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XVII. — Essai d'une classification nouvelle

Les déviat-ons organiques se présentent sous deux aspects différents ;

1° Elles sont régulières, souvent symétriques, constituées d après un type qui ne varie que du plus au moins; exemple . les cy dopes, les sirenoméliens, certaines catégories de monstres doubles, etc. Ces déviations ont été déterminées par une cause préexistante au développement des organes, laquelle en a changé l’évolution; nous appelons ces déviations des anomalies.

2° Elles sont irrégulières, ordinairement non symétriques, désordonnées; de telle sorte qu on ne trouverait pas deux cas tout à fait semblables; exemple : les cèlosomiens, les exencéphaliens, les anencéphaliens, etc. Ces déviations ont été déterminées par une cause qui s’est produite lorsque les organes étaient déjà en partie développés et qui en a troublé l’évolution ultérieure. Très souvent on retrouve des traces de la lésion primordiale, telles que des adhérences ou des brides

l I.amarck, Oitr. ci.'., t. I,p. 6S).

ANOMALIES, TER A TO I . O GlE

placentaires, des liydropisies, etc. Nous appelons ces déviations des abnormilès .

Les anomalies portent sur les éléments organiques ; ce sont des anomalies histologiques ; elles modifient le type d’un ou de plusieurs organes, ce sont des anomalies morphologiques.

Les abnormités atteignent plusieurs organes importants; on peut alors leur donner le nom de malformations.

Elles atteignent un seul organe ou bien une partie circonscrite; on peut les appeler dest^'oes de conformation.

La constitution des êtres vivants est établie en vue de deux grandes fonctions.

a) L’une est en rapport avec la vie de l’individu ;

b) L’autre avec la vie de l’espèce.

Ces fonctions sont exercées par des organes indépendants. On peut, au moins philosophiquement, les considérer comme tels, car dans un grand nombre de cas leur indépendance est absolue.

Celle des organes de la vie individuelle est évidente chez tous les animaux qui ont une période de larve, chez tous ceux, tels que les hyménoptères, qui vivent en colonies dont les travailleurs sont toujours neutres ; elle est encore évidente chez ceux qui ont des périodes de rut hors desquelles les organes sexuels disparaissent plus ou moins complètement; enfin elle n’est pas moins manifeste chez beaucoup d’autres avant la puberté et dans la vieillesse. Chez les végétaux, elle est tout aussi certaine, car il en est beaucoup et même de très élevés dans l’organisation qui ne se propagent ordinairement que par des bourgeons. C’est ce qui arrive souvent à des plantes qui ont été transportées dans de nouveaux climats.

D'un autre côté, l’indépendance des organes de la vie de l’espèce est manifeste en ce que ces organes n’ont, chez un grand nombre d’individus, qu’une existence transitoire. Il est bien vrai que leur apparition imprime à toute l’économie un

MONSTRES, MONSTRUOSI1É

cachet particulier, mais l’individu préexiste et survit aux organes de la reproduction sexuelle.

Cette indépendance est plus évidente encore chez beaucoup d’animaux dont l'existence se compose d’un certain nombre de stades successifs. Les premiers appartiennent à la vie individuelle, les derniers h la vie de l’espèce; c’est ainsi que beaucoup d’insectes, après la métamorphose, ne vivent plus que pour s’accoupler, pondre et mourir; c’est ainsi que d au très animaux plus dégradés ne représentent, dans la dermere phase de leur existence, qu’un ovaire vivant, et parmi les végétaux, un grand nombre n’ont été longtemps connus du vulgaire et des botanistes que dans l’organe seul delà reproduction. Les êtres vivants accomplissent donc une double fonction par des organismes distincts, indépendants, et dont l’évolution n’est généralement point simultanée ni toujours subordonnée ; aussi les déviations qui atteignent ces organismes peuvent- elles se produire d’une manière indépendante.

Les déviations des organes de la vie individuelle et celles des organes de la reproduction ou delà vie de l’espèce se divisent donc naturellement en deux catégories distinctes. Dans les uns comme dans les autres, nous constaterons des anomalies morphologiques, des anomalies histologiques et des abnor mités.

Mais la déviation peut porter aussi sur le produit de l’organe sexuel, c’est-à-dire sur le spermatozoïde ou sur l’ovule, et cette déviation, bien simple d'abord, comme le peut être toute déviation d’un élément histologique, pourra amener, par l’évolution et le développement de cet élément, une formation embryonnaire plus ou moins complètement déviée du type spécifique de ses procréateurs.

Ainsi la déviation histologique du produit d’un organe sexuel donnera lieu chez l’embryon futur à des anomalies d’un ordre tout nouveau, et qui devront occuper sans doute une place à part dans la classification.

D’après toutes les considérations successivemement émises

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dans cet article, nous proposerons de classer de la manière suivante les lésions organiques et les déviations au type spécifique qui ont reçu de divers auteurs la dénomination de monstruosités, et qui ont été décrites comme telles dans les ouvrages concernant la tératologie.

PREMIÈRE DIVISION. — Déviation des organes de la vie individuelle.

Classe première. — Variations.

Ordre premier . — Variations naturelles.

Changement de direction et de situation des vaisseaux, des nerfs, des muscles et des ligaments ou variétés anatomiques ; abouchement irrégulier des vaisseaux et des conduits excréteurs compatibles avec l’intégrité des fonctions (embranchements anomaux similaires de Geoffroy-Saint -Hilaire). Os, muscles surnuméraires (ex -parte), géantisme, nanisme, albinisme, etc.

Ordre deuxième. — Variations maladives.

Dégénérescence, dégradation, crétinisme, etc.

Classe deuxième. — Anomalies morphologiques.

Ordre premier. — Déviations du type spécifique par aberration de l’idée formatrice.

Inversion générale; métamorphose d’un organe dans un autre; duplication d’un organe naturellement simple, augmentation de nombre (hypergenèse de Breschet ex-parte ), etc. Chez les végétaux : pélorie, métamorphose, prolification, fasciation.

Ordre deuxième . — Changement dans les connexions des organes par développement hétérotopique de l’un ou de plusieurs de ces organes.

Transposition des viscères ou hétérotaxie, ectopie du cœur de l'aorte, du rein, etc. Chez les végétaux : déplacements.

Ordre troisième. — Changement dans les connexions par union d’un système organique avec un autre système.

Abouchement d’un vaisseau du système artériel avec un vaisseau du système veineux (embranchements anomaux

dissimilaires de Geoffroy Saint -Hilaire). Abouchement de l’œsophage avec une bronche1, d’un uretère avec le \agin ou le rectum, du rectum ou de la vessie avec le vagin, etc. Chez les végétaux : adhérences dissemblables.

Ordre quatrième . — Changement dans les connexions pai union de parties naturellement disjointes.

Réunion des deux hémisphères cérébraux, des capsules surrénales, des reins, des doigts (syndactylie) . Chez les végétaux : cohérence, soudure (synophtie ex parte, synanthie, syncarpie).

Ordre cinquième. — Changement dans les connexions par arrêt d évolution de parties intermédiaires.

Cyclocéphalie, otocéphalie, symélie.

Ordre sixième. — Permanence d’une condition imparfaite embryonnaire ou fœtale par arrêt de développement.

Défaut de développement ou agénésie d'un organe ou d une partie d’un organe: absence d’un membre (ectromélie, ectrodactylie ex parte), de l’iris, de la cloison interauriculaire ou interventriculaire du cœur, perforation congéniale du diaphragme, fissure iridienne, bec-de-lièvre ex parte, etc. Atrésie des orifices extérieurs, narines, bouche, anus, etc. Chez les végétaux : avortements.

Ordre septième. — Permanence d un organe embryonnaire ou fœtal qui doit disparaître dans le cours de l'évolution.

Persistance des vaisseaux omphalo-mésentériques, du canal artériel, de l’ouraque, des corps de Wolff, du thymus, d une partie de la larve chez l’adulte.

Classe troisième. — Abnormités.

Ordre premier. — Malformations.

Éventration, célosomie, exencéphalie , pseudencéphalie. anencéphalie. Chez les végétaux : chloranthies ex parte.

Ordre deuxième . — Vices de conformation.

Schistocéphale (Gurlt), fissure de la face, bec-de lièvre ex

1 Un ras de ce genre très remarquable a été rapporté dans la Gazelle des hfipi-

r 29 janvier 187 i.

ANOMALIES, TERATOLOGIE

parle, gueule-de-loup, fissure sternale, spina-bifida, exstrophie de la vessie, pied bot ex parte, etc.

Classe quatrième. — Anomalies histologiques. Leucopathie, cliloasma, melasma. Chez les végétaux : chromisme.

Atrichose, hypertrichose. Chez les végétaux : glabrisme, pilosisme.

Ichthyose squammeuse, épineuse, excroissances cornées. Absence d’une ou de plusieurs dents ; dents surnuméraires, prolifères.

Hypertrophies partielles, hyperplasies, polysarcies, nævi,etc. Dégénérescences avec productions histologiques nouvelles (?). Chez les végétaux : coques, galles.

Permanence de la structure embryonnaire (?), atrophies. Chez les végétaux : avortements ex parte.

DEUXIÈME DIVISION. — Déviation des organes de la vie de l’espèce.

Première section. — Déviations de la sexualité.

Classe première. — Sexes réunis dans les espèces à sexes normalement séparés (hermaphrodisme).

Classe deuxième. — Sexes séparés dans les espèces à sexes normalement réunis (hétérogamie).

Classe troisième. — Absence de sexe ou hermaphrodisme neutre (ex parte) (agamie).

Deuxième section. — Déviations dans la conformation des organes sexuels.

Classe première. — Variations.

Formes diverses ou dimensions exagérées des nymphes, de l’hymen, du pavillon de la trompe de Fallope, etc.

Classe deuxième. — Anomalies morphologiques.

Sous-classe première. — Anomalies morphologiques dans les organes mâles.

Anorchidie, monorcbidie, absence ou augmentation du nombre des vésicules séminales.

Sous-classe deuxième. - Anomalies morphologiques dans les organes femelles. Absence d’un ou de plusieurs ovaires, de l’utérus, du vagin, de la mamelle; augmentation du nombre des trompes de Fallope ; utérus bicorne elles a femme; vagin cloisonné, imperforé, communiquant avec . vessie ou le rectum. Mamelles surnuméraires, déplacées (inguinales chez la femme).

Classe troisième. — Abnormités.

Ordre premier. — Malformations.

Hermaphrodisme faux ou apparent.

Ordre deuxième. — Vices de conformation.

Cryptorchidie, synorebidie (?), hvpospadias.

Classe quatrième. — Anomalies histologiques.

Absence ou agénésie des tubes sèminifères du testicule, des vésicules de de Graaf, à l’époque de la puberté ; kystes dermoïdes de l’ovaire, zoomyliens ex parte; adénome de la

mamelle (?).

Troisième section. — Déviations dans les produits des organes sexuels.

Classe première. — Anomalies simples ou unitaires.

Sous-classe première. — Dans les produits mâles (spermatozoïdes, pollen).

Sous-classe deuxième. — Dans les produits femelles (ovule).

Ordre premier . — - Déviations dans la conformation de l’œuf.

Ovule ou jaune sans vésicule germinative, sans albumen, sans coquille ; œuf sans jaune ou sans vitellus ; ovules ou vitellus multiples dans la même coque (chez les oiseaux : œuf â deux ou plusieurs jaunes, œuf inclus dans un autre) ; déformation de la coque, etc.

Ordre deuxième. — Déviations dans l’évolution primordiale de l’ovule ou anomalies du germe.

Développement isolé ou anormal de l’amnios, du chorion (môle hydatique) ; zoomy liens ex parle.

Classe deuxième. — Anomalies doubles ou par duplication (diplogenèse).

Plusieurs vésicules germinatives ou plusieurs cellules embryogènes dans un seul ovule, d'où dérivent :

Ordre premier. — Les monstres composés autositaires. Chez les végétaux : synophlies des embryons.

Ordre deuxième. — Les monstres composés parasitaires.

Ordre troisième. — Les monstres omphalosites.

Ordre quatrième . — L’inclusion fœtale. (?)

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