‹ L'œuvre de C.-J. DavaineChapitre 73 sur 132 · MON A DI ENS · texte numérisé non relu

MON A DI ENS

jaune d’œuf. Après un ou plusieurs jours, suivant la température atmosphérique, on reconnaît, dans l’épaisseur de cette pellicule, des vésicules éparses, transparentes, qui se multiplient, rapidement et qui, bientôt, envahissent toute son étendue. Ces vésicules acquièrent ensuite plus de consistance ; elles revêtent, à s’y méprendre, l’aspect des leucocytes du sang ou du pus; toutefois, elles sont un peu moins volumineuses. En désagrégeant la pellicule, on constate que ces petits corps, devenus libres, constituent, en effet, des vésicules à parois distinctes, mais ils sont tout à fait privés de mouvements. Le lendemain ou le surlendemain, ces vésicules acquièrent des mouvements, se dégagent d’elles-mêmes de leur agrégat et se dispersent dans le liquide ambiant. Alors seulement on leur reconnaît un filament flagelliforme.

Il se peut que la ressemblance qu’ont primordialement ces petits êtres avec des leucocytes ait induit en erreur quelques expérimentateurs qui ont cru voir se développer des globules blancs dans des liquides albumineux sortis de l’économie. Par addition d’acide acétique ou d’un alcali, les vésicules primordiales des monades se détruisent en laissant en leur place une fine poussière et non des noyaux distincts.

Les monadiens autres que ceux des infusions artificielles se trouvent souvent aussi dans une pellicule particulière. C’est ce que Ehrenberg, Morren et d’autres observateurs ont signalé pour les monas prodigiosa, vinosa, rosea, sulfuraria, etc., qui sont renfermés dans des membranes plus ou moins semblables à des palmella. Quelle est la relation de ces monades avec leur palmella ? Celle-ci est- elle formée, comme le pensent MM. Morren i 2, par un mucilage que ces petits animaux produisent en mourant, ou bien par un mucus qu’ils sécréteraient, comme ces observateurs le disent de Y hœmatococcus vesiculosus 2 ? Le développement des monades dans la pellicule primordiale des infusions artificielles ne

1 Morren, Mim. infra cil., p. 71.

2 Morren, Ibid,, p. 108.

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permet guère d’adopter l’une ou l’autre de ces manières de voir.

Les propriétés vitales des monadiens ne paraissent point différer de celles des autres infusoires. Ils ont une action évidente (si j’en juge au moins par mes recherches), sur les substances en putréfaction dont ils dissocient les parties constituantes et dont ils hâtent ainsi le destruction. Quant à quelque propriété fermentative ou pathogénique, leur présence dans les organismes qui se détruisent ou qui périssent pourrait la faire soupçonner, mais cela ne suffit pas pour qu’il soit rationnel de l’admettre.

Les monadiens colorés en vert ou en rouge partagent avec les conferves la faculté de dégager de l’oxygène sous l’influence des rayons solaires. MM. Morren ont constaté que cette pro priété appartient non seulement à des animalcules trèsrapprochés des conferves, tels que les chlamidomonas, les discerœa, etc., mais encore aux monas bicolor et grandis d’Ehrenberg. Ils ont vu que l’eau d’un vivier devenue verdâtre par la multiplication de ces deux derniers infusoires, arrivait à contenir, étant exposée au soleil, jusqu’à 61 pour 100 d’oxygène. Aussi, disent-ils, les bestiaux manifestaient pour cette eau une grande avidité.

J’ai constaté qu’une espèce de monade, et il y en a probablement beaucoup d’autres, est reviviscente, c’est-à-dire qu’ayant été désséchée, elle revient à la vie après avoir été humectée avec de l’eau. Cette monade, ainsi que je l’ai reconnu pour les autres animaux dits ressuscitants, vit dans un milieu exposé à des alternatives de sécheresse et d’humidité.

Les monadiens colorés en vert ou en rouge, se reproduisent et grossissent manifestement avec plus de vigueur, disent MM. Morren, lorsqu’ils sont exposés aux rayons solaires. Ils se dirigent vers la lumière et s’attachent, du côté où elle vient sur les parois du vase qui les renferme; ce qui prouve que ces animalcules sont sensibles à la lumière.

Les monadiens, si j’en juge par des expériences faites sur plusieurs espèces appartenant aux genres monas et ccrco

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moncis, résistent à une température inférieure à 0° C., tant que le liquide ne se congèle pas. Leurs mouvements alors sont seulement ralentis. La congélation les tue rapidement.

L’action d’une température élevée est très remarquable : des inonas et des cercomonas d’une infusion de jaune d’œuf ou prises dans un aquarium, furent soumis à une température successivement décroissante à partir de 4- 55° G., limite à laquelle la plupart des vibrioniens périssent. Or jusqu’à 4- 44° C., tous les monadiens furent tués en quelques minutes. A -f- 43° C., en 2 ou 3 minutes leurs mouvements furent très ralentis, après 10 minutes ils étaient complètement suspendus et pour toujours, quoiqu’on laissât le liquide revenir à la température de l’atmosphère. A 4- 40° les monades conservent leurs mouvements; à 4- 41° la plupart restent immobiles, mais elles redeviennent agiles après le refroidissement; à 4- 42" un assez grand nombre périssent; aucune ne résiste à une température de 4- 43° prolongée pendant 15 minutes.

Nous ne connaissons point d’être vivant qui meure par une température aussi peu élevé. Les oiseaux, d’après M. Claude Bernard, périssent entre 4- 51 et 52° C. ; les mammifères entre 4- 45 et 46°. La mort de ces animaux est due, d’après l’illustre physiologiste, à la coagulation d’une matière spéciale contenue dans les muscles et qui détermine leur rigidité. Les cellules qui composent les organes ne seraient-elles point tuées aussi, comme nos infusoires?

Les acides, les alcalis très dilués, une solution très étendue de sucre fait périr instantanément les monadiens. Beaucoup d’autres substances, dont l’action toxique sur les infusoires est bien connue, agissent de même sur les monades.

Les plus anciens observateurs au microscope ont vu des monadiens, mais, même jusqu’à l’époque de Bory de Saint- Vincent, l’imperfection des instruments dont ils se servaient ne leur permit point de distinguer autre chose dans ces petits êtres qu’un corpuscule mouvant, sans organisation appréciable. En effet, en 1826, Bory classa les monadiens dans les

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gymnodés où l’on ne reconnaît aucun organe, ni cirrhes vibratiles, ni même la moindre apparence de poils ou de cils quelconques.

Ehrenberg et Dujardin, grâce au perfectionnement récent du microscope, réussirent à voir le filament ou les filaments qui servent à la locomotion des monadiens. Mais le microscope seul ne suffit point h faire apercevoir chez tous les monadiens l'organe de la locomotion ; d’autant que cet appendice, étant toujours agité, ne permet point à l’œil de le suivre et de le reconnaître. La solution aqueuse d’iode, en suspendant le mouvement et en donnant une certaine opacité aux filaments les plus ténus, les rend presque toujours visibles.

Cependant lorsqu’il s’agit de faire cette recherche chez les monadiens qui sont enfermés, comme c’est souvent le cas, dans des liquides albumineux, dans une croûte plus ou moins épaisse, ou parmi des débris de la membrane muqueuse de l’intestin, etc., il se forme par l’iode un coagulum ou des amas qui enveloppent et masquent les appendices cherchés. Dans ces cas, j’ai eu recours avec succès à une solution très faible d’acide chromique. Au contact de cette solution, les infusoires perdent instantanément le mouvement; leurs cils ne se dissolvent point comme lorsqu’ils ont le contact des alcalis ; ils ne se ratatinent point comme avec les acides ou avec les astrin genls ; ils restent étalés dans le liquide sans subir d’altération pendant un temps suffisant pour qu’on puisse les examiner à loisir. J’ajouterai que c’est encore un moyen très précieux pour l’étude de l’organisation interne des infusoires ciliés.

Ehrenberg ayant reconnu le filament flagelliforme chez plusieurs monadiens, se méprit complètement sur les fonctions de cet appendice qu’il regarda comme une trompe. Il crut voir encore chez ces infusoires, des estomacs dont aucun observateur n’admet plus aujourd’hui l’existence. Dujardin rectifia sur ces points les erreurs du célèbre micrographe prussien. Toutefois une observation que j’ai faite plusieurs fois et qu’il est facile de vérifier, porterait à croire que, en effet, les monadiens sont pourvus d’une bouche, et par con -

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séquent, d’une cavité intestinale. En examinant un monadien fixe et immobile, on voit que le filament flagelliforme produit en avant un tourbillon rapide au moyen duquel toutes les particules environnantes sont ramenées vers le corps de l’infusoire. Les plus rapprochées se précipitent vers la base du filament et quelquefois s'y arrêtent. C’est la reproduction de ce qui se passe chez beaucoup d’animaux, dont les cils qui garnissent l'ouverture de la bouche précipitent dans cette cavité les particules alimentaires.

Avant Mïiller (1773), les monadiens avaient à peine attiré l'attention des naturalistes, et l’on n’avait point songé à leur faire une place dans les classifications. Confondus par Linné, sous le nom de chaos , avec la plupart des autres infusoires, les observateurs les désignaient sous les noms de corpuscules sphériques, molécules , globules, etc. Le savant naturaliste danois distingua ces animalcules des autres infusoires et leur donna le nom de monades.

Il caractérisa ses monades de la manière suivante : Venins inconspicuus , simplicissimus pellicudus, punctiformis . Or, ces infusoires qui lui représentaient des points mouvants ne lui offraient pas de caractères suffisants pour qu’il pût les classer d’une manière tant soit peu naturelle : aussi n’en distingua t-il alors que trois espèces, dont l’une est probablement un vibrionien et dont les autres ne représentent point pour nous des groupes déterminés.

Ce sont : 1° le monas termo (monas gelatinosa) ; 2° le monas cens (monas hyaliiia) ; 3° le monas mica (monas circulo not.ala).

Vingt ans plus tard, parut le grand ouvrage posthume du même auteur (1786), dans lequel ces animalcules forment dix espèces.

L insuffisance des caractères spécifiques ne pouvait permettre une classification plus certaine. Ehrenberg, dès 1830, en proposa une nouvelle basée sur la disposition de l’appareil digestif qu il croyait avoir découvert chez ces infusoires et

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sur quelques autres caractères plus réels : mais cette classification, qu’il perfectionna en 1838, étant fondée en partie sur des erreurs d’interprétation, a été assez généralement abandonnée.

Nous suivrons ici celle que Dujardin proposa en 1841, classification qui prend pour base principale de ses divisions la présence ou l’absence des appendices locomoteurs. Elle est encore aujourd’hui la plus généralement adoptée.

La famille des monadiens se partage en deux tribus : les monadiens isolés et les monadiens agrégés.

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