‹ L'œuvre de guerre du peintre Albert BesnardChapitre 7 sur 7 · scène du tableau · texte numérisé non relu

scène du tableau

L'observation attentive et vivante, tantôt prompte, tantôt méditée à loisir, a laissé pour preuve directe des dessins d’une rare beauté, au crayon noir, parfois relevés de blanc. Le crayon de Besnard est merveilleux et on ne sait qu'en dire, car rarement la souplesse et l'énergie ont

pu alterner et s'unir avec une pareille richesse. Le dessin

de l'artiste, c’est la communication la plus directe de son

esprit à sa main. C’est comme sa signature intellectuelle.

Il m'est précieux de pouvoir reproduire ici toute une suite des dessins de 1915, 1916 et 1917. À ceux qui perpétuent les traits de Benoît XV, du Cardinal Mercier, de d'Annunzio, de Destréé, peuvent être comparés et égalés les portraits du Roi Albert et de la Reine Elisabeth.

L'œil bleu dùu Roi se fixe, plein de douceur et de fermeté ; 1l semble découvrir dans l'avenir le point certain où sa méditation le mène. Le mystère brille encore, mais bien différemment dans le dessin fin et lumineux qui nous révèle la physionomie de la Reine. La bouche ferme et un peu serrée marque la volonté qui domine la souffrance. Dans les yeux pleins de pensée, il y a une énigme véritable, une énigme qui se résout en lumière. On ne peut se détacher de cette rare et étrange image. J'ai songé à telle figure symbolique de quelque précieux maître de la Renaissance, un Albert Dürer ou un Piero della Francesca, mieux encore à quelqu une de ces figures souriantes et graves qu'a révélées parfois l'Egypte Alexandrine.

Pourquoi chercher si loin? Ces pensées et leur expres-

sion, le peintre, ses modèles, sont d'hier, sont d'aujourd'hui,

et sont de demain encore. Ces attentes, ces espoirs, ces certitudes lointaines, ont animé ces yeux et ces visages sur le lambeau de patrie, dans l'air brumeux de la mer du

Nord, où le peintre a été les saisir.

C'est qu'il lui fallait ces observations et ces précisionslà pour donner la vie à son grand tableau royal. L'énigme des yeux, le rêve des visages, que les dessins nous ont

présentés dans toute leur profondeur, vont disparaître dans

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le vaste mouvement de la chevauchée militaire. En fait, ils l'animent tout entier.

. On doit se représenter maintenant la scène que nous montrera le Tableau. Il nous placera en pleine épopée.

Le Roi et la Reine sont à cheval tous les deux: lui, au premier plan, vêtu de son uniforme de soldat, dont le vent de mer soulève un peu les pans, droit et ferme en selle, la tête dressée et tournée vers le spectateur, le regard dirigé au loin. Un peu plus au second plan, et comme si elle venait le rejoindre, la Reine pousse son cheval vers celui du Roi, dans toute l'élégante grâce féminine, et dans toute la majesté royale.

Ces magnifiques cavaliers, sur de beaux chevaux de guerre, sont en mouvement et palpitent de vie, dans l'air vif et salé de la côte septentrionale, sur un ciel lavé où courent les nuages. Derrière eux, s'étend à perte de vue jusqu’à la mer, la plage illimitée, où le vent balaie incessamment le cortège lointain des buées marines et des arènes soulevées.

C’est là, sur cette plage, tandis que j'attendais le roi, que vibraient les pas des régiments qui passent, que sonnaïent les fanfares, que flottaient les drapeaux.

Cette image ne peut se détacher de mon esprit.

Le Roi Albert et la Reine Elisabeth sont à la tête dé leurs armées en marche. L'heure est venue, le rêve est accompli, l'énigme est résolue. Les souverains ramènent le drapeau dans la patrie reconquise.

Ce n’est pas à Rome qu'il faudra voir ce tableau pour en embrasser toute la pensée. Ce n'est pas à Paris.

C'est à Bruxelles.

C'est à Rome que Besnard l'achève à cette heure,

après l'avoir commencé à La Panne. Ce fut une difficulté.

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Rice ess lé: Roi et de Fe ae Nacre ee Voilà où en est aujourd'hui l’œuvre de guerre d’ Albert Fr Besnard. Il m'a semblé que le moment était opportun pour À s'arrêter et la regarder, et dire ce que j'avais pu savoir de ses causes, de ses incidents, de son développement. | ne Enumérer une pareille œuvre, en faire apercevoir Lo ou artistique et la portée morale par quelques docu- # ments, cest faire sans doute du peintre, le plus glorieux de.

des éloges. Cet éloge suffit. Entre beaucoup de qualités, mon ami a celle de détester les hyperboles et de craindre .

À PEAR F

l'excès de la ne I sait que je suis malhabile à déni 0"

l'encensoir. Il m'a permis de raconter ce que je savais, et, |

comme par le passé, de continuer à commenter son œuvre. rs 7 ÉcpeA eee il s'est méfié un peu : | ap — Ne m’ornez pas trop! m'a-t-il dit.

“à e ne l’orne que de la seule vérité.

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