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Parasites végétaux

I. — Parasites vrais et faux, ce qu'on doit entendre par parasites .

Définition. — On désigne vulgairement sous le nom de parasites (Trapâc-.Toç, celui qui mange à côté d’un autre, de Ttapà, à côté, et de <utoç, grain, aliment), les animaux et les plantes que l'on voit sur d’autres animaux ou sur d’autres plantes. Or, parmi les êtres qui vivent dans ces conditions, l’examen le plus superficiel fait reconnaître qu’il existe des différences profondes : les uns n ont avec leur porteur ou leur support aucune relation physiologique, tandis que les autres lui sont complètement subordonnés. De telles différences sont assez importantes pour que, dans une classification méthodique, on ne puisse rapprocher ou réunir en une même catégoiie tous les individus qui ont été regardés vulgairement comme des parasites.

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Si le séjour ne suffît pas pour désigner les parasites, il est nécessaire, ayant de procéder h l'étude particulière de ces êtres, de déterminer ce qu’est le parasitisme. Cette question, d’ailleurs, n’a point été posée ou résolue d’une manière caté gorique.

L’examen d’un certain nombre d’êtres incontestablement parasites, la détermination de leurs attributs spéciaux, peuvent en donner la solution; il me suffira pour cela d’en rapporter quelques exemples :

Chez les vers cestoïdes, si nombreux en espèces, la condition organique la plus apparente est une dégradation remarquable. Ces parasites sont privés, en effet, des organes les plus nécessaires à la vie des animaux en général, de sorte qu’ils ne pourraient exister s’il ne trouvaient dans les fonctions mêmes de leur hôte le complément de celles qu’ils sont impuissants à accomplir. Les autres parasites internes sont aussi plus ou moins imparfaits dans leur organisation. Les parasites externes, mieux doués, sont cependant inaptes à chercher au dehors de l’animal qui les porte les conditions indispensables à l’entretien de leur vie.

Parmi les végétaux dont le parasitisme n’est pas douteux, l’absence des organes les plus nécessaires n’est pas moins évidente et leurs relations 'avec leur porteur ne sont pas moins intimes : des {liantes phanérogames, privées de feuilles, de stomates, de trachées, de racines puisent chez leur hôte les sucs alimentaires qu’elles ne peuvent élaborer ellesmêmes.

Et, d’un autre côté, les hôtes de ces parasites répondent parfois aux exigences de leur envahisseur en subissant dans leurs organes des modifications diverses. C’est ainsi que souvent les larves des entozoaires sont logées dans des kystes formés aux dépens des tissus de ces organes,et que des plantes cryptogares envahissant d’autres plantes font subira cellesci des déviations organiques au moyen desquelles la vie du parasite devient commune avec celle de l’hôte.

On constate, enfin, que l’existence des parasites animaux

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ou végétaux est ordinairement étroitement liée à celle d’un hôte déterminé.

Ces faits suffisent pour mettre en lumière les conditions spéciales de la vie d'un certain nombre d’êtres dont l’existence est subordonnée à celle des autres et que nous devons considérer comme de vrais parasites. Incapables, par l’absence ou l’imperfection de leurs organes, d’accomplir toutes leurs fonctions vitales, ils trouvent dans l’organisme de leur porteur un complément indispensable, d’où la nécessité entre l’un et l’autre d’une adaptation spéciale, adaptation qui ne peut s’accomplir qu’entre des espèces déterminées. Ce genre de vie peut être défini : Une association entre deux individus d'espèce différente, association telle que l'un des deux ne peut vivre qu'avec le secours de l'autre.

Cette définition sera celle que je donnerai du parasitisme.

2. Caractères principaux des parasites. — Je puis affirmer que ce qui caractérise le parasitisme, ce n’est point une organisation particulière, car dans une même famille, dans un même genre, on observe parfois des espèces qui vivent indépendantes, et d’autres espèces qui vivent en parasites. D’autre part, ce n’est point l’habitat, car pour beaucoup d’espèces qui vivent sur d’autres, le séjour peut varier sans apporter aucun trouble dans l’existence des individus ; c’est par cette raison que les botanistes ont généralement désigné parle nom de faux parasites, les végétaux qui ne demandent aux autres qu’un support, et que parmi les animaux, van Beneden a proposé le groupe des commensaux. Le parasi tisme n’est point non plus une condition d’alimentation spé ciale, car pour certains animaux ou végétaux que l'on voit vivre parfois sur les autres, la substance alimentaire peut provenir soit d’un individu bien vivant, soit d’une matière presque inerte.

Il y a dans le parasitisme une condition dominante, c’est la

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subordination de 1 individu à un autre individu qui n’est point de sa famille. L’expression de parasitisme et de parasites ne désigne donc point une catégorie naturelleo u définie parmi les êtres organisés ; elle a la même valeur que plusieurs autres expressions admises autrefois dans la science et devenues vulgaires aujourd’hui. Ainsi les mots amphibies, cryptogames, phanérogames, carnivores, herbivores, etc., s’appliquent à des animaux ou bien à des végétaux qui ont entre eux certains rapports et qu’il est parfois commode de réunir sous une appellation commune, mais qui ne constituent point des catégories naturelles.

Mais les animaux et les plantes qui vivent sur des animaux ainsi que les végétaux qui vivent sur d’autres végétaux, ne sont point les seuls êtres qui aient une existence parasitaire, car les animaux infimes ou dégradés dont la vie est associée à celle de certaines plantes, animaux qui naissent et meurent sur elles ou avec elles, sont aussi des parasites.

En effet, les conditions de la vie parasitaire sont si apparentes chez un un grand nombre de leurs espèces, que les auteurs qui en ont parlé à divers points de vue leur ont souvent donné la qualification de parasites. Cependant ces petits animaux, dont la vie est subordonnée à celle des plantes, n’ont point été admis au nombre des parasites, dans les ouvrages consacrés à l’étude de cette catégorie des êtres vivants.

Pour affirmer leur parasitisme, il suffit de mettre en regard les conditions de la vie de quelques-uns d’entre eux, avec celles de la vie de certains animaux incontestablement parasites :

L’œuf des Insectes gallicoles, introduit sous l’épiderme d’une plante, y produit une tumeur ou galle, logeant une larve qui s’y développe et qui ne quitte ce séjour qu’à l’époque où elle se transforme en un insecte parfait et indépendant. De même, l’œuf de certains insectes diptères, introduit sous la peau des bœufs, des chevaux, de l’homme même, donne naissance à une larve qui n’abandonne son séjour que pour subir sa dernière transformation et vivre libre. La vie

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parasitaire n’est-elle pas aussi évidente dans le premier que dans le second de ces cas ?

L’anguillule de la nielle, revivifiée dans la terre en même temps que le grain de blé avec lequel elle est semée, s’introduit dans les plantes nouvelles; parvenue dans l’épi qui se forme, elle se développe conjointement avec cet épi et, renfermée dans les tissus de cet épi, elle devient adulte, pond puis périt à l’époque où la plante nourrice produit sa semence et se dessèche. L’existence de l’une et de l’autre a la même durée et subit les mêmes propriétés, les mêmes influences. Voilà donc une association pour l’existence aussi parfaite que celle d’aucun vrai parasite végétal ou animal avec son hôte.

Les pucerons, les phylloxéra, les cochenilles, nous offrent des exemples non moins certains d’un genre de vie dont les conditions sont semblables à celles que nous avons signalées chez les animaux parasites des animaux et chez les plantes parasites.

Un autre caractère rattache encore aux parasites ces animaux infimes qui vivent sur les végétaux : c’est une subordination complète b la plante hospitalière qui est presque toujours pour chacun d’eux d’une espèce déterminée.

La seule raison qu’on pourrait invoquer contre cette sorte de parasitisme, c’est que, la plante hospitalière appartenant à un règne inférieur à celui de son envahisseur, ce dernier ne peut être considéré comme le parasite de la plante qui le porte. Or, les deux grandes divisions, ou règnes, dans lesquels ont été classés autrefois les êtres organisés, ne sont point essentiellement différentes. On sait aujourd’hui que cette distinction n’est point absolue, et qu’il existe en réalité dans la nature non trois règnes; mais deux : l’un organique, l’autre minéral.

Il serait superflu d’insister sur les raisons de cette manière de voir. Les conditions anatomiques et physiologiques qui appartiennent au règne animal appartiennent de même au règne végétal. Les procédés de la reproduction, le développement primordial, les fonctions nutritives et des relations avec le monde extérieur, ne fournissent aucun caractère qui soit

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propre à l’un des deux règnes, et dans les grands groupes qui les composent on observe aussi bien dans l’un que dans l’autre des conditions organiques très simples ou très complexes qui ne permettent point de donner la prééminence aux uns sur les autres.

Les animaux associés h certaines plantes qui se nourrissent a leurs dépens et qui le plus souvent vivent et meurent avec elles, sont donc en réalité des parasites.

3. Limites du parasitisme, microbie, microbisme. 11 n’est pas facile de dire où commence et où finit la condition parasitaire. Si l’on consulte sur ce sujet les écrits des naturalistes et des médecins, on trouve que les uns admettent dans la catégorie des parasites des êtres que les autres en écartent absolument.

A mon avis, je ne considère point comme appartenant aux parasites les espèces qui attaquent les animaux pour se repaître et qui les fuient aussitôt après, comme les moustiques, les punaises, les sangsues, etc. Ce sont de véritables animaux de proie, qui jouent jusqu’à un certain point le rôle du parasite lorsqu’ils s’attaquent à des mammifères beaucoup plus volumineux qu’eux-mêmes, mais qui tuent et dévorent les trop faibles ou trop petits pour se défendre. Je n’admets pas non plus au nombre des parasites tous ces individus, végétaux ou animaux, qui ne demandent aux autres qu’un support, un abri, un moyen de locomotion, etc. (faux -parasites, commensaux, mutualistes), et non plus tous ceux qui se nourrissent de produits excrétés par l’organisme, ou de certains produits morbides, que ces produits aient été évacués ou non. Tels sont, par exemple, les larves de muscides qui se développent sur les plaies suppurantes, dans des trajets fistuleux, dans le conduit auditif malpropre, etc. : tels sont les champignons qui envahissent les parties gangrenées, ainsi que les masses tuberculeuses encore contenues dans les voies respiratoires, etc. L’existence de tous ces êtres n’est nullement liée à celle de l’individu qui les porte actuellement.

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J’en écarte également ceux qui ne se développent sur des organismes vivants qu’en les détruisant : tels sont les champignons que les botanistes ont appelés nécrogènes ou saprogènes (aaTrpoç, pourri), qui déterminent la pourriture dans les végétaux herbacés et les fruits, les vibrioniens delà putréfaction et ceux qui constituent des virus lorsqu’ils sont introduits dans l’économie animale. Bien que les maladies que ces derniers occasionnent soient généralement nommées aujourd’hui maladies parasitaires, je ne puis accepter cette dénomination, car aucun de ces petits êtres ne doit être placé dans la même categorie que les individus qui trouvent dans un animal ou dans un végétal d’une autre espèce que la leur un secours qui n est point sans quelque analogie avec celui que l’embryon, le foetus, l’enfant, demande à sa mère ou à sa nourrice. Or, nous avons vu que cette condition spéciale constitue véritablement le parasitisme.

Pour mieux me faire comprendre, comparons un champignon essentiellement parasite avec un champignon saprophyte' le cystopus candidus, par exemple, avec Yoidiun fructige num, ou tel autre qui détermine la pourriture. Le premier" envahit la plante vivante, exclusivement par les racines ou les cotylédons; il se propage de là dans tous les organes à mesure que ceux-ci se développent. Si la mort de la plante qui le nourrit survient par son fait, elle arrive à l’époque où lui-même a parcouru toutes les phases de son développement et si, par accident, la nourrice meurt avant cette époque, le cystopus périt de même, prématurément.

L 'Oïdium fructigenum introduit expérimentalement ou naturellement dans un fruit en détermine immédiatement la destruction, c’est-à-dire la pourriture, qui progresse avec envahissement du mycélium. Si préalablement on réduit ce fruit en pulpe par trituration, Y oïdium se propage dans cette pulpe sans vie et la réduit en pourriture tout aussi bien eh d autant plus promptement que le mycélium trouve dans le parenchyme sans cohésion un plus- facile accès. Un autre

Davaine. L'Œuvre.

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exemple est fourni par le peronospora que la pourriture détruit.

Les vibrioniens, les bactéries qui, envahissant l’économie animale, constituent des virus, se propagent aussi dans des milieux inertes. La bactéridie charbonneuse se développe dans divers liquides et dans la terre végétale; la bactérie du choléra de la volaille vit dans le bouillon de poule, etc.

Tous ces êtres infiniment petits, ces microbes, suivant l’expression de Sédillot, n’ont donc pas besoin pour vivre du secours d’un individu vivant ; ils le détruisent en l’envahissant. Ce ne sont point de véritables parasites ; ceux-ci vivent d’un organisme vivant, ceux-là d’une matière organique.

Le genre de vie spécial des microbes n’a point encore reçu de dénomination particulière. Bien que par plus d’un point ils se rapprochent du parasitisme, ils s’en éloignent beaucoup par d’autres. La physiologie même des microbes a quelque chose de spécial, et la faculté qu’ont certains d’entre eux de vivre sans oxygène libre, les modifications organiques que d’aulres subissent au contact de ce gaz, modificalions avec lesquelles ils se perpétuent comme s’ils formaient des espèces distinctes, les séparent tout autant des vrais parasites que des animaux ou des végétaux indépendants.

Si le nom de microbe a paru le mieux approprié à la désignation des êtres infiniment petits qui constituent les ferments et les virus, l’expression de microbisme , microbie (de «•ixpôç, et êiW'.î, SiWewç, vie, état de vie, action de vivre, manière dont on a vécu), pourrait sans doute, avec le même avantage, désigner leur genre de vie et leurs fonctions dans la nature.

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