‹ L'œuvre de E. Carrière;Chapitre 9 sur 26 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

question du dessin et de la forme, qui est capitale, et que notre artiste a résolue pour son compte.

Eugène Carrière n est pas tombé dans I erreur principale où sombrent tant d’artisans et d’artistes : erreur de procédé et erreur de pensée. Erreur de procédé qui leur fait subordonner toute leur œuvre, monument, statue, tableau, gravure, objet, à un agencement de lignes. Erreur de pensée qui les mène à attacher une vertu particulière à l'arabesque de la ligne' et (pii leur donne la vanité d’avoir créé un style. D’une aberration à une autre, il n’y a qu’un pas, et il est vite franchi.

Je propose simplement de remplacer le mot ligne par le mot forme. La forme, c’est le principe vital de toute œuvre d’art : architecture, sculpture, peinture, gravure, dessin, objet. Cest b' volume des choses et des êtres que I artiste doit exprimer. Le volume, ou forme, détermine tous les aspects fugitifs des lignes, car un être ou un objet ne se présentent pas à nos regards avec leur seul profil. Rien n est cerclé par un trait, la forme ne montre sur aucun point une solution de continuité, et ce que certains nomment la ligne, et qui est, en réalité, une des silhouettes d’un être ou d’un objet, ne commande nullement la forme générale, et tout au contraire se trouve commandé par elle.

Pour essayer une définition de la ligne, je dirais qu'elle ne peut être que la caractéristique du dessin, ce dessin strictement défini : l art du trait, c’est-àdire un langage abréviatif, convenu, pour rappeler, pour évoquer les formes, pour donner l’idée de leur mise en place.

C'est là seulement, alors qu’il s’agit de dessin, que la valeur de la ligne existe, que la ligne devient l’équivalent d un alphabet, un signe représentatif des formes. Le dessin peut être naïf, puéril, gauche, enfantin, le moyen d’expression d une humanité à son éveil, mais ce dessin-là est le dessin ignorant, qui reproduit les aspects des choses par à peu près. Le dessin exactement défini est le dessin savant, qui vise à donner un résumé des choses, et ce dessin-là est un dessin raffiné, subtil, très difficile à pénétrer et à posséder, qu’il soit immobile ou agité, le dessin des vases grecs et des estampes japonaises, le dessin de Rembrandt, d Ingres ou de Delacroix.

C’est le dessin de tous les grands dessinateurs. Il ne remplace pas la forme, il la suppose, il la fait apparaître furtivement d regards. Un dessin n est pas une œuvre complète. C’est une indication, une note prise par I artiste.

1 1 tombe sous le sens (pie tous les autres ai ls : architecture, sculpture, peinture, et tous les arts qui se rapportent à l’objet, ont pour but essentiel, non pas 1 abréviation par le dessin, mais la représentation des surfaces et des volumes, c’est-àdire des formes. La ligne devient alors secondaire et obéissante.

Si la forme est vraie et belle, la ligne, ou plutôt le contour, la silhouette, sera en rapport absolu avec elle.

I imagination plus qu’aux

ÉTUDE

Pour résumer, par des essais de définitions, ce qui vient d’être développé, on arrivera à cette conclusion que si le dessin est l'art des silhouettes, la peinture est I art des surfaces, la sculpture est l’art des volumes.

Mais comme, au total, ce sont toujours des volumes qu’il s’agit de repré-

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