‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 29 sur 132 · ACTION DE LA CHALEUR SUR LE VIRUS CHARBONNEUX · texte numérisé non relu

ACTION DE LA CHALEUR SUR LE VIRUS CHARBONNEUX

pendant un quart d heure au moins. A 50° C., il suttit de dix minutes.

Ce résultat, tout à fait inattendu, m'ayant fait reconnaître que le sang charbonneux perd ses facultés virulentes par une température qui ne le coagule pas encore, j ai répété ces expériences avec du sang non mêlé d’eau; et, dans cette condition, le virus n’est détruit que par une température un peu plus élevée. Après un quart d’heure, il perd sa virulence à 51° C.

Le principe virulent du sang charbonneux est formé, comme on le sait aujourd’hui, par de petits végétaux de la famille des vibrioniens, que j’ai appelés des bactéridies. Or, chez des animaux et chez des végétaux dits ressuscitants , chez les rotifères surtout, une température voisine de 100° n’empêche pas la reviviscence, lorsque ces petits êtres ont été préalablement bien desséchés; elle les tue, au contraire, toujours lorsqu’ils sont humides. J’ai constaté que les mêmes facultés existent dans les bactéridies charbonneuses, car du sang rapidement désséché en présence du chlorure de calcium, puis soumis à une température de 100° pendant cinq minutes, a tué les animaux auxquels il a été inoculé. Les bactéridies avaient donc, dans ces cas, conservé leur vitalité.

Les travaux de M Pasteur ont fait connaître que les petits végétaux filiformes qui se développent dans le vin et qui l’altèrent, sont détruits par une température de tiO à 70° C., et c’est sur cette propriété qu’est fondé le procédé de conservation des vins par la chaleur.

J’ai reconnu moi-même que les bactéries mouvantes, qui déterminent la pourriture de certains végétaux, sont tuées par une température de 52° C. La pourriture qu’elles occasionnent dans les plantes grasses et qui les envahit complètement, est arrêtée par l’exposition du végétal envahi à une température de 52 à 55” C., pendant une demi-heure. (Dictionnaire des Sciences mèdicates , art. Bactérie, 1868).

Ces faits m’ont porté à croire que l’on pourrait détruire de la même manière le virus charbonneux chez les animaux;

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mais les travaux de M. Cl. Bernard nous ont appris que les mammifères meurent instantanément lorsque leur sang acquiert une température de 45° C.

Toutefois, souvent le charbon est primitivement local, et c’est presque toujours le cas chez l’homme pour cette maladie, qui commence sous la forme d’une simple pustule (pustule maligne).

Afin de reconnaître si une partie d’un animal peut être échauffée isolément jusqu’à 51° C., j’ai fait sur l’oreille des lapins plusieurs expériences qui ont été toutes négatives. Sous l’influence de la chaleur, la circulation s’accélère beaucoup, et les tissus, traversés rapidement par le sang, n’acquièrent qu’un petit nombre de degrés de chaleur au-dessus de la normale. En suspendant la circulation par la compression des vaisseaux, j’ai obtenu de meilleurs effets, et même j’ai empêché le développement du charbon ; mais assez souvent la partie de l’oreille dans laquelle le sang ne circule plus, tombe en sphacèle. En comprimant la partie inoculée de l’oreille avec un corps dur et chauffé à 51° C. pendant un quart d’heure, j’ai plusieurs fois empêché le développement du charbon. La circulation étant suspendue dans la partie comprimée, celle-ci s’échauffe facilement au degré voulu; il ne reste à la suite qu’une légère inflammation qui se dissipe bientôt.

J’ai reconnu que la pustule maligne chez l’homme est toujours superficielle au début; elle se produit sous l’épiderme, dans le corps muqueux de la peau, couche cellulaire tout à fait dénuée de circulation sanguine. La compression au moyen d’un corps dur, un marteau, par exemple, maintenu à une température de 51° C., doit facilement faire pénétrer la chaleur dans toute l’épaisseur de la pustule et tuer par conséquent toutes les bactéridies qui s'y trouvent.

Par un procédé que j’ai fait connaître à l’Académie de Médecine, j’ai produit à l’intérieur de la cuisse, chez des cobayes, des vésicules charbonneuses analogues à la pustule maligne et, quoique cet animal soit de tous le plus facile à

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