‹ L'œuvre de Crébillon de filsChapitre 36 sur 48 · LA COMTESSE DE..., MONTADE · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE..., MONTADE

LA COMTESSE

Qu'avez-Yous, Montade?... Vous voilà toul hors d'iialeinc.

AIOMADE

Eh ! ne suis-je pas toujours de même quand j'arrive chez vous ?

LA COMTESSE

Vous êtes venu h pied?

Sans doute.

LA COMTESSE

J'étais derrière cette fenêtre; je vous ai vu entrer et traverser la cour d'une belle vitesse.

MOXTADE

Il est vrai, je ne me sentais pas sur terre quand je songeais que vous m'attendiez.

LA COMTESSE

Non... pas encore... il n'est pas sept heures.

MONTADE

Oh! que si!... Parlons d'autres choses... Y a-t-il quelqu'un ?

LA COMTESSE

Non... personne.

^rONTADE

Vos femmes?

LA COMTESSE

La jeune est allée à la comédie avec mon valet de chambre : je leur ai donné, comme vous pensez bien, la permission. La vieille est malade et couchée.

MO^JTADE

Pour votre mari, je n'en suis pas en peine : il est à l'Opéra; il y voit danser Chonchette et soupera sans doute avec elle.

LA COMTESSE

Je le crois bien, d'autant que j'ai fait la malade aussi et qu'il me croit actuellement sur mon lit.

MONTADE

Madame, vous savez ce que des femmes bien apprises doivent à messieurs les maris. Le vôtre vous croit au lit : il ne faut pas le tromper; il faut y aller, et le plus tôt n'est que le mieux.., Il est bon même que je vous y accompagne, pour être témoin que vous avez dit vrai.

Nous voilà seuls enfin... Songez-vous bien que nous voilà seuls? Songez-vous à tout ce que vous m'avez promis et combien il y a de temps que vous me le faites attendre... avec une cruauté ?.. .

LA COMTESSE

Coquin que vous êtes !... Quand j'ai tant fait que de vous donner l'heure, vous savez bien que ce n'est pas pour mériter vos reproches : je n'en ai à craindre que de moimême. Mon cœur est à vous depuis longtemps ; vous en avez des preuves de reste ; mais rien ne vous suffît... Vous voulez de moi le plus grand sacrifice qu'une femme puisse faire... Je sais que je vous l'ai promis... Je sens que je vous

L ŒUVKE DE CKKBILLON LE FILS

le dois; mais si vous aviez un peu de \crlu dans rànic, vous sentiriez aussi ce qu'il en coûte à une femme bien née ]30iir manquer à ses devoirs et faire un pas comme celui-ci.

MONTADE

Des devoirs!... des devoirs!... toujours des préjugés... En est-il d'autres que ceux que l'amour nous dicte et que nos cœur brûlent de remplir?

Je ne sais... mais voici une démarche qui m'a échauffe la tête souvent et que j'envisageais avec bien plus de courage que je n'en ai à cette heure.

MOXTADE

Oh ! du courage... j'en ai pour nous deux. Petite comtesse, viens que je t'en donne.

LA COMTESSE

Montade... laissez-moi... non... non!... J'ai peur!...

MONTADE

Eh ! de quoi ?

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