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IV. — Considérations générales sur le développement normal

Les êtres vivants n’existent point en miniature dans l’œuf. Le corps humain, comme celui des autres animaux acquiert la forme et l’organisation qui appartiennent au type de son espèce par une série variée de transformations et de développements, et par un accroissement ultérieur ou simultané. Consistant d’abord en une sphère destituée de tout organe déterminé (ovule), ses premiers rudiments apparaissent sous la forme d’une vésicule primordiale (germe), et ses premiers organes sont de simples membranes dont aucune n’est destinée h survivre à la vie embryonnaire ou fœtale. Les membranes qui composent le nouvel être remplissent provisoirement des fonctions dévolues à des appareils qui surgiront plus tard ;

l \V. Vrolik., art Tkratolooy, In Todd, The Cyclopœdia af Anat. and Physiol ., 1812.

? Auguste Forster, pie A/issbildungen des A/enschen, in -4", Atlas. lèna, lgôl.

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1 embryon lui-même n’occupe d’abord qu’une portion très limitée du germe (blastoderme). Sous l’apparence de trois lames ou feuillets superposés qui se développent et s’organisent pour ainsi dire indépendamment les uns des autres, il n’a rien alors de la morpliose humaine : le feuillet le plus superficiel, par une évolution rapide, donnera naissance aux organes de la vie de relation, le plus profond aux organes digestifs, et le moyen à ceux de la circulation.

En même temps qu’apparaissent les premiers linéaments des organes, le feuillet supérieur se soulève suivant son axe, ses bords se rapprochent en embrassant les feuillets sousjacents et le petit être revêt une forme nouvelle dans laquelle on peut reconnaître un embryon.

Vers cette époque l’embryon parcourt dans son développement des phases analogues à celles qui constituent des formes permanentes chez les vertébrés inférieurs, tels que les poissons et les batraciens. Cette période de transition s’accomplit avec une extrême rapidité et dure à peine quelques jours. C’est principalement l’existence de fentes transversales au cou, et celle des languettes interposées dont l'analogie avec les fentes et les arcs branchiaux des poissons est manifeste, qui a donné l’idée de l’évolution progressive de l’embryon humain dans l’échelle animale. L’évolution du cœur et celle du cerveau suivent aussi sous ce rapport une progression remarquable. Mais il serait inexact de croire que, pendant ses phases transitoires, l’embryon devient poisson ou reptile ; il n’en représente en réalité qu’une ébauche, et les analogies organiques consistent dans une forme plus ou moins approximative et nullement dans la fonction. Quant à son passage successif par toute l’échelle animale, c’est une opinion qui n’est plus soutenable depuis que les progrès de la zoologie et de l’embryogénie ont démontré dans les grands groupes naturels des animaux destjrpes complètement distincts.

Les organes qui procèdent des trois feuillets du blastoderme et dont l’existence n’est point éphémère, n’apparaissent pas tout d’abord avec leur forme définitive : ils l’acquièrent par

une évolution progressive ; mais dès l’origine, la forme, toute rudimentaire qu’elle soit, détermine l’organe avant même qu’il ait acquis sa structure propre. Les changements qui surviennent après que la forme est acquise, sont déterminés principalement par des actes nutritifs et consistent surtout dans les phénomènes de l’accroissement. Chez 1 homme, ce n’est point avant le troisième ou le quatrième mois de l’existence embryonnaire que la plupart des organes sont morphologiquement constitués et que sous ce rapport ils n ont plus guère h acquérir qu’un simple accroissement. Cependant il en est qui se développent beaucoup plus tardivement, tandis que d’autres s’atrophient et disparaissent.

Parmi les organes qui se développent tardivement on doit compter en première ligne ceux de la génération qui, chez beaucoup d’animaux, s’atrophient dans les intervalles du rut1, puis les dents, les poils, les cornes, enfin des éléments histologiques qui se développent ou qui se renouvellent pendant toute la durée de la vie.

Les organes qui disparaissent sont, outre les membranes et les vaisseaux primitifs, les corps de Wolff (ou reins provisoires?), qui chez l’homme, s’atrophient vers le deuxième mois de la vie intra-utérine, mais qui sont permanents chez les poissons. Ces corps, dont les vestiges se retrouvent chez l’adulte, constituent le corps innominé (?) de Giraldès et le corps de Rosenmuller ; enfin le thymus disparait chez l’homme après la naissance.

Ainsi, la première formation qui procède de l’œuf humain est un être simplement vésiculeux et dont l’organisation ni la forme n’ont d’abord rien de ce qui constitue l’homme ; toutefois, cette vésicule est alors tout l'homme, comme la chenille est primitivement tout le papillon. Pour devenir papillon, la larve subit en une seule fois une transformation

1 Cette atrophie n’est point génèralo pour toutes les espèces dans une classe ou dans un ordre d’animaux. Elle existe au plus haut degré chez le moineau, ainsi que chez le serin, la linotte, le pinson, mais non chez le coq qui est pubère en toute saison (Prévôt et Dumas, Ann. sciences naturelles , t. I, p. 275).

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totale qu’on appelle une métamorphose. Il n’en est pas de même de la vésicule humaine primordiale, chez qui la métamorphose s’accomplit partiellement et successivement, prenant un caractère évolutif et se confondant avec le développement des organes.

Il n’existe donc point un moment précis ou l’être humain, en voie de développement, cesse d’être un embryon ; mais il parvient par des transitions plus rapides dans certains organes, plus lentes dans d’autres, au degré d’organisation qui doit se perpétuer ensuite jusqu’au terme de l’existence. Pendant cette période mal déterminée qui est intermédiaire entre l’état embryonnaire et celui d’enfant nouveau-né, le petit être prend le nom de fœtus.

Dans la période fœtale, le développement du plus grand nombre des organes de la vie individuelle devient morphologiquement complet. Mais les organes de la conservation de l’espèce restent plus ou moins rudimentaires et n’acquièrent leur perfection qu’à une époque plus avancée de la vie.

Chez l’homme et chez les mammifères, dans l’état fœtal, l’existence est en quelque sorte parasitaire, et les appareils organiques les plus essentiels demeurent provisoirement sans fonction, si bien que le fœtus peut vivre, se développer et s’accroître même en l’absence d’un ou de plusieurs de ses principaux organes.

Tous les animaux ne parcoürent pas les phases embryonnaires, fœtales ou parfaites dans des espaces de temps relativement égaux ; il en est qui restent indéfiniment dans les phases primordiales et qui n’atteignent jamais à la période ultime et parfaite des animaux d'une classe plus élevée ; d’autres ne restent dans cette dernière période que pendant un temps relativement très court : un grand nombre d’insectes, par exemple, passent la plus grande partie de leur existence à l’état de larve, c’est-à-dire à l’état embryonnaire ou fœtal. Au contraire, chez les animaux les plus élevés dans l’organisation, ces phases fœtales, et surtout les phases embryonnaires, durent relativement très peu de temps et l’on peut

affirmer comme une loi générale, que les premiers degrés d’ organisation sont parcourus d'autant plus vile que le degré de développement auquel l'animal doit atteindre est plus élevé (Meckel).

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