C. Corot
Embrassez vos dames.
Corot partagea les illusions
patriotiques des organisateurs de la
souscription pour '■'' la libération du
territoire >•/. Il envoya spontanément
dix billets de mille francs. Hélas,
le projet avorta ; mais il refusa de
reprendre l'argent qu'il avait versé,
et il dit : '< Ça sera pour les pauvres ».
Sur ces entrefaites, dans Paris encore
sous l'œil de l'étranger vainqueur, la
guerre civile éclatait. Malgré la tris- Doux pays. 1 /-~< ! •
Croquis (vers 1870-71). tesse de CQ spectaclc, Corot n était pas
disposé à le fuir. L'affectueuse sollicitude de M. Alfred Robaut, venu pour le voir le i8 mars, le décida à partir. Il se mit en route pour le Nord le I''' avril et y séjourna pendant toute la durée de la Commune: à Arras d'abord, dans la maison de son ami Dutilleux, occupée par sa veuve et son gendre Desavary, puis à Douai, chez M. et M""' Robaut. Les angoisses de son cœur, affecté par les douloureuses nouvelles qui arrivaient de Paris, n'arrêtèrent pas le travailleur. Il peignit notamment une Vue du beffroi de Douai {i)k laquelle il ne faisait que rendre justice quand il disait, sur le ton de la plaisanterie, dans une lettre à Desavary (8 mai 1871) : "Je mets la dernière main au Beffroi de Douai, œuvre splendide >/. C'est une merveille de consciencieuse application, sur laquelle il a passé une vingtaine de séances et qui témoigne de l'humble respect pour la vérité dont il fit preuve jusqu'au bout, quand la nature lui servait de modèle, en dépit de la facilité (i) A"" 2004.
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Corot à Planque, près Douai.
Dessin par M. Alfred Robaut (mai 1871).
créatrice que l'exercice avait développée en lui. Le soir, à la veillée, l'imagination se donnait carrière ; le lithographe qui l'hébergeait ayant mis entre ses doigts un crayon gras, il traça sur le papier autographique de charmantes compositions, que M. Robaut prit soin d'éditer (i^.
Cependant, dès que la lutte fratricide eut pris fin, il n'y tint plus. Il voulait revoir Paris, sa famille et son cher Ville-d'Avray, si éprouvé pendant ces jours de malheur. Ses hôtes l'accompagnèrent, puis le ramenèrent avec eux de nouveau. Ils avaient loué à son intention une maisonnette à Arleux-du-Nord, à proximité de sites qui lui plaisaient. Corot y demeura jusqu'à la fin de juillet. Il quitta alors ses amis pour aller embrasser sa soeur, retour de Marseille après dix mois d'absence. Le 28 juillet, il était
(i) Voir tome IV.
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Corot chez M. Alfred Robaut, à Douai.
Dessin par M. Alfred Robaut (s6 mai 1S71)
à Paris pour lui souhaiter sa fête, et il l'emmenait à Ville-d'Avray. C'est de là que, le 3 août, il donnait de ses nouvelles à M""" Dutilleux, avec une gaîté et un enjouement juvéniles.
Madame et amie,
Je sors mes lunettes avec rapidité pour vous écrire que nous sommes installés, ma sœur et moi. La maison est nettoyée et les traces prussiennes ont disparu. Ma sœur est en asez bonne santé. Elle m'a chargé de vous faire ses compliments ainsi qu'à toute la famille. J'ai commencé des études à Ville-d'Avray. J'ai retrouvé des études. Je n'ai plus ces jolis marais d'Arleux-Palluel. Je pense que vous passez de jolis moments dans ces jolis bateaux et jolis bois du pont de Palluel et les jolis bois d'Oisy. Je me suis bien amusé là-bas ; je pense que vous en faites tous autant, pour ne pas en perdre l'habitude, et que Madame Marie aura retrouvé du calme, du repos, et alors la santé. Je fais des prières pour que tout ça se réalise.
Péchez aussi de belles anguilles
sauce moutarde.
Et, au premier repas, je vous prie, buvez à la santé du pauvre petit nègre, votre nourrisson pendant la Commune.
J'ai l'air d'écrire en vers.
Embrassez bien pour moi M. et M"" Alfred, M"" Marie et Léontine. Mes amitiés à Charles et à M. et M"" Seiter, à Paul et à sa femme, et Monsieur Pocher quand vous les verrez.
Recevez, Madame et amie, l'assurance de mon amitié.