CHAPITRE V
La progression des recettes de 1822 à 1840 et 1841. — La générosité des protestants. — L'héroïsme des missionnaires catholiques. — Les missions en 1822 et en 1900.
Il semble que le Ciel, avant de le rappeler àlui^ ait voulu permettre à celui qui avait présidé aux premiers pas de l'Œuvre, de voir cette Œuvre établie àpeuprès partout, et capable de poursuivre désormais une marche régulière et progressive. « A mesure qu'elle ajoute au nombre de ses années, disait le compte rendu de 1 841 , publié en 1 842 dans les Annales, notre Œuvre, bénie du Ciel, multiplie ses progrès ; c'est un fleuve qui devient toujours plus large en s'éloignant plus de sa source ; et, de même que son dernier recensement effaçait les résultats qui l'avaient précédé, ainsi voit-elle, aujourd'hui, ce tableau s'abaisser, à son tour, devant un chiffre plus heureux. »
Les difficultés n'avaient pas manqué néanmoins, difficultés parfois fort graves, car l'Œuvre avait même été, au milieu des agitations politiques, proscrite dans un pays catholique, l'Espagne. En Portugal, l'accusation de quêter pour Don Miguel avait été soulevée, mais, ainsi que nous l'avons dit, la publicité des Répartitions par la voie des Aiinales avait, comme en France, fait tomber toutes les suspicions. Ailleurs, le zèle même des catholiques et la coexistence avec la grande Œuvre, de sociétés
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secondaires, avaient forgé des entraves qu'il avait fallu briser pour le plus grand bien des missions et qui étaient destinées à disparaître plus tard. L'appui formel donné par le Saint-Siège aux Conseils centraux, les constants encouragements de l'Episcopat, la reconnaissance des missionnaires et les démarches des plus illustres d'entre eux pour la répandre et la soutenir de leur parole, de leur influence et de leurs écrits, permirent à l'Œuvre de la Propagation de la Foi de se consolider pendant les vingt premières années de son existence. Les recettes commencèrent par un total de 22.915 francs 15, somme recueillie du mois de juin 1 822 au mois de mai — inclusivement — de l'année 1823, par le Conseil central du Midi. Les dépenses ayant été de 2.235 francs, 20.680 francs 35 furent versés dans la caisse du Conseil supérieur qui les divisa, en trois portions égales, entre les missions d'Orient pour une part, celles de la Louisiane et du Kentucky pour les deux autres parts.
Dix ans après, le total général était déjà de 309.947 francs 26 ; les missions d'Asie et du Levant recevaient 148. 400 francsetlesmissions d'Amérique 131.600 francs. En 1840, les Conseils réunirent 2.473.578 francs 02. Les inondations qui avaient désolé le sud-est de la France n'avaient causé aucune perturbation dans les collectes. La Toscane et les Etats Romains augmentaient leurs recettes. La Bavière recueillait plus de 200.000 francs. Les versements des fidèles des Iles Britanniques atteignaient et dépassaient même 197.000 francs. Vingt ans plus tard, en 1860, le total général des recettes atteignit le chiffre de 4.547.399 francs 77. En 1880, elles arrivèrentàlasommede6. 020. 039 fr. 66. En 1900, elles furent de 6.848.700 francs 86.
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Si rapide que fût dès 18401a progression des offrandes, on était loin de pouvoir présenter au public des résultats aussi beaux queles protestants. Ceux-ci avaient, il est vrai, commencé plus tôt ; maisaujourd'huil'abondancede nos offrandes peutelle être comparée aux libéralités fournies par nos frères séparés ? Hélas 1 nous faisons à peine notre devoir. Malgré de nombreux efforts, malgré des appels réitérés, malgré la publicité donnée par la presse, malgré la circulation des Amia/es qui se tirent à 298.000 exemplaires et qui sont rédigées en 12 langues, beaucoup, même parmi les bons catholiques, n'ont qu'une notion très imparfaite de la principale des Œuvres d'apostolat, de celle qui s'occupe de tous les besoins des missions sur tous, les points du globe et qui a des relations avec le monde entier.
Au mois de février 1836, le Journal Asiatique de Londres publia la liste des sommes reçues, en Angleterre, dans le courant de l'année 1835, P^^ la Société biblique et les Comités des diverses missions protestantes. La recette s'élevait à 20 millions de francs environ, ou 778.035 livres sterling auxquelles venaient s'ajouter les souscriptions ouvertes dans toutes les colonies soumises au Gouvernement britannique. Les Annales de la Propagation de la /^(9z' firent observer, à se sujet, que si l'on ajoutait à ce qui était recueilli, dans le Royaume-Uni et ses possessions, les collectes des autres pays protestants, on n'exagérerait rien en déclarant que la somme totale récoltée pour le soutien des missions protestantes dépassait de
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beaucoup 30 millions par an (i). Quelle marche ascendante n'ont pas suivi les ressources mises à la disposition de l'action protestante 1
D'après un article paru dans le numéro du 26 octobre 1899 ^^ VAmï du Clergé, de Pâques 1S97 à Fàques 1898, les fidèles de l'Eglise anglaise établie ont, en dehors des dons offerts par des associations diverses, versé, comme cotisations pour les missions étrangères, une somme correspondant à 23.245.675 francs. Le revenu, pour l'année 1898, d'une seule des sociétés auxquelles nous venons de faire allusion, la Society for the Propagation of the Gospel in foreign ports, a été d'une valeur égale à 3.308.875 francs. La Chiirck fuissionary Society a recueilli, en une année, 8.534.875 francs, etc.
A côté des Sociétés entretenant le personnel, on trouve celles qui distribuent des ouvrages et des bibles, comme la British and foreign Bible Society qui, en un an, a dépensé, dans ce but, du 31 mars 1896 au 31 mars 1897, une somme pouvant être évaluée, en notre monnaie, à 5.092.025 francs. Citons encore la Society for promoiing Christian Knowledge, la Chiirch of England zeîiana ntission a ry Society ètdihViQ. en 1880 dans le but spécial d'évangéliser les femmes indiennes, la Missionary Icaves association, la Junior clergy association. D'aucuns évaluent à 50 millions de francs le montant des générosités des protestants anglais pour leurs missions.
De leur côté, les Etats-Unis avaient, en igoo, au moins vingt-huit associations pour les missions protestantes de diverses dénominations.
(i) Tome VIII, i835-i83tf.
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Si, à tout cela, nous ajoutons ce que reçoivent pour les missions luthériennes, les associations de Norvège, d'Allemagne et d'ailleurs, nous arrivons à un chiffre vraiment colossal pour le budget total de l'ensemble des sectes protestantes.
Les catholiques ont, outre l'Œuvre dont nous racontons les commencements, celle de la Sainte^ Enfance, celles des Ecoles d' Orient et de Saint- Pierre Claver, /es Œuvres apostoliques, celle des Partants, le Ltdd'^verein, le Bonifacieusverein, et quelques autres encore, mais en additionnant toutes leurs collectes, nous serions loin d'atteindre le total qui nous est présenté par les dissidents.
Ce qui était vrai en 1835, ^^^^ maintenant encore ; les résultats obtenus par l'ensemble des sectes de l'Eglise réformée sont loin de répondre aux sacrifices faits depuis de si longues années I Au contraire^ les efforts persévérants des prêtres catholiques et de leurs auxiliaires durant l'espace d'un siècle, notamment depuis 1822, ont dépassé toute attente. Le xix" siècle a fait mentir le XVIII'. Celui-ci crut, dans ses dernières années, avoir écrasé rinfàme ; il pensa, quand mourut Pie \n[, qu'il scellait le tombeau du dernier des Papes. Le XIX^ siècle commença par une résurrection ; il s'éveilla devant les premières lueurs de la lumière qui devait l'illuminer. Le XIX® siècle allait donner à l'Eglise des écrivains pour annoncer la renaissance catholique, des orateurs pour la faire aimer des foules, des polémistes pour la défendre, de vaillants soldats du droit dont le nom est encore 'ians le souvenir de tous, vigies qui signalaient
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l'approche de l'ennemi, paladins qui défendaient, pied à pied, la citadelle menacée, pour prendre ensuite devigoureuses offensives, clairons sonores qui enflammaient les courages. Dieu se proposait île donner à son Eglise de nombreux évêques dignes des plus illustres parmi leurs devanciers et oute une lignée de papes, grands par leur intelligence et par leur cœur, grands parleurs épreuves, plus grands encore par la sainteté de leur vie. Au cours du xix^ siècle, des missionnaires semblables àceuxqui, dans les âges passés, avaient fait l'admiration du monde, devaient porter au loin la parole évangélique, leur dévouement et la bonne odeui de leurs vertus. Volontiers nous citerions des noms, mais un oubli nous paraîtrait une injustice ; nous pouvons nous borner à rappeler les béatifications de martyrs proclamées dans les dernières années du siècle passé. Le 27 mai 1900 eut lieu, à Rome, la solennité de la béatification de nombreux martyrs de la Chine, du Tonkin et de la Cochinchine. Parmi ces vénérables serviteurs de Dieu, 9 appartinrent à la société des Missions Etrangères de Paris ; l'un, François Clet, fut Lazariste ; Ignace Delgado et Dominique Henarès, avec leurs compagnons, étaient Dominicains, tandis que Jean de Triora était Franciscain. Tous ces missionnaires furent mis à mort en haine delà Foi. Ainsi que le dit le décret de béatification, ou déclaration de martyre que S. S. Léon XIII ordonna de publier le 8 avril 1900, ces hommes héroïques rappellent exactement les temps primitifs de l'Eglise ; « méprisant toutes les menaces, ils subirent l'exil, les tortures, la mort la plus atroce, plutôt que de renoncer à leur très sainte Religion. »
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En 1890 furent béatifiés les Pères Chanel et Perboyre. L'Œuvre de la Propagation de la Foi organisa, à Lyon, un grand Triduum en l'honneur des deux martyrs. Les deux Conseils centraux ayant à leurtète leurs Présidents étaient venus dans l'antique Primatiale de la ville qui avait abrité le berceau de l'Œuvre, vénérer ces saints.
Selon l'expression de la Lettre pastorale du cardinal Foulon, l'Œuvre de la Propagation de la Foi « qui se glorifie de leur béatification comme d'un homma'^e personnel, comme d'un héritage de famille », avait voulu rendre de solennels honneurs aux bienheureux Perboyre et Chanel parce qu'elle lesconsidère « comme les premiers de tant d'autres martyrs nourris et soutenusdansleurstravauxapostoliques par les aumônes de ses associés (i) ». Les deux Bienheureux partirent pour les missions et y vécurent soutenus par les secours de l'Œuvre ; ils furent martyrisés, le bienheureux Perboyre le II septembre 1840, et le bienheureux Chanel le 28 avril 1841.
La situation des missions en 1822 était des plus tristes. Les nations catholiques, épuisées par les bouleversements dontelles avaient été les victimes, considérant qu'elles avaient à relever les ruines qui jonchaient leur sol, n'avaient guère songé à envoyer des successeurs aux quelques missionnaires qui se demandaient où seraient les continuateurs de leurs œuvres. « En 1816, raconte M. Launay (2), un seul prêtre partit (du séminaire
(i) Les Missions catholiques y année 189c. (2) Histoire générale de la Société des Missions étrangères, par Adrien Launay, de la même Société, tome IL Paris, Téqui,
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de la rue du Bac) pour les missions, c'était le premier depuis 1807. En 1817, deux prêtres, Magdinier et Brosson, furent envoyés au Su-tchuen et au Tonkin ; c'était le plus nombreux départ depuis 1799. En 1818 et en 1819, le nombre des missionnaires destinés à l'Extrême-Orient s'éleva à six. »
Les missions du Levant, jadis si florissantes, étaient bien déchues. Depuis vingt ans l'évêché de Babylone était vacant. La mission de Perse était interrompue et ne devait être reprise qu'en 1840. Il n'y avait dans le Levant que sept Lazaristes partagés entre l'Archipel, Constantinople, Smyrne et la Syrie.
Les Carmes étaient au Malabar, les Capucins au Thibet, les Oratoriens à Ceylan. A Pondichéry , on rencontrait un vicaire apostolique et six prêtres. Il y avait, aux Indes, au commencement du dernier siècle, deux archevêques, deux évêques, et deux vicaires apostoliques.
En i822,unévêqueet deux missionnaires étaient au Siam ; l'évêque y vivait dans un état tel de pauvreté qu'il avait dû, pour satisfaire le besoin de son cœur charitable, vendre, en 1820, ses mouchoirs et son linge de corps.
Dans toutl'Annam, onrencontrait4oo.ooocatholiques environ, 3 vicaires apostoliques, quelques missionnaires et un nombreux clergé indigène, mais on apercevait les prodromes d'une persécution.
La Chine venait de subir un violent orage, l'empereur Khia-King était mort dans sa résidence ,de Géhol, en 1820, frappé par l'orage. Grand (persécuteur des chrétiens, il avait pour successeur 'Tao-Kouang qui interdit à son tour leur culte et approuva toutes les injustes sévérités des manda-
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rins contre les prêtres catholiques et leurs fidèles qui étaient, à cette époque, au nombre de 300.000 dans tout l'empire. Si les deux vicariats du Chan- Si et du Fo-Kien n'avaient pas souffert outre mesure, celui du Su-tchuen avait été décimé ; les Annales nous apprennent qu'il ne comptait plus qu'un évêque avec son coadjuteur, un missionnaire européen et 15 prêtres indigènes.
L'Eglise du Japon avait jadis compté plus d'un millier de prêtres et deux millions de chrétiens. Une violente persécution passa sur elle, et, pendant près de deux siècles, ce fut le silence de la mort. Il fallut attendre jusqu'en 1846 pour que le Saint-Siège se montrât disposé à reprendre l'évangélisation du lointain archipel.
En 1822, rOcéanie ne s'était pas encore ouverte à l'évangélisation. Ce fut seulement en 1826 que la Congrégation des Sacrés-Cœurs envoya des missionnaires dans les îles Sandwich.
En 1800, l'Australie, la Tasmanie et la Nouvelle- Zélande n'avaient pas un seul prêtre catholique. Les rares tentatives faites par des prêtres irlandais pour assister leurs compatriotes de la colonie pénitentiaire, en Australie, n'avaient été suivies d'aucun effet.
Quant à la Nouvelle-Zélande, c'est en 1838 seulement qu'elle vit les premiers missionnaires catholiques.
Aux Etats-Unis, l'archevêque de Baltimore avait 8 suffragants, mais le nombre des prêtres était des plus restreints, et, pour la plupart, ils vivaient dans un dénument absolu.
Enfin, le nord de l'Afrique ne comptait guère, il y a cent ans, que 1.500 catholiques, et, sur la côte occidentale du noir continent, végétaient les
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anciens établissements portugais. L'Afrique méridionale fut à peu près fermée à nos religieux et à nos prêtres jusqu'au milieu du xix® siècle, et c'est en 1839 seulement que Mgr de Jacobis prit possession de la mission d'Abyssinie.
Quel spectacle tout autre nous présente le monde quand finit le XIX® siècle I Cette Afrique que nous venons de voir si abandonnée est couverte^ du nord au sud, de l'est à l'ouest, de vicariats apostoliques florissants. Toute une armée de missionnaires conduits par de nombreux évèques, aidés par des frères et de vaillantes religieuses qui vont, jusqu'au milieu des populations sauvages, évangéliser le noir continent et la grand île de Madagascar.
Dans l'Amérique septentrionale, le domaine de l'Eglise s'est étendu d'une façon merveilleuse. Le Dominion du Canada comptait en 1900, 2.107.357 catholiques distribués en 7 archevêchés €t 23 diocèses. Les Etats-Unis, puissamment soutenus par l'Œuvre de la Propagation de la Foi qui y dépensa les millions sans compter, présentent une Eglise fortement constituée, toute une floraison d'établissements religieux, d'institutions pieuses, de maisons charitables, où, en 1822, on ne trouvait que quelques diocèses et le désert. Nulle part, les progrès du catholicisme, au XIX® siècle, n'ont été aussi rapides qu'aux Etats-Unis, mais il convient de dire, pour rester dans la vérité, qu'ils ne doivent pas être véritablement attribués à l'évangélisation proprement dite, mais plutôt à l'immigration des catholiques venus d'Europe dans le Nouveau Monde.
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Les îles de l'Amérique du Nord, celles de l'Amérique centrale, l'Australie, tous les archipels océaniens ont été parcourus par les missionnaires dans le cours du xix^ siècle, et ont eu leur part des bienfaits de l'Œuvre de la Propagation de la Foi. Où il n'y avait rien en 1822, on rencontre aujourd'hui des missions solidement établies, des églises, des chapelles, des écoles, des dispensaires. Sur les récifs où ne pousse que le cocotier, vivent des prêtres, venus de France, qui cherchent à procurer le bien matériel et moral aux populations perdues dans les grands espaces de l'Océan.
Au [apon, si longtemps fermé, si durement persécuteur, si ouvert aujourd'hui à la civilisation occidentale, sont 4 vicariats, plus de 100 missionnaires et des prêtres indigènes. En Chine, sont plus de 40 évêques, des centaines de missionnaires et de prêtres indigènes ; le sang des martyrs y a fait germer des légions d'apôtres.
Il en est de même de l'Annam et de l'Indo-Chine française, avec ses nombreux vicariats, ses centaines de prêtres européens, son chiffre plus grand encore de pasteurs indigènes, sa population chrétienne. Le Cambodge, le Siam, la Birmanie, la presqu'île de Malacca sont évangélisés. Les Indes avaient, en 1900, plus de 20 diocèses et 3 préfectures apostoliques, figurant sur les listes de répartition de l'Œuvre de la Propagation de la Foi. L'Arabie elle-même possède un vicaire apostolique résidant à Aden.
Il y a, en Mésopotamie, une délégation apostolique, et trois groupes de missions florissantes confiées aux Dominicains, aux Capucins et aux Carmes. Près de là, en Perse, on rencontrait, en 1900, un évèque, une quinzaine de Lazaristes, et
I/CEUVRE DE LA PROPAGATION DE LA FOI 6l
60 prêtres indigènes qui travaillaient avec l'aide de religieuses et de catéchistes ; les religieuses ces auxiliaires partout si dévouées de l'apôtre et qui ne reculent devant aucun climat, devant aucune privation, devant la mort elle-même, comme on le vit lors des derniers troubles de Chine ; les catéchistes, coUaborateiirs indispensables et qui partagent bien souvent les périls des prêtres dont ils préparent l'action plus féconde.
Depuis la seconde moitié du XTV® siècle, les Franciscains étaient seuls chargés de desservir les Lieux Saints. Pie IX rétablit le patriarcat latin de Jérusalem, le 23 juillet 1847, ^^ donna lui-même la consécration ainsi que le pallium à Mgr Valerga. Lorsque le nouveau patriarche arriva dans la ville sainte, il ne trouva, hors les religieux franciscains, que deux prêtres séculiers latins dans son patriarcat, l'un à Bethléem, l'autre à Chypre. Aujourdhui, un grand nombre d'ordres d'hommes et de femmes ont des représentants en Terre Sainte, et plusieurs prêtres séculiers y travaillent avec eux.
Le fait qui domine l'histoire des missions d'Europe au XIX® siècle est celui-ci : partout, excepté en Russie, les anciennes lois très rigoureuses portées contre les catholiques, sont, peu à peu, abrogées. Le Catholic Direciory de l'année 1900, imprimé à Londres, accuse, pour l'Angleterre et l'Ecosse réunies, unepopulation catholique de 1.865.000 âmes, où il n'y en avait que 120.000 en 1800. — Le Danemark, maintenant constitué en vicariat apostolique, compte plusieurs milliers de fidèles et envoie des prêtres et des religieuses jusque dans l'ile glacée de l'Islande. — La Suède et la Norvège ont chacune leur vicaire apostolique, des missionnaires et des sœurs. — Tandis qu'au
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commencement du XDC® siècle, les principautés protestantes de l'Allemagne et de la Prusse avaient environ 6 millions de catholiques, elles en possédaient 12.767.360 en 1890.
Si, descendant vers les régions de l'Europe centrale et méridionale, nous nous arrêtons en Suisse, nous y constatons des progrès analogues malgré les persécutions répétées dont ce pays a souffert, et, à diverses dates, on a pu enregistrer les conversions de personnages de marque.
Dans les Balkans, se sont formés des Etats où l'apostolat se poursuit dans des conditions qui n'ont pas produit des fruits en rapport avec les labeurs des missionnaires et les ressources fournies.
Enfin, avec l'Empire Ottoman, les Papes ont,. depuis un demi-siècle, entretenu des relations courtoises, et les établissements surmontés de la Croix ont pu s'établir et se développer, dans la Turquie d'Europe comme dans celle d'Asie, auprès des minarets du Prophète.
Après avoir parcouru cet aperçu rapide du progrès des Missions catholiques, nous devons remercier Dieu qu'il ait suscité dans ce pays si riche en dévouements de toute sorte, en élans généreux, la grande Œuvre qui a contribué à réaliser tant de bien. Dans les heures sombres, il est consolant de songer aux jours lumineux et de penser que si le Ciel s'obscurcit quelquefois, le soleil ne s'éteint pas, qu'il brille derrière les nuages, et que la moindre brise suffit à dissiper les brumes les plus épaisses.