SAINTE FAUSTE
Sainte Fauste, vierge et martyre, dont le corps fut trouvé du temps de Charles-le- Chauve, était honorée à Fésenzac, dans l’ancien comté d’ Armagnac, aujourd’hui département du Gers, et diocèse d’Auch. Ses reliques furent autrefois longtemps conservées au même lieu, dans une église construite sous son invocation, et que les Normands détruisirent l’an 864. Le monastère de Solignac, fondé dans le Limousin par saint Eloi,
Fig. 441. — Ciiasse émaillée de sainte faustf. (xiuc siècle). Haut. om3Ô; long. omq6. — Musée de Cluny.
ayant été brûlé la même année par les mêmes barbares, Arnaud, duc de Gascogne, qui avait formé le projet de le rebâtir et d’y prendre l’habit religieux, persuada l’abbé d’envoyer dans son duché le moine Aldaire, pour en rapporter les reliques des martyrs dont on enrichirait le monastère (1). Celui-ci, après avoir visité inutilement divers lieux, arriva
(1) Propre de Tarbes. Extrait de Y Histoire de Béarn. — D’après le P. Bonaventure de Saint-Amable ( Histoire de saint Martial, t. III, p. 247 à 250), les reliques de la sainte auraient été portées à Brivezac, bourg sur le bord de la Dordogne en amont et près de Beaulieu, où se trouvait un petit monastère dépendant de Solignac.
L’EMAILLERIE LIMOUSINE
enfin à Fésenzac, aux ruines du sanctuaire de sainte Fauste, et écartant de nuit les décombres sous lesquels était enfoui le corps de la sainte, il l’enleva à l’insu des habitants, et le transporta au monastère de Solignac.
De Solignac les saintes reliques furent transportées, en 1247, au diocèse de Bourges, dans l’abbaye cistercienne de Notre-Dame de la Prée, près d’Issoudun. La châsse qui les renfermait était dans l’église de Ségry, même canton, lorsqu’elle a été achetée pour le Musée de Cluny.
L’inscription EVILASIVS FAVSTA, gravée en émail au-dessus du toit de la châsse (voir figure 441), nous fait connaître le nom des personnes qui s’y trouvent représentées : Evilase, prêtre des idoles, chargé le premier en cette qualité, par l’empereur Maximien, du supplice de sainte Fauste, et sainte Fauste, dans la tête de laquelle un bourreau enfonce un clou.
Dans la partie inférieure de la châsse on voit saint Jean et la Sainte-Vierge. Ces figures sont en relief, en cuivre ciselé et doré, sur un fond d’émail bleu largement décoré de rinceaux terminés par de superbes fleurons bleu foncé, bleu très clair, blanc, rouge, vert et jaune.
Le revers porte six grands médaillons à quatre lobes appliqués sur fond de cuivre quadrillé; ces médaillons présentent chacun un ange aux ailes éployées, gravé en réserve sur un fond d’émail rouge ; les lobes sont en émail bleu. Sur les pignons, les apôtres saint Pierre et saint Paul.
Le même musée possède une autre châsse d’un travail remarquable, sur l’une des faces de laquelle se trouvent vingt trois figures gravées au trait. Cette face donne les détails du martyre de sainte Fauste, ainsi que l’indique la légende HOC EST MARTI- RIVM BEATE FAVfsJTE (1).