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CHAPITRE IV

NN. SS. Dubourg et Flaget et le Règlement de l'Œuvre. — Bienveillance des Papes et de l'Episcopat. — Extension de l'Œuvre. — Les contradictions.

Au mois de juillet 1822, le Règlement de l'Association pour la Propagation de la Foi, comme oa disait alors, fut communiqué à Mgr Dubourg dont nous avons parlé à propos de la fondation de l'Œuvre. Le Prélat répondit par une lettre datée de Washington, le 29 janvier 1823 : « Messieurs, c'est bien tard pour vous témoigner l'admiration et la reconnaissance qu'a excitées en moi la lecture du plan de l'Association pour la Propagation de la Foi, que votre zèle pour les missions et pour la mienne vous a inspiré, et dont vous avez eu la bonté de m'envoyer une copie. La raison de ce retard vous paraîtra toute simple lorsque vous saurez que mes déplacements successifs l'ont empêché de parvenir plus tôt jusqu'à moi. . . Le plaa de votre Association, Messieurs, fait l'éloge de votre discernement autant que de votre piété. Cette hiérarchie si propre à faciliter les perceptions et à ramener tout à l'unité, et la distribution des fonds entre les missions de l'Orient, celle de la Louisiane et celle du Kentucky, tout me paraît parfaitement conçu. Je ne doute pas que celui qui vous a inspiré le courage pour entreprendre et la sagesse pour tracer le plan de conduite, ne vous

donne aussi la constance pour le mettre à exécution. Il y aura des difficultés de détail, des correspondances assez multipliées à entretenir qui pourraient finir par lasser des hommes moins constants dans le bien, ou animés de vues moins pures. Mais le souvenir de ce qu'il en a coûté à Jésus- Christ pour la rédemption de vos propres âmes, le bonheur de concourir avec lui et avec ses envoyés à celle de tant d'autres, que le défaut de secours pécuniaires laisserait éternellement privés de ce bonheur, sont des motifs dont la force ne s'affaiblit pas dans les cœurs où la foi domine. » L'apôtre du Kentucky, Mgr Flaget, à qui son vénérable collègue de la Nouvelle-Orléans avait envoyé une copie du Règlement, écrivit à son tour à Lyon après en avoir pris connaissance :

« Toutes ces pièces, comme vous pouvez l'imaginer, furent reçues avec joie, et lues et relues avec grande avidité. J'admirai la sagesse de ce Règlement, sa simplicité et le bien incalculable qui pouvait en résulter. Il me semblait que tous les rois chrétiens et le Souverain Pontife lui-même devaient être les premiers à l'encourager. Ceux qui ont concouru à la formation de ce vaste plan pour propager notre sainte religion, méritent toute notre reconnaissance. »

Presque aussitôt après sa fondation, l'Œuvre de la Propagation de la Foi reçut, du Saint-Siège, la consécration officielle nécessaire à l'existence de toutes les œuvres de zèle, condamnées à végéter sans elle, à ne produire aucun fruit et à mourir rapidement. Au commencement de 1823, un

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membre du Conseil central de Lyon, M. Devil liers, se rendit à Rome et fut reçu par le Souve rain Pontife, Pie VII, en audience particulière il lui parla de l'établissement de l'Œuvre et de ses progrès, le Saint-Père apprit avec joie l'heureuse nouvelle qui lui était donnée et le 15 mars 1823, accorda à l'Association d'importantes indulgences. Le document pontifical est contre-signe par le nom illustre du cardinal Hercule Consalvi. En recevant l'immense consolation que la ville de Lyon venait de lui donner, le vieux Pontife qui avait jadis présidé au rétablissement du culf e en France et tant souffert ensuite des exigences d'un Souverain cependant aimé, reportait peutêtre ses souvenirs vers le passé, sentait redoubler sa tendresse pour la noble cité où il avait été, naguère, tant acclamé. Peut-être retrouvait-il, dans sa mémoire, cette date du 19 novembre 1804 où le Chapitre de la Primatiale, le Préfet et les divers fonctionnaires de la cité étaient venus l'attendre à la tète du pont de la Guillottière. 11 revoyait la ville tout illuminée le soir, la bénédiction pontificale donnée, le lendemain, sur la place Bellecour, du haut du grand balcon de la maison Henri de Tourelles, à une foule que l'on évaluait à 100.000 personnes. Au retour des fêtes du couronnement, c'était le 19 avril 1805, ^^ réouverture du sanctuaire vénéré de Fourvière que la Révolution avait profané, que le cardinal Fesch avait réussi à racheter ; c'était, de nouveau, la foule acclamant le Pontife, tandis que les cloches de toutes les paroisses et les canons des forts répondaient à sa voix appelant sur le sanctuaire et sur une population si fidèle, la protection du Ciel. Emu jusqu'aux larmes, le Pontife s'écriait^

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devant un tel spectacle : « Oh quel peuple î Oh que c'est beau ! Oh que c'est beau 1 » Il pouvait, aujourd'hui, au déclin de sa longue existence, pousser la même exclamation, car ce peuple de Lyon venait de prendre une initiative sublime qui, de proche en proche, devait se propager bien au delà de l'Europe et produire les merveilleuses conséquences dont nous sommes les témoins.

Pie VII mourut en 1823, et Léon XII lui succéda. Peu après l'élévation de ce pape au trône de saint Pierre, le Conseil central du Midi déposa, aux pieds du pape, par l'entremise de l'un des siens, les hommages de l'Œuvre, Léon XII, dans un rescrit pontifical du 11 mai 1824, accorda une nouvelle faveur à l'Œuvre de la Propagation de la Foi, que Pie VIII n'oublia pas non plus, comme le prouve un rescrit du 18 septembre 1829. Grégoire XVI, qui avait été Préfet de la Propagande, devait entourer d'une bienveillance spéciale une Œuvre qui devenait un si puissant auxiliaire de cette importante Congrégation romaine. C'est ce qui eut lieu en effet. Grégoire XVI fit un rescrit en date du 25 septembre 1831, puis un autre en 1835. ï^ accorda de nouvelles indulgences en 1836. Enfin il publia une Encyclique en 1840 en faveur de l'Œuvre de la Propagation de la Foi. « Quels éloges enfin, disait ce pape, ne devonstious pas à cette Société célèbre, qui va, prenant toujours de nouveaux accroissements, non seulement dans les contrées de la catholicité, mais encore dans les terres de l'hérésie et de l'infidélité ; qui ouvre aux fidèles de toutes les classes une voie et un mode plus faciles, pour soutenir les Missions apostoliques et participer eux-mêmes à leurs avantages spirituels ? Vous l'avez déjà com-

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pris, nous voulons parler ici delà Société connue partout sous le titre de Propagation de la Foi. » Pie IX et Léon XIII ont également comblé l'Œuvre d'éloges et de faveurs spirituelles.

Citons les décrets de Pie IX en date du 17 octobre 1 847 , du I o septembre 1 850 et du 5 août 1 85 1 ; les rescrits du 31 décembre 1853, du 17 avril 1855 et du 31 décembre 1 871. Nous ne voulons pour preuve de la haute bienveillance de Léon XIII à l'égard de la grande Œuvre des missions que ses deux encycliques Sancta Dei civitas et Clirisii nonten. « Porter le nom et étendre chaque jour davantage le royaume du Christ parmi les nations, dit Léon XIII dans cette dernière Encyclique, amener ou ramener dans le sein de l'Eglise ceux qui en sont séparés ou lui sont devenus hostiles, certes personne ne le méconnaît, c'est une des obligations sacrées entre toutes de la charge sublime à Nous confiée et inspirée par la charité apostolique. Nous en avons fait depuis longtemps l'objet de Nos préoccupations et de Notre sollicitude. Aussi n'avons-nous jamais cessé de favoriser, de multiplier les missions saintes qui répandent les lumières de la foi chrétienne parmi les peuples vivant dans les ténèbres et les Œuvres qui les soutiennent par des subsides recueillis parmi les fidèles. Nous l'avons fait instamment, en la troisième année de Notre Pontificat, par Notre Encyclique Sancta Dei civitas qui avait pour but d'augmenter l'amour et la générosité des catholiques pour l'Œuvre illustre de la Propagation de la Foi. Il Nous plut, alors d'exalter, par Nos recommandations, une Œuvre dont les humbles débuts avaient été suivis de développements si merveilleux et si rapides, que Nos illustres pré-

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décesseurs Pie VH, Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI, Pie IX, avaient comblée d'éloges et de faveurs spirituelles ; une Œuvre qui avait prêté aux missions du monde entier une aide si efficace, et promettait, pour l'avenir, des secours plus abondants encore. »

Le 22 novembre 1903, les délégués des Conseils centraux de la Propagation de la Foi furent admis en audience spéciale par S. S. Pie X. Ils furent reçus avec une bonté toute paternelle, et le Pape leur prodigua les plus précieux encouragements. Dès le 12 décembre suivant, il daigna, par l'intermédiaire de S. Em. le cardinal Gotti, préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, adresser aux Conseils centraux en faveur de la revue hebdomadaire illustrée Les Missions Catholiques (i), un Bref des plus élogieux.

Un an après son acceptation de la présidence du Conseil supérieur, le 18 août 1823, le grand aumônier de France écrivit à tous les évêques de France pour leur recommander l'Œuvre, car elle avait déjà fait ses preuves et obtenu les bénédictions de Rome (2). Les évêques s'empressèrent

(i) Outre les Annales, l'Œuvre de la Propagation de la Foi publie une revue hebdomadaire, Les Missions Catholiques, qui en est aujourd'hui à son 36* volume. C'est une revue, à abonnements, fondée en 1868 et où paraissent les correspondances des missionnaires qui, pour diverses raisons, ne trouvent pas leur place dans les Annales. L'Œuvre a aussi des publications accessoires telles que V Altnanach des Missions, VAlntanack de la Propagation de la Foi. Elle a fait paraître toute tine collection de cartes, etc.

(a) Annales de la Propagation de la Foi, m, la.

<îe promettre leur appui à l'institution naissante, formèrent des Comités, écrivirent des lettres pastorales. De toutes parts, arrivèrent aussi des remerciements, des témoignag-es de gratitude à une Société qui déjà rendait des services et qui était appelée à en rendre de bien plus importants avec lamarchedes années. Le prince de Croy crut devoir joindre ses félicitations àtoutescellesqui arrivaient à l'Œuvre, et il écrivit, le 5 novembre 1 824, à M. de Verna : « Monsieur, depuis que j'ai l'honneur de présider l'Association de la Propagation de la Foi, vous m'avez donné, ainsi que les membres du Conseil central que vous présidez, la preuve de votre zèle pour le succès de cette belle Œuvre. J'ai vu, avec une bien douce satisfaction, ce que peuvent et ce que font de vrais chrétiens, comme vous, animés du désir d'étendre la connaissance de notre sainte religion, et de concourir au salut des âmes. Veuillez bien en recevoir l'assurance, et faire connaître à MM. les membres des différents Conseils, et à tous ceux qui nous sont associés dans le même but, combien je suis touché de leurs généreux efforts, et des succès dont Dieu a daigné les couronner dans le midi de la France (i). »

Avec les évêques de France, ceux des autres nations catholiques de l'ancien et du nouveau monde donnèrent à plusieurs reprises des témoignages de leur haute sympathie à l'Œuvre de la Propagation de la Foi, et les chefs de missions des marques de leur haute reconnaissance. Les lettres collectives exprimant la gratitude des vicaires apostoliques adressées aux Conseils centraux, les lettres synodales, les mandements abondent, et

(i) Annales de la Propagation de la Foi, v, 3o.

nous aurions une liste fort longue à donner de tous ces documents épiscopaux si nous n'avions pas quelque crainte de fatiguer l'attention de nos lecteurs.

L'Œuvre, à peine fondée, ne tarda pas à être connue au delà des frontières et à s'y établir ; la Savoie fut la première à lui faire bon accueil. Le roi de Sardaigne s'inscrivit en tète des souscripteurs et un comité fut promptement établi à Turin faisant bientôt sentir son action dans les diocèses de Turin, Chambéry, Annecy, Nice, Pignerol, etc (i).

Les divers pays s'intéressèrent successivement à l'Œuvre. La Belgique ne tarda pas à préluder à ses annuelles et magnifiques libéralités en faveur des missions par un versement de 497 fr. 36, en 1825 ; l'Italie débuta, en 1827, par une collecte de 288 fr. 80, puis l'Allemagne par 358 fr 35. La même année, la Suisse donna 896 francs. Les Iles Britanniques commencèrent leurs versements réguliers en 1836. En 1837, ce fut le tour des Pays- Bas et du Portugal. En 1839, les Etats-Unis, l'Espagne et l'Autriche firent leurs premiers versements ; en 1840, ce fut l'Amérique du Sud.

11 ne faudrait pas croire que les contradictions manquèrent à l'Œuvre naissante. Elle fut attaquée violemment dans la presse dès 1826, et c'est à ces attaques que Mgr Frayssinous répondit à la Chambre des députés, le 25 mai de cette même année. En 1836, on alla jusqu'à prétendre que« la

(i) Annales de la Propagation de la Foi, v, 3i.

plus grande partie des sommes levées sur le.', fidèles français pour la Propagation de la Foi, pour la défense de l'Eglise, les sommes nécessaires aux ecclésiastiques persécutés et autres objets tout religieux, allaient presque directement alimenter les dépenses très peu religieuses de l'Infant de Portugal » . V Ami de la ReligioJi répondit à ces absurdes attaques en prenant comme base principale de sa réponse ce fait que les répartitions étaient publiées chaque année.

Cette publicité des répartitions que, dès le début, les administrateurs de l'Œuvre avaient organisée, a été, pendant la durée de sa longue existence, la sauvegarde de la société pour la Propagation de la Foi, vis-à-vis des gouvernements, des souscripteurs et des bénéficiaires des offrandes. Les calomnies passèrent sanslaisser de traces dans les esprits et si, de loin en loin, jusqu'à notre époque, quelque article a paru dans un journal mal informé, il n'a eu ni écho, ni conséquences.

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