Vole communiquée
4 Ann. d'agncult. cil.
5 M. Piaget, agriculteur distingué, a recherché, l’été dernier en Suisse, le blé nielle, qu’il connaît parfaitement, et m’a dit en avoir vu très communément.
Les grains niellés sont tout à fait impropres à la nourriture de l’homme ou des animaux, et l'industrie n’en pourrait tirer aucun parti ; mais ils ne sont pas nuisibles pour la santé.
J’en ai donné assez longtemps à des oiseaux (moineaux, poules, pigeons), qui n’ont pas paru en souffrir.
Mallco Losana a obtenu le même résultat sur quelques animaux ; de plus, cet observateur avant fait du pain dans lequel la substance du blé niellé entrait pour deux tiers, en donna pendant cinq jours à une famille, qui ne prit presque point d’autre nourriture; aucun des membres de cette famille n’éprouva la moindre incommodité'.
Tillet a regardé la nielle comme une des trois grandes maladies du froment, d’après cette considération qu’elle détruit souvent tous les grains d'un épi ; cet observateur dit qu’elle est beaucoup plus commune qu’on ne l’imagine \
Dom Roffredi a vu des grains niellés en profusion dans les criblures1 2 3.
Henslow rapporte que dans certains échantillons les grains malades forment un huitième par rapport au blé sain4.
M. André, ancien président du comice de Metz, dit qu’en 1848 cette maladie, qu'il a étudiée pendant trois années de suite, avait pris d’assez grandes proportions dans le département de la Moselle5.
Enfin, j’ai reçu moi- même cette année (1856) de Normandie, par l’entremise de M. Rayer, un grand nombre d’épis complètement perdus par la nielle, mais je ne puis dire quelle a été dans les champs la proportion des épis malades avec les épis sains.
1 Delle malallie dcl grano in efla, etc., p. 304. Carmagnola, 1S11.
2 Ouvr. cité , p. 115.
3 M érti . cité , p. 4.
4 « In the parish of Hilcham, Bildesten, Sutïolk, iiowever, it is well kuown, and my railler informs me that he oflen has saraples of wheat rauch infected witli il; and among whal he calls the lari-corn (the last portions of a particular batch), he has found as much as half a peck in a bushel. » (J. Henslow, Microsc. Jjur.i London, 1841, p. 37.)
5 Mém. cilé, p. 366,
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On voit, d’après ces faits, que la nielle est une maladie qui peut devenir grave dans les cantons où elle existe. Si elle n’a pas été plus fréquemment signalée par les agriculteurst, c’est que, sans doute, elle est ordinairement méconnue, et très probablement, comme le fait remarquer Tillet, les grains niellés ont été confondus avec les graines de la lychnis, si commune dans les blés.
Il importe donc d’appeler de nouveau l’attention sur cette maladie du froment et de rechercher les moyens de la prévenir.
La connaissance du mode de propagation et de transmission des anguillules de la nielle et celle de leurs propriétés vitales, peuvent, suivant nous, donner les moyens de préserver le blé de la maladie que ces vers occasionnent.
C’est par le voisinage des grains niellés avec les grains sains, lorsque ceux-ci, après la germination, forment une plante nouvelle, que la nielle se propage.
Ce voisinage des bons et des mauvais grains peut avoir lieu de trois manières :
1° Par leur mélange dans la semence ;
2° Par l’abandon des épis niellés sur les champs après la moisson ;
3° Par le retour sur les champs des grains malades avec les fumiers sur lesquels ils ont été jetés.
1° Le mélange des grains malades dans la semence est sans
doute la cause la plus ordinaire de la propagation de la nielle.
Il importe donc beaucoup de choisir, pour les semer, des blés exempts de grains niellés, ou de tuer préalablement dans ces grains les anguillules qu’ils contiennent.
Il ne serait peut-être pas difficile de se procurer partout du blé exempt de nielle, car cette maladie paraît, comme nous l’avons dit, localisée dans certains cantons où elle est très répandue, tandis qu’elle ne se rencontre pas dans d’autres cantons, souvent peu éloignés, d’bù l’on pourrait tirer la
semence à peu de frais, et ce moyen de préservation serait préférable à tout autre.
Pour détruire dans la semence les germes des maladies qui attaquent le blé, les agriculteurs emploient divers procédés de chaulage. Nos recherches concernant l’action de diverses substances sur les vers de la nielle, nous ont montré que toutes celles qui agissent chimiquement sur les tissus des animaux, tuent les anguillules de la nielle; dans cette catégorie se trouvent la plupart de celles que les agriculteurs emploient actuellement dans le chaulage des blés. Les principales sont la chaux et le sulfate de cuivre, et il suffit que les anguillules fassent un assez court séjour dans de l’eau chargée d’une petite quantité de ces substances pour qu’elles périssent.
L’on pourrait donc conclure de ce fait que le chaulage ordinaire débarrassera le blé de ces animaux nuisibles. 11 n’en est rien cependant : si la solution de chaux ou de sulfate de cuivre tue rapidement les anguillules extraites du grain niellé, ces substances, même en solution concentrée, n’ont qu’une action très lente et tout à fait insuffisante sur les anguillules renfermées dans la coque du grain niellé.
Dans des expériences répétées, j’ai vu le plus souvent des graines qui avaient séjourné vingt-quatre heures et même quarante-huit heures dans une solution concentrée de chaux ou de sulfate de cuivre, reprendre le mouvement et la vie quelque temps après qu’on les eût extraites de leur coque et placées dans de l’eau pure.
On ne doit donc attendre aucun effet préservatif du chaulage, tel qu’on le pratique généralement.
11 n’en serait pas de même si l’on se servait d’une eau acidulée. Il suffit d’une partie d’acide sulfurique sur cent cinquante parties d’eau et d’un séjour de vingt- quatre heures dans cette eau pour que les anguillules contenues dans le grain niellé périssent ; or, dans un acide aussi affaibli, le blé n’est point altéré ; il conserve sa faculté germinative, et la plante se développe comme d’une graine semée dans des
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conditions ordinaires. Ce procédé de préservation n’est pas coûteux, puisqu’il suffirait d’un kilogramme d’acide sulfu rique, dont le prix est modique, pour un bain de cent cinquante litres d’eau.
Au mois de novembre 1855, j’ai ensemencé un petit carré de jardin avec du blé sain et du blé niellé qui avaient passé vingt- quatre heures dans un semblable mélange. La germination des grains sains se fit bien, etau mois de juillet suivant, j’obtins un grand nombre de beaux épis sans aucun grain niellé; or, des grains sains et niellés qui n’avaient point subi la même préparation, m’ont toujours fourni, dans plusieurs expériences analogues, une grande proportion d’épis niellés.
2° Outre les précautions à prendre dans le choix ou dans le traitement de la semence, il en est d’autres qui ne sont pas moins utiles pour arriver à la préservation des récoltes.
Un épi malade contient souvent jusqu’à soixante grains niellés, soit en moyenne trente grains ; nous avons dit déjà que ces grains renferment souvent au- delà de dix mille larves, soit donc trois cent mille larves par épi malade ; or comme il n’en faut qu’un petit nombre pour infecter une plante nouvelle, l’on voit de quelle importance il serait d’enlever soigneusement tous les épis atteints de nielle, si l’on devait semer du blé deux années de suite sur la même pièce ;
Mais la pratique des assolements s’oppose à ce que les anguillules de la nielle se propagent de cette manière ; en effet, le grain niellé abandonné sur les champs, et bientôt enterré parla charrue, se pourrit promptement. Les anguillules revivifiées ne se reproduisent pas dans le sol et n’y restent pas vivantes au-delà de cinq à six mois.
L’alternation des récoltes s'oppose donc à la propagation de la nielle par les épis ou les grains abandonnés sur les champs après la moisson.
3° 11 est une troisième précaution qu’il faut encore prendre dans les localités affectées de la nielle, c’est de ne pas jeter, comme on le fait ordinairement, les criblures aux fumiers qui rapportent sur les champs les grains niellés.
RECHERCHES SUR L'AXGUILLULK MJ BLE NIELLE
L’on s’imaginerait à tort que les poules se chargent de digérer et de détruire les grains malades ; je me suis assuré qu’elles ne touchent pas au grain niellé.
11 faudrait donc brûler les criblures des blés infectés, ou bien, si l’on ne voulait pas perdre les grains plus ou moins atrophiés et retraits qui se trouvent dans les résidus du criblage, l’on pourrait, avant de les jeter aux poules, les faire passer au four, après la cuisson du pain. Les anguillules, qui ne supportent pas unecha’eur de 70°, seraient tuées.
D’après ces faits et ces considérations, les moyens de s’opposer à la propagation de la nielle du blé paraissent assez simples et faciles à mettre en pratique ; ce sont :
Le choix d’une semence saine ou le chaulage par l’acide sulfurique, la pratique des assolements,
L’incinération ou l’échaudage des criblures des récoltes malades.
t' av aine, L’OSuvre.