‹ L'œuvre de H. de BalzacChapitre 49 sur 92 · UNE PASSION DANS LE DÉSERT · texte numérisé non relu

UNE PASSION DANS LE DÉSERT

Celte nouvelle est tout simplement une merveille. Elle ne s'analyse pas, elle se lit. C'est moins une scène de la vie militaire qu'une étude prodigieusement originale de la passion que l'homme peut inspirer à l'animal, non pas l'animal domestique tel que le chien, le cheval, mais l'animal libre, vivant en plein désert, l'indomptable bête fauve sans cesse altérée de sang. Balzac croyait à l'càme des bêles, et les résultats surprenants auxquels arrivent les dompteurs, lui faisaient dire qu'on peut inculquer à un fauve tous les vices dus aux raffinements de notre état de civilisalion.

Un Provençal, volontaire de l'armée dEgypte, prisonnier des .Maugrabins, s'égare au désert en voulant s'évader. Réfugié dans une grotte, il y aperçoit une superbe panthère, qui, loin de. chercher à le dévorer, se laisse caresser comme une chatte. Une singulière intimité ne tarde pas à s'établir au sein de l'immense solitude entre le soldat et la reine des sables. Mignonne, ainsi s'appelle lajfune jianthère en souvenir d'une ancienne maîtresse du Provençal, va jusciu'.à sauver la vie à son compagnon près d'être englouti par des sables nioiivanls. Vn jour, hélas! interprétant faussement un mouvement de Mignonne, le soldat lui

plonge un poignard dans le cœur; la bête meurt en jetant à son meurtrier un dernier regard sans colère. Retrouvé par ses camarades, le Provençal a depuis fait la guerre en Allemagne, en Espagne, en Russie, en France; il a bien promené son cadavre, il n'a jamais rien vu de comparable au désert. Parfois dans les jours tristes, il regrette son logement de palmiers et sa panthère.

Ce conte qu'a inventé Ralzac est-il possible? Le fait est-il réel ou non? Nous ne nous attacherons pas à résoudre une question -pareille; disons seulement que cette courte histoire de passion d'un nouveau genre finissant par un malentendu comme toute grande passion, est, malgré son cadre étroit, un pur chef-d'œuvre de sentiment et de style, qu'on dirait sorti de la plume alerte de Gautier ou de Mérimée. Balzac n'a rien écrit de mieux que le portrait de la panthère, vue dans mille poses avec l'expression de ses instincts. On jurerait que, pour peindre le désert et rendre le sentiment de l'infini qu'en éveille l'aspect grandiose, il a coloré sa plume des feux du soleil des tropiques. La zone torride n'avait donc pas plus de secrets pour Balzac que les glaces de la Norvège? Et il sondait l'immensité du Sahara aussi aisément qu'il observait une rue de Paris. — On trouverait difficilement, dans 1(1 Fille aux yeux d'or, ou Sarrasine, une scène qui vaille la fin de U)ie Passion dans le désert. La pensée de l'auteur y est insondable, l'effet de ses réticences indescriptible. Le dernier niot esta retenir. Nous ne connaissons pas d'image plus forte de l'écrasement moral que doit faire sulnr à lame la contiMnplalion des splendeurs indéfinissables du désert : « Il y a tout et il n"y a rien, dit l'auteur, c'est Dieu sans les hommes. »

Ou'jujrait donc été le livre 1rs Français en Ft/i/pte, d'où l'écrivain a détaché la présente nouvelle'?... Un chef-d'œuvre immense... comme le désert, sans doute; une épopée monumentale comme les pyramides, et qui aurait perpétué dans les (juaranle siècles promis par bonapartc la gloire incomparable des armes françaises. Ilélas! PoiM(|M(»i l'auleur de la Comédii- luiuiaine est-il mort si vile, à moilic d'ini chemin sur lequel il aurait cerliiiiicMii ni dépassé Viclor IIiil:o?...

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