MONA DIENS
Les monadiens sont des êtres microscopiques dont le corps paraît entièrement formé d’une substance homogène, le sarcode. On ne leur reconnaît aucun organe intérieur, et l’alimentation s’opère par absorption du milieu ambiant. Leur tégument n'est point distinct du sarcodequi constitue la masse du corps. Chez beaucoup de monadiens, il conserve assez de mollesse pour s’agglutiner aux corps environnants et pour s’étirer en filaments plus ou moins longs.
Les seuls organes particuliers que ces animalcules possèdent sont des appendices en forme de fouet qui se trouvent ordinairement à la partie antérieure du corps et qui servent a la locomotion, peut-être aussi à la respiration. Le nombre de ces filaments qu’on a nommés flagelliformes est le plus souvent petit.
Les monadiens appartiennent à la classe des infusoires et a 1 ordre des astomes, c’est-à-dire sans bouche (Dujardin, Schmarda).
Ils forment une famille qui a pour caractères : Anima.cules microscopiques, mous, à corps transparent, arrondi, ovoïde ou oblong, sans organisation distincte, pourvu d un seul ou de plusieurs filaments flagelliformes qui servent à lalocomotion, quelquefois colorés en rose, rouge ou vert.
Les savants s’accordant généralement aujourd’hui pour attribuer les vibrioniens au règne végétal, il en résulte que les monadiens doivent être considérés comme les plus petits de tous les animaux.
L’infimité de leurs dimensions, qui rend la connaissance
i Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales (G. Masson, Asselin et C‘ éditeurs). En raison du caractère particulier et du but non commercial de la publication. MM. les Editeurs ont autorisé la reproduction de cet article.
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de ces animalcules fort imparfaite, a laissé dans une grande obscurité non seulement les détails de leur organisation, mais encore la détermination des limites qui circonscrivent cette famille : en effet, un grand nombre de petits êtres plus ou moins semblables en apparence ou plus ou moins analogues aux monadiens n’en peuvent être distingués dans les cas où l’observation directe ne nous a pas mis sur la voie de leur origine. Telles sont les zoospores de certaines algues ou de certains champignons qui sont pourvues de deux, quatre ou six filaments flagelliformes au moyen desquels elles se meuvent rapidement dans le liquide ambiant, et, de même, les anthérozoïdes de certaines algues pourvus de deux filaments locomoteurs. Il est vrai que, dans un grand nombre de cas, la coloration verdâtre ou verte de ces petits êtres, l’apparence d’un tégument distinct peuvent empêcher la confusion dont nous parlons. Toutefois, dans les cas où ces corpuscules ne sont visibles qu’au moyen des plus forts grossissements, la confusion doit être à peu prés inévitable et Ton ne peut douter qu’elle ne se soit plus d’une fois produite : les monas pulvisculus de Muller, bicolor, deses , grandis d’Ehrenberg, le cercomonas viridis de Dujardin, etc., qui sont plus ou moins colorés en vert seraient à revoir, d’autant plus que la plupart de ces petits corps ont été rencontrés dans de l’eau où se trouvaient des conferves.
D’un autre côté, les corps reproducteurs de certaines algues ou de certains champignons qui sont doués de mouvement, n’ont aucune coloration particulière qui les distingue des monadiens en général et, vu leur petitesse, leur organisation échappe à l’analyse.
Les monadiens sont très répandus dans la nature et se trouvent dans des milieux divers. C’est dans des infusions de substances végétales ou animales préparées en vue de recherches microscopiques qu’ils ont été d’abord signalés.
Ils paraissent dans ces infusions plus ou moins rapidement suivant les substances contenues et surtout suivant la tempé-
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rature atmosphérique. Ils suivent de prés l’apparition des vibrioniens et précèdent ordinairement celle des infusoires ciliés.
Ils se trouvent en grand nombre dans les eaux stagnantes, douces ou salines, qui séjournent, à la surface du sol, suitout dans celles qui contiennent des substances organiques envoie de décomposition ; on les trouve encore dans les eaux légèrement sulfureuses. Il s’en développe dans des matières animales ou végétales qui ont acquis un certain degré de corruption. Il en existe dans l’humus à la surface du sol; pour constater leur présence, il suffit d’en humecter quelques parcelles avec de l’eau et d’exprimer une goutte de cette eau sur le porte-objet.
Enfin, il en existe encore quelquefois dans des liquides de l’économie ou dans lesmatièi’es intestinales, chez les animaux à sang chand ou à sang froid, dans l’état normal bu pathologique.
Goeze, le premier (1782), signala la présence de ces petits êtres, dans le mucus du rectum, chez des grenouilles, des crapauds et des salamandres (lacerta palustri, Linné/- Il reconnut que ces animalcules vivent en parasites comme les vers intestinaux; il reconnut encore qu’ils forment plusieurs espèces; mais l’imperfection de ses moyens d’observation ne lui permit pas de déterminer avec précision leurs caractères distinctifs et il les confondit sous le nom collectif de chaos infusoire ou chaos de monades.
Vers la même époque, Bloch observa aussi ces animaux et les désigna sous le nom de chaos intestinal.
Ehrenberg a fait de ces infusoires parasites une étude plus' complète; il en distingua deux espèces qu’il désigna sous-les noms de bodo inteslinalis et bodo ranarum.
D’autres espèces furent ensuite observées par plusieurs savants, tels que Dujardin, Perty, H ammer schmidt, Leisy,etc., dans l’intestin des couleuvres, des tritons, des limaces, des hannetons, de la mouche domestique, etc. De tous ces faits; l’on peut conclure que les monadiens existent communément
Davaine. L’Œuvre.
chez les animaux à sang froid ; c’est ce que j’ai pu vérifier souvent par mes propres observations chez des poissons et chez des insectes.
Les monadiens ne sont pas rares non plus dans l’intestin des animaux à sang chaud, principalement chez les herbivores; mais leurs diverses espèces sont généralement restées indéterminées jusqu’aujourd’hui. La raison principale en est sans doute que ces infusoires, plongés dans les détritus des substances alimentaires et parmi les cellules plus ou moins altérées du mucus intestinal, ne peuvent être reconnus qu autant qu’ils sont en mouvement. Or, dès que le refroidissement cadavérique les surprend, ils cessent de s’agiter et ne tardent pas à périr et à se détruire.
Gruby et Delafond ont signalé la présence d’un nombre considérable d’animalcules dans la panse des ruminants1.
Parmi ces petits êtres, dont les formes sont très variées, il se trouve certainement des monadiens; mais leur étude devrait être reprise avec des connaissances plus précises sur la matière.
J’ai constaté, chez le lapin et le cobaye, dans l’intestin grêle, dans le duodénum surtout, l’existence d’un grand nombre d’animalcules plus ou moins semblables aux monadiens et qui ne se retrouvent qu’ autant que le cadavre est encore chaud. J’ai vu aussi, dans le gros intestin de ces mêmes animaux, des monadiens appartenant h des espèces différentes des précédents ; j’en ai rencontré encore chez divers oiseaux.
L’homme n’est point h l’abri de l’invasion de ces infusoires; mais jusqu’à présent ce n’est que dans des conditions pathologiques qu’ils ont été observés. L e trichomonas vagi nalis vit dans le mucus altéré du vagin. Le cercomonas hominis a été observé dans les matières riziformes évacuées
4 Gruby et Delafond, Recherches sur des animalcules se développant dans l'estomac el dans les intestins pendant la digestion des animaux herbivores et carnivores (Recueil de médecine vétérinaire, t. XX, p. 859, Paris, 1843, et Comptes rendus de l' Académie des sciences, décembre 1843).
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par les malades atteints du choléra; le cercomonas urinarius daus l’urine des individus atteints de cette même maladie. Le monas crepusculum et le circomonas saltans ont été rencontrés sur des ulcères sordides.
Bien que tous ces petits êtres aient été trouvés dans des conditions pathologiques, il ne paraît pas qu'ils aient une influence quelconque en tant que cause des maladies dans lesquelles on les observe.
Les monadiens nous intéressent à un autre point de vue. car c’est aux médecins généralement qu’il appartient de rechercher et d’expliquer les causes et la nature de certains phénomènes prétendus surnaturels qui impressionnent vivement le vulgaire. Un de ces phénomènes est l’apparition de taches d'apparence sanguinolente sur le pain, la viande et d’autres substances alimentaires, celle de productions semblables dans les eaux de pluie, des mares, des ruisseaux, etc., qui, dans les anciens temps, ont fait croire à la présence réelle du sang dans tous ces cas. On y voyait, avec terreur, l’effet de coupables maléfices, ou bien des prodiges d’un sinistre présage.
Plus d’une fois des malheureux furent victimes de ces funestes erreurs.
On sait aujourd hui que ces colorations rouges sont produites par le développement de corps organisés appartenant soit aux végétaux, soit aux animaux, parmi lesquels on compte, jusqu à présent, cinq ou six espèces de monadiens.
Les procédés de la propagation chez la plupart des monadiens sont tout à fait inconnus. On ne leur voit aucun organe qui puisse faire croire à une génération sexuelle. Chez un certain nombre de ces animalcules, mais encore assez rarement, on observe une reproduction par scission longitudinale ou transversale. Une espèce, au dire d’Ehrenberg, est vivipare.
Dans les infusions faites en vue de leur étude, on voit ces petits etres apparaître avec une rapidité et une constance telles
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que la croyance en leur génération spontanée a été universelle jusqu’à nos jours. Mais les expériences des physiologistes modernes prouvent que les monadiens proviennent de germes existant soit dans l’eau, soit dans l’air. Si quelques savants défendent encore la doctrine de l’hétérogénie, c’est dans la production d’êtres vivants plus infimes encore que les monadiens, c’est dans les derniers vibrioniens qu’ils vont chercher aujourd’hui leurs arguments.
Pour ma part, je n’ai jamais observé ces infusoires dans du sang conservé sans mélange d’eau ou dans des infusions diverses, lorsque ce dernier liquide avait été préalablement porté à l’ébullition ; ce qui prouve que les germes des monades sont apportés dans les milieux où ils se développent.
Les monadiens ne nous représentent point, sans doute, des espèces réduites aune seule phase de développement; il est probable qu’ils constituent quelqu’une des phases du développement d’espèces plus élevées en organisation. Les transformations observées chez les acinètes, les kolpodes, les vorticelles, etc., celle du vorticella microstoma qui, d’après Stein, reproduirait des animalcules semblables au monas kolpoda et au monas scintillons, autorisent cette manière de voir. Ehrenberg, dès 1834, avait exprimé l’opinion que les monadiens ne constituent pas un genre distinct, mais qu’ils sont de jeunes kolpodes, des paramécies, etc., etc.1.
Dujardin, en 1841, disait : « Je ne crois pas impossible que ces petits germes parcourent une série de développements plus ou moins variés avant d’arriver au degré le plus élevé, et qu’ils ne puissent aussi, suivant l’état de l’infusion, rester stationnaires dans un degré inférieur 2.»
On peut voir et étudier le développement des monadiens dans la pellicule qui recouvre les infusions artificielles. Celle qui m’a paru le plus favorable pour cette recherche se pro duit sur de l’eau ordinaire contenant une petite quantité de
1 C.-J. Ehrenberg, Recherches sur les infusoires. (Ann. sc. nat., 2* série, t. I, p. 135. Paris, 1834).
2 Infusoires , p. i 02.