C. Corot
Cette visite à Beauvais n'a dû être qu'une simple apparition : juste assez pour prendre goût au pays et concevoir le désir d'y revenir. Car, le 30 juin, il date un croquis de Clermont (2) et, selon toute apparence, il est attendu dans le courant de juillet
(i) Publié par M. G. Varenne dans un article intitulé « Corot sur les bords du Thcrain », (La
Liberté^ 15 septembre 1903.) (2) Carnet 28.
Vénus désarmant l'amour ('857).
en Suisse. Le plan de campagne qui suit (i), bien que non daté, est certainement celui de cette année 1857 :
Domfront j
Saint-Lô [
> mai.
Brest 1
Mantes 1
Ville-d'Avray, juin.
Genève, juillet.
Auvergne, août.
Dunkerque, septembre.
Ville-d'Avray, Fleury, Dumax, octobre.
De Gallard, novembre.
Il paraît que Corot a exposé à Genève et que les Genevois ont dignement reconnu son mérite. Dans une lettre à Dutilleux (4 janvier 1858), il le remercie de ses « compliments pour sa récompense genevoise ». Mais c'est moins une satisfaction d'amour-propre que la joyeuse société des bons camarades que Corot aperçoit au bout de son voyage. Au château de Gruyères, la famille Bovy lui tend les bras. Antoine Bovy, le graveur en médailles, et son frère Daniel, le peintre, sont alliés par le mariage de leur sœur à Henry Baron, avec lequel Corot entretient à Paris de très amicales relations. Les Bovy, épris de fouriérisme, vivent en phalanstère et leur maison est la plus accueillante qu'on puisse imaginer. Daubigny, Français et Leleux s'y rencontrent comme à Dardagny et, dans cette colonie artistique comme dans l'autre, on se repose gaîment des laborieuses séances de peinture autour d'une table bien servie et dans un salon où pétille la bonne humeur. Ce salon tente la verve de Corot. Son pinceau se joue sur la boiserie et quatre paysages sortent de son imagination, poétiques médaillons dont le cadre ornemental, dû à la main de quelque décorateur de profession, est agrémenté, sur le panneau central, de deux objets symboliques : une pipe et un verre (2).
(i) Carnet 38.
(2) A"" io-j8 à 1081.
Marconssis (14 août 1857).
Corot a dû modifier l'itinéraire de son carnet et avancer sa visite à Dumax, projetée pour octobre; car un de ses dessins est daté de Marcoussis le 14 août 1857. Le 2 septembre, il est à Boulogne-sur-Mer et il écrit à Dutilleux :
Boulogne-sur-mer, 2 septembre 1857.
Mon cher ami,
Me voici depuis hier à Boulogne, où je reste jusqu'au 12, jour où je compte aller vous retrouver à Arras et vous embrasser tous. Colin ne doit-il pas être de notre course à Dunkerque ? Nous allons bien nous amuser à faire des chefs-d'œuvre, ce qui nous consolera de nos ennuis de l'exposition. Je n'ai pu trouver qu'un seul de vos tableaux ; les autres, à ce qu'il paraît, étaient mal placés; nous causerons de tout cela. J'ai expédié il y a quelque temps un petit tableau à M. Legentil. Il a eu la bonté de m'en accuser réception et me dit qu'il en est content. Il y aura, à ce qu'il paraît, une épaule à revoir ; nous verrons cela et nous nous conformerons aux avis de l'aréopage...
Tout à vous, je vous serre la main.