SAINTE CATHERINE
Catherine, fille du roi Costis, naquit à Alexandrie ; elle fut élevée dans l’étude de tous les arts libéraux. On rapporte que l’empereur Maximin II l’ayant obligée de disputer
Fig. 434. — Le martyre de sainte Catherine. — Châsse émaillée du xm° siècle.
Haut. om 20; long- o'" 2^. — Église de Noailles (Corrèze).
avec des philosophes païens, non-seulement elle les réduisit au silence, mais elle les convertit au christianisme. L’Empereur, irrité, les fit tous périr par le feu. 11 épargna d’abord
(1) Thomas d’Aquin, Histoire de la vie de sainct Culmine , p. 303, 304 et 303.
CHASSES
la jeune Catherine, parce qu'il avait conçu pour elle une passion violente qu’il espérait satisfaire. Mais l'ayant trouvée insensible à toutes ses propositions, il la fit fouetter et jeter ensuite dans une basse fosse où elle resta dix jours, privée de toute nourriture. Catherine sortit miraculeusement de cette épreuve. Alors un officier de l’empereur, nommé Cursasade, lui conseilla de faire faire quatre roues garnies de lames de fer et de clous très aigus. L’on disposa les roues de façon que deux tournaient dans un sens et deux dans un autre, afin que les unes déchirassent ce que les autres avaient épargné. La sainte fut attachée à cet instrument de supplice; mais aussitôt qu’on y toucha un ange apparut, brisa cette machine, et les éclats en volèrent de tous côtés avec tant de force qu’ils tuèrent quatre mille gentils. L’Empereur, furieux, ordonna alors qu’elle eût la tête tranchée, ce qui fut exécuté le 25 novembre de l’an de Notre-Seigneur 307(1).
Fig. 435 et 436. — Personnages gravés sur la chasse de noailles. (Reproduits en grandeur naturelle.)
Telle est la scène qu’on trouve représentée sur une châsse de l’église de Noailles (voir figure 434). A droite Catherine, accompagnée d’un soldat l’épée nue, subit l’interrogatoire de l’Empereur; à gauche, la sainte est étendue sur l’instrument de supplice que quatre bourreaux mettent en mouvement, mais que détruit soudainement un ange armé d’un glaive.
Sur le toit se trouve, devant une élégante église élevée sur un monticule, un abbé mitrè et la crosse en main parlant à quatre moines. Il est difficile de définir cette scène. La Légende dorée nous dit qu’après le martyre de la sainte, les anges prirent son corps
(il Jacques de Voragine, la Légende dorée, traduction de Brunet, t. II, p. 21 1. — Abbé Barraud,[AroA'ce iconographique sur sainte Catherine , dans le Bulletin du Comité historique des Arts et Monuments, t. III, année 1852, p. 182.
et l’apportèrent au mont Sinaï pour l’ensevelir honorablement. Elle ajoute « qu’un certain moine de Rouen se rendit sur cette montagne et qu’il y resta sept ans, servant avec dévotion sainte Catherine. Comme il la suppliait de lui accorder une petite portion de ses reliques, une phalange des doigts de la sainte se détacha tout d’un coup de sa main. Et il reçut avec grande joie ce don de Dieu, et il le porta à son couvent ». Peut-être faut-il reconnaître dans le sujet représenté l’heureux moine qui fait part a ses frères de la faveur dont il vient d’être l’objet.
Nous reproduisons en grandeur naturelle (figures 435 et 436) deux des personnages gravés sur la châsse de Noailles. L’abbé, dont la chasuble est ornée d’un parement qui se bifurque sur la poitrine, porte une crosse toute simple munie d’un nœud, et dont l’extrémité supérieure se recourbe en volute terminée par un fleuron. Remarquons que ce n’est que vers 1225 que l’on constate une ornementation quelconque dans l’extrémité de la volute. Notre châsse n’est donc point antérieure à cette date, mais le costume du soldat nous permettra de mieux préciser l’époque de sa fabrication. Le haubert de mailles est court, muni d’un capuchon qui couvre le menton, les oreilles et le sommet de la tête: les manches, au lieu de se terminer au poignet, se continuent en une poche enveloppant la main jusqu’au bout des doigts. La cotte d’armes est unie, dégageant le cou, sans manches, serrée à la taille par une ceinture, et descend au-dessous des genoux, plus bas que le haubert. Les jambes, ainsi que les pieds, sont revêtus de chausses de mailles. Le ceinturon large, pendant, est retenu par une ceinture qui serre la taille. L’épée est longue, à pointe arrondie, les quillons sont droits, le pommeau est en forme de disque. Tous ces caractères se retrouvent sur les armes qui ont été adoptées en Lrance de 1220 à 1230. La châsse de Noailles est donc une œuvre qui remonte au milieu du xme siècle.
Fig. 437. — Le martyre de sainte Catherine. — Panneau de châsse émaillé. Long. om 203 — xme siècle.
Église de Solignac (Haute-Vienne).
Le fond de la châsse est bleu, strié d’élégants rinceaux dont les volutes embrassent des fleurons polychromes.
Sur le revers, le panneau inférieur a été coupé et remplacé par un verre qui laisse voir les reliques de saint Eutrope ; le panneau supérieur représente, dans trois médaillons circulaires, le Christ à mi-corps et bénissant, entre deux anges. Les figures des apôtres saint Pierre et saint Paul, debout, occupent les pignons.
L’église de Solignac conserve une châsse qui a éprouvé bien des dégradations. Un seul panneau intact subsiste sur la toiture, mais il est fort intéressant : il reproduit plusieurs épisodes de la vie de la fille du roi Costis. A droite, on voit l’empereur Maximin assis et
CHASSES
un sceptre à la main ordonnant le supplice de la sainte ; cette dernière est placée entre les deux roues de l’instrument de torture, que brise un envoyé de Dieu descendu du Ciel. Sur la gauche, le bourreau tranche avec une épée la tète de la bienheureuse. La reproduction que nous donnons sous la figure 437 indique suffisamment les personnages qui sont représentés ciselés en relief, et ceux que l’artiste a gravés au trait et en réserve sur un fond d’émail bleu.