II. — Monstres triples
membres ou la symélie (monstruosité), considérée en ellemême, est très analogue aux hémitéries par jonction ou par fusion médianes.
D’un autre côté, la classification de Geoffroy— Saiht-Hilaiie. basée uniquement sur la conformation extérieure et sui 1 anatomie rassemble forcément dans les mêmes groupes des déviations dont l’origine et la nature sont complètement distinctes. Ainsi, l’absence d’un ou de plusieurs membres peut recon-, naître pour cause le non développement de ces organes ou leur destruction à la période fœtale. Cependant la classification réunira les deux cas dans le même genre.
Des groupes de déviations qui ont pour origine des lésions pathologiques, embryonnaires ou fœtales, comme les anencé phalies et d’autres (cyclocéphalies), formées par une simple déviation de l’idée formatrice, qu’on nous permette l’expression, sont comprises dans un même ordre.
Mais le plus grand défaut de cette classification c’est que, rapprochant les faits tératologiques d’après leurs caractères extérieurs ou purement anatomiques, elle ne se prête point à recevoir dans des catégories distinctes des cas distincts quant à leur cause et à leur nature. Elle n’est point pei’fectible et les connaissances nouvellement acquises par les progrès dé l’embryogénie et de la pathogénie ne peuvent la modifier.
Nous ne nous arrêterons point à critiquer les termes dé tribu, famille, genre qui désignent les divisions de cette classification ; ils n’ont point d’importance en eux-mêmes et, du reste, il est aujourd’hui généralement admis que les groupes de faits accidentels et sans filiation qui appartiennent à la tératologie, ne sauraient être assimilés aux groupes naturels des êtres organisés.
Ces critiques portent uniquement sur les bases de la classification de Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire ; car les catégories appelées genres sont généralement formées avec une exactitude et une précision remarquables ; les caractères sont tracés d’une manière lumineuse, les descriptions irréprochables, les cas particuliers rapprochés ordinairement sur des analogies
762 ANOMALIES, TÉRATOLOGUE
rigoureusement exactes et les dénominations vraies; de sorte que la plupart de ces catégories n’auront plus à subir de nouvelles modifications. Leur détermination précise et naturelle est l’un des grands mérites du Traité de tératologie de Geoffroy- Saint-Hilaire, ouvrage classique que beaucoup d’autres qualités remarquables rendront longtemps encore indispensable aux savants qui s’occupent des déviations organiques.
Gurlt (1832) adopte la division suivante : 1 0 Monstra sim plicia seu unicorporea; a. per defectum ; b. per parvitatem partium ; c .per fissionem corporis; d. fissio partium deficiens; e. coalitio partium; f. per formam et situm alienum; g. per excessum deformatio ; h. hermaphrodicia ; 2° monstra trigemina ; 3° monstra bigemina ; 4° irrégularité de parties isolées l.
Otto (1841), dans un ouvrage célèbre par le grand nombre des cas de monstruosités qu’il a fait connaître, paraît s’être peu préoccupé de les distribuer méthodiquement. Voici sa classification : I. Monstra deficientia ; 1° perocephala; 2° perocorma. II. Monstra abundantia; 1° ex duobus coalita ; 2° luxuriantia. III. Monstra sensu strictiore deformia ; 1° fissione deformia ; 2° coalitu singularum partium deformia ; 3° atresia deformia ; 4° morbis manifeste deformia L
Vogel (1845) divise les monstruosités en sept classes : 1° par défaut; 2° par coalition d’organes; 3° par séparation de parties normalement unies ; 4° par occlusion des ouvertures naturelles ; 5° par excès ; 6° par situation anormale des organes ; 7° par vices de conformation des organes génitaux. L’auteur a réuni dans la cinquième classe le géantisme, la polysarcie et la monstruosité double ; dans la sixième l’inversion splanchnique et le pied bot 3.
1 Gurlt, Handbuch (1er palhol. Anal. der Haussàugethiere. Berlin, 1832.
2 A.-W. Otto, Monstrorum sexoentorum descriplio anatomica, in-fol., 30 pl. Breslau, 184 t.
3 Julius Vogel, Traité d'anatomie pathologique générale, tracl , p. 4?3, in-S*, Paris, 1847.
Vrolik, peu satisfait de toutes les classifications proposées jusqu’alors, dit que, dans sa conviction, on ne peut donner une bonne classification des monstruosités, et que tous les efforts faits pour atteindre ce but ont été vains ; il se bornera donc à grouper les faits en s’appuyant sur l’ embryogénie, son objet étant simplement de rendre la doctrine des malformations utile à la physiologie et à la médecine h
Enfin dans une compilation récente et fort estimable d un très grand nombre de cas de monstruosités, 1 auteur, M. Fôistei, expose les faits en suivant une classification analogue à celle de Buffon l 2.
D’après ce qui précède, nous voyons que la tératologie n’est point assise aujourd’hui sur une base solide : la monstruosité manque d’une définition précise, et, d un autre côté, aucune classification n’a groupé les faits d’après leurs affinités et leur nature. La tératologie ne peut donc être considérée comme une science constituée.