AUGUSTE, THÉRÈSE
AUGUSTE
Ah! ah! c'est la belle précieuse... Eh! bon Dieu ! mademoiselle, d'où me vient tant de bonheur, "et à vous tant de hardiesse, de venir dans ma chambre lorsque je suis seule, vous qui m'avez tant dit vous-même qu'on vous défendait de me voir ainsi.
THÉa£;sE
Je m'en moque ! je n'ai plus de mesure à garder, ma chère Auguste, on me marie !
AUGUSTE
J'en savais bien quelque chose, mais cela est-il si avancé ?
THÉRÈSE
J'ai vu mon prétendu aujourd'hui ; je sors dans six jours, et le lendemain j'épouse.
AUGUSTE
Que tu es heureuse ! tu vas être ta maîtresse ; tu n'entendras plus parler que de bal, dopera et de comédie; tu auras sans doute un beau carrosse doré pour te promener
dans tout Paris, bien de belles robes, bien des diamants, rien ne te manquera ; et tu le mérites, car tu es la plus belle fille de Paris. N'est-ce pas?... Baise-moi. On me fait espérer qu'il m'en arrivera dans j)eu aulanl; mais je ne vois rien venir. Mon père est si dur ! Je crois qu'il veut attendre que je sois vieille; car moi, qui reste ici, j'ai un an de plus que toi.
TnÉRÈlSE
Non : nous sommes du même âge; on ne me donnait que quinze ans, et j'en ai seize passés; ma mère me l'a avoué.
VrGl STE
Au moins... je suis la plus grande.
THÉRÈSE
Oh! de guère. Tiens, mesurons-nons... Oui, tuas quelque chose de plus que moi.
AUGUSTE
Je te dirai que j'ai vu ton prétendu.
THÉRÈSE
Ah! ah!... Eh bien?
AUGUSTE
Je l'ai aperçu comme il sortait. Oh! comme il a l'air mâle.
THÉRÈSE
Je le trouve assez bien; il ne me déplaît pas.
AUGUSTE
C'est donc cet homme-là qui couchera avec toi dans six jours.
THÉRÈSE
Mais... il faudra bien, dès que cela lui sera permis.
Et... qui te fera tout ce qu'il voudra.
TABLEAUX DES MCEURS DU TEMPS 4l
THÉaÈSE
Eh ! comment veux-tu que je l'en empêche?
AUGUSTE
Oh! là... avoue-moi que cela te fait déjà du plaisir d'avance...
THÉRÈSE
Mais... oui...
AUGUSTE
Oh I oh ! mademoiselle, voilà des pensées d'impureté contre lesquelles on vous sermonne tous les jours. Songezvous que vous n'êtes pas femme, que vous n'êtes encore qu'une fille, qu'une petite (ille soumise aux ordres de notre maîtresse des pensionnaires, et que si la bonne mère était ici.,.
THÉRÈSE
A présent, je ne la crains plus; c'est à toi de la craindre.
AUGUSTE
Moi... j'en ai moins peur que toi.
THÉRÈSE
Ah! pourtant, elle s'exerce encore sur ton compte.
AUGUSTE
Elle? cela n'est pas vrai ; je voudrais bien qu'elle s'y présentât! Je suis plus forte qu'elle.
Cela se peut; mais tu ne te défends pas.
AUGUSTE
Que veux-tu dire?
THÉRÈSE
Nous savons ce que nous savons.,.
AUGUSTE
Oh ! je te réponds que tu ne sais rien.
L ŒUVJlp; DE GUEBILLON LE FILS
THERKSE
Je sais que dimanclie dernier...
AUGUSTE
Eii bien! quoi?... dimanche...
THÉRÈSE
Oui, dimanche, et après vêpres, iinmédialemenl. Quoi! tu l'as déjà oublié?
AUGUSTE
Je n'entends pas du tout ce que tu veux dire. On t'a peutêtre fait quelque mauvaise histoire.
THÉRÈSE
Non, ce n'est pas une histoire ; c'est un fait.
Va, ma pauvre Thérèse, tu ne sais ce que tu dis.
THÉRÈSE
Je le sais si bien que je te le raconterais à toi-même et que tu ne pourrais m'en démentir.
AUGUSTE
Ah ! pour ça, je t'en défie.
THÉRÈSE
Tn m'en défies... tout de bon?
AUGUSTE
Oui, je t'en défie.
THÉRÈSE
Je te dirai naturellement que je l'ai vu.
AUGUSTE
Tu l'as vu ? et quoi? et comment?
THÉRÈSE
Voici comment... Dimanche, après Vêpres, je m'en allais chez la bonne mère pour lui rendre un livré; ta chambre, comme tu sais, est au bout du corridor, qui n'est pas fort
TABLEAUX DES MdMRS !)U TEMPS /^3
clair : j'aperçus une de nos camarades devant moi qui marchait assez doucement et qui entra chez la bonne mère... Je suivis de loin et du même pas ; elle entra, et quand j'arrivai, moi, à la porte, je la trouvai fermée et la clef ôtée. Je compris qu'il y avait quelque cliose là-dessous.
AUGUSTE
Eh bien ! qu'en conclure?
Je regardai par le trou de la serrure, et cette demoiselle, que je n'avais pu reconnaître dans le corridor, se trouva être M"" Auguste, qui était fort jolie, fort bien coiffée et mise à merveille. Je crois que cela n'avait pas été dans l'intention de venir faire cette visite.
AUGUSTE
Eh bien! il est vrai que j'y étais parce qu'elle m'avai*' mandée, mais il ne s'agissait de rien.
thékl;se
ïu n'y étais pas seule; j'y vis la petite espiègle de Monique, aussi, qui y était entrée apparemment avant toi.
AUGISTE
Ah! il est vrai, elle y était aussi. Eh bien ! qu'est-ce que cela signifie ?
THÉRÈSE
Écoute-moi jusqu'au bout. Je vis d'abord la bonne mère s'adresser à Monique, qui se tenait dans un coin de la chambre pendant que tu te tenais à l'autre, et elle lui dit : « Petite fille, approchez-vous. C'est donc vous, continua-t-elle qui vous laissez faire toutes sortes d'obscénités par mademoiselle que voilà (en te montrant)?... Gela n'est pas vrai ! reprit Monique ; ma bonne mère, cela n'est pas vrai ! Ce son*apparemment mes ennemis qui vous ont fait ce rapport...
hk
Cela n'est pas vrai ! reprit la bonne mère en colère, est-ce qu'on ne vous a pas surprise? Et M"" Auguste peut-elle en disconvenir? ïu ne disais rien, toi... Monique s'écria : « Ma l)onnc mère, je vous demande pardon ! C'est Auguste ({ui ma attaquée dans le jardin, pendant que moi je ne pensais à rien moins!... Cela se peut, reprit la mère; mais ne vous êtes-vous pas laissé faire tous les infâmes attouchements qu'elle a voulu? Non! s'écria Monique encore; je vous assure, ma bonne mère, que c'était malgré moi. Malgré vous ! reprit l'autre, vous mentez par-dessus le marché, ])uisqu'on vous a vue rire avec elle, et que c'est dans ce moment qu'on vous a surprises toutes deux. Ma bonne mère! s'écria encore Monique en pleurant, pardonnez-moi pour cette fois; je vous promets que de ma vie, pareille chose ne m'arrivera. Bon ! bon ! de votre vie, reprit la mère ; voilà nombre de fois qu'on vous y attrape !
Ce qui m'étonnait, Auguste, c'est que tu étais là, toi, avec ta belle parure, droite comme une. statue, les yeux baissés, sans dire un mot.
AUGUSTE
Mais, oui... il y a quelque chose de vrai dans tout cela.
TUÉRliSE
Oh ! je regardais si attentivement que rien ne m'a échappé.
AUGUSTE
Eh bien ! que vis-tu donc?
THÉRJÈSE
Je vis que la bonne mère ne se laissait point toucher des pleurs de Monique, car, dans le moment même, elle tira sa sonnette, et aussitôt la sœur Giron et la sœur Taupin, qui se tenaient, je crois, dans le petit cabinet d'à côté^
TAIÎI.EAUX' DES MdXRS DU TEMPS /|,"i
se présentèrent pour exécuter ses ordres. Sœur Giron, dit la mère, mettez Monique à son devoir. La sœur tira vite une chaise au beau milieu de la chambre, puis elle vint à ^Ionique, qui se lamentait toujours et qui n'avait pas envie de remuer de sa place. Giron! s'écria la mère, faites donc ce que je vous dis : mettez Monique à son devoir ! La sœur alors prit Monique par la main et l'attira à elle jusque sur la chaise qui était là. Monique redoubla ses pleurs et ses cris ; mais Giron, qui commença par s'asseoir sur la chaise, la fit mettre à genoux entre ses jambes ; elle lui passa la tête sous son bras, elle lui leva sa rolje, puis sa chemise, que Monique rabattait tant qu'elle pouvait ; il' fallut céder, et je vis enfin les fesses de la pauvre petite tout à découvert ; je vis cela assez bien, car elle tournait un peu le dos à la porte où j'étais, et d'où je la considérais par le trou de la serrure comme si j'avais été au milieu de la chambre.
Hé! vous y preniez donc plaisir, mademoiselle? Cela est bon à savoir!
THÉRÎisE
Oui, je te l'avoue, et un grand plaisir, mais qui fut bientôt suivi d'une grande terreur, quand je vis la sœur Taupin tirer de dessous sa mantille une poignée de verges et s'approcher de la pauvre Monique, qui avait son joli derrière tout découvert sous le pouvoir de la Giron.
Est-elle en état? dit la mère, qui allait et venait à grands pas dans la chambre ; voyons, voyons, car la sœur Giron nest pas toujours fidèle à mes ordres. Voyez, ma mère, reprit la sœur; et la Taupin était toute prête et n'attendait qu'un signe de tête de la mère pour fesser la pauvre petite Monique, qui se lamentait toujours et qui m'intéressait si fort dans cette situation que si j'avais été là, je lui aurais
/(6 lVkuvue de cuéuillon le fils
plutôt baisé dix fois son joli derrière que de lui faire aucun mal.
Alors la mère prit la verge de la main de la sœurTaupin et vint si près de Monique que je crus que c'était pour la fouetter elle-même.
C'est aussi ce qu'elle fait quelquefois pour éviter, dit-elle, l'éclat de la correction, mais je crois que ce n'est que par fantaisie et que cela l'amuse.
THÉRÈSE
Elle n'en fît rien, comme tu sais; elle dit seulement à Monique : « Petite fille, me promettez-vous bien de ne plus tomber dans de pareilles fautes? Ah! ma ] onne mère! s'écria Monique, je vous le promets, je vous le promets! Allons, reprit la mère, je vous en tiens quitte à cette fois. Baisez les verges, relevez-vous. C'est ce que Monique ne tarda pas à faire ; elle se releva et fit une grande révérence. La mère congédia aussitôt la Taupin et la Giron, et elles s'en allèrent par où elles étaient venues.
AUGUSTE
Oui, c'est à peu près ce qui se passa. Voilà toute l'histoire.
THÉRÈSE
Oh! que nenni ! Je n'avais garde de m'en aller, je voulais tout savoir.
AUGUSTE
Tu n'appris sûrement pas grand'chose?
THÉRÈSE
D'abord, Monique voulut s'en aller; la bonne mère lui dit : Restez, Monique; cette grande demoiselle a été témoin de votre punition, il faut que vous soyez présente à la sienne. Et alors elle te dit : Mademoiselle, approchez. 11
n'est point question d'une verge pour vous : j'ai autre chose à vous annoncer. Vous savez que, depuis six ans que vous êtes pensionnaire dans cette maison, vous avez mené une étrange conduite, que vous y avez vécu dans un libertinage intolérable ; vous savez que votre endurcissement vous a exposée à bien des punitions et qu'on en a étouffé le scandale autant qu'on a pu ; vous savez que depuis deux ans que je dirige l'éducation de toutes ces demoiselles, vous voyant croître sous mes yeux d'un jour à l'autre, je n'ai point jugé à propos de vous traiter comme ma devancière ; que, lorsque j'ai été obligée de vous châtier, je ne l'ai point fait en public, pour vous en épargner la confusion ; vous savez enfin que, dans ces derniers temps, vous voyant aussi grande que vous êtes, avec l'air et les manières d'une fille faite, toute prête à marier, j'ai employé, pour vous ramener de votre inconduite, tout ce que j'ai pu de douceur, croyant qu'une fille telle que vous voilà serait capable d'entendre raison et qu'il ne lui convenait plus de lui donner des punitions pareilles à celles de ses petites camarades; je me suis flattée que vous seriez sensible à ces égards et à cette considération. Point du tout! C'est vous qu'on surprit hier dans le jardin, faisant à cette petite Monique des attouchements abominables ; c'est vous qui la séduisez et qui voulez l'entraîner dans l'abîme, comme vous n'en avez que trop entraîne d'autres, et qui venez ici vous présenter devant moi avec elle, toute chargée de parures d'une dame du monde qui semblerait aller au bal. Ma bonne mère, lui dis-tu, je vous ai fait mes excuses; je ne me doutais pas, quand vous m'avez mandée ici, qu'il fût question de rien. Il est question de tout pour vous, reprit la mère; j'en ai trop souffert, ma patience est à bout, et mon parti est pris ! Ma bonne mère, t'écrias-tu, quel parti voulez-vous donc prendre contre moi? Mademoiselle, répondit-elle en colère, celui de
48 l'ŒIVIIK DF CUliBILLON LK ,riLS
VOUS renvoyer à vos parents, et dès aujourd'hui! Ah! ma mère, t'écrias-tu, ma chère mère, je vous demande pardon. Ne me renvoyez point à mes parents; vous savez comme ils sont rigides; je serais perdue. Je ne saurais qu'y faire, ditelle; je ne puis pas aujourd'hui eu user autrement. Ma bonne mère, repris-tu, ayez pitié de moi ! Ne me déshonorez pas. Imposez-moi toute autre peine, et je m'y soumettrai. Je l'ai mérité, je le confesse; me voilà prête à vos commandements, pourvu que je ne sois pas chassée d'ici. Que voulez-vous donc que je fasse? dit la mère. Tout ce qu'il vous plaira, repris-tu. Mais, dit-elle, vous voilà si grande et si formée qu'il ne me convient plus de vous traiter en petite fille ; en vérité, j'en aurais honte. Non, non, mon parti est pris... Ah! ma bonne mère... Tu fis là-dessus, s'il t'en soutient, bien des exclamations.
La mère alors fit signe à Monique de se retirer; elle vint ouvrir la porte où j'étais, je me rangeai ; elle la tira sur elle et fut fort surprise de m'y rencontrer. Et que faisiez-vous là, mademoiselle? me dit-elle; je gage que vous regardiez par le trou de la serrure. Je te l'avoue, ma chère Monique, lui dis-je. Vous m'avez donc vue? reprit-elle. Oui, assurément, je t'ai vue, et bien vue. Vous savez donc comment je suis faite? Oui, ma mignonne, lui dis-je ; j'ai vu ton derrière comme la sœur Giron me l'a montré. Savez-vous. reprit-elle, que si j'allais dire cela à notre mère, on pourrait bien aussi visiter le vôtre? Mais je n'en ferai rien : ôtez-vous de là seulement ; je veux regarder à mon tour. Mademoiselle Auguste est là-dedans, la mère la menace de la faire sortir du couvent ; je veux voir comment cela se terminera. C'est précisément ce que je veux voir aussi, lui dis-je, et je m'obstinai là-dessus. Tenez, reprit-elle, si mademoiselle Auguste est dans le cas de montrer son derrière, j'ai le droit de le voir plus que vous, puisqu'elle a vu le mien, et je
VOUS déclare que si vous lorgnez par le trou de la serrure, je lèverai vos jupes qu'il n'y manquera rien. En ce cas, je te cède, lui dis-je ; promets-moi seulement de me conter tout ce qui se passera. Elle s'y mit donc, et moi sur elle, pour écouter ce qu'elle me dirait. Nous entendîmes encore quelque temps les menaces de la mère et tes plaintes, puis tout à coup Monique me dit : Ah ! voilà, sans doute, la mère qui s'apaise ; elle ne dit plus mot... Ali ! ah ! elle ouvre son armoire... Ah! ah! elle en tire une verge... Voyons, voyons;... la voilà qui s'assied sur la chaise ; elle nous tourne le visage... Cou! tant mieux... \ oilà mademoiselle Auguste qui vient à elle tout doucement, tout doucement, et qui va nous tourner le dos... La voilà à genoux entre les jambes de la mère... Ah! ah!... Ma foi, la mère lui lève sa belle robe bleue, son jupon... son cotillon... sa chemise... Ah ! qu'elle a de la peine et comme elle chiffonne tout cela!... Est-ce que la mère veut entreprendre de fouetter elle-même mademoiselle Auguste, qui est plus grande qu'elle et qui a plus l'air d'une dame du monde que d'une fille de couvent? Apparemment qu'Auguste a obtenu de n'être point chassée et qu'elle aime mieux recevoir le fouet comme cela, en particulier, que d'être renvoyée à ses parents.
Sais-tu l'état où cela me mettait, ma chère Auguste?
AUGUSTE
Poursuivez, mademoiselle, je vous écoule jusqu'au bout.
THÉRÈSE
Cela me donnait une agitation si grande que la tête m'en tournait. Je t'avouerai que je n'y pus tenir. Monique avait la tête baissée pour te regarder; elle avait sa croupe sous ma main ; je lui découvris petit à petit son joli derrière, et je m'en amusai. Ce qu'il y a de plaisant, c'est qu'elle ne
s'en apercevait seulement pas, tant elle était appliquée à voir ce que la mère te faisait.
Enfin, enfin, dit-elle, voilà sa chemise en l'air... Ah! tout cela retombe... la mère y fait bien ce qu'elle peut... Ah ! pai' ma foi, la voilà troussée jusqu'aux reins... Ah! qu'elle a le derrière beau !... Il est tout vis-à-vis de nous; je ne l'ai jamais vu si bien à mon aise... Quel dommage, si on lui faisait du mal, dit-elle... Je badinais avec le sien, moi, pendant ce temps-là, et prenais patience... Non, non, reprit-elle, la mère ne la fouettera pas : elle est trop grande... Voilà pourtant la mère qui la tient toujours le derrière tout nu et qui relève la chemise de plus en plus, en lui parlant entre ses dents, car je ne l'entends point... Ouais!... comme elle la tient! comme elle lui regarde les fesses sans bouger !... Je crois, par ma foi, qu'elle y prend plaisir et que M"*' Auguste en sera quitte aussi bien que moi pour la peur... Ah! voilà la mère qui lui fait baisser la tête... elle la presse sous son bras... je ne vois plus que son derrière... Elle le retire... Elle ploie les reins... Ah! qu'elle fait bien ! Ah ! ah ! la mère s'en empare tout de bon... Elle y regarde encore de plus près... Ah! voilà la maudite verge... Ah ! quel dommage ! Auguste a beau être grande et bien parée, elle en va, ma foi, recevoir... Écoute, écoute, me dit-elle; comptons... Un, deux, trois, quatre, cinq, six... Voilà tout. Dieu merci ; sa chemise est rabattue, et sa robe aussi... Elle ne l'a pas reçu bien fort, car elle n'a pas crié. Cela va d'un autre train quand c'est la Taupin et la Giron qui s'en mêlent et qu'on ne leur a pas donné d'argent d'avance, à l'une pour ne pas tout à fait découvrir le derrière, et à l'autre pour faire claquer la verge sur ses jupes.
Eh bien! ma chère Auguste, tout cela est-il vrai ou faux? \e voilà-t-il pas ton histoire de dimanche après midi, mot
TABLEAIX DES MtEURS DU TEMPS
à mot? Ose m'en démentir. Dis-moi à présent que tu ne crains pas la mère.
ALOUSTE
Mademoiselle, puisque vous savez tout, je ne puis rien vous cacher; la chose s'est passée précisément comme vous Il racontez... Mais... dites-moi un peu, mademoiselle, vous qui faites l'hypocrite et qui avez voulu passer pour une vest de dans cette maison, dans quel dessein, s'il vous plaît, rcstiez-vous à regarder au travers de la porte, pour examiminer ce qu'on nous faisait?
THÉ aï; SE Moi ? sans dessein ; c'était pure curiosité.
AUGUSTE
Oh! oh! de la curiosité! et de quoi?... C'était donc de voir le derrière de Monique et le mien, si vous aviez pu? C'était donc pour me voir fouetter, pour pouvoir ensuite le dire et prendre cet avantagc-là sur moi? Mais cela ne se passera pas de celte manière.
Quoi! ma chère amie, tu te fâches?, Eh bien! que lais-lu donc? tu barres la porte !
AUGUSTE
Oh! nifidemoiselle, vous ne vous vanterez pas impunément de m'avoir vu donner le fouet ; je vous en empêcherai bien. Vous vous targuez de ne l'avoir jamais eu depuis deux ans que vous êtes ici, et vous vous amusez à le voir donner aux autres pour vous en moquer. Oh ! je vous déclare, mademoiselle, qu'il faut que vous le receviez tout à l'heure, et de la bonne manière !
THÉRÈSE
Moi ! Je n'en ferai rien. Tu es folle !
l'œuvre de crébillon le fils
ALGLSTE
Vous le recevrez, vous dis-je, ou je m'en vais crier comme un aigle ; je mettrai toute la maison en alarme, on entourera la porte, on vous trouvera seule dans ma chambre, et je... dirai que vous êtes venue pour me forcer ! Vous verrez le beau bruit qui en arrivera et le joli efîct que cela fera pour le jour de vos noces !
THÉRÈSE
Ah! Auguste, serais-tu capable d'une telle méchanceté? Tu voudrais me perdre !
AUGUSTE
Oui, je le veux ou bien vous m'obéirez dans le moment.
THÉRÈSE
Auguste, ma chère Auguste, quoi! sérieusement, tu veux me fouetter?
AUGUSTE
Il n'y a qu'un mot qui serve. Je le veux ; ou je m'en vais crier !
THÉRÈSE
Ma chère amie, pardonne-moi !
AUGUSTE
Point de pardon !
THÉRÈSE
Me donner le fouet I... Cela me ferait un mal terrible. Je ne l'ai jamais eu, je crains cela comme le feu.
AUGUSTE
Et vous vous moquez de celles qui l'ont.., Vite, déterminez-vous.
THÉRÈSE
Comment donc?... Est-ce que tu as des verges? Cela me fait trembler... Si tu veux me le donner avec la main, encore, passe... je le souffrirai... Est-ce que rien ne t'apaise, ma chère amie ?
AUGUSTE
C'est temps perdu... Plus d'amie que cela ne soit fait.
TUÉRi':SE
Eh bien !... veux-tu avec la main? c'en sera bien assez.
Oh! que nenni ! ^'ous avez trop bien vu, mademoiselle, que l'on, me traite autrement.
THÉRÈSE
Des verges!... des verges!... Est-ce que tu aurais le cœur assez dur pour me faire tant de mal?
AUGUSTE
Je vous en ferai tant ou si peu qu'il me plaira : cela dépendra de la façon dont vous vous soumettrez. Mais il est bon, à cette heure que vous allez entrer dans le grand monde, que vous sentiez un peu ce que c'est. Vous comptez être dans peu une belle madame, et je veux que vous ne soyez pour moi qu'un cul fessé. Allons, mademoiselle, faites les choses de bonne grâce : c'est le moyen de m'apaiser.
THÉRÈSE
Ma chère Auguste, je te le demande en grâce, ne me le donne qu'avec la main. Promets-le-moi, et je vais m'y soumettre à l'instant.
ATGUSTE
Non, vous dis-je, non... non... je veux des verges!
THÉRÈSE
Hélas !... Il n'y en a pas ici.
AUGUSTE
Cela est vrai, il n'y a point de bouleau : j'en suis fâchée; mais voilcà dans ma cheminée une botte de lavande ; venez m'aider tout à l'heure à en tirer les plus beaux brins.
a/j L'(KI VRE UE CUKBILLO.V I.K FILS
THÉIIÈSE
Quoi ! je ne puis te fléchir?
AUGLSTE
Finissons, finissons : voyez les brins qui vous conviennent; prenez en douze et moi autant; faites donc !
JHÉIu'lSE
Eh bien ! les voilà ! Mon Dieu ! que lu es cruelle !
AUGUSTE
Cherchez-moi quelque chose pour lier tout cela. Donnezmoi ce bout de ruban.
THÉRJiSE .
Tiens, le voilà encore. Tu me fais la plus grande peur du monde.
AUGUSTE
Cela est bien de bonne longueur... Oh! voyons un peu ceci... Mademoiselle Thérèse, venez ici au milieu de la chambre.
THÉRÈSE
Cruelle amie, m'y voilà... Ne sois donc pas si en colère.
AUGUSTE
A genoux devant moi !
THÉRIiSE
Eh bien ! m'y voilà. Tu vois comme je t'obéis en tout.
AUGUSTE
Découvrez-vous, mademoiselle ; troussez-moi tout cela et vite,.. Allons donc!... Vous ne gagnerez rien avons faire prier.
Promets-moi, si je me trousse, que tu ne me feras point de mal.
AUGUSTE
Nous verrons ; allez toujours.
THERESE
Eh bien ! me voilà. N'en est-ce pas assez?
AUGUSTE
Olî ! que non ! Vous ne découvrez que le bas des cuisses. Je vois bien qu'il faut que j'y mette la main.
THÉRÈSE
Ah ! Auguste ! me voilà toute nue !
AUGUSTE
Levez-vous, mademoiselle.
THÉRÈSE
Tu me pardonnes donc ?
AUGUSTE
Non... ce n'est pas cela. Je veux me mettre plus à mon aise.
THÉRÈSE
Où m'entraînes-tu?...
AUGUSTE
Je veux m'assoir sur ce sofa. Allons ! à genoux, à genoux, cette fois !
THÉRÈSE
Encore à genoux?
AIGUSTE
Oui, et entre mes jambes !... Vous résistez, je crois?
THÉRÈSE
Non, je me soumets à tout. Ne suis-je pas comme tu veux?
AUGUSTE
La voilà donc, cette belle vestale qui se vante de n'avoir jamais eu le fouet dans la maison, qui croyait en sortir tout de même, et en se réjouissant de celles qui l'ont eu. Oh! voyons donc un peu ce derrière que personne n'a jamais vu !
r>6 l'œuvre de crébillon le fils
THÉRÈSE
Je te pardonne tout, pourvu que lu ne me fasses pas do mal.
AUGUSTE
Passez la tête sous mon bras. x\ppuyez-vous sur ma cuisse. Otez cette main. Je crois que vous voulez retenir votre chemise?
THÉRÈSE
Oh ! tu me mets les fesses complètement à nu !
AUGUSTE
Les voilà donc ces belles fesses invisibles pour tout le monde et qui se moquaient des nôtres !
Eh bien ! oui ! les voilà I Je te les abandonne !
AUGUSTE
Ne m'avez-vous pas dit qu'on m'avait donné, à moi, six coups de verges sur les miennes ? Pour que nous n'ayons rien à nous reprocher, il vous en faut six aussi... Oh! tenez-vous, mademoiselle ; je considère sur quelle fesse j'appliquerai le premier, par préférence... Tenez... voilà pour une !
THÉRÈSE
Tu me fesses vraiment.
AUGUSTE
Tenez, voilà pour l'autre!... Voilà pour toutes deux !
THÉRÈSE
Je fais comme toi, au moins : je me tiens et je ne crie pas. Eh bien! en voilà trois!... allons!... quatre!... cinq et six!... Si j'avais cru que tu ne me ferais pas plus de mal, je n'aurais pas tant fait la difficile.
AUGUSTE
Du mal ou non, voilà votre cul, mademoiselle : il est en
mon pouvoir, et j'ai l'avantage sur vous que vous n'avez pu parvenir à voir le mien.
THÉRÈSE
Tu devrais bien me le montrer, à cette heure ; nous serions but à but.
Allons, ma colère est passée : il faut tout te pardonner.
THÉRÈSE
Ah! peste d'Auguste! comme tu me fais des attouchements sur les fesses ! comme tu me manies!... comme tu me tapes!... Finis donc, finis donc!
AUGUSTE
Donne ta bouche, en attendant, que je la baise... Relève-toi... Bon... Tiens-toi debout entre mes cuisses. Viens que je t'embrasse... avance ta gorge que je la suce !
THÉRÈSE
Ote donc tes mains de dessus mon derrière; il me semble que tu le caresses beaucoup.
AUGUSTE
C'est que je l'aime et qu'il est charmant.
THÉRÈSE
T'avouerai-je une chose? c'est que j'ai une envie d'enfant de voir le tien, et cela me chiffonne, depuis ton aventure de dimanche. Ma chère Auguste, puisque tu n'es plus en colère, réponds-moi donc.
AUGUSTE
Tu vis donc bien celui de Monique dans la chambre de la mère? Cela n'était pas difficile, puisqu'elle tournait le dos à la porte où tu étais, et il est vrai que la mère me fit tenir tout de même parce qu'elle n'avait pas dérangé la chaise.
L ŒUVRE DK CRKBILLON LE FILS
Oui, je le vis à merveille, son pauvre petit derrière, et tu ne saurais croire combien cela m'attendrissait! Je le lui aurais baisé, si j'eusse été à la place de la mère.
AUGUSTE
Tu voulais donc voir le mien de même?
THÉRÈSE
Oui, je te l'avoue; j'en mourais d'envie et je fus bien fâchée de n'y pouvoir parvenir, par la malice et l'obstination de Monique; et, comme je viens de te le dire, cela m'est toujours resté dans l'esprit.
AUGUSTE
Voilà comme la fantaisie nous en vient, et voilà comme elle m'est venue. Plus j'en ai vu, plus j'ai été curieuse d'en voir. Nous avions, il y a deux ans et avant que tu fusses ici, une autre maîtresse qui a été cause de l'habitude que j'en ai prise. Elle était sévère et fouettait volontiers; et cela se passait toujours publiquement devant nous toutes, en plein exercice. 11 n'y avait guère de jours que quelqu'une ne fût dans le cas. On lui voyait son derrière, qui pouvait être joli ; puis on voyait celui d'une autre ; puis il arrivait qu'on montrait le sien. Cela était devenu si familier que ce goût-là avait pris parmi toutes les pensionnaires, qu'on ne se cherchait que pour se trousser, et même pour se fouetter les unes les autres ; au point que j'en ai vu qui aimaient autant recevoir le fouet d'une camarade que de lui donner. 11 y en avait une, qui est mariée depuis un an, qui fait aujourd'hui la belle dame, et à qui je l'ai donné plus de trente fois, parce qu'elle le voulait, parce que son derrière en avait pris l'habitude, que cela était devenu un besoin pour elle, et que, quand je la fessais bien fort, elle me criait 6/.s-
et n'en recevait que plus de chatouillement et de plaisir. Je t'avouerai que j'aime tout cela à la folie et que j'aurais été inconsolable si tu étais sortie du couvent sans avoir passé par mes mains. Quant aux verges, tu penses bien qu'on ne se sert point de bouleau, mais de brins de joncs ou de lavande comme celle-là. Nous en avons presque toutes, et tu vois bien que cela ne peut faire aucun mal.
THÉRÈSE
Mais, il y a longtemps que tu t'amuses de cette façon?
AUGUSTE
Moi? Depuis deux ans et demi que je suis dans la maison. Veux-tu que je te conte comment j'y fus reçue?
THÉRliSE
Ah! oui, ma chère Auguste, apprends-moi cela.
AUGUSTE
J'ai été premièrement élevée, chez ma grand'mère, dans la plus parfaite sim])licité et la plus profonde ignorance. A la mort de cette bonne femme, ma mère, qui faisait encore la jeune et la belle et qui ne se souciait pas de garder à ses côtés une fille de quatorze ans, me mit dans ce couvent, à peu près dans ce temps-ci, au milieu de l'été. Ce couvent me parut d'abord bien étrange; je n'y vis d'abord qu'un étang. J'allai aux exercices comme les autres pensionnaires, que je ne connaissais pas. 11 y en avait de grandes, de moins grandes et d'assez petites.
Deux ou trois jours après, toute la maison fut en joie à cause de la Saint-Jean, et la promenade fut libre pour l'aprèsmidi dans les jardins. J'y étais comme tout le monde et ne pensais à rien, lorsqu'une des plus grandes, qui se nommait M"'' Hélène et qui se promenait avec quatre autres, s'en détacha, vint à moi et me dit : Mademoiselle Auguste,
6o l'(j:uvri; de cuiôhillon i.e fils
noire mère maîtresse vient de monter à sa chambre parce qu'elle se trouve incommodée; mais comme vous êtes nouvelle dans la maison, elle vous permet de vous promener encore quelque temps, pourvu que vous soyez avec quatre ou cinq grandes que nous sommes, et que vous ne nous quittiez point. Notre mère m'a chargée encore d'autres choses à vous dire aussi bien qu'à ces demoiselles avec lesquelles je suis. C'est ce que je vous expliquerai là- bas. Venez... venez... Je lui fis une grande révérence et la remerciai de sa bonté. Je la suivis. Nous joignîmes les quatre autres et marchâmes toutes les six ensemble. Quand nous fûmes au bout de l'allée, M"« Hélène nous fit passer par une petite porte qui n'était fermée qu'au loquet; nous nous trouvâmes alors dans la ménagerie du jardinier : c'était un petit quartier de pré où il y avait encore du foin par terre qu'on avait apparemment coupé la veille. M"* Hélène ferma cette porte sur elle et engagea le loquet de façon à ne pouvoir le lever, puis elle me dit : Petite Auguste, arrangeonsnous ici, et faites comme nous. Je vis sur-le-champ M"^ Hélène ramasser à terre beaucoup de foin, eu faire une grosse botte, et toutes les quatre autres en faire autant. Je fis de même, et lorsque je remarquai M"° Hélène assise sur son tas de foin et les quatre autres venir s'asseoir de même en cercle devant elle et fort près, je me mis dans le cercle aussi, sans m'imaginer ce que tout cela voulait dire...
Mesdemoiselles, dit Hélène, notre mère maîtresse m'a donné ordre de la remplacer ici avec toute son autorité. Regardez-moi comme votre sous-maîtrese et obéissez... Voyons si vous avez bien retenu les dernières leçon-^ qu'elle vous a chargées d'apprendre par cœur... Auguste, me ditelle, levez-vous et approchez de moi. Je me levai ; je n'avais que trois pas à faire pour l'atteindre; elle me prit la main et me tint debout entre ses jambes. Auguste, reprit-elle, réci-
TABLEAUX DES MŒURS DU TEMPS 6l
tez-moi les quinze proverbes de Salomon qu'on vous a fail lire tout haut avant-hier, et que vous devez savoir aujourd'hui. Oui, notre sous-maîtresse, lui dis-je, je les sais. Voyons cela, voyons cela, reprit-elle avec un air menaçant qui m'intimida si fort que je ne pus me rappeler le premier. Vous mentez! me dit-elle, vous ne les savez pas... Pardonnez-moi? m'écriai-je toute troublée... Dites-donc vite, reprit-elle... Jamais je n'en pus venir à bout. Là-dessus, M"" Hélène me reprocha mon mensonge et mon effronterie, en disant qu'il fallait me châtier... Je ne savais ce qui allait arriver. J'était toute interdite, toute confuse vis-à-vis de cette prétendue maîtresse, ayant derrière' et autour de moi ces quatre autres demoiselles assises, qui ne remuaient point et ne disaient rien. J'étais vêtue comme elles toutes, fraîchement ; je ne portais alors qu'une petite robe courte et un cotillon léger qui fut bientôt levé, aussi bien que ma chemise... Je me mis à pleurer; elle les rabattit et me dit : Je veux bien, pour cette première fois, vous corriger en secret et sans que ces demoiselles en soient témoins... Là-dessus elle m'approcha plus près d'elle encore, elle passa la main sous ma chemise, et je la sentis tout à coup sur mes fesses. Moi, je mourais de honte, je faisais de gros soupirs et je répandais quelques larmes. Elle parcourut de la main tout mon derrière, puis elle la ramena sur mou ventre, puis elle descendit plus bas et voulut enfoncer le bout du doigt. Cela me causa tout à coup un chatouillement si extraordinaire que je fis un cri en m'agitant... Comment ! petite fille, me dit la sous-maîtresse, vous me résistez, vous vous révoltez!... Elle me prit à bras-le-corps entre ses jambes avec un air de colère qui me fit tant de peur que je me mis à pleurer tout de bon. Mes pleurs la touchèrent apparemment, car sur-le-champ elle me relâcha en me disant : Je vous en tiens quitte pour une première
62 l'œuvre de grébillon le fils
fois. Remettez-vous à votre place. C'est ce que je fis bien vite; je revins me mettre sur ma botte de foin.
Elle s'adressa aussitôt à une autre des quatre : Allons, dit-elle, mademoiselle Rosalie, venez ici; c'est à votre tour. Récitez-moi les faits et gestes de Gharlemagne pendant les trois premières années de son règne. Rosalie, sur-le-champ, lui en conla l'histoire, et si bien que la sous-maîlresse n'avait rien à lui reprendre... Pourquoi, lui dit-elle brusqiiement, babillez-vous sans cesse au réfectoire, au lieu d'écouter la lecture?... Mais, notre mère, répondit Rosalie, c'est que cela me fait plaisir... Ah! ah! reprit l'autre, c'est ainsi que vous me répondez... Je vais vous apprendre à me parler autrement !.,. Là-dessus, cette sous-maîlresse la prit par les deux mains et voulut d'abord lui lever la jupe. Ah? notre mère, dit Rosalie, ne me faites pas cette honte devant mes camarades, qui se moqueraient de moi... La sous-maîtresse ne fit qu'un demi-tour à droite sur la botte de foin, tenant toujours Rosalie, qu'elle mit à ses genoux, comme pour lui donner la fouettade. Mais nous n'en vîmes rien, parce que la sous-maîtresse, qui nous tournait le dos, nous empêchait de voir... Je commençais alors à reprendre courage et à essuyer mes larmes, voyant que Rosalie, qui avait plus de quinze ans, qui était plus grande que moi et très jolie, était traitée comme je l'avais été moi-même... Je devins attentive à voir ce qui lui arriverait... Mais, j'eus beau prêter l'oreille, je n'entendis rien... J'avais à mes côtés M"" Agathe, qui fut plus curieuse ; elle se leva et vint sur la pointe du pied pour voir de près ce qui se passait. La sousmaîtresse tourna la tête et l'aperçut derrière elle. A l'instant, elle la prit par sa robe et lui dit : Venez, venez, petite insolente, je veux vous apprendre à avoir de la curiosité... Elle relâcha Rosalie, qui vint reprendre sa place... f^lle se saisit d'Agathe, qu'elle tint et qu'elle cacha tout de même...
Il y avait M"= Victorine et M"" Clairon à qui la sous-maîtresse n'avait encore rien dit; il semblait qu'elle n'osait parce qu'elles étaient l'une et l'autre aussi grandes que belles... Dans le moment, elles se levèrent toutes deux et vinrent lui dire : Notre mère, nous savons, nous autres, nos leçons sans faute, et nous sommes toutes prêtes à vous les dire. Mais il se fait tard, et vous nous avez promis un quart d'heure de récréation et de jeu avant de rentrer à la maison... Allons, dit la sous-maîtresse, j'y consens; je pardonne tout, j'oublie tout ; meltons-nous là en rond, encore plus près les unes des autres ; jouons un petit jeu, j'en veux être... Nous nous rangeâmes en rond, fort serrées toutes six... et je te jure, ma chère Thérèse, que je ne comprenais rien encore à tout cela... Jouons, dit la sous-maîtresse, un jeu à donner des gages... Oui, oui, c'est bien dit, répondirent-elles... Pour moi, je consentais à tout et ne disais mot... Par exemple, reprit la sous-maîtresse, jouons aux jeux de mots... Il faiit que vous répétiez l'une après l'autre ce que je vais vous dire... A vous, dit-elle, Victorine, puisque vous êtes près de moi... C'est M. de Coutufon qui a été voir M"' de Foucoutu, et ^1"° de Foncutu qui est allée voir M. de Coutufon. Ah ! je parle que je n'y manque pas, répond Victorine. C'est M. deConfoutu, dit-elle... Allons, des gages, s'écria la sous-maîtresse, et de bons gages !... Victorine ne se fit pas prier ; elle donna sa montre. A vous, mademoiselle Clairon, dit la sous-maîtresse... Mais Clairon barbouilla tout de même... et des gages : elle donna sa bourse... Vint le tour de Rosalie, qui répéta bien le commencement, mais mal la fin... et des gages: elle donna son flacon... Puis ce fut le tour d'Agathe, qui, par trop de vivacité, n'en put pas dire un mot... et de gages : elle donna son étui à cure-dents... Je faisais, moi, tous mes efforts pour bien retenir les paroles, et je parvins à les réciter sans faute...
04 l'œuvre de CUKBIl.LON LE FILS
Oh ! oh ! s'écrièrent ces demoiselles, c'est Auguste qui n'a pas manqué. C'est à elle présentement à nous en faire dire un autre ; et il faut, s'il vous plaît, notre mère, que vous en soyez. Je le veux bien, répondit-elle, mais si je manque, je ne veux point donner des gages... Pourquoi donc, s'il vous plaît? Vous n'êtes qu'une pensionnaire comme nous, vous êtes M"' Hélène, la belle Hélène, et voilà tout! Jouez tout à l'heure, ou nous nous mettrons toutes contre vous... Allons, allons, reprit Yictorine, allons, Auguste, que dirons-nous? Je ne sais, répondis-je, qu'un })etit jeu de mots qui n'est pas bien difficile, et que j'ai appris de ma gouvernante ; cela se répète trois fois de suite fort vite. Le voici : Je voudrais qu'on me conservît du va pour quand je serai grande. J'étais auprès de Rosalie, qui répéta trois fois cela sans faute ; Victorine en fit de même aussi bien que Clairon et Agathe. Mais notre sous-maîtresse, M"'" Hélène, y manqua tout net... et des gages : ce fut un des boutons de diamant quelle avait à ses oreilles. Et tous ces gages furent mis à part aupi'cs de nous, couverts sous un mouchoir pour les tirer au sort.
Agathe en fut chargée et moi j'eus le droit d'ordonner les conditions qu'il fallait pour les retirer ; et c'était ce que j'ayais à faire avant chaque tirage... Qu'ordonnez-vous, me dirent-elles, pour le premier qui sortira?... Je me mis à rire sans oser pourtant m'y déterminer ; car je commençais bien à m'amuser avec elles; mais j'étais timide, et j'avais peur de les fâcher... Je pris mon parti et je dis : Puisque vous me le permettez, mesdemoiselles, j'ordonne que celle de vous à qui le premier gage tiré sera sortie du cercle pour... Oh ! nenni ! s'écrièrent-elles, cela ne se peut pas; il faut que tout se passe au milieu de nous, dans le petit espace que voilà. Eh bien! repris-je, j'ordonne qu'elle me permette de lui faire un baiser et de lui demander son ami-
lié... Agathe tira la bague de Rosalie... Je me levai, elle se leva; je lui fis un baiser, elle m'en rendit quatre, et nous nous remîmes... Mais, reprit Rosalie, ce n'est pas là ce qui s'appelle ordonner; cela ne signifie rien... Voulez-vous me céder votre droit? Eh! bien volontiers, lui répondis-je. Allons, allons, dit-elle, moi j'ordonne que celle à qui sera le second gage tiré nous fasse voir si elle a déjà du poil... au-dessous du menton... Ce fut précisément le gage de la petite Agathe, qui avait tiré son propre billet... Et la voilà tout de suite qui se renverse, qui se trousse jusqu'au menton, qui nous montre des cuisses bien blanches et un peu de poil, si peu que rien... Et tu crois bien que, dans une pareille posture, la patinait qui voulait.
THÉRliSE
Pardi, voilà une scène bien étrange.
AUGUSTE
Elle l'était bien pour moi aussi... Écoute, écoute... Ce n'est pas tout. Rosalie dit après : J'ordonne que celle à qui sera le troisième gage se lève, renverse sa voisine... la découvre bien... qu'elle se découvre de même... et se mette à cheval sur elle... et s'y couche même, si bon lui semble... Ce fut le gage de Clairon qui était auprès de Victoriue, qu'elle troussa... après quoi elle se troussa aussi... et se mit à cheval dessus... puis s'y coucha tout de son long pendant un petit moment... Après quoi, Rosalie dit : J'ordonne que celle à qui sera le quatrième gage vienne sur ses genoux nous frotter bien joliment, par-dessous la chemise, ce qu'elle sait bien qui nous démange... Ce fut le gage de Victoriue, qui était près de moi, car j'étais entre elle et la sous-maîtresse prétendue... Et voilà Victorine à genoux devant moi... tout d'abord qui me baise, qui me renverse sur ma botte de foin., qui me chatouille... et me met dans une
66 l"(kuvue de crébillon le fils
si glande agitation que j'en avais les joues toutes rouges... Après moi, elle se tourna du côté de la sous-maîtresse et lui en fit autant... puis à l'autre... Elle fit à genoux le tour du cercle, et tout cela se passait avec des éclats de rire qui m'en faisaient faire aussi et me réjouissaient autant qu'ils me causaient de surprise... Il n'y avait plus qu'un lot à tirer, c'était celui de M"° Hélène, qui en était fort impatiente... J'ordonne, dit Rosalie, que celle à qui sera le cinquième gage, si c'est notre sous-maîtrese, comme il y a apparence, puisqu'il ne reste que le sien, j'ordonne qu'elle prendra M"' Auguste...qu'elle la fera coucher proprement là... devant nous, sur le ventre... qu'elle lui lèvera sa robe, son cotillon, sa chemise, qu'elle viendra par derrière, sur ses genoux, bien humblement, lui prendre les fesses à deux mains et les baiser autant de fois qu'elle l'a claqué à la sourdine; qu'elle renverra Auguste à sa place... puis se mettra en marche sur les genoux et sur les mains, pour se présenter à nous toutes, pour faire trois fois sa ronde dans ce petit cercle, afin que chacune à son tour lui paye ce qu'elle lui doit... Oh! voilà trop dechoses ! s'écria M"° Hélène... Non, non, dirent les autres; vous n'êtes pas la plus forte contre nous, quoique vous soyez la plus grande, et peut-être la plus aimable et la mieux faite ; c'est précisément pour cela que nous voulons voir votre obéissance... Allons, dépêchezvous et ne manquez à rien... Toute cette cérémonie me regardait bien autant que M"" Hélène; mais je pris mon parti de bonne grâce : je ne résistai à rien... Elle me prit... elle me coucha au milieu du rond... elle releva bien proprement ma robe, ma jupe et ma chemise... elle vint à moi sur les genoux... elle me caressa le derrière de cent façons... Elle prit mes fesses entre ses mains... et me lés baisa à vingt reprises...
Je me remis à ma place, bien curieuse de voir ce qu'elle
allait encore faire... Elle resta sur ses genoux, un instant, puis elle vint à quatre pattes et s'arrêta premièrement devant Victorine en lui présentant le côté... Victorine, aussitôt, la rapprocha d'elle le plus qu'elle put... Elle trousse la grande demoiselle Hélène... elle lui fait passer ses jupes et sa chemise par-dessus la tète... elle met à l'air son beau cul... car, en effet, il était fort beau... elle le manie... elle le patine... elle le claque de cent façons... Aussitôt cela fait, ses jupes et sa chemise rabattues, elle se présente dans la même posture à Clairon, qui la caresse et lui frotte les fesses tout de même et fait après retomber sa chemise et ses jupes, pour donner à la suivante le plaisir de les relever à sa guise... C'était Rosalie, que M"" Hélène avait fouettée sur sa botte de foin au commencement de la scène et qui brûlait d'envie de le lui rendre... Rosalie rapprocha M"" Hélène de plus près... Elle la rangea un peu de côté pour plus d'aisance... elle troussa beaucoup mieux que les autres n'avaient fait sa chemise, qu'elle attacha avec deux épingles... et la voilà qui la chatouille par devant... qui lui vergette le derrière... et la claque de tout son cœur... En quittant Rosalie, elle se trouva devant Agathe, qui la prit à bras-le-côrps... et s'en divertit tout autant... Puis, enfin, elle se trouva devant moi, toujours à quatre pattes... et le cul tout découvert... Je passai le bras gauche autour d'elle pour m'en assurer... puis... je restai un petit moment à considérer ce que j'avais là sous mes yeux... et dans mon pouvoir, les fesses nues de cette belle et grande M"° Hélène, notre prétendue sous-maîtresse, qui, à la faveur de mon ignorance, m'avait traitée comme une enfant... Oh! vous me le paierez!... lui dis-je... Je la prends... je la serre auprès de moi de la main gauche... je lui chatouille le ventre de la main droite... je lui patine les fesses, je les pince... je les frotte... je les claque... Elle se remue sous
68 l'œuvre de crébillon le fils
moi... le feu me monte au visage... l'ardeur du plaisir mo transporte... je la claque des deux mains... Ma gerbe de foin se défait... je tombe le nez sur sa croupe... je la baise... je lui veux baiser les fesses... je les mords... et la voilà tout en colère... Quoi! vous me mordez! dit-elle... Là-dessus, elle me prend... elle me trousse... et me fouette bien fort... Clairon s'en mêle, qui nous patine et nous fouette toutes deux... Agathe survient, qui trousse Clairon tout au plus vite et lui en fait autant. A'ictorine se jette sur Agathe... cl Rosalie sur Victorine... Chacune tient la sienne et en fait ce qu'elle veut.
Nous nous relevâmes bientôt : après, nous nous rajustâmes pour rentrer à la maison, et alors toutes ces demoiselles me dirent : Auguste, te voilà reçue ; tu es des nôtres ; tu en sais à cette heure autant que nous.
THÉRÈSE
Auguste, je ne reviens pas de mon étonnement ; qui pourrait imaginer dans une maison comme celle-ci de telles folies, un libertinage pareil?
AUGUSTE
Libertinage, soit; à la bonne heure... après... quel mal cela fait-il?... Aucun. Au contraire, cela fait que nous nous aimons, que nous nousamusonB sans qu'on le sache, et que ces badinages-là nous tiennent le cœur gai et nous empêchent de sentir l'ennui d'une clôture.
THÉRÈSE
Cela fait un autre bien : cela familiarise à montrer son derrière sans honte et à redouter d'avoir le fouet tout de bon, n'est-ce pas?
AUGUSTE
De qui, le fouet tout de bon?... des sœurs converses?
TABLEAUX DES MŒURS DU TEMPS Gq
Oui.
AUGUSTE
Elles prennent de bonnes verges, celles-là ! Mais on leur envoie d'avance tout son argent, moyennant quoi la Giron vous lève la chemise à moitié ; on laisse pendre un coin de jupe, on ploie les reins, on retire le derrière, on fait trousser autour toutes ses hardes, en sorte que la ïaupin fouette sur les jupes ou la robe et que les mères croient bonnement qu'on vous donne sur les fesses. Je n'.avais pas cette ressource-là dimanche, que la mère elle-même me tenait et me troussait à plaisir. La petite coquine de Monique t'en dirait des nouvelles, puisqu'elle regardait par le trou. Je lui rendrai cela. Au reste, la mère ne me fit pas grand mal; mais quand elle pourrait m'en faire, cela ne m'empêcherait pas de l'aimer.
THÉRÈSE
Ma chère amie, que tu me donnes d'envie de prendre cette verge de lavande et de te rendre ce que tu m'as fait! Lève-toi de dessus ce sopha.
AUGUSTE
Ma petite Thérèse, que j'aime à t' envisager d'aussi près et à mon aise !
THÉRÈSE
Vraiment, oui, à ton aise, bien assise pendant que tu me tiens debout entre tes jambes et que tu me claques à ta volonté. Lève-toi donc pour voir.
AUGUSTE
Que j'aime tes grands yeux bleus, avec ces belles paupières ! Qu'ils sont doux et amoureux !
L (KUVRE DIC CUEBrLLO.N I.E FILS
THERESE
Avec cela, ma chère amie, ils n'ont pas le feu des tiens, et cela ne te manquera jamais.
AUGUSTE
Que j'aime ton tour de visage; que tu as la tête belle et bien posée! Les jolies oreilles! le beau cou! les belles épaules ! les charmants petits tétons ! On les distingue déjà et plus que les miens. Donne, que je les baise ! Que tu as la peau blanche! qu'elle est fraîche! Ah! que j'aime à t'embrasser !
THÉRÈSE
Ma chère amie, tu me serres beaucoup, tu m'empêches de te baiser aussi, et je le veux, car je l'aime de tout mon cœur... Oh! que je te rende ce baiser-là... encore !... ïu te moques de moi... C'est toi qui es à manger ! Tes yeux noirs et flambants, ton nez en l'air, toute ta petite physionomie est si vive et si piquante, qu'on en deviendrait fou ! On n'a pas tort dans la maison quand on dit que je ne suis que la belle et que tu es la jolie.
AUGUSTE
Si je le suis, c'est pour te plaire... Tiens... je t'aime que j'en extra vague !... J'enrage quand j'entends dire qu'on va marier cette petite fille-là !
THÉRÈSE
Eh bien ! ton tour ne viendra-t-il pas ?
AUGUSTE
Je t'en réponds qu'il viendra et qu'aussitôt que je serai sortie de ce chien de couvent, j'irai voir M"' la comtesse de..., qui sera toujours à mes yeux ma belle Thérèse.
THÉRÈSE
Sans doute. Oh ! que je te recevrai bien !
tableau.v des mœurs du temps
AUGUSTE
J'irai la voir dans ses atours magnifiques et qni ne m'intimideront pas.
J'y compte bien, et que tu auras toujours les mêmes droits sur moi.
AUGUSTE
Oui, morveuse, le droit d'examiner votre conduite, et, si je ne la trouve pas bonne, de m'en prendre à ce derrière-là.
THÉRÈSE
Il y a une heure que tu me claques; ne- veux- lu pas le lever? cela m'impatiente.
AUGUSTE
Est-ce que tu veux me voir? Je ne suis pas mal faite. Tiens, me voilà debout. Allons, baise-moi. Ah! petite novice, tu me trousses tout doucement.
THÉRÈSE
Attends, attends; tourne-moi le dos, j'en viendrai bien à bout.
AUGUSTE
Fort bien, vraiment, fort bien ! Voilà mon derrière, le voilà lui-même; il prend le frais. Cela est délicieux. Ah! ah ! tu te mets à genoux ?
THÉRÈSE
Oui, pour le mieux voir. Ah ! Auguste, que ta es bien faite.
AUGUSTE
Lève donc, innocente; tu ne vois pas ma chute de reins... là!... bon!... Ah! que j'ai frais! que cela me fait de plaisir!... Tu baises mes fesses!... je t'en sais bon gré !
Me permets-tu de te donner un peu le fouet à la lavande?
L (KCVHF, I>F, CHIHILLON I.E Kll.S
AUGUSTE
Oh! tant que tu voudras! c'est ce qu'il me faut. Attends, que je me couche à demi sur le pied du lit. Me voilà bien. Trousse, trousse! je ne veux rien te cacher... Me trouves-tu bien?... Oui, car tu me baises... Allons, allons, quelques petits coups !
THÉRÈSE
Non; je ne saurais m'y résoudre; j'aime cent fois mieux le caresser !
AUCUSTE
Relevons- nous donc... Eh bien ! es-tu contente de moi?
THÉRÈSE
Ah ! si je le suis !...
AUGUSTE
Voilà le goût venu. Prends-y garde. Je gage que tu von-, drais à celte heure que Monique, Henriette ou Rose, ou quelques autres fussent ici pour leur en faire autant.
THÉRÈSE
Ma foi, je crois que oui. Cela me diverti l tout à fait.
AUGUSTE
Viens ça, jelons-nous sur ce lit.
THÉRÈSE
Tu as raison : nous voilà mieux.
Il s'agit ici d'une autre affaire. Voyons, montre-moi un peu ce que tu portes en mariage à ton époux.
THÉRÈSE
Ah! Auguste... Où mets-tu ta main?... Pour mou derrière, à la bonne heure ! mais pour ce côté-là, penses-tu que ce sont des sottises terribles?... Non, non, je ne veux pas!... Voilà mon derrière, à la bonne heure! tant qu'il te plaira!
Je veux rester sur le ventre; je ne veux pas que tu me retournes.
AUGUSTE
Oh! je vous retournerai, belle mariée.
THÉRÏiSE
Ah! que fais-tu?... Eh bien ! eh bien! voilà mes cuisses, puisque tu m'y forces.
AUGUSTE
Belle mariée, ôtez la main... (jtez!... Ah! qu'on a de peine !... Eh ! la nigaude qui se cache le visage.
THÉRÈSE
Tu me fais là un tour que je ne te pardonnerai point.
AUGUSTE
Le voilà donc ce bijou !... Eh! la morveuse! elle n'a que du poil follet... à peine as-tu chaud là... x\ttends, attends, il y a un bon remède !
Que me fais-tu ?... Ah ! que tu m'échauffes ! je n'ai jamais rien senti de semblable... Ah! que tu me chatouilles! que tu me fais de plaisir!... que je voudrais bien te le rendre!
AUGUSTE
Tu le peux, ma chère amie. Fais-m'en autant... Bon!... vite, vite... un peu plus haut... Badine, badine!... Tu n'es pas bien au fait.
THÉRÈSE
Voilà donc, ma chère amie, comme toutes les femmes sont faites!... Nous avons donc toutes une petite ouverture placée de la même façon ?
AUGLSTE
Oui... il y en a qui l'ont un peu plus bas, dautres un peu plus haut. La tienne, par exemple, est placée à ravir; j'ai vu bien peu de nos camarades l'avoir de même.
74 L ŒUVRE DE CUEBH.Ln.N LE FILS
THÉUÈSE
Tu on as donc bien vu, de nos camarades?
AUGUSTE
Tant que j'ai pu.
THÉRÈSE
Et toi, comment te trouves-tu?
,# AUGUSTE
Moi?... pas mal.
THÉRÏISE
Cela me paraît, à moi, très bien... Et les hommes, ma chère Auguste, sais-tu comment ils sont faits?
Ah! qu'il y a longlemps que je cherche à le savoir!... Veux-tu que je te confie mon secret?
THÉRÏiSE
Eh bien ?
AUGUSTE
C'est que j'attends ici quelqu'un tout à l'heure qui me l'apprendra.
THÉRÈSE
Qjoi? un homme!... Ah! je m'en vais donc; je n'oserai pas m'y trouver,
AUGUSTE
C'est le neveu de la tourière, il n'est que de notre âge. C'est elle qui me l'envoie. Tu vois bien que nous ne risquons rien.
THÉRÈSE
Et comment as-tu fait pour l'engager à une pareille démarche?
AUGUSTE
En lui donnant tout mon argent.
THERESE
Quoi ! il va venir?
Elle me l'a promis... Mais, pour prendre patience... viens que je te caresse !...
THÉRÈSE
... Tu me fais mal !
AUGUSTE
... Eh bien! est-ce comme cela?... Y entends-je quelque cliose ?
THÉRÎ:SE
Ah! que cela va bien! que cela m'échauffe!... Je ne me reconnais plus... En voilà assez... en voilà assez, ma chère Auguste !... En vérité, nous faisons là des choses effroyables.
AUGUSTE
On frappe... Levons-nous... c'est lui! •
THÉRÈSE
Je vais me cacher.
AUGUSTE
Que tu es sotte! Ne faisons seulement pas de bruit.
THÉRÈSE
Remets les verrous au moins.
AUGUSTE
Penses-tu que j'y manque?