LE RICHE DE LA PUPELINIÉKE
d'autres exemples devant les yeux ; elle ne connaît que la vie profane et ses délices; elle compte pour rien les écucils qui s'y trouvent et le tourment qu'on y endure par toutes les effroyables passions dont on est agité; elle y goûte peutêtre de faux plaisirs qu'elle croit véritables. Tel est l'aveuglement des femmes du siècle, qui ne se font aucune idée des suavités de la vie religieuse et qui ne savent pas que si nous nous imposons des privations temporelles, nous en sommes dédommagées au centuple par les consolations intérieures que goûte une âme bien épurée, mais surtout par ces ineffables jouissances spirituelles devant lesquelles toutes les choses terrestres ne sont dignes que de mépris. Montez sur le Thabor, ma fille, et voyez en esprit ce qui se passe dans le monde d'ici-bas. Vous y apercevrez l'envie, la haine, la discorde, en un mot le péché, Satan lui-même, déguisé sous toutes les formes imaginables, s'emparant des cœurs et des esprits des hommes elles entraînant tous dans le chemin de la perdition. Vous y verrez des avares refuser de faire part de leurs richesses aux plus nécessiteux; vous y verrez des ambitieux sacrifier leurs meilleurs amis pour marchera la fortune; ici, ce >era un mari jaloux, surprenant sa femme en adultère et lui otant la vie ; là, ce sera une femme abandonnée par un mari qui la laisse manquer du nécessaire.
THÉRÈSE
Ma mère, vous me faites frayeur; finissez, de grâce.
LA MiiRE
Eh bien! ma fille, quittez ces vilains objets: rentrez parmi nous ; vous y verrez régner une charité chrétienne qui nous inspire et nous guide en tout; une concorde, une affection tendre et réciproque, parmi des amusements choisis, et qui sont toujours sans reproches.
i8 l'œuvre de créb[llon i.e fils
THÉRÈSE
Oui, ma mère, je connais, et par mon expérience, combien on est heureux dans cette maison. Je vous avouerai même que j'y suis si bien accoutumée que, s'il me fallait en sortir, je ne sais pas comment je pourrais me priver de voir tout ce qu'elle renferme, tant je me sens portée d'inclination pour toutes nos mères et pour la plupart des pensionnaires.
LA M!:re
Tout de bon, mon enfant, ma chère enfant, auriez-vous du goût pour la maison? Ah! que vous y seriez aimée et caressée, et que nous en ferions de belles fêtes ! Ah ! ma chère fille, où est-on mieux qu'aux lieux où l'on nous aime? et quand c'est le bon Dieu qui nous aime, où est-on mieux qu'avec lui ? C'est ici sa maison, vous y êtes et vous ne serez vraiment heureuse nulle part comme ici.
THÉRÈSE
Ma mère, en vérité, je le pense de même.
LA :mère Dieu soit béni ! ma clière fille, c'est lui qui vous inspire. Rendez-lui grâces, faites-lui une courte prière ; je vous demande, après cela, une demi-heure de méditation, puis je reviendrai vous rejoindre ici ; ou, si le ciel permet que vous ayez quelque chose de positif à me dire, je m'en vais dans ma chambre; je vous y attendrai à genoux devant l'image de notre grand saint Aucustin.