LA MORT DE LA VIERGE
L’évangile apocryphe de saint Jean, que quelques auteurs attribuent à Jean Damascène, contient, sur la mort de la Vierge, de nombreux détails que Jacques de Voragine a reproduits dans la Légende dorée, à la fête de Assumptione beatœ Virginis Mariæ. Nous allons les résumer :
« La Sainte-Vierge était âgée de soixante ans; son cœur s’éprit d'un violent désir de revoir son Fils, et elle se livra à sa douleur. Un ange lumineux lui apparut : « Salut, bénédiction de Jacob », lui dit-il, « voici une branche de palmier cueillie dans le Paradis, commande qu’on la porte devant ton cercueil, car, dans trois jours, tu seras ôtée de ton corps pour aller, entourée de gloire, vers ton Fils ». Marie lui répondit : « Qu’il soit fait comme tu le dis, mais je désire instamment que les apôtres se réunissent autour de
(1) S. Joan., c. xx, v. 25 à 29.
(2) Catalogue des objets d’art et de haute curiosité composant la collection de feu M. Ducatel, p. 10.
Paris, 1890.
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moi, afin qu'avant de mourir je les voie des yeux du corps, et qu’ils accomplissent mes
funérailles, et que je rende l’esprit en leur présence » Et il arriva que le ciel tonna
tout d’un coup et que tous les apôtres furent enlevés sur des nuées des endroits où ils
prêchaient, et qu’ils furent déposés devant la porte de Marie Quand Marie vit tous
les apôtres assemblés, elle bénit le Seigneur. Elle les fit asseoir au milieu des lampes et des lumières ardentes; elle leur montra le rameau lumineux, revêtit les habits de la mort, et s’arrangea dans son lit en attendant sa fin. Pierre était à la tète du lit, Jean aux pieds, les autres apôtres à l’entour, célébrant les louanges de la Vierge ».
Fig. 432. — La mort de la vierge.
Châsse émaillée du xme siècle. Haut. om 1 5 5 ; long. o"‘ 125. (Musée du Louvre.)
Une châsse du Musée du Louvre, figurée sous le N° 432, représente en partie cette scène. La Vierge est étendue sur son lit, entre les apôtres Pierre et Jean. Une croix se dresse sur sa tête; un vase d’eau bénite est à ses pieds. Sur le toit de la châsse deux disciples, pieds nus et nimbés, portent le cercueil qui renferme le corps sacré de la Mère de Dieu.
Sur une plaque de châsse que conserve le même musée, la scène est plus complète : tous les apôtres assistent aux derniers moments de la Vierge. Nous avons reproduit cette plaque sous la figure 224, page 149; nous ne reviendrons pas sur la description que nous avons déjà donnée.
CHASSES
Nous allons passer maintenant aux descriptions des châsses qui reproduisent des épisodes de la vie des saints.
SAINT CALMINE
La châsse de saint Calmine, à Laguenne, est devenue célèbre par les contestations dont elle a été l’objet. 11 est curieux de relater les incidents qui se sont produits lors de sa vente, effectuée en 1841.
Ce précieux reliquaire avait tout naturellement attiré l’attention de l’abbé Texier qui, désirant s’en rendre acquéreur, fit à ce sujet des propositions à son collègue de Laguenne. Ces propositions restèrent sans succès. M. Minier, quincaillier à Limoges, ayant eu occasion d'aller à Laguenne, vit la châsse et voulut à son tour l’acheter. Il n’en offrit d’abord que 100 francs, puis 120; il revint plusieurs fois à la charge le 22 octobre 1841, et fit de nouvelles démarches qui ne purent encore aboutir. Enfin, lors d’un troisième voyage, Minier va trouver directement le desservant de la paroisse, le curé Laygue, et reprend avec lui sa négociation: cette fois il pousse son offre jusqu’à 250 francs.
Le prix est agréé. Mais le curé éprouve d’abord un scrupule, il veut que le conseil de la commune soit consulté. On va trouver le maire, M. de Lassalvanie, qui hésite aussi, et manifeste le même désir. Mais le sieur Minier insiste, il dit que le conseil n’a rien à voir dans cette négociation, qu’elle regarde le curé tout seul ; au surplus il ne peut pas attendre et il veut en finir dans la journée même. C’est alors que le desservant, le maire et l’adjoint se rendent dans l’église ; on déplace la châsse et on la livre à Minier, qui la transporte immédiatement à Limoges après avoir payé au curé le prix convenu de 250 francs (1).
Quelques jours après, Minier se rendait à Paris pour trouver un acquéreur digne de posséder un aussi curieux monument. M. du Sommerard, connu dans le monde artistique par son riche musée d’antiquités, reçut sa première visite, mais on ne put s’arranger pour le prix, et le riche collectionneur dit à Minier qu’il attendait du même pays un reliquaire tout aussi beau qui lui avait été promis par l’abbé Texier. Ce reliquaire n’était autre que celui de saint Calmine, dont Minier était devenu l’acquéreur. Ne pouvant conclure un marché convenable avec M. du Sommerard, Minier s’adressa aux marchands d’antiquités, et M. Joyan, orfèvre, rue de la Lerme-des-Mathurins, acquit le trop fameux reliquaire au prix de 2,955 francs.
Toutes ces circonstances, qui avaient précédé ou suivi la disparition de la châsse, furent publiées dans les journaux, et le 5 décembre 1841 Didron, le directeur des Annales archéologiques , prévenu du fait par l’abbé Texier, dénonça à M. le garde des sceaux l'acte du maire et du desservant de Laguenne. Le 17 du même mois, M. le ministre des cultes faisait savoir qu’il avait demandé à Mgr l’évêque de Tulle les renseignements nécessaires pour donner à cette affaire toute la suite dont elle serait susceptible. Les renseignements arrivèrent et vinrent confirmer que la vente était illégale.
Le conseil de préfecture de la Corrèze, par arrêté du 28 janvier 1842, autorisait la
(1) Quelques journaux de l’époque ont reproduit d’une façon un peu différente les détails insérés dans le journal L'Ordre (N° 6 r , du dimanche 19 juin 1842), et l’abbé Texier s’est défendu d’avoir voulu se rendre acquéreur de la châsse de saint Calmine. Tous les détails que nous donnons nous ont été con hrmés par un témoin oculaire, M. l’abbé Bonnélye, ancien curé de Laguenne.
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fabrique de Laguenne à intenter une action contre le sieur Minier et le sieur Laygue, desservant, et à poursuivre la revendication de la châsse dans les mains de tous tiers détenteurs. Le 21 février, les sieurs Laygue et Minier étaient assignés devant le tribunal de Tulle : la fabrique leur demandait la remise de la châsse ou 10,000 francs à titre de dommages et intérêts. Le 6 avril, M. le garde des sceaux, en vertu d’une ordonnance de référé rendue par le président du tribunal civil de la Seine, faisait séquestrer et déposer la châsse dans la salle des commissaires-priseurs de Paris.
Enfin le tribunal de Tulle allait juger l’affaire. Cinq parties étaient en cause : d’abord la fabrique, attaquant le dernier acquéreur M. Joyan, de Paris, en revendication, puis MM. Minier marchand quincaillier, Lassalvanie maire, et enfin Laygue curé, pour avoir, l’un provoqué, les autres conclu un acte de vente illicite.
Cette cause, nous disent les journaux de l’époque, avait attiré un nombreux auditoire dans la salle ordinairement si solitaire des audiences civiles du tribunal de Tulle.
Après de longues plaidoiries (1) qui ont duré deux jours, un jugement est intervenu dans le courant du mois de juin, qui met le sieur Joyan hors de cause, par application de l’article 2279 du Code civil, attendu qu’on ne pouvait établir ni le vol ni la perte; qui condamne : i° Minier, premier acquéreur de la châsse, à réintégrer cet objet a l’église de Laguenne ou à lui payer, à titre de dommages et intérêts, une somme de 2,955 francs, somme égale à celle qu’il avait reçue du sieur Joyan ; 20 le maire et le curé à donner au sieur Minier une somme de 250 francs qu’ils avaient déjà reçus de lui, et, en outre, une somme de 100 francs à titre de dommages et intérêts; à payer à la fabrique la somme de 2,955 francs dans le cas ou le sieur Minier serait insolvable, et à tous les dépens du procès.
En définitive la fabrique de Laguenne se trouvait, par ce jugement, avoir vendu la châsse à M. Joyan une somme de 2,955 francs sans l’intermédiaire de M. Minier, qui rentrait seulement dans ses déboursés.
Ce dernier a fait appel du jugement, et la Cour de Limoges a rendu, le 5 juin 1843, l’arrêt suivant :
« Attendu qu’aux termes de l’article 12 du décret du 30 décembre 1809, les biens appartenant aux fabriques, sans que cet article fasse aucune distinction entre les biens meubles et les biens immeubles, ne peuvent être aliénés sans une délibération du conseil de fabrique, et que la châsse de saint Calmine, appartenant à la fabrique de la paroisse de Laguenne, ayant été vendue à Minier par M. le maire et par M. le curé de Laguenne sans que cette vente ait été soumise à la délibération préalable du conseil de fabrique, il y a lieu de prononcer la nullité ;
» Attendu que l'annulation de cette vente entraîne pour Minier l'obligation de restituer à la fabrique la châsse de saint Calmine, mais que la propriété de ladite châsse étant aujourd’hui acquise au sieur Joyan par un jugement passé en force de chose jugée, Minier, se trouvant dans l’impossibilité de restituer la châsse en nature, ne peut être tenu que de faire compte de sa valeur ;
» Attendu que cette valeur ne peut être déterminée d'une manière plus sûre que par l’appréciation qu’a faite M. l’abbé Texier, très versé dans la connaissance des antiquités, et qui, consulté par le curé de Laguenne sur la valeur de la châsse avant la vente faite à Minier, l'avait estimée à la somme de 250 francs au plus, prix convenu de bonne foi entre M. le maire, M. le curé et Minier lors de la livraison de la châsse à ce dernier ;
« Que conséquemment il y a lieu de condamner Minier au paiement de cette somme envers la fabrique.
(1) La plaidoirie de Me Lanot, avocat de la fabrique de Laguenne, a été imprimée dans le Bulletin archéologique publié par le Comité historique des Arts et Monuments, années 1842-1843, vol. II, p. 428 à 432.
CHASSES
» Attendu que cette solution fait tomber les condamnations prononcées contre M. le maire et M. le curé au profit de la fabrique, et qu’elle dispense la Cour d’examiner le mérite de l'action en garantie de Minier contre eux, au moins quant au principal
» La Cour casse le jugement du tribunal de Tulle, et condamne Minier à payer à la fabrique la
somme de 250 francs. »
Quelques années après ces évènements, la châsse de Laguenne est entrée dans la collection du prince Soltykoff, moyennant le prix de 8,106 francs. Cette riche collection a été vendue à Paris au mois d’avril 1861. Nous n’avons pu arriver à découvrir le nom de l’heureux acquéreur de notre reliquaire limousin.
Disons maintenant un mot du saint dont la châsse contenait les restes, et décrivons ensuite ce précieux monument, perdu à tout jamais pour notre pays.
Calmine, désigné aussi sous les noms de Calmelinus, Calmilius, Calminius et vulgairement Car mer ii sortait d’une famille sénatoriale. Les auteurs ne sont point d’accord pour fixer le lieu de sa naissance. Le P. Thomas d’Aquin de Saint-Joseph, carme de Tulle, qui, en 1646, écrivait la vie du saint « d’après un vieux manuscrit conservé dans l’abbaye de Mozac en Auvergne, et un légendaire de l’église de Laguenne », le fait naître dans la ville de Clermont à la fin du vnc siècle (1), du temps de Justinien Ier, empereur d’Orient (527-567), et sous le pontificat du pape Jean 11 (530-533) (2).
Il descendait de ce Calminius, sénateur romain, grand ami de Sidoine Apollinaire. Élevé à la dignité de duc ou gouverneur d’une partie considérable de l’Aquitaine, c’està-dire de l’Auvergne et du Yelay, il fixa dès lors sa résidence à Clermont, capitale de la première de ces provinces. Désireux de se consacrer entièrement au service de Dieu, il se retira bientôt dans le Limousin pour mener la vie érémitique dans une grotte fort peu spacieuse qui existe encore, creusée au bas d’une montagne stérile et escarpée, aux confluents de la Corrèze et de l’Avalouse, et près de laquelle s’est élevée depuis la petite ville de Laguenne. Calmine est le fondateur des monastères de Saint-Théoffred, vulgairement Saint-Chaffre, au diocèse du Puy, de ceux de Mozac en Auvergne, et de Tulle en Limousin (3).
(1) Telle était aussi l’opinion de Mabillon, au dire de Baluze : « Calminium quippe, inquit Mabillonus. sæculo septimo floruisse constat ». Hislor. Tutel., p. 4.
(2) Une peinture qui se trouvait dans l’église de Mozac représentait saint Calmine en habit de duc; audessous on lisait cette inscription : Calminius senaior Romanorum et Dnx Aquitaniœ Imius monasterii fundator fuit régnante Ioanne Papa secundo ». Thomas d’Aquin. Histoire de la vie de sainct Calmine. p. 200. Tulle, Dalvy, impr., 1646.
(3) L’abbé Collin, qui a écrit Y Histoire sacrée de la vie des saints principaux du diocèse de Limoges , Barbou, impr., 1672, donne des détails différents sur la vie de ce saint; il les aurait puisés dans « un ancien manuscrit de la maison communale de la ville de Limoges ». Un sénateur de Rome, appelé Sabinus Calminius, fut nommé, vers l’an 71, gouverneur d’Aquitaine sur la demande d’un de ses amis, Junius Silanus, qui n’est autre que saint Étienne, premier martyr. Calminius s’acquitta scrupuleusement de ses fonctions, non-seulement en ce qui regardait l’administration de la justice, mais aussi en ce qui concernait la religion chrétienne, qu’il s’efforçait d’établir dans le pays qu’il gouvernait. Dénoncé à l’Empereur, il fut remplacé dans ses fonctions par Sergius Galba, qui eut ordre de rétablir le culte des idoles, et se retira dans une grotte aux confluents de la Corrèze et de l’Avalouse. — L’abbé Collin, se basant sur le silence du manuscrit qu’il analyse, ne croit pas que saint Calmine de Laguenne, le fondateur de l’abbaye de Tulle, soit le même que celui qui a fondé les abbayes de Saint-Théoffred et de Mozac. Les raisons qu’il en donne ne sont point convaincantes; dans tous les cas elles ne peuvent détruire ce qu’en dit l’auteur de la vie de ce saint, le P. Thomas d’Aquin. Toujours est-il que les sujets représentés sur les panneaux de la châsse de Mozac prouvent qu’au xmc siècle, saint Calmine était regardé comme le fondateur des trois abbayes précitées (voir figures 168, 169 et 170).
Sur la tin de ses jours il se retira au monastère de Mozac, où il mourut le ig août. Son corps fut mis dans une châsse de bois et placé derrière le maître-autel de l’église. L’an 1126, le roi Louis-le-Gros étant venu en Auvergne en personne pour punir et réprimer la rébellion des habitants de cette province, et ayant emporté d’assaut l’église de Mozac, que le comte d’Auvergne avait fortifiée contre lui, quelques soldats de l’armée du vainqueur ayant aperçu la châsse qui recélait le sacré dépôt, pensant y trouver de grandes richesses, la brisèrent et la pillèrent, non sans profaner le saint corps qui y était renfermé. Ce fut très vraisemblablement en cette occasion que pour prévenir les nouveaux outrages auxquels il pouvait être exposé en Auvergne, dans ces temps de guerre, on le transporta tout entier ou en partie dans la petite ville de Laguenne, sur la paroisse de laquelle était la grotte qui autrefois avait servi de retraite au saint. Depuis ce moment l’église de Laguenne, qui était sous le vocable de saint Martin, prit pour patron saint Calmine.
Les reliques furent placées dans une crypte ménagée sous le maître-autel; elles y restèrent cachées pendant quarante-six ans, jusqu’à l’année 1172, où elles furent déposées dans la châsse émaillée qui fait l’objet de cet article, avec l’inscription suivante écrire sur une bande de parchemin : Hic est corpus Beati Calminii confcssoris, quod fuit inuentum in tumulo ipsius, qui est infra Ecclesiam Aquince iuxta magnum altare anno ab incarnatione Domini nostri Iesu Christi 1172 (1).
La châsse de saint Calmine, d’une grande dimension, est à transept. Sur la face principale et dans le milieu du transept se trouve le Christ assis, bénissant d’une main et tenant de l’autre le livre des évangiles appuyé sur ses genoux; il a à sa droite saint Martin, S. MARTIN VS, ainsi que le constate une inscription gravée en émail rouge sur une bande horizontale, et saint Calmine, S. CALMIN1VS (voir figure 433).
Saint Martin est peut-être le grand évêque de Tours, ou plus probablement un saint Martin qui fut martyrisé à Brive-la-Gaillarde au commencement du ve siècle, et qui est en grande vénération dans la Corrèze (2). La châsse étant de fabrication limousine et ce saint Martin figurant avec saint Calmine, un saint également limousin, tout tendrait a justifier cette attribution. Sur le toit du reliquaire, deux anges en pied tiennent des encensoirs. Les personnages sont en cuivre ciselé et en relief; ils sont appliqués sur un fond d’émail bleu rehaussé d’enroulements en réserve, dont les extrémités donnent naissance à des fleurons polychromes.
Une particularité qui mérite d’être signalée, c’est que saint Calmine qui est habillé en moine, un capuchon sur la tête, est représenté les pieds nus; or, l’on sait qu’en iconographie chrétienne, la nudité des pieds est un attribut exclusif de Dieu, des anges et des apôtres : les autres saints, martyrs, confesseurs, pénitents, marchent les pieds chaussés.
(1) Thomas d'Aquin, toc. cil., p. 294.
(2) Martin, ne en Espagne vers la fin du ivs siècle, d’une famille puissante mais païenne, se sentit porté
dès sa jeunesse à embrasser la religion chrétienne. L’opposition de ses parents l’engagea à quitter son pays; il fut d’abord en Italie, puis en France dans le Périgord, où il rencontra dans un endroit appelé Savignac le prêtre Laurent, avec lequel il se lia d’amitié, et qui lui fit faire la connaissance du grand saint Martin de Tours. Ce dernier, touché des dispositions du néophyte, lui donna son propre nom avec le sacrement du baptême. Ayant appris que les habitants de Brive étaient livrés au culte de l’idolâtrie, le jeune Martin accourt dans cette localité, pénètre dans leur temple et renverse les autels des sacrificateurs. Le peuple, irrité, le traîne hors du sanctuaire et lui jette des pierres. La foule était nombreuse;
un de ceux qui la composaient s’avance, furieux, et lui tranche la tète avec une épée. Colin. Histoire
sacrée de la vie des saints principaux du diocèse de Limoges , p. 305.
CHASSES
Saint Calmine, comme saint Martial, comme saint Trophime, comme saint Denis, a dû être ici assimilé a un apôtre.
Le revers de la châsse présente la même ornementation, mais il est orné de médaillons à quatre lobes renfermant dans le bas les scènes de l’Annonciation, de la Visi-
Fig. 433. — Chasse émaillée de saint calmine (xiii' siècle). Haut. on’ 60; long. om6g; larg. om 20.
Église de Laguenne (Corrèze).
tation. de la Nativité, de l’Adoration des Mages, et dans le haut, des anges adorateurs.
Sur les pignons, on voit les figures de saint Pierre et de saint Paul tenant, l’un les clefs symboliques, l’autre une longue épée.
La crête, ajourée, est surmontée de petites boules en cristal de roche (1).
On attribuait à la châsse de saint Calmine une propriété des plus curieuses, celle de faire tomber la pluie dans les temps de grande sécheresse. Mais laissons la parole au pieux religieux qui nous a conservé, dans un langage naïf, cette tradition :
« Quand l’année est seiche et que de longtemps la terre n’est arrosée des eaux du Ciel, on a recours aux intercessions de sainct Calmine pour appaiser le courroux de Dieu et fléchir sa miséricorde, et qu’à ce subject on faict une Procession où les peuples se trouuent en grande deuotion, et en laquelle on porte la châsse de ce sainct depuis l’Eglise de Laguenne, iusqu’a vne fontaine qui est entre Tulle et Laguenne, assez prez du pied de la montagne où se voit la grotte dans laquelle ce sainct a vescu solitairement, et quand on est arriué à la fontaine qui porte le nom de fontaine de saint Calmine, on trempe la châsse dans ses eaux, en suite de quoy Dieu enuoye d’ordinaire de
(2) La châsse de Laguenne a été publiée par Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier , t. I, p. 71. — Cahier et Martin, Nouveaux mélanges d' archéologie : ivoires, miniatures, émaux, p. 147. — Serré et Lacroix, Le Moyen-âge et la Renaissance.
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la pluye pour arroser la terre et destourner la stérilité dont la sécheresse menaçoit les peuples, dequoy les expériences ont été si fauorables et si fréquentes qu’on ne manque point de recourir à ce remède contre la trop grande sécheresse ».
« Ceux qui sont affligez et trauaillez des fleures prennent quelques petites pierres de la grotte, les réduisent en poudre, et les ayans mises dans de l’eau boiuent de ceste eau et se trouuent soulagez de leur maladie, dequoy il y a tant d’expériences qu’il faudrait estre brutal pour ne pas y donner créance » (i).