III. — Évolution des œufs. — Propagation des huîtres
g I. — Incubation.
Lorsque l’huître effectue sa ponte, elle n’abandonne point ses œufs comme le font un grand nombre d’animaux marins ; elle les retient, au contraire, et les garde en incubation jusqu’à ce qu ils aient acquis un certain degré d’organisation. Ce n’est point comme chez les moules, les anondontes, etc., dans des poches particulières, véritables matrices, que les ovules séjournent et se développent à l’insu de l’animal qui les porte, 1 huître conserve instinctivement ses œufs entre les lobes de son manteau (pl. I, fig. 1 et 2, b' b") que l’on trouve ordinairement étroitement appliqués sur leur masse. Maintenus par ces lobes, répandus entre les lames branchiales, dans leur région antérieure et supérieure (fig. 2, g g), les ovules y sont plongés dans une substance muqueuse, sécrétée par ces organes et qui est nécessaire à leur évolution et à leur accroissement. Après une incubation suffisante, l'huître mère les rejette transformés en embryons déjà pourvus de leur coquille et munis d un appareil de natation qui leur permettra de s’éloigner et de se répandre sur les rochers voisins.
§ — Le frai; son époque.
Les ovules ou les embryons agglomérés dans le manteau de 1 huître forment une sorte de bouillie blanchâtre, à laquelle on adonné le nom de lait ou de frai. Les huîtres en mer frayent depuis le commencement du mois de juin jusqu’à la fin de septembre. Au mois de juillet, j’ai trouvé le nombre d’huîtres laiteuses proportionnellement plus considérable. Dans les parcs, quelques-uns de ces mollusques frayent dès le commencement de mai, ce qui m’a paru dépendre de la tempéra ture plus élevée qu’acquiert l’eau conservée dans des bassins Davaine. L'Œuvre.
ANATOMIE, PHYSIOLOGIE
peu profonds. Le frai est assez variable pour la quantité dans des huîtres de même grandeur ; d’un blanc de lait pendant un certain temps, il prend une teinte légèrement violacée et même brunâtre, lorsque les ovules, dont il est presque entièrement composé, sont transformés en embryons pourvus d’uiîe coquille plus ou moins colorée.
§ III. — Évolution de l’œuf.
Pour l’œuf de l’huître, le travail embryogénique commence lorsqu’il est encore renfermé dans la capsule qui l’a produit; aussi l’instant du départ de ce travail ne peut-il être précisé. La succession des phénomènes du développement ne peut être non plus observée régulièrement comme pour les ovules d’autres animaux qui ne se fécondent point eux-mêmes, ou qui abandonnent leurs œufs sur les pierres ou sur les plantes submergées. Ces œufs, fécondés artificiellement par l’observateur ou surpris au moment de la ponte, peuvent être suivis d’instant en instant dans leur évolution dont il est possible d’apprécier alors le départ et les phases successives. Chez l’huître, à la difficulté de l'étude des premiers phénomènes de l’évolution s’ajoute encore celle qui résulte, après la ponte, du séjour nécessaire des ovules dans la cavité incubatrice ; car, si on les en retire, leur développement cesse et ils périssent; si on les y laisse, il faut, pour les mettre en évidence, pratiquer la section du muscle adducteur des valves de l’animal qui les renferme, ce qui le fait périr en quelques heures, et par suite ces ovules eux-mêmes.
Dans l’exposition des phénomènes embrjmgéniques chez l’huître, je ne chercherai donc point à préciser la transition et la durée des phases successives du développement; j’indiquerai seulement les états divers que m’ont offerts les ovules ou les larves qui leur succèdent.