‹ L'œuvre de LimogesChapitre 49 sur 118 · SIMON AIDE JÉSUS A PORTER SA CROIX · texte numérisé non relu

SIMON AIDE JÉSUS A PORTER SA CROIX

Jésus, sortant du prétoire, portait sa croix. Affaibli par le supplice de la flagellation il succombait, il n’avait que les forces humaines. Dans la crainte sans doute qu’il n’expirât en chemin, les soldats arrêtèrent aux portes de la ville un homme qui passait, et le requirent, suivant la coutume romaine, pour porter la croix du supplicié; cet homme, nommé Simon, était originaire de Cyrène ; on le qualifie Cyrénéen.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Les artistes du Moyen-âge ne représentent pas tous de la même façon cet épisode de la vie du Christ. Simon porta-t-il seul la croix, ou partagea-t-il avec Jésus ce lourd fardeau ? L’une et l’autre hypothèses sont également admissibles au point de vue de l’interprétation qui a été faite du texte sacré. Saint Matthieu et saint Marc disent qu’il prit la croix, sans parler du Christ : « Hune angariaverunt ut tolleret crucem ejus ». Saint Luc, plus explicite encore, affirme positivement que Jésus marchait devant, et que Simon le suivait portant la croix : « Et imposuerunt illi crucem portare post Jesum » (1).

Sur un retable provenant de l’église de Champdeuil, actuellement au Musée de Cluny, et un bas-relief de la cathédrale de Toul (xv! siècle), Simon est représenté en arrière pour soulever la croix; sur la Vierge ouvrante du Louvre, sur un vitrail de la cathédrale de Bourges (xnie siècle), il est au contraire en avant du Christ.

C’est dans cette dernière attitude que l’émailleur limousin a représenté le Cyrénéen sur la châsse de Billom (voir planche XXXV, figure 416). Il s'est en cela conformé, du moins en partie, aux prescriptions du Guide de la Peinture (2) et à l’opinion de saint Bonaventure (3).

Nous avons eu l’occasion de décrire plusieurs des sujets qui se trouvent reproduits sur la châsse de Billom. Nous compléterons nos descriptions par quelques détails concernant ce monument, qui appartenait à la ville de Billom (Puy-de-Dôme). Le conseil municipal de cette localité s’en est dessaisi au mois de mars 1886 à l’Hôtel des Ventes, à Paris, moyennant le prix de 5,000 francs, pour venir en aide, paraît-il, aux établissements de bienfaisance.

Cette châsse n’est point homogène ; elle est composée de plusieurs parties provenant de différents reliquaires (voir planche XXXV, figures 415 et 416). C’est une œuvre du xme siècle, mais la crête ajourée de fleurs de lis, les supports en forme de lion sur lesquels les pieds reposent, sont d’une époque plus moderne; l’un des pignons sur lequel a été aménagé la porte représente en relief, sur cuivre ciselé et repoussé, un évêque mitré et crossé qui ne faisait point partie du monument primitif. En outre il est facile de voir que les deux panneaux formant le toit de la châsse, coupés sur l’un des côtés, devaient être fixés sur un reliquaire de plus grande dimension.

Sur l’une des faces l’on voit le Christ imberbe, sur l’autre la Mère de Dieu. Ces personnes divines, inscrites dans une auréole elliptique, sont entourées des apôtres dont les noms se trouvent gravés en émail rouge sur fond de cuivre doré : MAT[th|EVS SIMON MARCIAL[isJ BARlNABA PHILIPfpus] BART OLOMFæusJ — MATIAS (apôtre qui remplaça Judas l’Iscariote) Sfanctus] 10ANNLS S. PAVL[usJ S. PETRVS S. ANDREAS IACOBfus],

(1) S. Matth., c. xxxvn, v. 32. — S. Marc., c. xv, v. 2 1 . — S. Luc., c. xxm, v. 26. — Voir à ce sujet dans les Annales archéologiques , t. XXIII, p. 23, Vlconograpliie du chemin de la Croix, par Mgr Barbier de Montault, qui a traité à fond cette question.

(2) « Soldats à pied et à cheval entourant le Christ; l’un deux porte un étendard. Le Christ, épuisé, tombe à terre et s’appuie d’une main. Devant lui, Simon le Cyrénéen, cheveux gris, barbe arrondie, portant un habit court, prend la croix sur ses épaules ». Didron, Manuel d’iconographie chrétienne , p. 194.

(3) Comme donc le Sauveur se fut encore avancé plus outre, et qu’il se trouva tant fatigué et affaissé qu’il ne pouvait plus porter sa croix, il la déposa. Or, ces infâmes vauriens qui l’entouraient ne voulant pas différer sa mort, et craignant que Pilate ne vînt à révoquer sa sentence, d’autant qu’il manifestait la volonté de le congédier, contraignirent un certain quidam de porter sa croix. Quant à lui, ainsi déchargé, ils le menèrent, garrotté comme un larron, au lieu du Calvaire ». Méditations sur la Vie de Noire- Seigneur Jésus-Christ , par le séraphique docteur saint Bonaventure, traduites en français par le R. P. dom François le Bannier. Tome II, p. 169.

CHASSES 367

Les personnages sont réservés ; ceux de la partie supérieure ont les têtes rapportées en relief; le fond de la châsse est en émail bleu lapis.

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