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.1 L ^].t Charmois, petite nièce de CliuI
(vers 1840).
porte Albano, Frascati, Grotta Ferrata, Marino et Nemi. A Marino, demandez la Sorra Marta, qui tient une auberge, et dites lui bien des choses de la part d'un Français qui logea chez elle en 1827 et qui s'était trouvé l'année d'auparavant avec deux peintres, dont un boiteux. Je vous ai donné les noms de Bodinier et de Buttura, pensionnaires de l'Académie. Les avezvous vus ? Faites-moi le plaisir de leur dire bien des choses ainsi qu'à un jeune homme nommé Jardin (?) dont vous aurez l'adresse au café Greco, via de'condotti et qui a eu la gentillesse de m'écrire une lettre à laquelle je compte sous peu répondre. Amusez-vous bien... »
M. Robert avait profité de ces bons conseils. Il revenait plein d'enthousiasme, et le rêve trop tôt fini le hantait. Il fit appel aux pinceaux du peintre pour le prolonger. Corot s'y employa avec zèle, évoquant tour à tour Rome (i), Venise (2), puis Naples (3), à l'aide des anciennes études qui prolongeaient sur les murs de l'atelier les chers souvenirs d'antan. Le voyageur put évoquer du coin de son feu la vision éphémère du ciel bleu d'outre-monts. Ce ne fut pas tout. Le hasard conduisit Corot à Mantes au moment où M. Robert aménageait dans sa demeure une salle de bains. Avisant le peintre qui s'apprêtait à badigeonner : « Halte-là, dit-il, je m'empare de ces murs-là. A nous l'Italie ! » Ce fut l'affaire de huit jours. Avec des outils de rencontre et sur une paroi grossièrement préparée, il improvisa une magique apparition du pays doux à son cœur. Ici, le lac Nemi et les montagnes qui le dominent, aperçus à travers le caprice enchevêtré des arbres et des rochers. Ailleurs, une villa génoise, lointaine inspiration d'un dessinateur arrêté sur le
(i)7V" op.
bord d'une futaie méditerranéenne et, comme pendant, le dévalement boisé d'un torrent tyrolien. Enfin, couronnant la fenêtre, Venise, ses campaniles, ses gondoles et, pour l'accompagner de part et d'autre, un furtif aperçu du Tibre, de St-Pierre et du château St- Ange d'un côté : de l'autre, un abrégé synthétique de la campagne napolitaine. La mémoire et l'imagination de Corot se sont donné carrière dans cette petite pièce, dont elles ont fait un rare j oyau ( I ) .
Parallèlement, il s'amusait à peindre pour son ami le portrait des êtres qui lui étaient chers (2), comme il avait fait naguère pour sa sœur, Mme Sennegon, celui de tous ses neveux et nièces. Qu'on s'en souvienne : l'invention de Daguerre était encore une primeur. Le photographe n'avait pas encore introduit la rivalité de son objectif dans le domaine réservé des peintres ; seul détenteur du pouvoir de conférer l'immortalité aux traits d'une physionomie, l'artiste se devait à ses proches. Corot s'est gardé de l'oublier. Après son beau-frère Sennegon, peint en 1841 (3), et sa sœur en 1842 (4), c'est, un peu plus tard, sa chère maman (5) qui pose devant lui . Puis, tour à tour, tous les membres de la famille de son ancien patron M. Delalain (6), l'enfant d'un camarade (7), la sœur d'un autre (8), voire de braves serviteurs comme le jardinier de Ville-d'Avray et sa femme (9).
Un jardinier (vers 1840).
(2) N°' ^Spet^po.
(4) TV- 5*5
(9) .V" ^92 et 5PJ.
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Fribourg (1842).
Une route près du lac de Genève (:84=).
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Autant dépenser son talent dans l'intimité, puisque ailleurs on s'obstine à lui faire grise mine.
L'année 1843 apporte avec elle une suprême épreuve. Corot qui, en dépit des affronts des uns et de l'indifférence des autres, poursuit hardiment son chemin, dont le mérite s'affirme de jour en jour et en qui la jeunesse salue déjà un maître, Corot est encore une fois refusé par le jury. On jette à la porte du Salon V Incendie de Sodome (i), vaste toile sur laquelle s'est concentré son laborieux effort. Ostracisme qui, si l'on en croit la presse du temps, parvient à émouvoir le roi lui-même et soulève de toutes parts des protestations indignées. Il faut citer, pour sa noble éloquence, celle d'Eugène Pelletan dans la Sylphide : « Savez-vous qui ces hommes-là ont repoussé ? Corot, notre plus grand paysagiste, le meilleur, le plus inoffensif des artistes, admirable talent qui, pendant vingt ans, a lutté, souffert ; un talent classique, nourri des maîtres, depuis le Titien jusqu'au Poussin.... Que voulez-vous dire à des gens qui mettent des lunettes, qui vont regarder la touche du pinceau et disent ensuite en secouant la tête : Cet homme-là n'est pas peintre. Mais regardez donc, malheureux, ces ciels baignés de lumière, ces terrains couverts de rosée. Mais, ne sentez-vous pas la fraîcheur de l'atmosphère ? C'est mieux que la touche, c'est la vie, c'est [l'impression du paysage qui est là-dedans.... » Deux petits tableautins avaient, malgré tout, trouvé grâce devant l'impitoyable tribunal : des Jeunes filles au hain (2) et un Ejfet du soir avec des bergers antiques se disputant le prix de la course (3). Ces toiles justifiaient certes la chaleur de cette apologie. Et l'on regrettait Sodome.
Comment s'expliquer cette inexplicable proscription ? QjLie dire de cette persistante défaveur acharnée contre Corot ? Le fin mot de l'affaire a été dit par un de ses amis, délicat appréciateur de son talent et pénétrant analyste de son caractère, Desbarolles, peintre lui-même avant de s'adonner à la chiromancie, qui traça, vers ce temps-là, en termes humoristiques et affectueusement enthousiastes, un charmant portrait de son bien-aimé
(3) Voir N" djj.
camarade (i). « Corot, écrivait-il, n'aime pas la toilette et sa cravate est très mal mise ; il se rase toujours sans se regarder, ce qui fait qu'il est toujours mal rasé ; son col de chemise du côté droit est toujours en désaccord avec celui du côté gauche... Eh bien, on lui reproche d'en agir avec la
Étude pour l'incendie de Sodôme (vers 1843).
nature comme avec ses habits ; on le trouve négligé, maladroit. Et l'aspect de ses tableaux effarouche l'amateur, qui ne recherche que l'adresse. Il n'attire que les artistes, seuls capables, à travers cette négligence de touche, de distinguer le génie et le talent. »
(i) Noies sur la vie d'artiste. {L'Ami des Arts, 1843, p. 202 et suiv.)
Étude pour ua tableau (vers 1840-45).
Il faut l'Italie pour consoler Corot de ses déboires. Rome, depuis quinze ans, occupe toujours sa pensée. Une occasion se présentant, il part avec son confrère Brizard. Après un court arrêt à Marseille (i), les voyageurs vont droit au but (2). Rome et ses environs les accaparent pendant tout leur séjour au delà des monts. Ce séjour occupe les mois de mai, de juin, de juillet et d'août de l'année 1843 et se termine en septembre ou octobre. Nous n'avons pas, pour nous en faire connaître les étapes et les impressions, un paquet de lettres, comme pour le premier voyage, ou un petit calepin comme celui de 1834. Les œuvres sont les seuls témoins à interroger. Elles nous conduisent à^Tivoli (3), à Genzano (4), à Ariccia (5) et à Rome même (61. Peu nombreuses, elles sont châtiées et topiques, partant
(2) Quelques croquis ont été faits par Corot sur la Corniche, pendant les relais. L'un est daté de Pont du Var i" mai 1843.
(3) Dessins datés juin 1843.
(4) Dessins datés juillet 1843. ' (,5) Dessin daté juillet 1843.
(6) Dessin daté villa Albani 7 août 1843.
éloquentes (i). A Rome, Corot est accueilli à bras ouverts par son confrère Benouville. Veut-il étudier une figure à l'atelier, celui de ce camarade est à sa disposition. Ilenprofite pour étendre sur un linge blanc la nudité d'une jeune transtévérine et peindre, à son tour, une odalisque en ces lieux où plane le souvenir vivant d'Ingres (2).
Pensa-t-il ce jour-là à son illustre devancier ? Le déclarer serait téméraire. La nature absorbe sa pensée. Il n'a d'yeux que pour elle. Il a passé deux ans jadis à Rome sans mettre les pieds à la Chapelle Sixtine. On le lui a tantreproché que Michel-Ange reçoit, cette fois-ci, une visite de politesse (3). Les Sibylles et les Prophèteslui arrachent un cri d'admiration émue. Mais il les quitte sans regret, pour regarder en face le soleil du bon Dieu,
La lumière, la lumière bénie : c'est pour elle seule que Corot respire. C'est pour traduire sa magie divine que son pinceau court sur la toile. « La nature est une éternelle beauté (4) ! » Voilà sa profession de foi. Humble ouvrière au service de cette beauté, sa main peine et s'acharne dans un amoureux labeur. Tant pis si l'ignorance du public prend pour de la maladresse la candeur de sa touche naïve. Le doux entêté tient tête à l'Institut et lui impose, l'année suivante, le tableau qu'il a rejeté au dernier Salon. L'Jncendie de Sodome, refusé en 1843, est reçu en 1844, sans que le peintre ait modifié son oeuvre. On évince encore un de ses tableaux; mais on en place un autre dans le salon carré : certain Concert idyllique (5)
Une paysanne de Tivoli (1843).
(i) Voir surtout les .V" 4^/ et 4jj bis.
(3) Raconté par Corot chez Mme Desavary, à .\rras. le 5 juillet 1S74.
(4) Carnet 65.
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Nemi (1843).
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Tivoli (1843).
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qui suggère aux littérateurs de complaisants rapprochements avec Virgile et Théocrite (i) et qui, charmant les artistes, déroute, bien entendu, la foule par l'ingénuité d'une technique sans artifices.
Cette composition idéale est née d'un croquis pris dans le parc d'un ami, sur les confins de la Suisse. Une compagnie à l'ombre dans un frais bocage, quelques voix sans doute fredonnant sous la feuillée : c'est assez pour donner carrière à l'imagination du poète. Il invite galamment dame nature à le suivre à Paris et la folie commence. L'atelier est un bosquet où chantent les oiseaux, où les feuilles frissonnent sous la caresse du zéphyr ; un ruisseau y passe, reflétant la course capricieuse des nuages. Le soleil s'y lève et s'y couche. Quelle est cette campagne idéale où Homère s'assied avec sa lyre, où Daphnis et Chloé, tendrement enlacés, s'arrêtent au bord d'un clair filet d'eau ? Ce n'est ni l'Italie, ni l'Auvergne, ni non plus Fontainebleau. Cette terre innommée que visitent les héros d'une humanité légendaire et fabuleuse, c'est la création du magicien qui, à travers les spirales bleutées échappées de sa pipette, aperçoit tour à tour la masse trapue d'un chêne du Bas-Bréau ou l'élancement svelte d'un peuplier lombard. Et cependant, ces contrées idéales ne sont point de banales fictions. Arbres, rivières, rochers ont leurs sosies quelque part dans une de ces innombrables contrées que la fantaisie vagabonde de l'artiste a visitées. Volterra a inspiré le lugubre décor de V Incendie de Sodome ; le paysage de V Homère est emprunté, dans ses grandes lignes, à un dessin fait à Royat en 1839.
Ce dernier tableau parut au Salon de 1845 avec Daphnis et Chloé et un autre paysage. On lisait au livret : « Homère et les Bergers (André Chénier, l'Aveugle) ». Chénier collaborateur de Corot : l'union est assortie. Mais comment Corot, dont la bibliothèque était mal garnie et dont les rares bouquins sommeillaient sur les rayons poudreux, a-t-il trouvé Chénier sur son chemin ? Un petit billet intime éclaire ce mystère. C'est son neveu, écolier de 17 ans, qui a, par hasard, laissé traîner un Chénier à Ville-d'Avray. L'oncle, qui y a trouvé son bien, lui réclame le petit livre.
(i) Th. Gautier, la Presse, 30 mars 1844. — Thoré, Salon de 1844, p. 30. — etc.
Étude d'atelier (vers 1840-45).
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VENTE ' Homère (vers 1845).
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Un breton (vers 1845).
L'épître est empreinte de la douce gaîté qui lui est coutumière (i).
Ville-d'Avray, ce i()juin 1845.
Mon cher ami,
J'ai fait hier un oubli ; j'avais l'intention de te demander ton petit volume d'André Chénier. Tu serais bien aimable, à ta première sortie, de le donner à ta maman ; je le prendrais chez elle. Seras-tu de notre partie dimanche prochain ? Il paraît que le mât de cocagne est resté inattaqué, c'est une joie économisée pour le second jour de la fête ; nous pourrons aussi nous régaler de quelques jolies promenades dans les bois que nous aimons tant.
Si tu sortais dimanche, tu pourrais m'apporter le Chénier. Je t'embrasse comme un oncle qui t'aime. Tout à toi.