L.V COMTESSE
De tout !... des gens qui peuvent entrer ici... du jour qu'il fait encore...
MOXTADE
Il est vrai que nous sommes fort mal dans ce grand cabinet; mais c'est notre faute : pourquoi y sommesnous?... Ai-je l'air d'une visite?...
LA COMTESSE
Ilélas ! je n'y suis descendue que parce que je voulais vous voir entrer, et que, de mon boudoir, je ne le pouvais,
MONTADE
Monlons-v, à ce boudoir.
h\ COMTESSE
Je m'y suis tenue -presque tout le jour; mais à présent, il y fait obscur.
MONTADE
Eh Lien I tant mieux... ]\'y a-l-il pas une lampe de nuit?
LA COMTESSE
Mais... je crois bien que oui.
MONTADE
Allons, allons !
LA COMTESSE
Non... je n'ose pas monter là toute seule avec vous... Non, non... restons ici.
MONTADE
C'est ce petit escalier-là qui y mène ? Voyons !
LA COMTESSE
Vous voyez comme il est obscur... Eh bien ! eh bien !...
MOXTADE
Allons toujours à tâtons, s'il le faut... Petite comtesse... passe la première, je monterai derrière toi... Bon... tout doucement... Tiens-moi la main, de peur que je ne me perde.
LA COMTESSE
Quelle démarche!... quel sacrifice!... et peut-être quelle victime!... Que fais-je là, ÎMontade!... Que vais-je devenir? M'aimes-tu assez?... Est-ce de bon cœur que tu baises ma main ?
Oui, de tout mon cœur ! je baise tout ce que j'attrape !
LA COMTESSE
Que fais-tu?.., que fais-tu?...
MOXTADE
Je vais à tâtons, je n'y vois goutte.
224 l'œuvre de créuillon le fils
l v comtesse Ne badine donc point! finis donc !... lu me feras tomber... Nous y voilà; fcunie la porte.
5IONT \i)i:
Oui. oui... et même avec un doigt de verrou... Il faut fermer les fenêtres aussi ; ah ! ah ! et voilà cette lampe tout allumée !
]-A COMTESSE
Oui, je m'en suis servie pour cacheter une lettre. Eh bien ! Monlade, n'est-il pas joli, mou boudoir?
MONTADE
Il le sera bien davantage quand nous l'aurons appelé par son nom : foutoir.
LA COMTESSE
Polisson!... Dis-moi donc s'il est de ton goût?... Tu en as l'étiP' ne : il n'est ajusté que de ces jours-ci.
MONT VDE
Comment!... c'est une petite galerie.
LV COMTESSE
Oui, comme tu vois, de douze pieds de long sur six de large... ft ne trouves-tu pas... que j'ai eu raison de mettre un sopha de chaque côté de toute la longueur du mur? Il me semble que cela annonce et précède fort bien la niche du fond... Klle est belle, ma niche!...
M()>T.VDE
Belle sans doute, et très belle!... Quoi! toute garnie de glaces!... à l'impériale... sur les côtés, partout!... Comtesse... quand on est deux sur ce lit-là, ou ne s'y cache rien... Voyons l'effet que cela peut faire.
LA COMTESSE
Fi donc! fi donc! je ne veux pas. Est-ce que vous voulez me brusiiuer, me faire violence?
MONTAlJi:
En bonne foi, chère comtesse, sommes-nous tous deux ici, vis-à-vis l'un de l'autre, pour nous amuser de vos ameublements?
LA COMTESSE
Mais nous n'y sommes pas non plus pour nous assouvir comme des bètes... D'ailleurs, Montade, je vous l'avoue, j'ai tant de peine à croire que vous m'aimez assez... Tenez, mettez- vous à côté de moi sur ce soplia... J'aime les sophas, comme vous voyez, en reconnaissance de celui sur lequel un jour nous nous sommes tout dit... Parlez-moi, Montade, parlez-moi, aous ne faites que me tracasser... Parlez-moi, vous dis-je ! Ktes-vous à moi sans réserve?... Pourquoi vous mettez-vous à mes genoux? Me demandez-vous déjà pardon d'avance de quelques torts pour l'avenir?
MONTADE
Je n'en aurai jamais tant, madame, que je vous en trouve en ce moment, quand vous me faites une question de cette nature. Je vous aime avec des transports qui ressemblent à la fureur... Comtesse... comtesse...
LA COMTESSE
Non, je veux rester assise... Parlez-moi... écoutez-moi. du moins... j'ai mille choses à vous dire... Eh! bon Dieu! quelles mains!... ah! que de peines!... Laissez-moi... Montade... Montade... voulez-vous bien me aisser?... Où allezvous?...
MO'TADE
Un moment... im moment... je ne sais ce que je dis... la tête me tourne...
LA COMTESSE
Vous me découvrez toute... Je ne veux pas... je ne veux pas...
220 l'œuvre de CUI'bILLON LU FILS
MO M' \l) l'- Ail I je ne vois que des jambes croisées, à peine vos belles cuisses... Ah! comtesse, que je les baise au moins... elles me ravissent !