L’ENFANT AU PLATEAU
sans doute pas le rôle principal, c'est l'enfonce qui devient lointaine et délicieuse, perdue et regrettée. Toutefois, si le décor où s'ouvrent les veux de I enfant, oit commence de fleurir son esprit, est lumineux et charmant, l’aube de la vie se pare d’un attrait rare, printanier, paradisiaque. Les campagnes d Alsace resplendissent ainsi. pour Carrière, à I horizon en arrière de sa vie. Depuis, i! a connu le monde, mais il la traversé avec allégresse. Il a eu, comme tous, ses jours
sombres, mais une gaîté robuste a persisté en lui, qui lui vient de sa race et des riants et intimes paysages où se réjouirent ses jeunes années.
Il a dit n avoir pas eu I initiation artistique à Strasbourg, lorsque Edmond de Concourt, dont il faisait U; portrait, I interrogea sur la formation de son talent. Il lui confia avoir atteint ses dix-huit ans sans avoir fréquenté le Musée, sans s’être aperçu de la présence des peintures de Martin Schœn à I église Saint-Pierrele-\ ieux. C’est à dix-neuf ans, lorsqu'il quitte Strasbourg pour Saint-Quentin, que le peintre s’éx’eille en lui dans la salle où sont rassemblés les pastels de La Tour, et « peut-être, dit Concourt, ces préparations d’un des plus grands dessinateurs de la figure humaine lui inspirent l'amour de la construction, que plus tard il apportera dans ses portraits ». Il est certain que Carrière a la première idée, pendant les jours passés à Saint-Quentin, de se donner à la peinture, fl cherche le moyen d apprendre, s'en vient à Paris, suit naïvement les cours de l’Ecole des Beaux-Arts. C'était en 1S-0. La guerre vient le tirer de là, lui donne ses dramatiques leçons, lui apprend la misère et la mort. Devançant l'appel, il s’engage pour la durée de la guerre, il est soldat, bloqué et pris à Neuf-Brisach, prisonnier à Dresde. A travers les tristesses de sa captivité, il a I aubaine du musée de Dresde, où son rêve de peintre le reprend, où il trouve le grand initiateur Rubens.
Il faut lui entendre raconter son retour, et de quelle façon il est reçu, avec ses camarades, prisonniers délivrés, au nom de la mère patrie, par un hurluberlu de lieutenant qui n’avait certainement pas conscience de la mission de bienvenue qui lui incombait. A peine les hommes rangés dans la cour dune caserne lorraine, au sortir des wagons allemands, ce brutal passe devant les
rangs : « Allons, tas de , nous allons vous faire marcher! » Quitter un
caporalisme pour en trouver un autre, si particulièrement cruel, parut excessif au jeune soldat. La guerre était terminée, il ne devait plus une minute de son temps au régiment. Rendu aux loisirs de la paix, il quitta la caserne sans mot
(lire, alla troquer ses vêtements de guerrier inactif contre un costume de simple civil, et s en fût simplement, disant un adieu définitif a la vie des camps et au métier des armes. Réjouissons-nous qu il ail ainsi échangé le fusil et le sabrebaïonnette pour la palette et les brosses et choisi sa manière de servir sa patrie.
Où s'en va-t-il ainsi A Saint-Quentin, d’abord, puis à Paris, où il rentre