LA COMTESSE DE..., MONTADE
LA COMTESSE
Qu'avez-Yous, Montade?... Vous voilà toul hors d'iialeinc.
AIOMADE
Eh ! ne suis-je pas toujours de même quand j'arrive chez vous ?
LA COMTESSE
Vous êtes venu h pied?
Sans doute.
LA COMTESSE
J'étais derrière cette fenêtre; je vous ai vu entrer et traverser la cour d'une belle vitesse.
MOXTADE
Il est vrai, je ne me sentais pas sur terre quand je songeais que vous m'attendiez.
LA COMTESSE
Non... pas encore... il n'est pas sept heures.
MONTADE
Oh! que si!... Parlons d'autres choses... Y a-t-il quelqu'un ?
LA COMTESSE
Non... personne.
^rONTADE
Vos femmes?
LA COMTESSE
La jeune est allée à la comédie avec mon valet de chambre : je leur ai donné, comme vous pensez bien, la permission. La vieille est malade et couchée.
MO^JTADE
Pour votre mari, je n'en suis pas en peine : il est à l'Opéra; il y voit danser Chonchette et soupera sans doute avec elle.
LA COMTESSE
Je le crois bien, d'autant que j'ai fait la malade aussi et qu'il me croit actuellement sur mon lit.
MONTADE
Madame, vous savez ce que des femmes bien apprises doivent à messieurs les maris. Le vôtre vous croit au lit : il ne faut pas le tromper; il faut y aller, et le plus tôt n'est que le mieux.., Il est bon même que je vous y accompagne, pour être témoin que vous avez dit vrai.
Nous voilà seuls enfin... Songez-vous bien que nous voilà seuls? Songez-vous à tout ce que vous m'avez promis et combien il y a de temps que vous me le faites attendre... avec une cruauté ?.. .
LA COMTESSE
Coquin que vous êtes !... Quand j'ai tant fait que de vous donner l'heure, vous savez bien que ce n'est pas pour mériter vos reproches : je n'en ai à craindre que de moimême. Mon cœur est à vous depuis longtemps ; vous en avez des preuves de reste ; mais rien ne vous suffît... Vous voulez de moi le plus grand sacrifice qu'une femme puisse faire... Je sais que je vous l'ai promis... Je sens que je vous
L ŒUVKE DE CKKBILLON LE FILS
le dois; mais si vous aviez un peu de \crlu dans rànic, vous sentiriez aussi ce qu'il en coûte à une femme bien née ]30iir manquer à ses devoirs et faire un pas comme celui-ci.
MONTADE
Des devoirs!... des devoirs!... toujours des préjugés... En est-il d'autres que ceux que l'amour nous dicte et que nos cœur brûlent de remplir?
Je ne sais... mais voici une démarche qui m'a échauffe la tête souvent et que j'envisageais avec bien plus de courage que je n'en ai à cette heure.
MOXTADE
Oh ! du courage... j'en ai pour nous deux. Petite comtesse, viens que je t'en donne.
LA COMTESSE
Montade... laissez-moi... non... non!... J'ai peur!...
MONTADE
Eh ! de quoi ?