Deuxième partie
On a vu par quelles aventures la jeune Zaïrette avait été transportée de la capitale de France dans l'Empire de Karakatay : il reste à rendre compte de la manière dont elle fit son entrée dans le sérail de l'empereur Moufhack.
Dès le moment de son arrivée, elle fut conduite par trois eunuques noirs et trois vieilles femmes dans un appartement bas, vaste et beau. Les eunuques s'emparèrent des portes et y demeurèrent. Les trois femmes suivirent Zaïrette comme leur maîtresse et se tinrent près d'elle attachées à son service. Elle avait besoin de repos. Elle se coucha.
Le lendemain, son premier soin fut de parler de l'empereur, de s'informer de la manière dont elle serait reçue, de savoir quels étaient les usages de ce sérail, et ce qu'elle devait penser de son esclavage. Une Française, jeune et jolie, est confiante partout. Zaïrette n'attendait que le moment d'être présentée devant son maître ; mais ce moment n'arriva point et la journée se passa sans qu'elle pût s'instruire d'aucune chose, parce que les femmes qui la servaient n'avaient jamais vu ni l'intérieur du sérail, ni la personne même de l'empereur. Le jour suivant se passa comme le premier. Zaïrette, toute remplie de sa situalion, commençait k s'inquiéter; mais enfin, considérant de quelle conséquence il était pour elle de conserver ses grâces et
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sa beauté, clic ne s'occupa plus que de rafraîchissants, de bains et de parures : les femmes qui la servaient lui offraient des robes à choisir : elle en changeait à fous les instants, et six jours se passèrent ainsi.
Le septième jour enfin, une heure avant le coucher du soleil, au moment même que, sortant du bain, elle venait de mettre, par hasard, une robe lég-ère, ouverte à la française, avec un simple corset blanc, un jupon de même, et qu'elle n'avait d'autre coiffure que ses cheveux bouclés, un eunuque parut et lui fit signe de sortir. Là se trouva un palaïupiin porté par deux autres esclaves. Zaïrette s'y plaça; le palanquin suiviL Elle traversa dans cet équipage deux grandes cours et plusieurs galeries sans qu'il se trouvât personne sur son passage. Elle arriva enfin dans un grand cabinet où elle se trouva seule et se sentit d'abord fort agitée, croyant que dans le moment l'empereur allait s'y rendre; mais il n'y parut point. Ce fut une grande femme, d'une beauté majestueuse, coiffée à la grecque et vêtue d'une grande robe blanche, telle qu'on nous peint les prêtres de Diane, qui vint.
La présence de cette dame, ou plus encore la dignité de son maintien, imposa d'abord à la jeune Zaïrette et l'intimida. La dame s'en aperçut; elle lui lança un regard de bienveillance et lui adressa ces paroles : « Jeune étrangère, venez m'écouter, et qu'une sainte joie vous réveille et vous rassure, approchez-vous de moi, levez les yeux, abandonnez vos regards sur tout ce qui vous environne. La splendeur de ce palais vous apprend que vous êtes chez le roi des rois, et, avant que la nuit commence, vous saurez que votre esclavage vaut ici des sceplres et des couronnes. Reposons-nous sur ces tapis, rangeons ces carreaux et asseyons-nous. »
Za'ïrette, tout interdite, s'approcha respectueusement, se mit sur un carreau en face de la dame, qui continua de parler ainsi : « Fille fortunée, vous voilà esclave d'un prince dont l'empire comprend les plus belles régions de la terre, d'un monarque q^ui, parmi ses sujets, confond des rois sans nombre qui, d'un coup d'œil, élève ou précipite les hommes, et qui n'emploie sa puissance sans bornes que pour suffire à combler leurs vœux. Le grand Moufhack, ma fille, vous possède aujourd'iuii et vous êtes une des roses dont il veut orner ses jardins- Volve éclat s'est fait jour jusqu'à son trône. Je n'en suis pas sur-
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prise : la tendresse de vos yeux, la finesse de vos traits, la souplesse et l'élégance de votre structure justifient tout ce qu'on en dit. On ne connaît rien dans le séjour de Karakatay qui vous ressemble. Vous avez paru aux yeux de l'empereur, sur le portrait qu'il a de 'vous, une beauté d'un genre nouveau dont il n'a pas de modèle, lui qui eu possède mille dans ce sérail, mille beautés de son choix que ce prince a rassemblées de tous les pays, de toutes les tailles, de toutes les couleurs pour jouir avec elles d'un loisir délicieux, pour remplir ses goûts, ses caprices, et jusqu'aux fantaisies les plus étranges; par l'espèce de plaisir que chacune lui donne, et que la valeur de son tempérament lui renouvelle chaque jour.
« L'empereur m'a recommandé, ma fille, de vous annoncer aujourd'hui votre fête. Va, m'a-t-il dit, appelle Zaïrette, mon esclave nouvelle! Dis-lui qu'à la chute du jour, elle s'apprête à lecevoir les assauts de l'empereur d'Orient, parmi les jeux et les exercices du jour. Va l'en instruire et l'y préparer.
« Ces paroles sont sorties de sa bouche, que je révère, et m'ont frappée comme l'éclat des trompettes. Je désirais vous les redire ; j'attendais impatiemment que vous fussiez sortie du bain; enfin, je vous ai fait venir dans mon appartement pour être seule avec vous et plus secrètement. Nous y sommes, ne craig-nez rien. Vos eunuques et les miens gardent les portes, j'en ai donné l'ordre... Je l'avoue, ce n'était pas sans raison ; depuis que le Grand Moufhack a parlé, votre présence excite dans ce sérail un murmure général parmi toutes les femmes, mais un murmure qui vous plairait, s'il parvenait jusqu'à vous. Elles ne vous ont point encore vue, elles s'en impatientent, elles vous cherchent, elles vous imagineni ; chacune d'elles déjà se repi'ésente et se peint votre image d'après le g-eure de beauté qu'elle aime et le goût particulier qu'elle a; toutes voudraient être à ma place pour juger dès à présent ce que vous valez... Vous m'entendez, ma fille... Ainsi, que rien ne vous alarme sur le compte de vos rivales. Apprenez qu'il règne ici une intelligence parmi nous, une amitié sûre, presque inconnues dans les autres sérails. Nous n'y connaissons ni l'envie, ni la haine, ni ces tristes passions qui ne causent jamais qu'un malheur commun : nous jouissons toutes de la paix du cœur, et nous la conservons dans le plus vif exeixice des sens. Vous saurez cela bientôt, et vous vous en féliciterez vous-même...
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« Prc^sentement, nous n'avons à nous occuper que de la fcte de ce soir, qui doit commencer une heure après la fin du jour. Vous êtes rétraiigi-re; vous y prendrez place, à ce litre, sur les carreaux mêmes de l'empereur, place que les reines de Caboul, de Kasg-or, de Nangracus et lant d'autres vous envieraient vainement, parce qu'elle n'appartient point à la pompe des titres, mais uniquement à la beauté. Puissiez-vous, jeune esclave, en être digne longtemps! Je le souhaite avec un soupir profond !... »
Zaïrette, que le premier début de la dame avait d'abord interdite, reprit peu à peu ses sens à ce discours; mais il lui en resta une confusion d'idées qui l'embarrassait encore davantage. Elle y entrevoyait cependant un avenir agréable et, selon l'apparence, un plaisir prochain. Elle désirait fort d'en être mieux instruite et de savoir quelle était la dame qui l'instruisait et dont le maintien lui inspirait toujours beaucoup de respect.
« Vous êtes, madame, lui dit-elle d'une voix timide, sans doute une princesse dans ce palais'? » — « Vous voyez, en effet, lui répondit la dame, une femme que le ciel semblait avoir fait naître pour régner et dont le destin n'a voulu faire qu'une esclave comme vous. Je dois le jour au roi d'Hayacan, dont le fleuve Indus arrose le3 campagnes; j'aurais tout le temps de vous faire son histoire et la mienne; il me suffit aujourd'hui de vous dire que, depuis que le Grand Moufhack vit et règne en paix dans l'État sublime où le ciel l'a placé, je me suis vue attachée par mon état au destin de ce prince; que j'ai été quelquefois moins son esclave, sous le nom de Kalibeka, que sa compag-ne, et que quelquefois, de ses compagnes, je me suis vue la plus aimée et la plus heureuse. J'ai passé près de lui des jours d'or et de soie qui auraient mérité d'être filés plus lentement; mais il faut que tout passe, c^ue tout se succède : la plus belle Heur se fane et tombe à la fin ; les fruits de la teri'e ont leur saison ; la lumière du jour a son temps. Je ne suis plus de la classe brillante des femmes qui font les délices du prince : je vis dans ce sérail, retirée, j'y jouis de moi-même, de ma liberté et d'un loisir qui m'est cher ; car si le liàle du temps a terni ma beauté, il n'a point fait d'impression sur mon cœur; mon zèle pour Moufhack est le même, et j'ai la douceur encore de le servir et de sentir au fond de mon âme les voluptés que
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je lui procure par le ministère des jeunes esclaves que j'instruis comme vous et que je mets au point et à même de me remplacer. Voilà, ajouta-t-elle, jeune étrangère, les desseins que j"ai sur ce qui vous regarde, et c'est ce qu'il faut que je fasse avant la fin du jour, suivant l'ordre du souverain. »
Zaïrette, à ces mots, connaissant l'élat et le nom de la dame et voyant de quoi il s'agissait dans cet entrelien, commença à lui parler avec un peu plus d'assurance : elle lui fit son histoire, telle que nous l'avons racontée; elle l'instruisit des mœurs, des usages de la nation française ; elle l'entretint de la liberté qu'ont les femmes dans son pays, de l'usage qu'elles en font, de la vie qu'on y mène et des amusements qu'on s'y fait, et enfin de l'étrange destinée qui l'avait fait passer dans le sérail de Karakatay ; et c'est sur quoi Ka4ibeka l'interrompit et lui dit : « Ma fille, ne vous trompez pas : la fortune sans doute l'avait ainsi déterminé. Votre aventure était écrite sur la table de lumière; Babas, surnommé Fargani, le plus éclairé de nos Genethliaques, l'annonça ces jours passés à l'empereur, en lui disant que son bonheur n'était point aussi g-rand qu'il devait l'être par un événement rare et qu'il voyait prochain. On aurait pu, poursuivit-elie, vous annoncer la même chose en France, et parmi les plaisirs même qui vous flattaient le plus et dont vous avez eu tant de peine à vous séparer. Levez les yeux, dit-elle; voyez, ma fille, où vous êtes! Dans un pays que les astres chérissent, et que le génie de l'abondance protège incessamment. Vous avez quitté une région peuplée d'hommes sans foi, noircis de vices, en horreur à vous-même : vous voilà garantie de leur funeste société. Celle déjeunes filles comme vous faisait tous vos plaisirs, tous vos amusements : vous verrez ici quatre cents filles, turques, grecques, csclavones, géorgiennes, toutes étincelantes du feu de leur jeune âge et de l'ardeur de votre tempérament; vous en verrez deux cents autres du pays de Kachemire, belles comme Fatmé et délicieuses comme des houris... Vous aimez les danses et les chants; oh! ma fille! quelle est votre fortune! Les brunes de Sérendib, les blanches du royaume de Tangut effaceront bientôt de votre souvenir les jeux et les divertissements de votre pays ; vous jugerez s'il est des voix plus amoureuses et plus insinuantes, et s'il est possible de les imiter avec des instruments plus doux et plus harmonieux. Je ne vous parle point de
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la merveille des danses : luul ce que j'en pounuis dire sérail autant au-dessous que les danses de vos pays dont vous faites tant de cas. Ce que je vois, c'est ([ue vos spectacles représentent vos lUduirs ; qu'ils ne peuvent exposer à vos yeux que les vices de vos caractères, que la tristesse de votre état, que des inconstances, des inFidélilés, des trahisons! et qu'y a-t-ii de plus honteux que de se rechercher soi-même dans de pareils ouvrages ?
« Nos divertissements sont des tableaux denosmœnrs aussi! mais, grâce à la loi, la vie que nous menons n'est et ne peut être qu'une volupté de l'esprit, qui jamais ne s'altère, parce qu'une lascivité continuelle en est l'âme et le soutien, et qu'en cela nous remplissons nos devoirs et notre étude. Jug:ez de ce que nous pouvons faire en représentant des choses dont nous avons le cœur rempli. Vos jeux appartiennent à tout un profane public et sont assujettis à des égards, à des retenues que ce public demande. Quelle différence! Les nôtres n'ont jamais pour objet qu'un homme seul; chacune des femmes qui l'environnent se regarde comme seule avec lui : chacune d'elles croit ne valoir qu'une partie de son plaisir : toutes y concourent et se concertent comme si toutes n'étaient qu'une ; et si la présence de l'empereur seul ne suffit pas pour les exciter, elles puisent dans leur lascivité même un amour mutuel, une chaleur qui n'est que plus vive, qui toujours les anime en secret et souvent les transporte encore plus. »
A ces mots, Zaïrette se sentit émue de joie autant que d'étonnement de se trouver dans un palais peuplé d'un si grand nombre de jeunes femmes, plus aimables et plus vives les^ unes que les autres, assez bien nées pour s'entr'aimer et pour se donner entre elles des jouissances sans fin avec lesquelles on peut si bien s'affranchir du joug- des hommes et se passer de leurs secours.
Zaïrette était née avec ce penchant, et le commerce de quelques femmes de France le lui avait conservé. Elle le dit à Kalibeka qui reprit son discours ainsi :
(( Oui, ma fille, c'est ici l'occupation la plus commune. Vous ignorez encore où vous êtes. Apprenez que nous vivons dans le sérail de l'Orient le plus nombreux, le plus superbe et le plus libre. Vous ne connaissez point l'immensité de ce palais; vous, concevez bien moins encore l'étendue des jardins qui l'en-
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tourent : l'enceinte des plus grandes villes ne doit point s'y comparer ; l'œil n'en aperçoit point les bornes ; on y est en effet enfermé, mais on y passe la vie sans le savoir; et si on y pensait, on s'en féliciterait. Chaque esclave est ici logée comme une fille de souverain peut l'être ailleurs; elle a dans son apj)arlement sa cham'ore de bains, ses cabinets de parfums et son ruisseau d'eau vive. L'empereur donne audience publique deux jours de la semaine; il choisit un troisième jour pour faire lancer ses léopards sur des gazelles ; il emploie trois autres jours dans une espèce de recueillement qui lui donne la douceur de se rapprocher de lui-même ; personne, alors, ne pénètre jusqu'à lui; tout son cercle vst réduit à quati-e de ses femmes, qu'il nomme alternativement et auxquelles il envoie l'ordre avant midi.
Pendant tout ce temps, les filles du sérail sont libres, se visitent et s'assemblent, font leurs exercices de chant et de danses, font résonner les cymbales et les harpes, ou recherchent dans leurs miroirs des positions de corps nouvelles, des attitudes amoureuses et lubriques qui puissent arrêter les regards de l'empereur ou attirer ceux de leurs prétendues rivales, pour qui souvent elles prennent tous ces soins...
« Lorsque ces jeunes filles s'assemblent dans leurs divers appartements, quelques eunuques noirs sont à la porte en dehors; elles n'ont avec elles, en dedans, que des femmes comme moi, d'un âge presque mûr pour les accompagner; pour contenir, autant qu'il se peut, leur bouillante jeunesse; pour leur faire prendre haleine après les exercices et les inviter au repos, ou du moins à des amusements plus doux où le corps se rafraîchit et se délasse et où l'esprit seul demeure agréablement occupé.
« Voilà, ma fille, comment on remplit ici les six premiers jours de la semaine, en attendant la fête du septième, dans laquelle vous allez être honorée comme nouvelle et étrangère. Mais enfin, continua Kalibeka, le temps s'écoule, le soleil se dérobe : il vous reste à prendre le dernier bain de parfums. 11 est temps de vous instruire des usages du sérail et de l'étiquette que vous devez observer tantôt... Ma fille, écoutez-moi ! »
Alors Kalibeka respira un moment, et, pendant ce temps. elle considéra Zaïrette de la tête aux pieds et, lui porta des regards qui exprin^ient plus que des paroles... Zaïiette les
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ciitciidil; mais, par respect, elle baissa les yeux et n'osa y répoiulie. Elle pria seulement Kalibeka de l'instruire de l'étiquette, et enfin Kalibeka. rompant majestueusement le silence, reprit son discours ainsi :
« Ne parlons plus des pompes et des fêtes du plus grand des empereurs : réfléchissons combien il est plus g-rand dans ses luxures!... Méditez sur cela, ma fille, regardez-vous dès ce moment comme une fleur toujours prête à être cueillie, comme une source d'eau vive et pure qui doit servir tantôt à désaltérer votre maître, à le refroidir, à apaiser les ardeurs et les fougues de son tempérament : voilà l'objet de toutes les femmes de son sérail ; voilà leur principe ; toutes se conduisent là-dessus, vous en verrez des preuves sensibles, et voici comment la fête se passera :
« Je vous mènerai, suivie de vos eunuques, dans un cabinet obscur ; nous y serons enfermées un instant. Le Gi'and Moufhack paraîtra, précédé de douze eunuques, portant des torches de cire parfumée. Il s'approchera de vous, vous a'ous prosternerez; il vous relèvera aussitôt. Une porte s'ouvrira; les douze eunuques passei^ont; vous me quitterez et passerez après les eunuques, immédiatement devant l'empereur. Vous vous trouverez d'abord dans une galerie dont la magnificence pourra plaire à vos yeux, si vous la considérez : j'en doute, parce que votre oreille aussitôt sera frappée d'un bruit étrange (le tambours, de hautbois et de trompettes. Vous suivrez votre marche jusqu'au milieu de la galerie. Vous trouverez là deux carreaux, pour l'empereur et pour vous. Vous vous assiérez près de lui, pour entendre cette harmonie presque terrible; vous en serez l'un et l'autre violemment émus, et c'est là l'effet qu'elle doit faire, pour disposer les sens à ce qui suit... L'empereur enfin se lèvera : les eunuques demeureront. Vous le suivrez seule dans une grande salle carrée, dont les murs blancs sont incrustés de jaspe et dont le plafond, de bleu céleste, soutient un globe de cristal taillé à mille faces, que les lumières des bougies font briller comme un soleil. L'empereur passera sans s'arrêter; une grande porte s'ouvrira : vous vous trouverez avec lui, ma fille, dans la première salle des actes.
<( Cette salle est ovale; ses murs sont tapissés de g-uirlandes de fleurs; cllqg se présentent sous la main et font respirer le doux air du printemps. La voûte en est argentée et éblouissante
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de lumière. Un tapis précieux cuiivie tout le parquet, et là, seront cinquante jeunes filles, la gorge nue, assises et rangées en ovale sur des coussins de velours bleu; les unes coiffées et vêtues jusqu'à la ceinture à la grecque, d'autres à la persane ou à la géorgienne, mais toutes sans caleçons et la plupart en robes très amples de diverses couleurs qui leur tombent sur les pieds, des babouches bordées de perles, et des bas blancs garnis de toutes couleurs.
M Aussitôt que l'empereur Moufliack paraîtra, toutes se lèveront, et, d'une souplesse admirable, prendront mille attitudes différentes, sans quitter leurs places, et lui diront à peu près ceci : grand Moufliack, mon maître et mon amant, es-lu vaillant comme on le dit? Viens m'assiéger; viens forcer les portes étroites du petit séjour qui t'attend. Viens me débarrasser d'une étoffe qui me couvre et qui me gène : je n'ai pas la force de la lever moi-même, mais ta main luxurieuse, du seul toucher, m'en séparera... L'empereur répondra : Mes femmes, je ne puis; j'ai une femme nouvelle qui, peut-être, s'en offenserait... Là-dessus, ma fille, vous répondrez : Seigneur, je suis la plus petite de vos esclaves; je ne suis ici que pour servir mon maître ou ses esclaves favorites; je lèverai pour vous leurs robes, leurs jupes et leurs chemises, s'il le faut... Après quelques discours semblables, ma fille, écoutez ceci... Mais, pour mieux vous le faire entendre, ùlez cette robe et je vais faire comme vous ferei... »
Zaïrette ne se le fit pas dire deux fois; elle ôta promplement sa robe. Il ne lui restait qu'un léger jupon et son corset blanc, qu'elle entr'ouvrit pour découvrir son sein. En cet état, elle s'approcha devant Kalibcka, qui reprit la parole, a Vous vous mettrez en marche, dit-elle, et précéderez l'empereur. Vous parcourrez tout l'ovale de la salle avec lui, et ce sera vous qui lèverez la robe, la jupe et la chemise des cinquante femmes, l'une après l'autre et chacune à son tour, et voici comment... Tenez-vous, continua Kalibeka, tenez-vous, 6 belle tige de cyprès! tenez-vous droite devant moi. Vous trouverez, au bord des jupes et des chemises, de petits anneaux d'or; il doit y en avoir tout autour; vous prendrez ensemble la jupe et la chemise; vous les lèverez l'une avec l'autre jusqu'aux épaules, où vous trouverez deux boutons de perles : vous y attacherez les petits anneaux comme je fais... »
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En etl'et, Kalibeka se Ijaissa; elle piit le jupuii blanc de Zaïrette, qui se tenait debout, et sa chemise; elle les leva, elle les roula et lui en fit une espèce de ceinture qu'elle arrêta sur ses hanches. Alors elle init un genou en terre pour considérer plus attentivement la blancheur et le contour du ventre de Zaïrette, la rondeur de ses cuisses et surtout l'ouverture et l'entrée du corridor d'amour...
(( Vous attacherez, lui dit-elle, ma fille, à peu près de cette manière la jupe et la chemise des cinquante femmes l'une après l'autre, et successivement; ijuis vous vous rapprocherez plus près d'elles et vous en recevrez pour remercîment un baiser semblable à celui-ci.
« Ce baiser, ce fut Kalibeka qui le donna à Zaïrette : elle avait toujours un genou en terre; mais sans se déplacer, elle attira Zaïiette, elle la serra dans ses bras, elle promena sa langue sur son sein, elle termina sur sa bouche ce baiser, qui dura si longtemps que Zaïrette en perdait la respiration.
Kalibeka se releva et continua d'instruire Zaïrette...
K Toutes les femmes, reprit-elle, resteront debout en cet élat, en attendant la visite du Grand Moufhack... Vous, alors, ma fille, prendrez place avec elles, c'est-à-dire la dernière et au bout du rang. Peu après toutes les cinquante ne manqueront pas de s'otfrir à vous rendre le même service; mais l'empereur le permettra à une seule, et celle-ci viendra vous joindre, attachera sur vos belles épaules ou sur vos hanches votre jupe et votre chemise roulées, et mettra au grand jour l'albâtre de ces cuisses, les saphirs de ces veines, et ce rubis céleste qu'elles environnent. Vous donnerez après le baiser de remercîment... Eh! comment le donnerez-vous? » s"écria-t-elle.
Zaïrette, qui n'avait d'autres vues alors que d'acquérir le suffrage et la pi-otection de Kalibeka, crut bien faire de lui rendre à elle-même le baiser qu'elle en avait reçu; elle s'y hasarda : elle sauta à son cou, et Kalibeka en parut satisfaite.
« Madame, lui dit-elle après, de gi"âce, achevez de m'ins- Iruire : resterons-nous longtemps dans cet état, à demi nues les unes devant les autres? » — « Je ne sais, ma fille, repartit ivalibeka. La volonté de l'empereur en décidera. Vous le verrez, poursuivit-elle, venir à vous comme aux autres, faire dix fois son tour, vous caresser toutes, vous exciter, vous chatouiller, vous pincer, s'asseoir sur vos coussins, vis-à-vis de vous, et
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VOUS remarquerez une formalilé dans ce cas : c'est que la maîtresse du coussin doit aussitôt tonlber à genoux, pour se mettre à portée de préluder d'avance... Peu après, vous verrez Moufhack se lever brusquement: quatre petites portes s'ouvriront : trois des femmes qu'il aura nommées s'y jetteront précipitamment; Moufhack passera par la quatrième; vous l'y suivrez, pendant que la grande porte s'ouvrira de même, par où tout le reste disparaîtra... »
« Comment! madame, reprit vivement Zaïrette, je me ti'ouverai donc tout à coup livrée à lui, que je ne connais point, que je n'ai jamais vu ! Au moins donnez-moi quelque idée de sa personne, que je puisse m'en faire une image, pour éviter un emban^as dont je ne serais pas maîtresse, et qui pourrait lui déplaire. » — Rassurez-vous, ma tîlle, répondit Kalibeka, vous verrez un héros, dans le brillant de son àg-e, dont le visage est brun, la taille noble et leste, dont les yeux étincellent et dont les regards dévorent le plaisir.
« Vous suivrez, continua-t-elle, Moufhack, et vous vous trouverez dans un petit cabinet à la mauresque, dont le plancher n'est autre qu'un matelas de coton couvert de velours pourpre avec des coussins de même, de toutes les formes. » — « Madame, lui dit Zaïrette, l'empereur viendra donc s'asseoir sur mon coussin?... « — « Oui, ma fille, répondit Kalibeka... » — « 11 paraîtra donc devant moi le sceptre en main?... » — « Peutêtre, ma fille, reprit Kalibeka... Les choses de la vie les plus extrêmes se touchent. 11 y a moins de distance qu'on ne croit d'un sceptre redoutable à un chalumeau de berger; le gi-and ^loufliack éprouve souvent de ces métamorphoses, et il n'en murmure pas. »
Zaïrette se représentait bien ce que c'était que ce prétendu sceptre redoutable que l'empereur pouvait tenir dans la main, mais il ne lui était pas aussi facile de se faire une idée juste du chalumeau. Elle n'osait s'en expliquer, de peur de blesser la modestie de Kalibeka; elle désirait pourtant de tout savoir. Kalibeka comprit sa peine et lui dit : « Ma fille, quand le grand Moufhack met en évidence son sceptre, il règne alors, il commande; c'est à son esclave d'obéir et de se soumettre. Quand, au contraire, il tient ce sceptre en réserve, c'est à vous à le chercher où il peut être, quelque difficulté qu'il y oppose : il est de votre devoir de vous en saisir, de vous en rendre maî-
ago HISTOIRE de zairette
tresse. Peul-ètic vous airivera-t-il, en le découviant, de n'y voir, de n'y reconnaître qu'un jouet propre à l'amusement d'un enfant. Dans ce cas, vous devenez l'enfant, ma fille; vous devez vous en faire un jouet à vous-même; vous devez le tenir, le serrer, le presser, ou badiner lég-èrement autour avec les doigts de la main droite... »
« Vous me demandez, jua fille, quel sera le sort des trois autres femmes qu'il aura nommées comme vous : il sera tout égal au vôtre. L'empereur choisit toujours quatre jouissances dans cette première salle. C'est par cette raison qu'il vous quittera peu après et que, pour s'y disposer, il passera de ce cabinet dans un autre, où il se renfermera seul, pour y prendre un demi-bain... » — « Et moi, madame, interrompit Zairette, que deviendrai-je?... » — On vous en fera prendre un de même, répondit Kalibeka; on vous rafraîchira d'essences nouvelles, et il se trouvera là deux femmes domestiques à cet effet. »
Zaïrette avait toujours le devant de son jupon et le devant de sa chemise roulés sur les hanches. Elle avait eu tout le devant de son joli corps nu pendant ce discours; mais alors, Kalibeka déroula le jupon et la chemise, les rabattit et les remit dans leur état ordinaire; après quoi, Kalibeka respira un moment. Ce moment fut long* pour Zaïrette; elle était dans l'impatience de tout savoir. Ouelciue respect que lui imposât le sérieux de Kalibeka, elle rompit le silence et la supplia de l'instruire de la suite...
a Vous reviendrez, ma fille, lui dit Kalibeka, dans la première salle des actes : l'empereur y arrivera pour vous conduire et vous installer dans la seconde, qui suit.
« Cette seconde salle est aussi vaste que la première, mais elle est ronde; un tapis de satin bleu couvre les carreaux du plancher; il règne tout autour un divan; ce divan est plus élevé que nos sophas ordinaires ; il est haut de trois pieds ( t large de quatre : un tapis matelassé du même satin bleu le couvre et le garnit jusqu'à terre; on peut s'y asseoir comme on peut s'y coucher. Autour de ce divan sont rangés en niches, dans le mur, des urnes, des vases de toutes les formes : c'est ce que la Chine et le Japon ont jamais eu de plus précieux. Le mur de la salle est revêtu de porcelaines à fond blanc, où sont représentées en bleu toutes sortes de fruits et d'animaux. Un dôme
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s'élève, au milieu de cette salle, revêtu de carreaux de porcelaine et blanc comme l'air; tout y est radieux par les lampes et les boucles, qui répandent en se consumant le parfum exquis qu'on leur a donné.
« Vous serez surprise, ma fille, poursuivit Kalibeka, à l'entrée de cette salle : vous y verrez cinquante jeunes garçons qui viendront environner le Grand Moufhack et vous ; leur beauté, leur taille fine et leste vous intéresseront!... les uns ayant le demi-turban sur la tcte; d'autres la tète et le front bandés d'une seule toile léçère brodée d'or; d'autres coiffés de leurs cheveux eu grosses tresses ou en boucles retenues par des nœuds de rubans ; tous ayant le triple esclavage de perles au cou, de petites vestes, couleur de rose, justes et faites exprès pour accompagner la beauté des épaules et la chute des reins; presque tous des ceintures blanches autour d'eux, et tous des caleçons de satin bleu, justes comme leurs vestes, et embrassant leurs cuisses de près. »
A ce début, Zaïrette fut interdite et embarrassée; elle ne pouvait comprendre à quoi étaient destinés ces cinquante jeunes garçons : elle n'osait se persuader que ce fût pour l'usage des femmes, et toute autre idée la révoltait. Elle en témoigna de l'inquiétude, mais Kalibeka reprit son sérieux et continua :
« Attendez, ma fille, lui dit-elle; écoutez-moi. Voici ce que cette folle jeunesse viendra dire à l'empereur : 0 Moufhack ! le plus grand des hommes, peux-tu suffire à tout ce qu'il nous faut ? Nous sommes un groupe de jeunes garçons déterminés à te combattre. La renommée de ta luxure, qui remplit l'univers, excite notre courage et nous rassemble ici, pour te prouver que nous ne craignons pas tes assauts...
« A quoi l'empereur leur répondra : Mes fils, il faut, malgré moi, que je vous refuse. Voici ma nouvelle femme, elle dispose de mes volontés; et vous ma fille, poursuivit Kalibeka, vous répliquerez : O grand monarque ! Je suis la dernière et la plus humble de vos esclaves ; je n'ambitionne que votre plaisir. SI ces jeunes gens s'offrent à vous, ne les refusez pas : Us sont si beaux, si vifs et si lascifs !... Et vous ajouterez à cela, ma fille, ce que leurs charmes vous inspireront en effet... Non, répliquera l'empereur, je n'en ferai rien: je l'ai juré... Vous verrez, ma fille, alors les jeunes garçons redoubler leurs
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attaques ot leurs emportements, et après bien des refus lui (lire : .Moufliuck, ne viole point ta parole sacrée; accorde-nous seulement la faveur du l)ouquet de myrte ou de jonc... Et si tu ne veux pas encore nous faire cette faveur, ordonne du moins à ton esclave nouvelle de prendre ce soin... L'empereur répondra : Mes tîls, je consens que ma nouvelle femme vous donne ce soulagement... Aussitôt, mon enfant, poursuivit Kalibeka, vous verrez les cinciuante jeunes g"ens s'arranger à trois pas l'un de l'autre, en cercle autour de ce divan matelassé, sur lequel ils s'étendront de la ceinture en haut, les pieds posés à terre et le derrière tourné. Vous ne perdrez pas de temps ; vous les servirez l'un après l'autre comme les femmes de la première salle... »
Zaïrette ne put écouter tranquillement ce discours : son cœur s'y soulevait; elle était prête à perdre le respect et à faire éclater son indig-nation. Kalibeka ne la laissa pas plus longtemps dans cet état; elle lui jeta un reg'ard de bienveillance et reprit la parole : « Ma fille, lui dit-elle, que vos alarmes cessent. l']coutez-moi... Vous devez savoir que la plupart des princes d'Orient ne sont que trop sujets à la détestable manie des g'arçons ; c'est ce qui cause le malheur de leurs femmes et qui eng-endre dans les sérails bien des troubles et souvent bien des désordres. Le judicieux Moufhack en a connu les conséquences : il a juré en notre présence qu'une telle indig'nité n'entrerait jamais dans son cœur, et c'est en reconnaissance de ce serment inviolable que nous avons institué la cérémonie de la seconde salle des actes, et qu'un nombre de jeunes femmes s'y présentent sous ce dég-uisement, qui leur plaît à elles-mêmes beaucoup.
« Rassurez-vous donc, ma fille, poursuivi Kalibeka, et sachez c^ue ces prétendus g-arçons sont de jeunes femmes comme vous ; les unes de Cachemire, d'autres de Lahore, d'autres de ma patrie, belles, en effet, et vives comme je viens de vous les dépeindre. »
A ces paroles Zaïrette reprit toute sa sérénité : une douce joie se répandit sur son visag-e et en ranima les couleurs. Elle pria Kalibeka de lui pardonner une inquiétude et une impatience qu'elle n'avait pu surmonter; elle s'en excusa sur son ig'norance, qui ne lui avait pas permis d'imag-iner des usag'es aussi étranges pour elle et aussi sing'uliers pour tout le monde.
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Elle prit la main de Kalibeka, elle la baisa et lui demanda avec empressement quelle serait la suite de cette cérémonie.
Kalibeka continua son instruction en ces termes : « Aussitôt, ma fille, que vous aurez bien déshabillé les fesses de la première femme, vous en ferez autant à la seconde, à la troisième et de suite à la ronde à toutes les cinquante, jusqu'à la dernière. Cette cérémonie ne sera pas plus tôt faite qu'il en faudra recommencer une autre. Elle vous y assisteront toutes, avec une voix tendre et touchante, ou avec des cris perçants et tumultueux. Venez à moi, vous dira l'une; non, vous dira l'autre, ma sœur, c'est à moi, mon derrière a été le premier découvert. Venez voir le mien! s'écriera une autre; voyez comme il se présente; il a froid, ma sœur; venez à mon secours!... Alors, ma fille, poursuivit Kalibeka, et pendant toutes ces clameurs, vous ramasserez des filets de lavande ou des branches de larix, de thym ou d'autres branches et racines choisies pour cet usag-e, que vous trouverez partout sous vos pas répandues à cet effet; vous en composerez une espèce de verge ou de bouquet, et vous retournerez aussitôt à la première flUe du côté g-auche qui vous attendra... Vous passerez d'abord trois fois la main sur ses fesses, puis vous en donnerez trois petits coups; elle vous en demandera; vous continuerez, vous redoublerez, vous flatterez les deux fesses également ; vous appliquerez tantôt sur l'une, tantôt sur l'autre; de temps en temps, vous donnerez fort, et quand son derrière aura pris la cDuleur de la rose, vous le baiserez et irez à la seconde femme en faire autant, et de suite à toutes les autres, sans aucun égard pour celles qui voudraient vous arrêter... Il en est dont la blancheur vous paraîtra longtemps la même et qui vous exciteront à redoubler de vitesse pour mettre leurs fesses au point de couleur qu'il faut; il en est d'autres qui vous embarrasseront par la vivacité de leurs mouvements. Vous verrez ce qu'elles savent faire, quoiqu'elles paraissent à demi couchées sur le matelas du divan; vous verrez avec quel feu elles bondissent et s'élèvent par mille caracoles pour offrir toujours le derrière d'une manière nouvelle, pour lui donner des phases et des aspects différents. Vous en trouverez de ces femmes que vous caresserez plus fort et plus vite que vous ne voudrez, qui par leurs discours lubriques, ^eurs attitudes et l'agitation qu'elles se donnent, exciteront malgré vous le bouquet de
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verges que vous aurez dans la main et vous feront tonnber vous-même dans une espèce d'emportement qui ressemblera fort au leur. ¥A c'est alors que le grand Moufhack vous remplacera, les visitera toutes, la verge à la main, et parviendra peut-être à les apaiser...
« Aussitôt après, ma fille, poursuivit Kalibeka, trois de ces femmes viendront à vous et vous diront : Ma chère sœur, nous voudrions vous rendre une partie du bien que vous nous avez fait... Vos fesses de nacre n'ont-elles point besoin de nous? .Votre cul d'ivoire, n'est-il point incommodé du froid? »
« Comment, madame, s'écria Zaïrette tout étonnée, on troussera mon derrière aussi ? Quoi ! il faudra que je le montre à tout le monde !... Encore, dit-elle, si c'était en particulier !... » — « N'importe, ma fille, reprit g-ravement Kalibeka, l'étiquette veut que vous répondiez à ces femmes ainsi : Oui, mes frères, je suis bien aise que vous vouliez me servir; j'en ai besoin et mon derrière a froid... Tout de suite, vous vous tournerez, vous vous appuierez sur les matelas du divan; elles lèveront promptement votre jupe et votre chemise, qu'elles attacheront, pour manifester aux yeux de l'empereur le plus beau cul que le sérail ait peut-être vu luire depuis longtemps, pour le flatter avec la simple branche ou le bouquet entier, pour l'exciter à (les positions et à des mouvements qui puissent servir encore à l'embellir davantage. Je ne doute pas qu'il n'y ait déjà de grandes dispositions, mais comme il faut que je m'en assure, approchez-vous de moi, ma fille. »
Comme Zaïrette obéit à ces mots, elle s'approcha; elle comprit aussitôt l'intention de Kalibeka; elle lui tourna le dos et se tint debout. Kalibeka alors mit un g-enou en terre, prit le jupon blanc et la chemise de Zaïrette par derrière, comme elle avait déjà fait par devant, les roula l'un dans l'autre, lui découvrit les cuisses, les fesses et même la chute des reins, d'autant plus a'sément que Zaïrette, par complaisance, tenait elle même son jupon et sa chemise roulés tout le plus haut qu'il était possible.
Kalibeka fut saisie de la finesse, de l'élégance, des grâces de cette partie du corps de Zaïrette ; elle resta un genou en terre pour s'en rassasier de plus près ; elle considéra ces fesses longtemps sans proférer une seule parole ; puis, tendant les bras : « O croupe de houri ! s'écria-t-elle ; ô fesses plus blanches que
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la cime du mont Imaiis ! pommes de cristal, est-il écrit que vjus serez froides, impassibles et sans mouvements, pendant que vous exciterez l'impatience de la main qui vous tiendra? Cila ne se peut, poursuivit-elle. Essayons. Recevez, ô charmantes fesses ! mes doig-ts comme des branches de myrte, et toute ma main comme un bouquet qui vous flattera mieux qu'un autre et plus encore à mon gré. «
Kalibeka alors passa le bras droit sous le ventre de Zaïretle, qui était d'une taille très fine. Elle s'en trouva enveloppée et sentit sa main sur sa chute de reins. Kalibeka, de son autre main, fît un frottement très vif sur les cuisses et sur les fesses de Zaïrette, entrecoupé par de petites claques légères, dont elle ne laissa pas de se sentir émue ; eu sorte que, soit par ce sentiment, soit par condescendance, Zaïrette agitait son petit cul avec assez d'enjouement; et Kalibeka continuait toujours en disant : « Non ! non ! fesses précieuses ! vous n'êtes point insensibles, toutes glacées que vous êtes. Je sens déjà, sous ma main, de petits trémoussements semblables au sourire des joues, qui me sont d'un grand augure ; vous êtes pleines de vie et de sentiment : vous pourriez déjà prétendre aux plus grands honneurs dans les jeux qui se feront tantôt. »
A ces mots, Kalibeka se releva et reprit son maintien ordinaire. « Eh bien ! madarr\e, reprit Zaïrette en souriant, que deviendrai-je en cet état? » — « A l'instant, ma fille, répondit Kalibeka, vous verrez quatre petites portes s'ouvrir, comme dans la première salle; trois filles y entreront et l'empereur passera par la quatrième. Vous l'y suivrez, dans un petit cabinet rond, bâti d'un bois odoriférant. » — « Et à quel traitement, madame, repartit Zaïrette, dois-je m'altendre dans ce cabinet ? ;>
« Il est de votre devoir, ma fille, répondit Kalibeka, de vous présenter à lui comme vous voilà. Vous ferez plus : vous verrez des verges accrochées tout autour du mur; vous en prendrez une, vous la lui offrirez pour qu'il vous fasse la faveur qu'il aura faite aux autres; vous lui présenterez votre derrière debout; s'il ne vous dit rien, vous vous mettrez à ses genoux, toujours les fesses bien découvertes ; s'il ne vous parle point encore, vous vous coucherez sur le ventre et ferez jouer vos belles jambes en l'air. Peut-être arrivera-t-il que tout cela ne le touchera point; alors, ma fille, il faut emprunter toute
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l'apparence de la colère; il faut vous venger de ses mépris; vous devez vous relever dans le moment, l'attaquer, le combattre, le renverser sur un carreau, détacher sa culotte, découvrir son derrière sans ménagement, tomber dessus, la verge en main, jusqu'à ce qu'il se réveille. Cela ne tardera pas, ma fille : l'empereur rendu à lui-même, vous saisira, vous enlèvera dans ses bras et vous renversera sur les carreaux à votre tour... Je me tais sur le reste qui dépendra de son caprice ou de son goût.
Tout ce discours fît à Zaïrelte une impression profonde; elle en demeura rêveuse un moment. Elle cherchait à se rendre raison d'une cérémonie si singulière; elle ne concevait point comment l'empereur, si bien à portée de posséder une femme de son goût, ne jouissait pas d'elle en effet de la manière la plus prompte et la plus décisive; elle n'imaginait pas ce qui avait pu donner lieu à ces exercices de verges, ni quelle utilité on en devait tirer. Elle le comprenait d'autant moins qu'elle ne croyait les verges propres qu'à corriger des enfants, comme elle l'avait elle-même éprouvé dans sa jeunesse première. Zaïrette ignorait alors qu'il n'est point de vigueur, mâle ou femelle, qui puisse se conserver dans l'ardeur du premier feu ; qu'il est dans l'un et l'autre sexe des tempéraments naturellement tièdes ; qu'il en est d'autres qu'un exercice continu fatigue et endort à la fin et qu'on ne peut réveiller avec succès qu'autant qu'on emprunte de pareils secours. Kalibeka l'instruisit à fond de toutes ces choses, qui lui parurent bien nouvelles ; mais elle étonna encore plus Zairelte, lorsqu'elle voulut lui persuader que ce dernier état est de tous le plus à désirer, en ce qu'il ne permet que des jouissances en quelque manière pénibles et douteuses, d'où naît toujours une irritation de désirs et par conséquent une su lériorité de plaisir.
Zaïrette n'avait jamais fait ces réflexions, qui ne se présentent pas, en elTct, à tout le monde. Elle convint qu'on pouvait les appliquer aux hommes; mais comme elle jugeait du tempérament vif des femmes par le sien, elle avait peine à croire que son sexe put lomb^- dans le cas d'avoir besoin de semblables moyens.
: « Madame, dit-elle à Kalibeka, permettez-moi de vous demander si les femmes se déterminent aussi facilement que les hommes à employer ces sortes d'expédients. » — « Oui, ma
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fille, répondil Ktilibeka : elles en font bientôt les premières épreuves ; successivement ce devient un usage, et le besoin s'ensuit immédiatement après. » — « Le besoin ! s'écria Zaïrette étonnée. » — « Hélas ! ma fllle, reprit Kalibeka, tout se suit dans la natui-e, tout se lie et tout se tient. Si l'on voit les besoins engendrer les habitudes, on voit de môme les habitudes engendrer des besoins... » — « Madame, ces sortes de besoins ne m'entrent point dans la tète, à moins que vous n'ayez la bonté de me dire si vous avez par vous-même quelque expérience là-dessus. » — « Oui, ma fllle, répondit Kalibeka. Je suis entrée à quinze ans dans ce sérail ; j'en ai plus de trente, et vous devez vous en rapporter à moi. » — « Mais, madame, reprit Zaïrette, vous représentiez donc aussi, dans cette seconde salle des actes? » — « Ma fille, lui dit Kalibeka, je pourrais y reparaître encore, puisque je suis honoraire dans toutes les salles. » — « Mais, reprit-elle, madame, si l'habitude fait naître en vous le besoin, comment le besoin ne vous est-il pas resté?... »
A ces mots, Kalibeka releva la tête et lui dit : « Petite étrangère, vous me manquez de respect! » Zaïrette lui demanda pardon de cette indiscrétion ; elle lui jura qu'elle n'avait pas cru lui déplaire et que c'était de sa part une simple curiosité. « Non, non, reprit Kalibeka, d'un ton plus animé, vous voulez développer des secrets que je renferme. » Zaïrette protesta que ce n'était point sa pensée. « Non, non, poursuivit Kalibeka^ vous voulez savoir si l'usage de la seconde salle me plaît, si j'en aime l'exercice : je vous vois prête à me proposer d'en faire une répétition. » Zaïrette était toute craintive et tout embarrassée. « Petite étrangère, poursuivit-elle, vous affectez une humble contenance, mais vos regards décèlent votre audace, et je sens que si je vous mettais à même, je ne pourrais m'en garantir : je le sens, je le vois, dit-elle avec colère, et il faut que je vous châtie ! »
A l'instant Kalibeka tira de dessous sa robe une longue verge de joncs, et du bras droit prit et enleva par la ceinture Zaïrette, de qui le jupon et la chemise étaient encore en état. Mais du même mouvement, Kalibeka la remit à terre, lui donna la verge qu'elle avait dans la main, et lui dit : « Jeune fille, voyons si je ne me trompe point. Essayons jusqu'où peut aller votre témérité. » Tout de suite, Kalibeka se voila le visage se jeta sur un lit, s'y coucha sur le ventre et ne parla plus.
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Zaïrette fui d'abord troublée de cette démarche et se trouva un moment inquiète sur le parti qu'elle avait à prendre : d'un côté, le respect qu'elle avait pour celte dame et la peur de lui déplaire lui causaient de vraies alarmes; d'autre part, la grande verge que cette dame lui avait remise, le discours équivoque, celte dame elle-même couchée sur le ventre, tout lui servait de preuve que Kalibeka s'attendait à l'exercice de cette verge et qu'elle le demandait... Zaïrette prit son parti : elle s'approcha du lit et lui dit en souriant : « Madame, savezvous qu'on ne tourne jamais le dos à quelqu'un sans lui présenter le derrière? Savez-vous, madame, continua-t-elle, que je suis à même du vôlre, qu'il ne tient qu'à moi de le découvrir, de le voir, et que j'en suis toute tentée? » Kalibeka ne répondit rien. Ce fut un bon signe pour Zaïrette : elle s'enhardit; elle troussa son grand manteau, qui traînait à terre, elle le replia et le rangea sur le lit et par-dessus sa tête. « Madame, repritelle, voilà votre grand manteau troussé : je pourrais bien en faire autant de cette jupe... » A toutes ces propositions, Kalibeka ne faisait point de réponse et paraissait seulement occuper sous elle ses deux mains. Zaïrette leva cette jupe. « Madame, dit-elle, voilà de plus votre jupe sur votre tête. » A cela, point de réponse encore. Elle leva la dernière jupe de même, en sorte qu'il ne restait que la chemise. Zaïrette, pour lors, passa sa petite main par-dessous, fut trouver les fesses de Kalibeka, qu'elle sentit très.fraîches ; elle les caressa, les mania ; elle les frotta et leur donna un assez grand nombre de claques à peu près comme celles qu'elle venait elle-même d'avoir. Enfin elle leva la chemise tout à fait et découvrit entièrement son cul, qui lui parut d'une couleur brune, mais ferme et charnu et dans de belles proportions. Aussitôt, elle y appliqua quelques coups légers de sa verge et Kalibeka se réveilla, pour ainsi dire, alors de son assoupissement : elle se mit tout à coup dans un mouvement extraordinaire, qui fît tomber, malgré les précautions de Zaïrette, ses jupes et sa chemise. Zaïrette s'en impatienta : elle les retroussa sur les reins de Kalibeka; elle monta sur le lit et se mit sur sa croupe, et de cette éminence elle vergeta un moment les fesses de Kalibeka. Mais cette dame, d'un coup de cul, l'éleva bientôt en l'air et la fit tomber au pied du lit. Zaïrette devint une petite furieuse : elle lui assembla les deux cuisses, elle lui rapprocha les deux
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genoux et se mit à cheval sur ses gras de jambes, elle fouetta le cul de Kalibeka beaucoup plus à son aise et de toutes ses petites forces. Pendant tous ces mouvements, Kalibeka parlait, mais semblait parler à elle-même et trop bas pour qu'on pût l'entendre. Il lui échappa un grand soupir : « O Mahomet, s'écria-t-elle tout à coup, permets-tu qu'on traite ainsi des fesses de souveraine ! Que tout un cul de la fille du roi de l'Inde soit à la merci d'une fille d'Europe! » Zaïrette continuait cependant et fouettait avec courage, lorsqu'enfin Kalibeka fit deux ou trois grands soupirs consécutifs et lui dit : « Suffit, suffit; ce n'est pas là mon compte! » Zaïrette se leva bien vite; Kalibeka se releva de même aussi promptemenl et passa dans un cabinet, ayant toujours le visage voilé.
Zaïrette se trouvant seule, cette verge à la main, encore tout agitée de ce qui venait de se passer, en demeura étourdie un instant; puis tout à coup', il lui prit un éclat de rire qu'elle eut bien de la peine à retenir. En effet, lorsqu'elle se représentait toute cette scène, lorsqu'elle rapprochait sous le môme coup d'œil la dignité de cette dame, la gravité de son discours et le comique de ses procédés, elle était en droit, en qualité de Française, de regarder le mélange de toutes ces contradictions comme une véritable folie. Zaïrette en jugeait à la manière de son pays, où l'on sait que le langage du plaisir n'est autre chose qu'un froid et puéril enjouement, où toutes les affections lascives ont des mesures, où la luxure elle-même n'est jamais qu'une action simple, uniforme et légère, telle que l'inspire un sentiment frivole qui naît et se dissipe comme une vapeur. Elle ignorait que tout tire son caractère de Tinstinct d'une nation ; qu'en d'autres climats que l'ardeur du soleil dévore, la luxure règne comme la soif et la faim ; que tout la réveille, que tout l'irrite; qu'il n'est point d'appétits fantasques qu'elle ne suggère, point d'épreuves ni d'inventions imaginables qu'elle n'admette pour s'apaiser.
Zaïrette n'étant point en état de faire ces réflexions n'en faisait aucune. Elle devint seulement, après quelques moments, curieuse de savoir ce que la dame pouvait faire dans ce cabinet; elle prit garde que la porte n'en était tout à fait fermée; elle y regarda et vit un spectacle qui lui parut nouveau.
Kalibeka était toute nue, debout entre les cuisses d'une jeune négresse, qui s'était assise sur un carreau et de chaque main
IIISTOIUE DE ZAIUETTE
lui empoii'fiail le bas du la jambe, pendanl qu'elle avait le visage collé, ou sur sou ventre, ou sur ses cuisses, et lui léchait incessanuncat, et avec un air d'avidité, toute cette partie du devant de son corps. Zairette, en même temps, aperçut deux autres négresses beaucoup plus petites ; elles étaient debout derrière elle, embrassaient ses g-enoux et promenaient leurs langues, avec une prestesse admirable et à l'envi l'une de l'autre, le long de ses cuisses, sur ses fesses et sur tout le contour de son cul, qui, parmi ces figures noires, paraissait d'une blancheur extrême et d'une grande beauté.
Zaïrette fit beaucoup attention à celte nouvelle cérémonie, qui l'occupa et la réjouit un instant. . Kalibeka, entre ces négresses, se remuait, s'agitait ou pirouettait incessamment...
Tout cet exercice avait été entrecoupé de paroles de part et d'autre si vives, même de quelques cris si souvent répétés, qu'on eût cru entendre une querelle, si l'on n'eût pas vu que ce n'était qu'un jeu. Mais alors il y eut un profond silence, et qui dura quelques moments. Kalibeka se réveilla enfin comme d'un sommeil ; elle se releva, soutenue par ses négresses, et se plongea dans un bain. Les trois jeunes négresses se retirèrent : il en vint une autre c^ui Tétuva et la parfuma avec une promptitude et une adresse extraordinaires.
Kalibeka sortit du bain. Zaïrette comprit qu'on allait l'habiller; elle revint et se rapprocha du lit où cette dame l'avait laissée. Elle allait s'y asseoir, lorsqu'elle y remarqua un instrument que la dame avait oublié d'emporter avec elle; elle crut d'abord que c'était une espèce de fruit du pays, étant pointu par un bout, où elle voyait la forme d'un bouton de rose vermeil ; mais elle le prit et se détrompa quand elle le vit couvert de velours de la même couleur. Elle mesura; il était plus long' que sa main. Elle l'empoigna; c'est tout ce qu'elle put faire. Elle le sentit assez ferme du toucher, sans être dur ; elle prit garde à deux petites boules qui tenaient à l'autre bout; elle les pressa de la main tout de même, et alors elle fut assez surprise de voir qu'autant de fois qu'elle pressait il jaillissait, par la pointe de ce bouton de l'ose, un filet d'eau d'une odeur douce et agréable. Zaïrette comprit d'abord l'usage auquel ce petit instrument était destiné... et dans le moment même elle entendit la porte s'ouvrir et vit Kalibeka paraître.
Zaïrette abandonna cet instrument, se remit à terre et vint
HISTOIRE DE ZAIRETTE 3o I
lui dire : « Ali! madame, daus ce moment-ci j'aurais un bon besoin de quelques négresses autour de moi ; que je serais heureuse si on voulait me les accorder !» — « Ma fille, répondit Kalibeka avec hauteur, votre demande est inconsidérée ; on n'obtient cet équipage que du Grand Moufhack lui-même : c'est une récompense c^u'il donne et qu'il faut mériter par ses services. »
Zaïrette fut bien étonnée de l'extrême froideur dont Kalibeka accompagna sa réponse. Cette dame, vêtue et coiffée d'une tout autre manière que le moment d'auparavant, paraissait elle-même une tout autre personne. Zaïrette ne pouvait se persuader que cette dame, si sérieuse et si recueillie, fût la même qui, un instant avant, l'avait excitée à lui trousser le derrière et à lui donner des coups de verges sur les fesses. « Madame, lui dit-elle, à ce sérieux je ne reconnais point Kalibeka qui était là tantôt couchée sur ce lit. » — « C'est à cela même, répondit-elle, que vous devez la reconnaître. » — c( Mais, reprit Zaïrette, est-ce bien vous qui me présentiez tantôt les fesses de si bonne grâce, qui m'ont donné tant de peine pour les tenir et tant de plaisir à les fouetter? » — « Je ne sais, cela peut être, répondit Kalibeka : il est en nous des effervescences lubriques où l'âme se trouble... La qualité de nos tempéraments nous rend sujettes à ces espèces de fièvres semblables à de vrais délires, où l'esprit s'égare, se confond et se perd; mais ce sont des accès qui passent, et la raison, qui n'a point eu de part à ce qui a eu lieu en son absence, reprend bientôt son empire et rétablit nos sens dans l'ordre et dans leur premier état.
« Revenons à votre instruction, ma fille, continua Kalibeka... Je vous ai laissée dans le cabinet rond de la .seconde salle des actes ; je vous y ai laissée avec le Grand Moufhack et à sa merci; car vous y serez soumise à ses caprices : mais ce ne sera que pour quelques moments ; vous le verrez bientôt après disparaître; il ira de suite, et suivant l'usage, dans les trois autres cabinets, où seront les trois autres jeunes filles, préparées comme vous à tout événement. Pendant ce temps, une femme viendra vous joindre, vous fera prendre un demibain et vous donnera de nouveaux parfums ; et c'est ainsi que se doit faire votre installation dans la seconde salle des actes.
302 HISTOIRE DE ZAIRETTE
« Enfin, le Grand Moufluick se rendra près de vous et vous fera passer dans la salle des chants. L'architecture en est semblable à la pi'L^cédente ; c'est une rotonde ég-ale, mais les ornements en sont différents. Un amphithéâtre à trois degrés eu fait le tour. Au-dessus de cet amphithéâtre règne un entablement d'où s'élève un mur plus blanc que les neiges, et ce mur est à demi masqué par un grand nombre de colonnes incrustées d'or en lames et parsemées de cornalines, de jacinthes et de topazes d'une énorme grosseur; les étoiles ne jettent pas un éclat plus vif ni plus varié.
« Vous y serez surprise, ma fllle, d'un doux saisissement, mais qui redoublera bientôt à l'aspect de cet amphithéâtre à trois rangs, sur lequel vous verrez placées deux cents filles, l'image du ciel, toutes vêtues et coiffées d'une richesse et d'un goût sans pareil; vous vous sentirez bientôt entraînée vers elles : vous vous avancerez en effet, pour voir et considérer de près la galanterie de leurs parures, la beauté de leurs visages et la tendresse de leurs regards. Vous les verrez tourner ou poser lascivement une tête ornée de fleurs mêlées à des guirlandes de diamants ou couverte de bouquets de plumes de toutes couleurs assorties d'émeraudes et de rubis, une gorge d'albâtre découverte, que plusieurs cordons de perles et de saphirs sembleront caresser en s'y jouant. Leurs robes d'or, d'argent ou de soie, relevées de mille pierreries, vous paraîtront étincelantes; et chacune, en effet, ferait la richesse d'un vaste royaume. »
Zaïrette, qui n'avait jamais ouï parler d'une magnificence pareille, fut saisie d'une espèce d'éblouissement à ce discours. Elle avoua franchement à Kalibeka que tout le faste des princes d'Europe n'en donnait pas la plus petite idée, et elle se confondait en admiration, lorsque Kalibeka reprit la parole et lui dit : « Ma fllle, que penserez-vous donc lorsque ces anges feront entendre des voix célestes, soutenues de l'harmonie de leurs divers instruments? Que deviendrez-vous, ma fllle, lorsque tout à coup un chœur de fées frappera les airs et la voûte du nom qui vous sera alors donné, et qui doit vous rester, du nom de Nurmehall, de Niourgiaham, de Rauchenara, que sais-je? Plus elles trouveront de beauté et de grâces en vous, plus elles chanteront et moins elles détermineront le nom seul que vous devez porter. Voilà quel sera le début du concert.
HISTOIRE DE ZAIRETTE 3o3
« Vous entendrez après ces charmantes filles chanter ks vertus, la gloire et les amours de leur souverain ; vous les verrez s'accompagner d'instruments militaires ou champêtres, mais surtout de plus de cinquante harpes semblahles à celle de David, dont l'harmonie sourde est si tendre et si douce qu'elle semble échapper à l'oreille pour pénétrer plus tendrement les cœurs et répandre sur tous les sens sa mollesse et sa volupté. Elle excitera dans les vôtres de ces émotions que vous ne sentîtes jamais. Cependant, ma fille, continua Kalibeka, vous prendrez g'arde au dernier rang de l'amphitliéàtre, et vous irez y occuper une place qui vous y attendra.
« Le trône de l'empereur est au milieu du cercle; c'est une espèce de sopha peu élevé, couvert de velours pourpre et d'où pendent deux houpes de perles. Au-dessus du dossier est un globe d'or d'où partent mille rayons, et qui est couvert de diamants aurore; ce soleil est si radieux, que les regards ne peuvent le soutenir. Au pied du trône est un paon d'or dont les yeux sont de rubis et le plumage du cou de semence de perles. L'empereur y est assis, s'y repose et y jouit de tout cet enchantement. Ce spectacle est reg^ardé comme un repos, en effet, et un délassement pour lui ; la lubricité n'y devrait pas être admise, mais elle n'a point de porte fermée cliez l'empereur de Karakatay, et tout ce qu'il peut faire est d'observer certaines formalités...
« Il est sur ce trône, au milieu de cette salle, comme l'astre du jour au centre de l'univers, environné de ces jeunes fées semblables aux étoiles du firmament. Leurs regards fondent sur lui; leurs chants assiègent son âme; tout le saisit, le retient et l'arrête dans un état délicieux et pénible où il ne saurait se contenir longtemps. Aussi, voit-on qu'il en sort bientôt et qu'il ne craint pas de fouler aux pieds toute règ-le, quand les talents, quand la beauté de quelqu'une de ces admirables filles le séduit et le décide.
« A l'instant il l'appelle et lui déclare hautement qu'il veut l'entendre de près. Elle se lève, elle descend et vient, toujours chantant, se placer sur le trône même, où se trouve un coussin pour elle, à côté de l'empereur. Là elle continue de se faire entendre, comme si, en effet, elle n'y était que pour chanter; mais la perfide sait ajouter à cela des accents si lascifs et si doux, des attaques légères du bras, de l'épaule ou du pied; elle
3o4 HISTOIRE DE ZAIHETTE
sail regarder son maître avec des yeux si pleins de désirs el de feu, que peu après il succombe toujours.
« Alors le paon qui est au pied du trône en ferme l'entrée ; un seul ressort développe sa queue, l'étalé et masque le trône comme un nuage, et, si l'on y jette les yeux, on ne voit plus qu'une gerbe de plumes apparentes, chargées de pierreries de toutes couleurs et qui représentent avec un éclat éblouissant les plumes naturelles de cet oiseau et leur admirable variété.
« Le Grand Moufhack ne peut s'écli^îser plus longtemps sous le nuage qui le couvre. La jeune chanteuse se lève tout à coup, se met devant lui, sa harpe ou son luth à la main. Moufhack lève au plus tôt sa robe, sa chemise, lui met les fesses nues, et en cet état la fait asseoir sur ses genoux. 11 jouit ainsi de ce qu'il peut et comme d'un plaisir qu'il dérobe et qui n'est pas pour lui le moins grand. Il est gênant, du moins pour la jeune fille : d'un côté, l'empereur l'occupe et l'inquiète, et, de l'autre, on est attentif à l'écouter, parce que rien ne la dispense de suivre les chœurs et les récits, soit en chantant, soit en accompagnant de l'instrument qu'elle a. C'est la règle, c'est un égard et une bienséance qui sont dus à l'assemblée de cette salle. »
On peut comprendre l'impression que firent toutes ces images dans la tête de Zaïrette, l'agitation qu'elles lui donnèrent et l'impatience où elle était de participer à ces fêtes, et on peut juger combien elle avait déjà tous ses sens disposés à en jouir dès le soir même. Aussi n'interrompit-elle Kalibeka que pour la prier d'achever au plus tôt de l'instruire.
(( Cette scène, reprit-elle, ma fille, dure quelques instants; on en apprend bientôt la fin par un cri plaintif et discordant de la jeune chanteuse, et qui donne lieu à un événement dont on est frappé la première fois : c'est qu'au moment même l'harmonie cesse, les lumières s'éteignent; tout à coup, on tombe dans une profonde obscurité et tout le monde se retire. » — « Et moi, madame? )) reprit Zaïrette... — « Et vous, ma fille, répliqua la dame, vous demeurez en votre place sans inquiétude, et, peu après, l'empereur de Karakatay vous enverra quérir, par une esclave messagère qui viendra vous tirer par la main de cette salle obscure et solitaire, pour vous faire passer dans un grand vestibule, où vous demeurerez seule jusqu'avec qu'il s'y soit rendu...» — « Mais, madame, reprit Zaïrette. quelles parures me fournira-t-on pour pouvoir me présenter dans toute^
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ces salles parmi des femmes vêtues et ornées de tant de sortes de goiUs et avec autant de mag-nificence? » — « Ma fille, répartit doucement Kalibeka, toutes réflexions faites, la nature y a pourvu : n'ayez recours qu'à elle. D'ailleurs, il est convenable qu'une femme nouvelle, inconnue à son maître, se présente dénuée de tout faste étranger... Il ne vous faut, ma fille, continua-t-elle, ni coiffure, ni robe; vous avez de jeunes cheveux en boucles : mèlez-y quelques fleurs; votre taille est fine et légère; ne lacouvi^ez que d'un corset blanc qui l'accompagne bien juste; votre g'orge, vos globules de tétons font le charme des yeux : découvrez-les comme étant prêts à faire le charme de la main. Tout votre corps, de la ceinture aux pieds, est d'un éclat si vif et si piquant, qu'il ne faut le vêtir ou plutôt rombrcr que d'un simple jupon blanc fort court... Tel est, ma flllo, l'habillement de l'occasion prochaine. » — « Et m'y voilà ! madame, s'écria Zaïrette; je suis donc toute prête à partir. » — « Oui, ma fille, reprit la dame, il ne nous faut plus qu'un moment d'entretien. » — « Eh bien! madame, s'écria Zaïi'ette encore, je me crois dans ce g'rand vestibule toute seule; apprenez-moi, de grâce, ce que je vais devenir... »
« Jeune fille, lui dit Kalibeka, vous verrez bientôt paraître le Grand iMoufhack. 11 passera sans s'arrêter : vous le suivrez selon l'ordinaire. Vous vous trouverez seule avec lui dans un corridor fort étroit et fort long- : on ne peut y passer qu'en défilant l'un après l'autre; il n'est pas d'ailleurs fort clair. Cependant, vous verrez l'empereur y marcher à g-rands pas, et incontinent, ma "fille, vous vous attacherez immédiatement à lui, de peur qu'il ne vous échappe et ne vous devance; et, pour plus de sûreté, vous ferez sagement, en marchant sur ses pas, de passer vos bras autour de lui et vos mains dans la ceinture de sa culotte.
« Cependant, vous i-emarquerez que peu à peu ce corridor s'élargit et qu'il aboutit à un beau salon, en demi-lune fort éclairé. On y voit rég'uer des g-radins tout autour, et sur ces gradins, une profusion sans égale de rafraîchissements, de fruits, de liqueurs et de vins de toute espèce, de tout ce que les terres de Chiros, de Casbin, de Candahar et de Kachemir i)roduisent de plus exquis.
(( Cette demi-lune paraît terminée par un rideau de toile d'arg-ent qui fait face et vous arrête; mais le Grand Moufhack fera un signe de la main, le rideau disparaîtra, et tout à coup vous
3o6 IIISTOIKE DE ZAIKETTE
VOUS trouverez dans la quatrième salle des actes : c'est celle des jeux.
« Cette salle est une g-alerie assez longue et dont la voûte est fort élevée; elle est, d'un bout à l'autre et depuis le pied du mur jusqu'à la corniche, revêtue de glaces avec des encadrements de bois d'aloès, de cèdre ou de santal. Au fond de la salle est une estrade de deu.x; pieds de hauteur, couverte d'un satin vert : c'est là que se font les danses et que le trône de l'empereur est placé. Plus de la moitié de ce grand lieu est couverte du même satin, sur lequel on marche si mollement qu'on pourrait le faire sur un sopha, et toute cette étendue en effet n'en est qu'un. L'inconvénient qu'on y trouve est qu'on ne marche pas d'un pied ferme; mais ce qui dissipe toute frayeur,^ c'est que les chutes y sont douces. »
On jugera bien qu'à ce discours, Zaïrette s'attendait à de nouvelles scènes non moins curieuses que les premières. En effet, elle était assise sur son coussin, en face et très près de Kalibeka, qu'elle n'avait garde d'interrompre, ses coudes sur ses genoux, ses mains sous le menton, comme inclinée devant toutes ces merveilles, la regardant fixement, dévorant ses paroles avec un transport qui l'agitait de la tête aux pieds. Kalibeka ne voulut pas rendre son état plus pénible, et elle acheva ainsi son instruction :
« Ma fille, dit-elle, attendez-vous à voir toutes les femmes de cette salle coiffées, vêtues et déguisées suivant le caprice qui leur aura pris. A^ous en verrez qui auront une demi-veste de coton blanche comme le lys, avec une jupe légère et de couleur vive, des babouches garnies de perles et de rubans qui leur envelopperont le pied, couvriront le bas de la jambe et laisseront le reste nu; d'autres avec des robes traînantes; d'autres avec la chemise seulement et la jupe de toile claire au travers de laquelle tout s'aperçoit et s'embellit dans un jour plus tendre et plus obscur; d'autres enfin à peu près semblables aux prétendus jeunes garçons de la seconde salle et qui porteront le caleçon de satin de toutes les couleurs. Telle est la liberté de cette salle, ma fille, et voici la cérémonie qui s'y observe :
« Dès le pas de la porte, vous trouverez cinquante filles rangées en haie pour aligner votre passage, vingt-cinq d'un côté et autant de l'autre.
« La première de chaque rang qui sera près de la porte
HISTOIRE DE ZAIRETTF. 807
paraîtra debout, la gorge ornée de rubans et de pierreries et le sein presque nu. La seconde sera posée sur ses mains, le corps en haut, droit comme un pin, ses pieds folâtrant en l'air, et offrira tout le devant, où le Grand Moufhack verra fort à la portée de lai la porte vermeille du trésor qu'elle a. Ce sont les filles de Lahore et de Serendib, qui savent se tenir dans ces attitudes et dont la souplesse est admirable, autant que leur lascivité... La troisième femme de chaque rang- se présente sur ses pieds, comme la première, et la quatrième paraîtra, comme la seconde, posée sur ses mains, tournée du côté contraire, en sorte qu'à celle-ci comme à l'autre, et ainsi de suite jusqu'au bout des rangs alternativement, on verra des chemises et des jupes renversées tombant à terre, des cuisses et des fesses élevées en l'air et s'y jouant avec des mouvements hardis et des positions toujours nouvelles.
Votre marche sera précédée de tambours et de timbales, et voici ce qui y servira : six filles, nég-resses de Pembo, de grande taille et de forte stciture, défileront deux à deux. Elles seront uniformes et vêtues d'une long-ue toile de coton mouchetée de mille couleurs, avec une ceinture de réseau d'or, la tête ornée de feuilles de palmier. Mais elles auront une ccharpe d'une étoffe d'or très ample et très épaisse, qui, partant de l'épaule droite, sera attachée sur la hanche gauche et s'y terminera. Chacune de ces nég-resses aura une autre fille soutenue sur sa hanche par cette écharpe, qui la tiendra en l'air ou la soulèvera du moins par le milieu dû corps, la tête tournée du côté de la porte, pour être portée à reculons, et suivra la marche en cet état. C'est ainsi que chaque nég-resse aura une fille attachée à son côté, dont elle ne verra que le derrière nu ; et comme il se trouvera posé sous la main et à la bienséance de la négresse, elle le claquera avec méthode et battra dessus une espèce de marche avec beaucoup d'art. On voit toujours avec une espèce de satisfaction nouvelle ces six nég:resses claquer ensemble six jeunes culs pendant à leur côté, et se concerter aussi bien. 11 est vrai qu'on y met en jeu de jeunes filles de Serendib ou des bords du Gange : elles sont un peu basanées, mais elles sont infiniment bien faites, leurs fesses sont de la dureté du porphyre, et les nég-resses qui savent appliquer dessus une main habile en tirent des sons clairs qui ont beaucoup d'éclat.
3o8 IIISTOmE DE ZAIRETTE
« Après les tuinboiirs m;ircheiiL les lijubales, et le limhalier est une jeune fille de la même nation, qu'on voit portée sur lo cou de sa petite camarade, assise sur ses épaules, les pieds passés par devant, et précédée de trois grandes noires de Congo qui doivent former le g-roupe et représenter les timbales. Voici leur position : la première en tête, fière et ferme sur ses pieds, porte autour d'elle une large ceinture de soie; la seconde derrière elle tient des deux mains cette ceinture, y pose et appuie son front, lève le cul en haut et établit ses pieds sur les épaules de la troisième négresse, qui suit. C'est ainsi que la seconde, ayant la tête basse et le cul élevé bien haut, présente la timbale au timbalier et qu'il s'en élève deux pareilles à ses côtés; et toujours il arrive que la jeune espiègle rend bien sur les timbales tous les coups de tambour qui éclatent sur les fesses de ses compatriotes, d'autant qu'elle a beau jeu : le derrière de ces grandes négresses est semblable à un gros carreau de velours; leurs fesses ne sont pas molles, mais elles sont grosses et charnues, et la petite timbalière, qui tombe dessus à pleine main et de toutes ses forces, et qui en tire des sons plus sourds, les multiplie cependant avec une grâce et une prestesse qui ne laisse rien à désirer.
« O belle Fanguy ! s'écria Kalibeka, vous voilà donc à l'entrée de cette salle, marchant à la suite de l'empereur de Karakatay, entre les deux files qui forment votre passage... Ce n'est pas tout. A peine aurez-vous fait quelques pas que vous trouverez un arc de triomphe par-dessous lequel il faudra passer... Au bout de ces deux files sont deux de ces grandes négresses, nues de la tête aux pieds, mais toutes couvertes de perles enfilées du même cordon, qui, par mille tours et retours, leur ceint les bras, le corps, les cuisses et jusqu'aux genoux.
« Ce sont là les deux colonnes sur lesquelles l'arc est posé. On y voit, non sans désirs, une fille de Kachemir, dont la peau, plus blanche et plus fine que la porcelaine, fixe les regards un temps. Elle est plantée entre ces deux négresses, sur leurs épaules, faisant face à l'empereur, droite comme une tige de canne à sucre, et se balançant de même, comme invitée par le mouvement de l'air, mais bien plutôt pour varier les positions d'une molle volupté. Elle est nue : deux gros rubis brillent sur les deux boutons de son sein; tout le reste de son corps est couvert d'un cordon d'émeraudes qui l'environne et ne cache
HISTOIRE DE ZAIHETTE
que trop sa beauté. C'est ainsi que. le pied gauche sur une des colonnes, le pied droit sur l'autre, elle a ses cuisses tout ouvertes et forme une voûte céleste sous laquelle le Grand Moufhack s'arrête et qu'il a beaucoup de peine à quitter.
« Tout ce spectacle s'évanouit et se confond parmi la foule. L'empereur continue sa marche; il arrive au fond de la salle; il s'y asseoit sur un carreau de velours vert, et ce carreau devient tout à coup un trône, non de diamants ni de rubis; il est bien plus précieux : deux jeunes filles de Tiflis, masquées, la gorgrt couverte, vêtues jusqu'à la ceinture, et toutes nues de la ceinture en bas, po.sant la tête et les mains sur le mur, à la hauteur du carreau, qu'elles accompag-nent des épaules, des reins et de la croupe, en se rangeant chacune de son côté comme un bras de fauteuil. Leurs derrières, leurs cuisses et leurs jambes nues, en face de la porte d'entrée, représentent les pieds de devant; et comme ces prétendus pieds de fauteuil sont des jambes fines, des cuisses moulées, des fesses en boules d'ivoire, on est toujours incertain que la main du Grand Moufhack y puisse reposer... Mais ce n'est point là divertissement entier. Vous verrez une fille g'recque se glisser subitement derrière l'empereur, les pieds posés sur une saillie de lambris, le dos contre le mur, les cuisses nues, un peu écartées, pour ajouter à ce fauteuil une espèce de dossier, sur lequel le monai-que ne manquera pas d'asseoir sa tête et de l'y laisser séjourner un peu, pendant que deux autres filles de Lahore, vêtues de même jusqu'à la ceinture seulement, paraîtront élevées sur les bras du fauteuil ou sur les épaules des deux Georg-iennes, se tenant la main avec celles qui forment le dossier, rapprochant leurs trois tètes et formant ainsi l'impériale du trône, en se donnant mille baisers.
« De là, vous veri'ez sur l'estrade cinquante danseuses partir, au son d'une harmonie vive, comme autant d'oiseaux échappés de la volière, embellis de plumag-es différents, mais animés d'une même gaîté et transportés d'un même amour. tous en l'air, tous voltigeant, par ordre ou confusément, les uns parmi les autres, avec des enthousiasmes et des élancements de luxure qu'ils iront porter à tous les cœurs.
« Cette sorte de confusion n'est qu'un début et qui dure peu d'instants : des symphonies mélodieuses se font entendre, elles animent des fêtes champêtres et des danses qui viennent
IIISTOIUK DE Z.VIIIKTTK
peindre des passions plus douces et plus légères. (Quelquefois c'est la représentation de deux bergers, habitant les bords de l'Euplirate : ils apparaissent sur la scène ensemble, et chantent séparément leurs amourettes sur des musettes ou des hautbois. A peine ont-ils commencé que, du fond de l'esli^ade, on voit se glisser une bergère, innocente et timide, qui, pourtant attirée par des sons harmonieux, semble s'être échappée des mains de ceux qui la gouvernent, pour venir voir et jouir de ce qu'elle entend. Déjà le mouvement de l'air qui se joue excile et anime ses pas; déjà les deux bergeis la partagent; elle veut être à chacun d'eux et à tous deux à la fois; elle les devance, les suit, les environne, s'approche de l'un désirant l'autre, pirouette, voltige, et s'enchante elle-même jusqu'à l'épuisement.
« Souvent, ce n'est point cette scène; c'en est une aussi expressive et aussi piquante. C'est un rendez-vous, où la bergère arrive la première et donne à ses pas et à ses mouvements un sentiment d'inquiétude et de colère, Son amant arrive et vole à elle; mais il n'en reçoit d'abord qu'un regard sévère. Elle veut le punir, elle le fuit ; il se lance après, il la ramène ; elle se tourne et retourne et le trouve toujours sur ses pas; il l'embarrasse, il la fléchit, il lui saisit une main ; elle le regarde et lui tend l'autre. Ils se tiennent, ils se serrent, ils croient alors être en faute tous les deux; ils se pardonnent et semblent ne disparaître que pour aller ensemble cacher leurs plaisirs aux yeux de l'univers.
« Plus souvent encore, c'est l'image ou la représentation d'un héros redoutable, dont la vaillance surmonte l'etfort des hommes et le pouvoir des génies. On y voit tout un choiur de fées se rassembler, essayer leurs enchantements contre lui, venir, sous les formes les plus aimables et les plus touchantes, l'attaquer, l'environner, la guirlande de fleurs à la main; combattre son insensibilité par des chants remplis de noblesse et d'amour; et l'on s'étonne de voir leurs charmes inutiles, quand tout à coup on est frappé de l'éclat d'une fée nouvelle qui sembleavoir percé la nue et s'être lancée dans la foule, où d'abord les regards fondent sur elle, où elle fixe tout. Elle aperçoit l'ennemi terrible; il se présente avec de fiers regards, que cette jeune fée ose à peine confondre parmi la douceur des siens. Encouragée i)ourLant par une harmonie nouvelle, elle
HISTOIRE DE ZAIRETTE
s'expose, elle développe à dessein ses bras timides et fait quelques pas jusqu'à lui. Mais quelle révolution! KUe est venue pour surprendre un cœur obstiné : on la croirait déjà presque surprise elle-même, presque atteinte du feu qu'elle allait porter. A la voir, on le juge du moins; on l'imagine de môme. Un sentiment l'emporte, un autre la retient. Elle s'avance incertaine et s'approche, puis elle s'éloigne et va chercher, dans l'ombre des distances, à livrer librement son cœur aux mouvements qui l'agitent. C'est là qu'elle cède son état, qu'elle se voit, qu'elle se considère, qu'elle se recherche, et rend compte des grâces et des beautés qui sont en elle, toutes naissant les unes des autres, dans la mollesse de ses attitudes, et toutes vivant de l'âme de ses regards. Cette ivresse la ramène et la rapproche; le héros n'y résiste plus. En effet, les armes lui tombent des mains : tant d'amour et de beauté le transportent et le ravissent...
« C'est ainsi que le triomphe se partage, que la jeune fée parait jouissante de ses propres soupirs et de ceux du héros quelle aime, voltigeant autour de lui, se multipliant à ses yeux sous des aspects toujours plus enchanteurs, où il semble en effet que ce soit un corps céleste accompagné d'ailes invisibles qui le soutiennent, le soulèvent et laissent poser à peine sur terre la pointe du pied. Le miracle est fait : le héros se prosterne; il adore.,.
« Mais l'empereur de Karakatay se trouve si fort ému de cette situation qu'à l'instant même le charme cesse! la jeune fée quitte le prétendu héros, qui n'est qu'une femme comme elle, et vole à lui comme un lég'er oiseau et se rabat sur ses genoux. Le g-rand Moufhack veut la retenir; son trône disparaît. La jeune fée reste seule; elle tombe assise sur lui ; elle l'embrasse de ses cuisses, et lui donne l'avant goût d'une jouissance qu'on ne peut comparer à rien. Je dis l'avant-goût : en effet, il n'a point de jouissance complète, parce qu'il est très important de le bien exciter. Aussi l'instant d'après voit-on toujours la jeune fugitive s'échapper de ses mains et aller se confondre parmi les chœurs des danses. Aussi remarquc-t-on de même le monarque allumé la suivre à pas précipités; et il est bientôt près de l'atteindre, lorsque, pour se g'arantir et se sauver, elle prend enfin un dernier parti, c'est de s'élancer par derrière sur deux filles esclavonnes, d'appuyer son sein sur leurs épaules, ses
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bras autour de leur cou, de les rapprocher l'une de l'autre assez pour recevoir tout à la fois de chacune d'elles un baiser. Son corps en cet état est suspendu, et les jambes flottantes; mais deux grandes femmes tartares sont là toutes piêtos à lui faire un appui de leurs mains, et elle ne manque pas d'y poser ses pieds, demeurant en cet état comme en sûreté et au-dessus des atteintes de l'empereur, qu'elle ne voit plus derrière elle. Mais le grand Moufhack y est et n'a besoin que d'être élevé de même pour former son attaque. En effet, sur-le-champ on voit se présenter à chacun de ses côtés ces vigoureuses négresses, ayant l'une l'écharpe sur l'épaule droite terminée sur la hanche gauche; l'autre, l'écharpe sur l'épaule gauche aboutissant à la hanche droite. Le monarque ne perd pas de temps entre ces deux femmes : il passe un pied, puis un autre, dans ces deux écharpes comme sin' de forts élriers ; il s'élève ferme sur cet appui à la hauteur de la jeune fée, qui ne paraît pas se douter qu'il soit si près d'elle, parce qu'elle n'en voit rien ; mais il la joint, il la trousse, il lui met toute sa belle croupe au grand air ; il saisit ses cuisses, entre lesquelles il passe et qu'il soutient sur ses côtés, avec sa force incomparable, ainsi que ses jambes et ses pieds, qui folâtrent autour de lui, sur ses épaules et sur ses reins, pendant que cette jeune fée s'appuie sacs peine et sans efforts sur le cou des deux esclavonnes, qu'elle tient ensemble embrassées, parce qu'alors elle est liée au Grand Moufhack par la ceinture et par le reste du corps, formant avec lui une espèce d'édifice cintré d'autant plus solide que Moufhalk y met la clef de voûte, que les deux esclavonnes et les deux négi-esses en sont les colonnes et les arcs-boutants.
« C'est ainsi que l'empereur vainqueur jouira de la conquête tout à l'heure et sera porté en triomphe jusqu'au milieu de la salle parmi les danses, les sauts et l'acclamation générale de toutes les charmantes filles qui l'environnent. »
A ce tableau, Zaïrette ne put s'empêcher d'interrompre Kalibeka, en levant les bras au ciel et en se prosternant devant toutes ces merveilles. Mais Kalibeka la remit et continua son discours.
« Ne vous éblouissez point, ma fille, lui dit-elle; toute cette gloire n'aura pas de durée et sera bientôt l'image des pompes et des grandeurs d'ici-bas, qui sont toujours passagères. Le triomphe de .Moufhack s'évanouira : vous verrez tout cet admi-
HISTOIRE DE ZAIRETTE 3lj
rable édifice ébranlé ; les colonnes tressaillir, la clef de voûte se déplacer, la voûte même se disjoindre et se parta;g-er. tout l'édifice, enfin, crouler, fondre et se renverser...
« Dès ce moment, toute la salle ne sera plus qu'une subversion totale, qu'un abîme, qu'un chaos. Le Grand Moufhack, après sa chute, paraîtra roulant par terre, presque accablé sous l'effort des filles qui l'attaqueront, néanmoins combattant avec valeur, renversant les unes, troussant les autres, culbutant parmi toutes; de ses mains arrachant des jupes, des chemises, des caleçons, mordant des fesses brunes, claquant des fesses blanches, pendant que deux cents mains fondront sur lui à coups pressés, le claqueront lui-même, briseront sa ceinture, partageront sa culotte, lui pinceront les reins, lui chatouilleront la plante des pieds, mais d'une manière insupportable. qui épuisera enfin son courage et sa vigueur et le forcera d'abandonner son sceptre entre les mains de la plus brave de ces filles, de demeurer immobile sous elle, et de s'avouer hautement défait et vaincu. »
« Et moi, madame, s'écria vivement Zaïrette, que deviendrai-je pendant ce terrible combat? » — « Vous en aurez d'autres, ma fille, à soutenir, lui répondit froidement Kalibeka. Ce sera une jeune beauté de Lahore, embrassant et serrant la Géorgienne, lui lançant une langue de feu, qui vous dira : Ma sœur, je ne jouis de mon amante qu'à moitié : j'embrasse, je possède tout le devant qu'elle a, et je ne vois point dans les glaces des murs ses fesses, que j'aime autant que les deux astres du ciel... Troussez-la, vous dira-t-elle, que je la voie de partout... Vous n'y manquerez pas, ma fille, et la charmante Géorgienne en sera ravie et vous dira peut-être même : Ma sœur, où est la branche de myrte? Donnez promptement à mon derrière la couleur de la rose, pour qu'il soit encore plus beau aux yeux de mon amante... Aussitôt, ma fille, vous satisferez la Géorgienne, et comme la fille de Lahore vous en demandera sans doute autant, vous découvrirez son derrière de même et lui donnerez la couleur de la rose, aussi vive qu'elle voudra. Vous serez peut-être obligée d'en faire autant à trois ou quatre Grecques qui s'embrasseront de si près qu'elles sembleront ne former qu'une tige; autant encore à des filles de Kachemir, que vous verrez se donner des baisers où elles perdront la respiration. Quelques-unes seront vêtues en garçons, comme les
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femmes de la seconde salle, et vous prieront de détacher leurs caleç^ons et de ranimer leurs fesses, ce que vous ferez d'abord. Il pourra bien arriver, ma fille, que pendant que vous y serez occupée, vous vous sentirez saisie vous-même et troussée dans l'instant, chatouillée par devant du doigt d'une Grecque, caressée par derrière des deux mains d'une fille de Lahore ou de Serendib, qui de force ou de gré vous exciteront à vous défendre pour vous attaquer plus vivement; qui vous paraîtront tantôt plus faibles que vous, tantôt plus fortes, et, enfin, vous abattront sur le satin du ' plancher, où, de la tête aux pieds, vous serez dévorée par elles de caresses et de baisers. Et votre jouissance ne leur suffira point : elles se rouleront d'un bout de la salle à l'autre avec vous, mais ce sera pour tirer la robe et le pied de tout ce qui se rencontrera ; elles en feront tomber d'autres parmi lesquelles vous vous mêlerez, que vous trousserez, claquerez et caresserez vous-même avec un égal transport ; ces autres en feront tomber de nouvelles encore, que l'esprit de luxure enflammera tout autant...
« C'est ainsi que toutes renversées, culbutées, couchées, on ne verra sur le champ de bataille que des visages célestes, des yeux de feu, des épaules et des gorges d'ivoire, des cuisses d'albâtre, des fesses de rose, agitées par les transports inouïs d'une lubricité furieuse, qui bondiront pêle-mêle et rouleront .tumultueusement les unes sur les autres, comme peuvent faire les flots d'une mer en courroux... i;- — « Ma mère ! ma mère ! s'écria deux fois Zaïrette, je n'y tiens plus : je cours m'y préparer !
TRBUH DES MATIÈRES
Pages
Introduction ' i
Essai bibliograpiiique lo
Tableaux des mœurs du temps dans les différents âges de LA vie.
Dialogue i"'. — Mère Christine, maîtresse des novices et des pensionnaires, et M"« de Se..., pensionnaire, sous le nom de
Thérèse i5
Dialogue II. — Thérèse; la gouvernante ig
Dialogue III. — M"" de Se...; Thérèse 27
Dialogue IV. — M. le comte de... ; M°"= de Se... ; Thérèse. ... .32
Dialogue V. — M"<= Auguste ; Thérèse Sg
Dialogue VI. — Le marquis; Thérèse; Auguste . 7C
Dialogue VII. — M"« de Se...; la gouvernante. . g4
Dialogue VIII. — M"» de Se...; la comtesse g8
Dialogue IX. — M. le comte...; Chonchette iio
Dialogue X. — Ghonchette; Minutie 120
Dialogue XI. — M"" Auguste devenue M°>« de Rasfard; M'"" Dodo 137
Dialogue XII. — M""= de Rastard; M"» Dodo i53
Dialogue XIII. — M"" de Rastard, vêtue en garçon et couchée sur l'herbe: le beau-fils de M™» Copen, déguisé avec les habillements de sa belle-mère 170
Dialogue XIV. — La comtesse de... ; Montade 181
Dialogue XV. — .Montade ; le comte; la comtesse 211
Dialogue XVI. — La comtesse ; Montade 220
Dialogue XVK. — La comtesse; M""" de Rastard . 253
Histoire de Zaïrette, seconde partie 279
Bibliothèque des Curieux
4, rue de Furstenberg — PARIS
extrait du Catalogue
Les Plaîlres de l'Amour
Collection unique des œuvres les plus remarquables des littératures anciennes et modernes traitant des choses de l'amour.
L'Œuvre du Divin Arétin (2 vol.) chaq. vol. ... 12 fr,
L'Œuvre du Marquis de Sade 12 >
FJ Œuvre du Comte de Mirabeau 12 >
L'Œuvre du Chevalier A. de Nerciat{Z\o\), chaque
volume T2 )
L'Œuvre de Giorgio Baffo 12 >
L'Œuvre libertine de Nicolas Chorier 12 >
L'Œuvre libertine des poètes du XIX^ siècle . . . 12 )
Le Théâtre d'amour au XVIII<^ siècle 12 >
Le Livre d'amour de l'Orient (1). Anang'a-Rang-a . 12 > Le Livre d'amour de l'Orient (11). — Le Jardin
parfumé '^ ,'
Le Livre d'amour de l'Orient (111). — Les Kama-
Sutra 12 )
Le Livre d'Amour de l'Orient (IV). — Le Bréviaire de la Courtisane. — Les Leçons de l'Entremetteuse 12 )
L'Œuvre des Conteurs libertins de l'Italie (xvin«
siècle) 12 )
L'Œuvre de John Cleland (Mémoires de Fanny
Hill) 12
L'Œuvre de Restif de la Bretonne. . 12
L'Œuvre des Conteurs libertins de l'Italie
(xve siècle) 12
L'Œuvre libertine de l'Abbé de Voisenon 12
L'Œuvre libertine de Crébillon le fils 12
fje Livre d'amour des Anciens 12
L'Œuvre libertine des Conteurs russes 12
L'Œuvre libertine de Corneille Blessebois (Le
Rut) 12
L'Œuvre de Choudart-Des forges (Le Poète libertin) 12
L'Œuvre de Fr. Delicado (La Lozana Andalusa) . 12 fr.
L'Œuvre du Seigneur de Brantôme 12 »
L'Œuvre de Pigault- Lebrun 12 »
L'Œuvre de Pétrone 12 »
L'Œuvre de Casanova de Sein galt 12 »
L'Œuvre priapique des Anciens et des Modernes. 12 »
L'Œuvre de Boccace Florentin {Y) 12 »
L'Œuvre poéticfue de Charles Beaudelaire . ... 12 «
L'Œuvre des Conteurs espagnols 12 »
L'Œuvre badine d'Alexis Piron 12 »
L'Œuvre badine de l'Abbé de Grécourt ... 12 »
L'Œuvre amoureuse de Lucien 12 »
L'Œuvre galante des Conteurs français 12 »
L'Œuvre de Choderlos de Laclos (Les Liaisons
dang'ereuses) (épuisé)
L'Œuvre des Conteurs allemands (Mémoires d'une
Chanteuse) 12 »
L'Œuvre des Conteursanglais {LaVénusindienne). 12 »
Le CoFFrel du Bibliophile
Jolis volumes in-i8 carré tirés sur papier d'Arches (exemplaires numérotés).
Les Anandrynes (Confession de M"e Sapho) ... 9 fr.
Le Petit Neveu de Grécourt 9 »
Anecdotes pour l'histoire secrète des Ebugors. . 9 » Julie philosophe (Histoire d'une citoyenne active
et libertine), 2 vol 18 »
Correspondance de M'^^^ Gourdan, dite « la Comtesse » 9 »
Portefeuille d'un Talon Rouge. — La Journée
amoureuse 9 »
Les Cannevas de la Paris (Histoire de l'hôtel du
Roule) 9 )>
Souvenirs d'une cocodette (1870) 9 »
Le Zoppino. Texte italien et traduction française. 9 »
La Belle Alsacienne (1801) 9 »
Lettres amoureuses d'un Frère à son élève (1878). 9 » Poèmes luxurieux du divin Are tin (Tariffa délie
Puttane di Veneg^ia) 9 »
Correspondance d'Eulalie ou Tableau du Libertinage de Paris {i^^o)^ iyo\ 18 »
Le Parnasse satgrique du XVIIP siècle 9 »
La Galerie des femmes, par i.-E. de Jouy. ... g » Zoloé et ses deux Acoh/les, par le Marquis de
Sade g „
De Sodomia, par le P. Sinistrari d'Ameno. Texte
latin et traduction française q »
Le Canapé couleur de feu, par Foug-eret de
Montbron g »
Le Souper des Petits Maîtres 9 »
Cadenas et Ceintures de chasteté 9 »
Les Dévotions de M"^^ de Bethzamootlt 9 »
La Raffaella . . 9 »
Contes de Jos. Vasselier 9 »
Histoire de A/^"« Brion 9 »
La Phi/osop/iie des Courtisanes 9 »
Les Sonnettes 9 »
Nouvelles de Firenzuola 9 »
Lucina sine concubitu 9 »
Point de lendemain 9 »
Mémoires d'une Femme de chambre 9 »
Ma Vie de garçon 9 »
Anthologie éroticjue d'Amarou 9 »
La Beauté du Sein des Femmes 9 »
Tendres Epigrammes de Cydno la Lesbienne . . 9 »
Divan d'amour du Chéri f Soliman 9 »
Chroniques Libertines
Recueil des « indiscrétions » les plus sug-g^estives des chroniqueurs, des pamphlétaires, des libellistes, des chansonniers, à travers les siècles.
Les Demoiselles d'amour du Palais-Royal, par
H. Fleischmann 7 5o
La vie libertine de il/"e Clairon, dite « Frétil-
lon)) 7 5o
Les Amours de la Reine Margot, par J. Hervez . 7 5o Mémoires libertins de la Comtesse Valois de la
Mothe (Affaire du Collier) 7 5o
Marie-Antoinette libertine, par H. Fleischmann . 7 5o Chronique scandaleuse et Chronique arétine au
XVIII^ siècle 1 00
L'Hisloire romanesque
La Rome des Bovqia, par Guillaume Apollinaire. 9 » La Fin de BaOylone, par Guillaume Apollinaire. 9 » L^.ç T/'ot'ir Z)on y^rt^j, par Guillaume Apollinaire. 9 »
Les Secrets du Second Empire
yapoléon III et les Femmes, par H. Fleischmann. 7 5o Bâtard d'Empereur, par H. Fleischmann .... 7 5o
La France Galante
Mignons et Courtisanes au XVI^ siècle, par Jean Hervez (épuisé).
La Polygamie sacrée au XV I^ siècle i5 »
Rufjians et Ribaudes, par Jean Hervez 8 5o
Chroniques du XYIIF Siècle
PAR Jean Hervez
D'après les Mémoires du temps, les Rapports de police, les Libelles, les Pamphlets, les Satires, les Chansons.