelle : l’une comprend les êtres qui sont simplement pourvus de parties surnuméraires, et l’autre les êtres qui sont formés par la réunion de deux germes, établissant ainsi une division vraie parmi les monstres par excès \
Meckel (1815) ajoute aux trois classes établies par Buffon une quatrième classe : celle des hermaphrodites3. Plus tard4 5, il donna la classification suivante : déviations : 1° de configuration (fabrica aliéna) ; 2° de rapports (situs mutatus) ; 3° de nombre ; 4° de volume ; 5° de coloration \
Adelon et Chaussier (1819) adoptèrent en partie la classification de Buffon : 1° monstres par excès ; 2° montres par défaut ; mais leur troisième classe comprend toutes les déviations que les diverses parties du corps présentent sous le triple rapport de leurs dimensions (géants, nains, macrocéphales, etc.) ; de leur situation (transposition des viscères, hernies congéniales, exomphales, etc.), et de leur conformation particulière (bec de lièvre, extroversion de la vessie, imperforation, etc. 6.
Breschet (1823) divisa les déviations organiques ou cacogénèses en quatre ordres : les agénèses, les hypergénèses, les diplogénèses et les hétérogénèses. Gomme Voigtel, Breschet
1 Vincent Malacarne, De' mostri umani, de' caràtleri foniamenlali, su cui se ne polrebbe stabilire la classificazione , etc., in-l°, 3 pl. l’adoue, 1801, et Ménit délia Sociela ilal., t. IX.
* F.-G. Voigtel, Handbuch dey pathologischen Anal., in-S”. Halle, iSO-'i- ISO”).
3 J.-F. Meckel, De duplicitate munslrosa commenlalio , p. 2, in-fol., 8 pl. Halle et Berlin, 1815.
•t Meckel, Anatomie comparée.
5 Meckel, Anatomie comparée , t. I, p. 418, trad. franç. Paris, 1823. — Manuel d'anatomie pathologique. Halle, 1812, 1815. — Manuel d'anatomie générale, trad,
ranç , t. I, p. 76. Paris, 1825.
6 Adelon et Chaussier, Dictionnaire des sciences médicales , art. Monstruosité i Paris, 1819.
756 ANOMALIKS, TÉRATOLOGIE
sépara les monstruosités doubles des autres déviations organiques, et de plus il établit la distinction des monstres par inclusion (intérieurs ou par pénétration) d’avec les autres montres doubles (extérieurs, par fusion ou par adhérence). Chacun de ses ordres est subdivisé en genres caractérisés par un nom particulier : agénésie , diastémalie , atrésie, sym physie , etc., et ceux-ci sont divisés en espèces, qui sont aussi désignées par un nom spécial : anencéphalie, acéphalie, hémicéphalie, aprosopie, apleurie, asternie, acardie, etc. Le quatrième ordre réunit des états organiques qui n’ont aucun rapport entre eux, comme les grossesses extra-utérines, les ectopies, la polypédie,la leucopathie, etc.1.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire, afin d’abréger, la classification de Charvet (1827), qui eut quelque retentissement2, celle de Gerdy (1831), de Bouvier (1831), celle d’Ollivier, d’Angers (1839), qui range les déviations organiques suivant leur degré de gravité, et enfin celle de Cruveilhier 3.
La diversité de toutes ces classifications montre leur insuffisance et leurs défauts réciproques ; Isidore Geoffroy-Saint- Hilaire en a fait une critique judicieuse à laquelle nous renvoyons le lecteur ; mais ce savant tératologiste n’a pas réussi à faire adopter universellement celle qu’il a lui-même proposée. Nous allons la donner avec quelque détail, parce qu’elle est, suivant nous, la moins imparfaite qui ait été proposée jusqu’aujourd’hui L
1 Brescliet. Dictionnaire de médecine, 1" édit., t. VI, p. 524, 1S23, arl. Déviations ORGANIQUES.
î Charvet, Recherches pour servir à l'histoire générale de la monstruosité, p. G. Thèse de la Faculté des sciences,
3 Gerdy, Thèse de concours à la Faculté de médecine de Paris, 1831. — Bouvier, Thèse de concours, 1831. — Ollivier, Dictionnaire de médecine, 2’ édit., art. Monstres, 1839. — Cruveilhier, Anatomie pathologique.
•1 Isodore Geoflroy-Saint-lIilaire, Ouvr. cil., t. I et II. Paris, 1S32-1S37.
MONSTRES, MONSTRUOSITE