‹ L'œuvre de Corot (volume 2)Chapitre 24 sur 50 · C. Corot · texte numérisé non relu

C. Corot

Le 25 janvier, les fameux « sournois >/ ont enfin été révélés au public et il en parle avec une certaine satisfaction : « Les deux tableaux que j'ai découverts dernièrement sont approuvés des visiteurs. Espérons que ce sera bon. Vous les verrez à l'Exposition. » L'Exposition ouvre le 15 mai. Corot y est représenté par six tableaux, six variations nouvelles sur l'éternel poème de la lumière et des heures : matins brillants de rosée, clairs après-midi ou dorures vespérales. La chaste nudité des nymphes peuple ces rives enchantées ; les amours s'ébattent dans ces idéales prairies. Ici, Diane et ses compagnes apparaissent au bord d'une anse mystérieuse, à l'abri des hautes ramures forestières (2). Là, une ronde enfantine foule le gazon fleuri ; et la mutinerie gracieuse de ces fils du satyre assiège les

(i) Décret du 34 décembre 1853.

Combat d'amours (Le Soir).

Croquis d'après le tableau exposé en 1855.

Croquis pour la Compagnie de Diane (Le Matin) exposée en 1835.

Croquis (vers 1855).

bouquets d'arbres qui ombragent leur retraite (i). Ailleurs, Vénus, nonchalamment étendue près d'un lac qu'empourpre le crépuscule, assiste, dans le calme de la solitude, à la lutte acharnée de deux cupidons ailés (2). Au livret, ces tableaux s'appellent tout bonnement Le Soir, Le Matin et Le Printemps. Une autre toile, resplendissante de lumière estivale, a pour sujet une campagne blonde sous un ciel bleu, avec un chemin creux où

(2) N° lo-jo.

disparaît un chariot ; elle est dénommée Souvenir de Marcoussis, près Montlhéry (i).

Ce dernier paysage n'eut point une fortune banale. Il arrêta les regards de Napoléon III, qui s'en rendit acquéreur. Le goût personnel de l'Empereur avait seul dicté son choix, qui n'était pas pour plaire au Surintendant des Beaux-Arts. M. de Nieuwerkerke n'entendait rien à l'art de Corot. Il répétait volontiers sur son compte les critiques à la mode, accusant sa couleur d'être <•' boueuse >/ et sa facture '< cotonneuse. >/ Il accueillit avec un sourire dédaigneux la décision du souverain, qu'enregistra par contre avec une satisfaction marquée son subordonné, le marquis de Chennevières, Ce dernier, auquel incombait la lourde tâche de placer les tableaux des expositions, ne craignait pas de tenir tête à son chef hiérarchique en faveur des artistes dont le talent lui plaisait. Il appréciait celui de Corot et ne s'en cachait pas. Quand le maître eut dicté sa volonté pour le Souvenir de Marcoussis^ il paraît que Nieuwerkerke, se tournant vers Chennevières, lui cria : « Eh bien, vous êtes content ? » (2).

Le jury des récompenses, composé de quatorze membres nommés par l'Empereur, accorda à Corot une médaille de première classe. Toutefois, nous savons par une confidence d'Eugène Delacroix, qui faisait partie de ce jury, que la chose n'alla pas toute seule. Voici le passage de son journal qui a trait à cet objet ;

« ...Se rappelerla grande chaleur de Français qui, ayant voté pour lui, tout le temps, pour la première médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot, quand il ne se trouvait plus de place pour lui. Dauzats et moi avions, par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls (3) ».

En dépit des mesquineries et des marchandages d'un jury où l'on ne trouve pas sans étonnement Français parmi les juges de son maître, le succès est manifeste. Corot n'est que trop modeste quand il annonce à Dutilleux (31 octobre 1855) : « On m'a paru assez content de mon expo-

(i) A^° iioi.

(2) Ph. de Chennevières. Souvenirs d'un directeur des Beaux-Arts, 2' partie, p. 4.

(3) Journal d'Eug. Delacroix, 7 novembre 1855. Tome III, page us.

sition. » La critique est unanime à rendre hommage à son mérite. La petite phalange des amateurs, auquel l'exemple vient d'être donné en haut lieu, grossit de jour en jour. 11 n'est pas jusqu'à l'Administration elle-même qui ne songe à réparer la longue indifférence dont a souffert l'oeuvre achetée par l'Etat en 1851. l.^ Danse des Nymphes QnixQ au Luxembourg !

L'oflrande à Pan.

(Croquis, vers 1855).

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